CHAPITRE III
ai timide, si craintive !... si elle allait encore se sauver..,
Cependant elle vient s'asseoir sur un tertre de verdure ; elle tire de sa panetière un morceau de pain bis et quelques figues ; elle va déjeuner. Frédéric s'approche davantage.... Bienlôt il est tout près d'elle, et, au moment où elle tourne la tête pour chercher des yeux une de ses chèvres , c'est encore le jeune homme de la veille qu'elle aperçoit.
La jeune fille fait un mouvement qui semble plutôt causé par l'étonnement que par la frayeur , et d'ailleurs Frédéric n'avait rien d'effrayant : debout devant elle, mais paraissant lui-même inquiet et tremblant , ses regards étaient tendres et craintifs , tous ses traits exprimaient la douceur et l'intérêt qu'elle lui inspirait.
Sœur Anne paraît vouloir se lever pour s'éloigner : « Ah! de grâce, » lui dit
Frédéric , « ne me fuyez pas , aimable » fille! .. je serais bien malheureux si » je vous faisais peur !... »
La pelite laisse échapper un aimable sourire , et secouant doucemeut la tête lui fait comprendre qu'elle n'éprouve pas un tel sentiment.
« Je vous ai vue hier au soir , sur » les bords du ruisseau, » reprend Frédéric en se rapprochant d'elle.
Sœur Anne le regarde et baisse la tète en souriant encore , comme pour lui dire qu'elle s'en souvient.
« Eh quoi ! vous vous souvenez de » moi :... Mais vous , aimable enfant, » vous n'êtes pas un moment sortie de « ma pensée. Pouvais-je ne pas être » frappé à l'aspect de tant de grâces , » en voyant des traits si charmans ? »
La pelite l'écoute avecsurprise ; tout ce qu'il lui dit est nouveau pour elle. Frédéric s'asseoit sur le gazon à quelques pas d'elle. Cette action étonne la