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» mes genoux , » dit Constance en la relevant; c je désire que Ton m'aime et que l'on soit r> heureuse : voilà tout. Quant à votre fils, je » veux qu'il soit beau aussi, et j'enverrai cher- » cher à Paris tout ce qu'il faut pour lui. »
M. Ménani, que le souvenir de la pauvre mendiante n a point empêché de dormir comme à son ordinaire , descend enfin , et reste tout surpris en apercevant sœur Anne si difiSérente de la veille.
c Eh bien, M. Ménard, comment la trou vez- » vous ? » lui dit Constance. (( — Ma foi , Ma- » dame, je la trouye si bien , que je ne la re- » connais pas. — C'est que sous ses autres habits » vous n'aviez vu que son malheur, sans re- » marquer la délicatesse de ses traits. — Il est » certain que le malheur enlaidit considérable- » ment. D'ailleurs, en tout, l'élégance ajoute » aux charmes. On ne dine passibien quand la » nappe est malpropre , et le vin le plus ordi- > nairesemblemeilleurdansunverreà patte. »
Toute la journée Constance est occupée de ce qu'elle veut faire pour sœur Anne. L'appartement du premier, dans le pavillon , est ar-
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rangé el omé de tout ce qui peut le rendre encore plusagréable. Par les ordres de madame de Montreville, op y porte un joli berceau que l'on place auprès du lit de la jeune mère; Les croisées sont garnies de caisses de fleurs. « Elle » ne peut avoir d'autres plaisirs, dit Constance, 1 les livres, la musique, lui sont étrangers ; la » pauvre petite ne sait encore rien faire, il faut )) bien l'entourer de ce qui lui plaît. »
Pour tant de bienfaits , Sœur Anne ne sait commentpeindre sa reconnaissance. Constance s*amu8e de Tétonnement que chaque chose nouvelle fait éprouver à la jeune muette. C'est surtout en entendant, pour la première fois, 1^ sons du piano , auxquels Constance mêle sa douce voix, que sœur Anne éprouve un charme, un plaisir qui va jusqu'aux larmes. Le pouvoir de la musique est vivement senti par cette ame brûlante qui ne sait pas cacher ses s^isations.
En regardant coudre , broder ; sœur Anne soupbre et laisse voir le chagrin qu'elle ressent de n'en savoir pas faire autant. Mais Constance se charge de lui montrer ; et la muette a un si grand désir de se rendre utile , qu'en fort peu
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de temps , elle fait tout ce qu'elle voit faire.
Huit jours se sont écoulés depuis que Constance a recueilli chez elle «œur Anne et son fils, et chaque instant semble augmenter encore l'attachement qu'elle leur porte. L'enfant a bien Tite aimé Constance, qui le comble de caresses ; et sœur Anne , toujours douce, attentiye, reconnaissante, prouye à madame de Montreyille qu'elle a bien placé ses bienfaits.
Un matin, pendant que la jeune muette promenait son fils dans les jardins, Dubourg arrive à la maison de campagne de son ami ; on était alors à plus de la moitié du trimestre ; et Constance, qui connaissait un peu , par son mari, les habitudes de Dubourg, s'étonnait de ne point le voir arriver.
(( Soyez le bien-venu , » lui dit madame de Montreville ; c vous aviez promis A mon mari )) de venir me voir pendant son absence : mais )) je commençais à être fâchée contre vous. — » Madame, dit Dubourg en souriant, je ne )) suis pas de ces amis qui ont la prétention de )) faire oublier les maris ; mais si je puis vous » distraire un peu , me voici tout à vous jus-
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)) qu'au trimestre prochaiu , et toute l'année , » si je vous étais bon à quelque chose. — Oh ! » vous verrez du nouveau ici... j'ai quelqu'un • avec moi... Pendant l'absence de Frédéric, )) j*ai fait une connaissance !.. — Vraiment ! je )> suis bien sûr que celle-là sera aussi du goût » de votre mari . — Mais je l'espère bien .
» — Mon cher Dubourg, dit Ménard, Ma- )> dame ne vous dit pas qu elle a recueilli, pris » chez elle une pauvre femme et son fils ; elle » ne se vante pas du bien qu'elle fait. — Allons, )) taisez- vous, monsieur Ménard, est-ce que )) cette jeune femme ne mérite pas tout ce que 1 j'ai fait pour elle ? Pouvais-je mieux placer )) mes bienfaits? — Je conviens qu'elle apprend )> parfaitement à travailler... Je compte inces- )) samment lui apprendre à lire.. . — Vous ver- » rez, Dubourg, comme elle est jolie, comme 1 elle est intéressante... Et son fils, un enfant )) de deux ans qui est charmant!... — Ah! elle » a un fils !... — Oui , et je suis sûre que vous y> trouverez, comme moi, qu'il ressemble...
» Mais je veux que vous le disiez vous-même; )) je cours la chercher... »
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Constance est déjà dans le jardin, a L'aima- » ble femme! dit Dobourg, que Frédéric doit 1 setrouyer lieureux!... et cependant le Toilà » déjà qui Toyage ! . . . — Mon cher Dubourg, les » affaires vont ayant tout.. . Une prise, sjl tous )) plait««. Mon élève a hérité, par sa femme, de )) terres , de fermes. .. il faut bien connaître ses » propriétés. — Et pourquoi ne pas emmener sa 1 femme a?ec lui? pensez-yons qu'elle n'aurait » pas été bien aise d'accompagner son mari?
» — Je ne dis pas, mais... il est bon... yousle » prenez toujours au même endroit? — Hom !.. . )) pourvu quç ce yoyage ne cache pas quelque 1 projet... Je sais que Frédéric serait désolé de )) causer la moindre peine à sa femme , mais je » sais aussi que ces hommes si sentimentals » prennent feu en entendant un soupir!... — » Je vous dis que mon élève visite ses biens. .. » que diable ! ... Et le domino , commençons- » nous à être fort? — Beaucoup plus que yous, » qui ne devinez jamais où est le double six. » Mais allons rejoindre madame de Montre— » ville, je suis curieux de voir cette femme dont )) elle prend soin. — C'est une femme avec la^
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B quelle il serait difficile de ne point s accorder, )) car une querelle ne peut naitre qu'à Fissue » d'une dis(3ussion ; or , quand il n y a point de » discussion il ne peut pas naitre de querelle , » et il ne peut pas se former de discussion, puis- » que... »
Mais Dubourg n'écoute plus Ménard , il est déjà dans le jardin , il aperçoit de loin madame de Montreville, tenant un enfant dans ses bras, et près d'elle une jeune femme Têtue d'une simple robe blanche et coiflFée en cheveux ; il s'a^ Tance... celte jeune femme l'aperçoit... elle court, elle vole au-dcTant de lui, s'est emparée de son bras^ elle le regarde avec anxiété.. . et Dubourg reste stupéfait, car il vient de reconnaître sœur Anne.
« Mon Dieu!... qua-t-elle donc? » dit Constance en s'approchant de Dubourg , qui ne revient pas de sa surprise en retrouvant la jeune muette sous un costume si différent, et prés de Constance, qui tient son enfant dans ses bras; a quel effet TOire présence Tient de » produire sur elle ! . . . Toyez donc comme elle » TOUS regarde... elle semble tous question-
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» ner... comme ses yeux vous interrogent.,.
» TOUS connaissez donc cette pauvre petite?...
)) — Mais... non... je... ah!... si, si. ..je » l'ai vue autrefois... mais elle est si différente )) d'alors; ce costume... cet enfant... ma foi^ )) je ne la reconnaissais pas!... b
Dubourg est troublé , embarrassé , il ne sait ce qu'il doit dire , et sœur Anne lui tient toujours le bras , et ses yeux le supplient de lui parler.
« Comment? vous la connaissez , » dit Constance avec surprise, «mais que vous veut-elle )) donc maintenant ?. . . ne pouvez-vous devi- » ner ce qui paraît tant l'intéresser? — Oh!.. > pardonnez-moi.. . je commence à compren— )) dre J'ai connu l'amant de cette pauvre fille... » et elle me demande de ses nouvelles. . . — » Mais répondez-lui donc bien vite alors...
)) voyez. . . ses yeux sont pleins de larmes. . . — » Ma foi... je n'ai rien de bon à lui dire... son » séducteur est passé en pays étranger.... sans B doute elle ne le reverra jamais. . .
» Je ne sais ce qu'il est devenu ! ... » dit Dubourg en s'adressant à sœur Anne , ainsi que
(( VOUS, je ne l'ai pas revu., ainsi, ma chère en- » fant , il feut tâcher de l'oublier ! . . .
Sœur Anne, qui prêtait la plus grande attention à chaque mot de Dubourg, laisse retomber sa tête sur son sein , lorsqu'il a fini de parler ; puis donnant un libre cours à ses larmes, va s'asseoir sous un bosquet , où elle se livre à toute sa douleur.
«Pauvre femme, dit Constance, hélas! elle » aime toujours celui qui l'a abandonnée... qui » donc a pu abuser de son innocence?... — » Madame... c'est... un jeune peintre... il D voyageait alors... pour son instruction... £n » cherchant des sites il a rencontré sœur Anne , » car c'est ainsi qu'elle se nomme... Elle est , 1 je crois, fille de paysans... cependant je ne }) vous l'affirmerai pas ,. je ne connais point sa » famille; enfin mon ami la vue... il en est 1 devenu amoureux... Ces peintres ont l'ima- 9- gination exallée... et il parait qu'il en est » récité un enfant... voilà tout ce que je sais, » car je n'ai vu cette jeune fille qu'une fois en » me promenant avec mon ami.
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)) — Il est bien coupable à mes yeux!...
» Vous autres , Messieurs ? ous traitez cela lé- » gërement!... séduire une femme, la quitter » ensuite , ce ne sont pour tous que des étour- > deries de jeunesse, dont souvent même tous » TOUS Tantez ! . . . — Oh ! Madame , je puis me )) flatter de n'avoir jamais séduit personne ! — » Je parle en général ! mais je suis bien certaine » que mon Frédéric n'a point imité l'exemple » de tant d'étourdis!.... il est trop sensible^ » trop aimant pour chercher à abuser un jeune 1 cœur ! .. . . Voyez quelles suites terribles peu« )) Tent avoir de tels, égaremens. Cette paurre )) petite , se voyant grosse , aura abandonné sea » parens , fui le lieu de sa naissance. Sans res- » source , et priTée de cet organe si nécessaire » dans le monde , elle courait au hasard dans 1 la campagne , dans la ville!... en proie aux » horreurs du besoin !... L'infortunée! corn- » bien elle a dû souffrir !... ah ! si vous laviez 1 vue, lorsque je l'ai recueillie, elle vous au- 1 rait fait peine!... mais désormais ^le a » trouvé une amie , je ne l'abandonnerai point , )) et , si je pe puis la rendre entièrement au bon-
)) heur, auprès de moi du moins elle D*aura 9 plus à craindre la misère. ))
Dubourg ne répond rien , la vue de sœur Anne lui donne trop à penser. «Voire présence )) a renouvelé son chagrin, en lui rappelant son » séducteur , dit Constance ; éloignez-vous un » moment, je vais tâcher de la consoler, quoi- » que je sache bien que pour de telles peines » il n'y a point de consolation. Si Frédéric » m'oubliait! pour rais-je encore goûter un ins-> » tant de bonheur ! . . . mais du moins elle a un » fils , et s6»-caresses adouciront sa douleur. 9
Constance va porter le petit Frédéric sur les genoux de sa mère , et , pendant ce temps , Dubourg retourne vivement dans la maison où il cherche Ménard , qui ne sait cpxe penser en voyant la mine effarée de son compagnon de voyage.
«Tout est perdu, M. Ménard, » s'écrie Ihibourg en s'arrêtant devant le précepteur.
« — Comment... qu'est-ce qui est perdu? est-ce )) encore la berline du roi Stanislas ou la ta- » batière du roi de Prusse? Vous savez bien que )) je ne donne plus là dedans. — Eh ! laissons là