‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 11 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

et c'était une assez mauvaise manière défaire connaissance avec M. le comte, que de se présenter chez lui entre deux et trois heures du matin.

Dubourg se disait tout cela, mais il avançait pourtant, comme ces amans qui ne veulent plus revoir leurs infidèles, et qui tournent sans cesse autour de la demeure de la perfide, chez laquelle ils finissent toujours par entrer, en répétant encore : « Je ne la verrai » plus!... » C'est qu'alors c'est la raison qui parle, et la passion qui nous conduit. Pauvres humains!... est-ce donc votre faute si la passion l'emporte si souvent?

Eu approchant de l'hôtel, les yeux de Dubourg sont agréablement frappés par l'aspect d'uuc double file de voilures bourgeoises, dont les lanternes éclairent une partie de la rue. Il double le pas c'est devant l'hôtel du

comte de Montreville que ces voitures

sont en plus grand nombre : la grande porte cochère est ouverte ; la cour est remplie de coupés , de landaw , de visà-vis. Les cochers causent entr'eux; les valets jurent, s'impatientent; les gens de l'hôtel traversent la cour; des lampions placés sur les bornes et sur le grand escalier ont chassé l'obscurité de la nuit, et une musique délicieuse, qui part du fond de l'hôtel, dont le beau salon brille de l'éclat de mille bougies , contraste avec le triste silence qui règne un peu plus loin.

Dubourg ne marche plus, il court, il saute, il vole. La vue des lampions, le bruit que fait tout ce monde et le son des instrumens qui jouent des contredanses, ont déjà chassé de son esprit les réflexions un peu sérieuses qui commençaient à s'en emparer. « Il y a » soirée, s'écrie-t-il , il y a bal... ïmwbécille que je suis!... N'est-ce pas » aujourd'hui jeudi, jour de réception

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