CHAPITRE III
jeune muette ; elle considère encore le jeune étranger avec une espèce de crainte, mais le sentiment qu'expriment ses regards rassure bien vite sou cœur. Elle baisse les yeux... , mais ii est déjà facile de lire dans ses traits naïfs , qu'elle attend avec curiosité que Frédéric lui parle de nouveau.
a En vous voyant hier, » lui dit-il ? « j'ai éprouvé pour vous le plus tendre » intérêt.... Mais combien il s'est accru » encore depuis que j'ai appris.... Pau- » vre petite !... Ah ! je connais votre » triste situation ! je connais tous les » malheurs qui vous ont»accablée ! »
Les traits de la jeune muette prennent un caractère plus expressif, un souvenir déchirant semble l'agiter....
Elle pousse quelques gémissemens sourds , lève les yeux au ciel , puis les rebaisse vers la terre , et un torrent de larmes s'en échappe aussitôt.
Frédéric se rapproche d'elle. Il passe
légèrement son bras autour de sœur Anne , et prend une de ses raains qu'il pose sur son cœur.
« J'ai renouvelé vos chagrins , » lui
dit-il, « pardonnez-moi Que ne
» puis-je au contraire vous les faire » oublier en vous rendant heureuse !
» Pauvre enfant...., permettez - moi » d'essuyer vos larmes... dès ce moment » vous n'êtes plus seule sur la terre; » vous possédez un ami... 11 existe un » cœur qui répond au vôtre , qui , tant » qu'il vivra , ne battra que pour vous. » Anne... chère amie, permettez-moi » de vous aimer.... de partager vos » peines , vos tourmens.... de penser » sans cesse à vous.... de vous voir «chaque jour... Ah!., ne me refusez » pas cette grâce... ou je serais bien plus » malheureux que vous. »
Frédéric parlaii avec feu ; l'amour l'animait et rendait sa voix encore plus tendre , ses regards encore plus sedui-