CHAPITRE III
pour lui... ah ! qu'il serait heureux j sou cœur en conçoit en secret l'espérance.
Il est tenté d'entrer dans le jardin, de courir se jeter aux pieds de la jolie muette... mais la présence de Marguerite le retient. \
Elles sont rentrées dans leur chaumière. Frédéric quitte cette place d'où il plongeait dans le jardin. 11 va quelque temps errer dans le bois. Tout dans ces lieux lui retrace l'orpheline j chaque arbre, chaque buisson lui parle d'elle... IN 'est-ce pas dans ce bois qu'elle habite depuis neuf ans ? Ses pieds ont foulé ce gazon... et sans doute ses regards se sont aussi arrêtés sur tout ce qui l'environne.
Frédéric descend lentement auprès du ruisseau. Il s'asseoit à la place où il a vu sœur Anne pour la première fois.
Elle ne peut encore venir de longtemps ; mais Frédéric lire de sa poche ses tablettes; il prend son crayon....
Qu'écrit-il?.. Des vers pour sœur Aune : tous les amans ne sont-ils pas poêles?
et ies poêles ne sont-ils pas plus éloquens lorsqu'ils sont amans ? On sait encore les vers que Tibulle a faits pour Délie ; Ovide a immortalisé Julie ; Orphée enchania les enfers en cherchant Eurydice. C'est l'amour qui montait la lyre d'Anacréon ; c'est lui qui inspirait Sapho. Les charmes de Lesbie enflammèren lia verve deCatulle, comme ceux de Cinthie rendirent plus délicats, plus passionnés, les vers de Properce.
N'est-ce pas aussi à Laure que Pétrarque doit une partie de sa gloire ? sans elle, il eût été poëte , mais aurait-il si bien peint l'amour? Eucharis , Eléonore , nous vous devons les tendres élégies de Bertin et les vers pleins de grâce de Parny.
Le temps passe bien vite lorsqu'on fait des vers pour ce qu'on aime : Frédéric, penché sur ses tablettes, écrivait