CHAPITRE V
voisin était accouru , tout effaré, leur apprendre la rencontre qu'il avait faite; et l'honneur qu'il avait de recevoir chez lui le noble étranger et le professeur de belles-leitres.
A cette nouvelle , et sur l'invitation qui la suivit, de venir dîner avec le grand seigneur , M. Bidault ( c'est le nom du ci-devaut notaire) avait appelé sa bonne en lui disant : « Marianne, en- » levez le couvert... mettez le pâté dans » le buffet , la volaille dans le garde- » manger , le poisson à la cave... nous » dînons chez mon voisin , conservez » bien tout cela pour demain. >
El madame Bidault s'était élancée devant son miroir , en s'écriant : « Eh » vite, Marianne... ma robe fleur d'or- » range... mon chapeau à la jardi- » nière... ma collerette à points à jour... » je ne puis pas paraître devant ces s messieurs en négligé... Monsieur Bi- » dault, est-ce que vous ne vous babilil. 9
Çj8 SOEUR ANNE.
•» lez pas... — Ma foi, je vais passer » mon habil marron, voilà tout... fais d en sorte , Marianne , que le poisson » se conserve frais .... — Marianne , » cherchez-moi donc ma robe. »
M. Chamhertin est parii bien vite pour continuer sa tournée d'invitation, en recommandant à monsieur et à madame Bidault de ne point se faire attendre. La pauvre Marianne, pressée de tous les côtes, ne sait où donner de la lôte : elle va porter le chapeau à la jardinière à la cave , et accourt vers sa maîtresse avec son plat de poisson à la main. Enfin, après vingt minutes employées à courir pour madame et pour monsieur, les deux époux sont en état de se présenter devant l'illustre étranger. M. Bidault, qui compose des vers depuis qu'il a vendu sa charge, se fait un plaisir de causer poésie avecl'honime de lettres ; et madame Bidault qui se pique d'avoir le meilleur ton de l'en-