CHAPITRE ill
En approchant de la palissade, qui seri de clôture au jardin et qui n'a que quatre pieds de haut, il est facile d'en connaître d'un coup -d œil toute retendue : ce jardin est petit, mais on en a tiré tout le parti possible. Plusieurs arbres fruitiers, quelques ceps de vigne, des légumes, des fleurs, se mêlent et croissent ensemble dans cet étroit espace où la nature peut en liberté suivre tous ses caprices.
En avançant la tête, Frédéric aperçoit une vieille femme assise sous un figuier. Elle paraît fort âgée, mais sa fjgure vénérable annonce le calme, le repos de l'ame : Frédéric la considère
quelques instans avec respect c'est
elle qui a recueilli Anne , qui lui a tenu lieu de mère.
La figure de la bonne vieille s'épanouit : la jeune muette s'approche d'elle, tenant dans ses mains un vase de bois rempli de lait qu'elle vient pla-
44 SCEUR ANNE.
cer sur les genoux de Marguerite. Gelieci lui donne un petit coup sur la joue, en lui disant : a C'est bien, ma fille... » c'est bien, ma chère enfant... assieds-
» toi là, près de moi Tu sais bien
» que j'aime à te voir pendant que je » fais mon repas... »
La jeune fille se place aussitôt devant Marguerite; elle semble épier ses moindres désirs, et, plus d'une fois, elle prend la main de la bonne vieille et la. baise avec respect.
Frédéric reste fixé à la même place ; il passerait des heures entières à considérer ce tableau.
La vieille, après avoir terminé un repas composé de fruits et de lait, se lève , et avec l'aide de sœur Aune fait quelques tours dans le jardin. Frédéric se cache lorsqu'elles passent près de lui; mais il remirque que la petite jette un coup-d'œil d;tns le bois et semble y chercher quelqu'un. Si ce regard était