CHAPITRE VII. 20Ç
quise. L'une, qui peut avoir soixante ans, et que l'on appelle la baronne, ne cesse de parler de ses terres , de ses châteaux, de ses biens, de ses laquais ; elle s'entretient si haut avec tout le monde que cJest un bourdonnement continuel.
Une jeune femme , assez jolie , mais qui semble un peu gauche, et n'ouvre la bouche que pour rire ou pour dire oui et non , est appelée la vicomtesse de Fairhgnan ; tandis que la troisième qui peut avoir trente ans, et que l'on nomme madame de Grandcourt , est couché« négligemment sur l'ottomane, et semble faire la coquette en jetant sur tous les hommes des regards langoureux et roulant des yeux qui ont été beaux, mais qui sont tellement cernés et battus, qu'il semble que les sourcils en fassent le tour.
Sept on huit hommes forment le reste de la compagnie : chacun s'nppelle M. le comte, M. le baron ou i. 18
2lO SOEUR ANNE.
M. le chevalier. Tous cependant n'annoncent pas dans leur mise l'opulence cl ia grandeur. M. le chevalier a un frac dont les manches sont si courtes qu'elles n'approchent pas de son poignet , et quand il tire son mouchoir, il a grand coin de se retourner et de le cacher à la société.
Le comte a des manchettes de dentelles déchirées et un jahot sali de liqueurs et de tahac. 11 étale avec complaisance sa main à laquelle brillent de grosses bagnes à pierre rouge et jaune, mais la noirceur de cette main lait un effet singulier avec les manchettes et les bijoux.
Enfin le baron , qui est coiffé en poudre et parait fort embarrassé de sa queue , qui se fourre toujours en dedans de sou col Ici , a un habit noir tout neuf et une vieille culolie de nankin, sur laquelle il secoue à chaque instant de