CHAPITRE II
parole a été inutile : les médecins de la ville ont dit qu'une frayeur horrible et le désespoir de voir périr son frère sans pouvoir le sauver lui avaient ôlé la faculté de s'exprimer, et qu'une révolution semblable pourrait seule, peutêtre, lui rendre la parole. Mais la pauvre petite a conservé un cœur pour sentir ses peines... ; elle a su faire comprendre tout ce qu'elle a souffert; puis elle a pleuré pendant bien des années et son frère et sa mère ; car cette pauvre Clolide avait succombé à sa douleur , et on l'avait trouvée inanimée au pied de l'arbre , sur le haut de la montagne, la même nuit qui avait été si falale à ses enfans.
la foudre en embrasant la chaumière avait privé Anne du dernier asile qui lui restait. Mais tous les habilans du village se cotisèrent pour secourir la jeune fille ^ et une bonne femme, nommée Marguerite , qui habite une
cabane dans le bois qui touche à la vallée , prit Anne avec elle en l'adoptant comme sa fille.
Marguerite était pauvre aussi. Mais avec les secours réunis des plus riches du village , Anne eut une vache et quelques chèvres.
Pendant plusieurs années, elle parut incapable de se livrer à aucun travail. Elle passait les journées assise sur les bords d'un ruisseau , ou dans le fond des bois ; inattentive à tout ce qu'on lui disait, Anne ne savait que pleurer ses parens et son frère, mais le temps a un peu calmé sa douleur; elle esta présent plus tranquille , plus résignée ; elle se montre sensible à tout ce qu'on fait pour elle; elle se livre de nouveau aux travaux champêtres , et témoigne le plus tendre respect à la bonne Marguerite, qui est aujourd'hui bien vieille et ne sort plus de sa cabane.
Enfin sœur Anne se montre mainte-