‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 159 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais son ami lui dit : « Marguerite ne » voudrait pas te laisser la même li- » berté si elle savait que tu me vois » sans cesse; elle te dirait au contraire » qu'il faut me fuir et ne plus me » parler... »

Ces mots suffisent pour que sœur Anne ne lui en parle plus. Lui défendre de voir Frédéric, .. lui ordonner de le fuir ! ce serait la condamner à pleurer toute sa vie. Elle sent bien qu'elle n'aurait pas la force d'obéir... Il vaut donc mieux cacher à Marguerite son bonheur. Tous les jours la bonne vieille s'affaiblit davantage.

Elle ne quitte presque plus son fauteuil, où elle dort une grande partie du temps ; il est donc bien facile de lui cacher la vérité.

La nuit est venue succéder à ce jour où Frédéric a remporté le plus doux triomphe, où il a connu toute l'ivresse d'un véritable amour. Mais l'ap-

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proche de l'ombre ne va plus le chasser du bois, la nuil doit, an contraire, doubler encore son bonheur!

Il ne songe pas à ses compagnons, à l'inquiétude dans laquelle il va les laisser; à leur embarras, puisque c'est lui qui a l'argent; il ne pense pas qu'il a un cheval qui appartient à l'auberge; il ne voit plus au monde que soeur Aune!.. Le souvenir de son père ne vient même pas tronbb r son bonheur.

Le présent est tout pour lui; sœur Anne occupe toutes ses pensées; il n'a jamais connu de femme qui pût lui être comparée. Trouverait-il dans le monde autant de beauté, de grâces, d'innocence et d'amour!.. Son malheur la lui lait aimer encore davantage. Frédéric était fort romanesque, et il ne traitait pas l'amour aussi légèrement que la plupart des jeunes gens de sou âge; sa conduite doit donc nous paraître moins extraordinaire.. Et d'ail-

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