CHAPITRE V
<lroit , est enchantée de montrer son savoir vivre devant un grand seigneur.
En sortant de chez M. Bidault, M. Chambertin est aile chez Je maire , maislemaireestaux champs, il surveille ses travaux et ne reviendra que le soir. Chambertin court chez le notaire qui a succédé à Bidault, mais le notaire est à la chasse, et sa femme est occupée à faire des confitures qu'elle ne peut pas quitter.
Cependant le temps presse; Chambertin entre chez un ancien apothicaire de Lyon, qui s'est retiré dans une assez jolie maison qu'il a achetée à Allevard. Ce n'est pas un personnage fort distingué pour mettre en face d'un palatin, mais n'ayant pas le temps de choisir on s'en contentera • d'ail leurs, M. Fondant parle fort peu ; il ne dira pas de sottises.
Chambertin entre donc chez lui, et n'ayant pas le temps de bien s'expli-
lOO SŒUR ANNE.
qucr, se conieme de lui dire précipitamment : « Mon cher Fondant , j'ai » chez moi un grand palatin... de Po- » logne. .. je lui donne à dîner... venez, » je vous attends... et un homme de » lettres qui est helléniste incognito.... » Dépêchez-vous. . ce sont des person- » nages du premier ordre... nous dîne- » ions dans une demi-heure. »
Chambertin est parti. Il songe qu'il peut encore avoir son ami Frossard , maître de forges, et l'un des plus riches propriétaires des environs. 11 court chez lui. Le gros maître de forges est en train de. dîner ; il a déjà mangé le potage et le bœuf, lorsque Chambertin qui arrive tout en sueur dans la salle à manger , lui crie de loin :
« Arrête, Frossard... arrête... pas un » morceau de plus!... — Qu'est-ce à n dire ? » répond Je maître de forges en tenant son grand couteau levé sur un poulet gras qu'il s'apprête à découper.