CHAPITRE VIII
met plus de donner ses avis. Quant à Ménard, il est toujours soumis aux désirs de Fre'déric, mais le nom de la Chartreuse l'a fait frémir, il craiut que son élève ne veuille se loger dans quelque ermitage, et il ne se sent aucun goût pour la vie frugale.
En approchant des bords de l'Isère, le pays devient plus pittoresque, plus montagneux , plus imposant. Des bouquets de bois coupent les prairies; les ruisseaux, après avoir baigné une plaine, vont se perdre en cascades sur des rochers. Ce ne sont plus les bruyans environs de Paris, les sites délicieux des bords du Rhône \ c'est un tableau plus sérieux, plus majestueux peut-être, qui porte dans l'àme une douce rêverie, et vous transporte bien loin des villes dont vous n'entendez plus.le fracas.
«Que ce pays me plaît, dit Frédéric; » j'y trouve je ne sais quel charme, qui » séduit mon cœur comme mes yeux...
2ÔO SCEUR ANNE.
» Qu'il est doux de se promener sous
» ces ombrages — Pour y rêver à
«madame Démange, n'est-ce pas? — »Oh! non, Dubourg, depuis longtemps je l'assure qu'elle est loin de » ma pensée, ainsi que toutes ces co- » queues que j'ai connues à Paris. — » Mais alors à qui donc rêves -tu, dans » tes longues promenades solitaires? —
» Hélas! je ne sais je rêve un
» êtrequeje ne connais pas;... je rêve «une femme jolie, tendre, aimante...
» fidèle surtout!... — Et tu la cherches » aux bords des ruisseaux? — Je ne la «cherche pas, j'attends que le hasard
» me la fasse rencontrer! — Si ce
» hasard n'arrivait que dans trente ans, » vous seriez un peu mûrs tous les » deux. — Ah! Dubourg, que tu es «impatientant!... tu n'as aucune idée » de l'amour!... — Mon ami, c'est une » poupée que chacun habille à sa ma- »nière, n'esl-il pas vrai, monsieur