‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 163 sur 246 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» Aymon. — Ma foi oui , monsieur le » baron ; car on ne savait pas alors truf- » fer une volaille ni faire les filets de » sole au gratin. »

Dubourg se fait indiquer le chemin de la valle'e de Grésivaudan, M. Menard emplit ses poches de provisions, et nos voyageurs se mçlient en route.

On leur a dit qu'il y avait trois petites lieues pour arriver au château de Bayard; mais, toutes les demi-heures, M. Menant propose une halte à M. le baron.

Celui-ci accepte, et tire de sa poche une bouteille du meilleur vin qu'il a pu trouver à leur auberge; Ménard étale ses provisions sur une large feuille de papier, qu'il met sur le gazon, et les voyageurs reprennent des forces. Quand Dubourg aperçoit quelques beaux fruits, il grimpe à un arbre, afin d'avoir du dessert; puis, coupant quelques branches, sur lesquelles il attache son mouchoir, il construit à la hâte une petite

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leate, afin de pouvoir dîner à l'ombre. Alors M. Ménard s'écrie : « On ne se » douterait guère que c'est un noble » palatin qui a fait cela! •*- Eh! pour- » quoi pas, répond Dubourg; la prhi- » cesse Nausicaa coulait bien elle-même » sa lessive; les filles d'Auguste filaient » les robes de leur père; Denis-le- Jeune » était maître d'école à Corinthe ; le » fils de Persée, roi de Macédoine, «était menuisier à Rome; Pierre-le- » Grand le fut en Hollande; je ne crois » donc pas déroger en faisant une tente » dans le Dauphiné. »

A cela Mo Ménard n'ayant rien à répliquer, se contentait de saluer, en murmurant : Variant sententiœ.

Enfin , les deux voyageurs découvrent les ruines du château de Bayard, dont il ne reste plus que les quatre tours, et ils n'aperçoivent pas Frédéric en contemplation devant ces murs.

«Eh bien ! dit Du bourg, le voyez-

» vous, monsieur Ménard? —-Le châ- » teau? — Frédéric! — Pas encore, » monsieur le baron; mais asseyons-

» nous, faisons une halte Je crains

» malheureusement que ce soit la der- » nière qui puisse nous restaurer, car » nos provisions tirent à leur fin, et il » ne nous reste plus qu'un quart de » bouteille. — Nous trouverons des » fontaines, monsieur Ménard. — Ce » ne seront pas celles de Cana, monsieur » le baron. — En attendant, vidons la » bouteille et achevons ce chapon. D'ici, » nous serons très-bien pour admirer » le paysage. Cette vallée est char- » mante;... voyez, monsieur Ménard, » sur la droite,... ces montagnes font » un effet très-pittoresque;... elles sont » couvertes de neige, cela me rappelle » mes monts Krapach.... Tenez,.... en » voici où la neige est éternelle; à la » hauteur de quatre cents pieds elle ne » fond plus. — Je vois, monsieur le ba- H. 7

» rou , que nous tenons notre dernière' » aile, et je frémis en pensant au re- » tour... — Nous entrerous dans quel- » que habitation ,.. dans un moulin, il » n'eu manque pas dans ce pays. — » Vous avez donc de l'argent, monsieur » le baron? — Pas un sou, monsieur Mé- » nard, et vous? — Pas davantage! — » Diable, cela devient plus embarras-

» sant! Et ce Frédéric qui nous

» abandonne et qui emporte la caisse » avec lui, sans s'inquiéter do ce que » nous deviendrons. Je sais bien que » nous pouvons vivre à l'auberge, où » notre compte est ouvert ; mais il n'est » pas agréable de rester cloué dans une » auberge pendant que monsieur va se » promener. — Il est certain , monsieur » le baron, que la promenade donne de

» l'appétit — Morbleu! ce voyage

* commence à me paraître monotone; » el si je ne craignais pas mes créan- » ciers.... — Vos créanciers, monsieur

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