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prendre que le mari de Constance est son séducteur, ce ne serait pas encore le moyen de la faire consentir à s'éloignerj le désir de reyoir Frédéric l'emporterait dans son ame sur toute autre considération. Elle se croit unie à son amant par les sermens qu'ils ont faits , pourrait-elle concevoir qu'une autre femme a des droits, sinon plus justes, du moins plus sacrés que les siens?
Dubourg n'ose donc risquer ce moyen, et il se tourmente en Tain pour en trouver un autre. Puis il va à Ménard et lui dit : « Eh bien !
» avez-vous imaginé un expédient pour engager » sœur Anne à quitter cette maison? » Et Ménard après avoir pris du tabac et réfléchi pendant cinq minutes, emmène Dubourg dans un coin et lui répond à voix basse : < Je ne trouve )) rien du tout. »
En causant avec Constance, Dubourg tâche de rengager à envoyer la jeune muette et son fils demeurer dans une de ses terres éloignée de Paris; mais madame de Montreville repousse avec force cette idée : « Pourquoi donc, dit- » elle , me priverais-je de la société de celle
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» jeune femme , de la vue de son fik , que D j'aime comme s'il m appartenait? Loin de 9 moi, aurait-on pour celte infortunée tous ces D soins qui adoucissent sa situation!... Mon, » je ne m'en séparerai jamais; 'chaque jour je » sens que je m'y attache davantage; si vous » saviez combien elle est reconnaissante de ce 9 que je fais pour elle!... Ah! j'ai lu dans le y> fond de son ame ! je n'ai point mal placé mes » bienûiits^ et je suis certaine que Frédéric ne » me blâmera pas.
» — Ma foi , se dit Duboui^ , j'ai fait tout ce If que j'ai pu!... et quand je me donnerais la » migraine pour séparer ces deux femmes , je » crois que je n'y parviendrais pas; laissons » donc aller les choses et altendons les événe- » mens. Tout ce que je pourrai faire, ce sera, de » prévenir Frédéric quand il reviendra. »
Le soir du jour où Dubourg est arrivé, madame de Monlreville lui dit : c Je veux vous » rendre témoin du plaisir que la musique fait » éprouver à cette jeune infortunée; lorsqu'elle )) m'entend chanter et toucher du piano , il > semble toujours qu'elle va parler... ïy
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Constance prend sœur Anne par la main et la fait asseoir auprès de son piano ; la jeune muette est plus triste qu'à l'ordinaire 5 la présence de Dubourg a renouvelé tous ses chagrins, cependant elle sourit à sa bienfaitrice et fait tous ses efforts pour paraître moins afiligée.
Déjà Constance a joué plusieurs morceaux lorsqu'elle s'arrête en disant : « Mais je ne lui » ai pas encore chanté cette jolie romance que » mon mari aime tant!... »
Constance prélude à sa romance ; Dubourg fait peu d'attention à la musique , il songe toujours auhasard singulier qui a réuni sœur Anne et l'épouse de Frédéric ,• M. Ménard est assis dans un coin du salon, où il fait tout ce qu'il peut pour comprendre la mesure, et le petit Frédéric joue aux pieds de sa mère qui écoute attentivement sa bienfaitrice.
A peine Constance a-t-e!le dit les premiers mots de la romance, que sœur Anne éprouve un trouble qui semble s'accroi Ire à chaque instant; elle se penche yers madame de Montreville , elle écoute , mais elle respire à peine ; tout son corps frémit, toutes ses facultés sont
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absorbées par un puissant souyenîr.., et Constance n'a pas encore achevé son couplet^ qu'une pâleur mortelle se répand sur tous les traits de la jeune muette; elle pousse un gémissement plaintif et perd connaissance.
Occupée de sa musique , Constance n'avait pas remarqué le trouble de sœur Anne ; mais au gémissement qu'elle vient de pousser elle a volé vers elle. ((Grand Dieu! qu'a-t-e)le donc? » elle perd connaissance! » s'écrie madame de Montreville, tandis que Dubourgse hâte d'aller soutenir la jeune femme et que M. Ménard court chercher des sels et appeler du monde.
a Concevez-vous ce qu'elle peut avoir?..
» elle m'écoulait avec plaisir , et tout-à-coup » elle s'évanouit... — Madame, » ditDubourg qui veut profiter de cette circonstance , « ne » vous ètes-vous pas aperçue que cette jeune » femme n'a pas la tète à elle , et (pi'il y a des » roomens.... où elle semble en délire? — Mais » non, je n'ai jamais vu cela. Depuis qu'elle » est ici elle a toujours été fort raisonnable, et » sa mélancolie me semble très-naturelle....
» Pauvre petite. ... elle ne rouvre pas les yeux..
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» — Oh ! cela ne sera rien. . . L'émotion qu'elle » a éprouvée ce matin en me voyant est , sans » doute , la cause de cet éTanouissement. — Je » le pense aussi. )>
Ménard revient armé d'une douzaine de fla-< cons. Pendant long-temps tous les soins sont inutiles , sœur Anne ne recouvre point ses sens j et Constance se désespère; enfin un long soupir annonce que la jeune muette revient à la vie , et bientôt elle ouvre les yeux. Son premier regard est pour son fils : trop jeune encore pour avoir connu le danger de sa mère, il n a pas in^^ terrompu ses jeux. Sœur Anne le prend, l'embrasse, puis , regardant tous ceux qui l'entourent^ semble les remercier de leurs soins.
u Venez tous reposer, lui dit madame de » Montreville, cette journée a renouvelé toutes y> vos peines ; vous avezbesoin de les oublier dans » le sommeil. »
Mais, au lieu de suivre Constance, sœur Anne lui prend la main , et la i:econduit devant lo piano en lui faisant signe de s'y asseoir, ce Non , » demain , dit Constance , la musique vous )» émeut trop... vous m'entendrez demain. »
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Sœur Anne joint ses mains vers elle , et ses regards sont tellement expressifs , ils demandent avec tant de force ce qu'elle désire, que Constance n'a plus le courage de lui refuser ; elle se remet au piano , et Ménard dit tout bas: « Cette femme-là aime passionnément la mu- » sique , on aurait bien dû lui apprendre à » solfier. »
Constance commence un air ; sœur Anne l'arrête , et , secouant Tivement la tête, semble lui dire : ce n'est pas cela. Madame de Montreville en joue un autre , et la jeune muette n'est pas encore satisfaite. Enfin Constance se rappelle qu'elle cbantait une romance lorsqu'elle s'est interrompue; elle la chante de nouveau ; et à peine a-t-elle commencé que le trouble de sœur Anne^ l'attention qu'eUe lui prête , annoncent que c'est bien cela qu'elle désirait entendre.
« Voyei donc comme cette romance l'agite, » dit Constance, c'est celle que Frédéric ai- » mail tant... »
Constance n'a pas achevé ces mots , que la jeune "femme lui prend la main, la lui serre
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ayec force, et lui &it un signe affiimatiCMais madame de MontreTille ne la comprend pas , elle regarde Du^hourg , qui lui dit tout bas : <( Je )) YQU9 assure qu'elle a des mom^fis où elle ne » sait plus ce qu'elle fait... Partout elle croU )) Toir son amant, l'amour lui touque la tête.»
Le trouble de sc^r Anne est un peu c^Jmé; les larmes se sont &it un passage. Elle pleure , mais elle parait soulagée. Constance la regarde avec ^ttendnssemeot , en répétant souvent ;
«Pauvre petite ! qu'il est coupable celui
9 qui t'a abandonnée ! ... »
Pendant quelques momens, tous ceux qui entourent sœur Anne gardent le silence. Goastance, pour calm^ la douleur de la muette , a recours à son moyen ordinaire : elle va prondre le petit Frédéric , et le porte dans les hras de sa mère; celle-ci regarde sa bienfaitrice avec reconflbaissance , et , après avoir couvert son fils de bpisers, se lève ei se disgose à regagner son logement.
Constance veut absolument la reconduire jusqu'au jardin; là, elle la quitte en l'engageant de nouveau à prendre courage, u Vos