CHAPITRE V. IO
veux, ce qui ne lui va plus bien 5 mais elle a mis ses boucles d'oreilles en brillans , et un superbe collier en perles fines, ce qui la rend très-séduisante aux yeux de Dubourg , qui va au-devant d'elle , et , en lui donnant la main , lui serre tendrement le bout des doigts; à quoi on répond par un demi-sourire, qu'accompagne un soupir étouffé.
M. Bidault s'est approché de M. Ménard qu'il juge être l'homme de lettres, et lui glisse quelques phrases du Parfait Notaire, qu'il accompagne de petits vers de l'Almanach des Muses. M. Ménard , qui, en voulant se modeler sur Dubcurg, prend quelquefois son ton suffisant , sourit à M. Bidault d'un air protecteur , en pronouçant avec emphase : Studia adolescentiam alunt , senectutem ob le étant ; et M. Bidault qui a oublié Cicéron en apprenant les cinq Codes, y répond en offrant à Ménard une prise de tabac.
Lunel , qui a passé une petite veste à l'augîaise avec laquelle il ressemble à un Limousin, vient annoncer que le dîner est servi.
Tout Je monde se lève. Dnbourg donne la main à madame Chambertin, M. Frossard a pris celle de madame Bidault; les autres suivent; M. Fondant ferme la marche.
On se rend dans une fort belle salie à manger. La table est servie avec somptuosité. Ménard remarque avec satisfaction qu'il y a quatre hors-d'œuvre , ce qui annonce toujours un dîner bien ordonné. On place M. le baron entre madame Bidault et madame Chambeitin ; mais c'est vers cette dernière que Dubourg se tourne le plus souvent, et la vive rougeur qui vient de temps à autre colorer les joues de la maîtresse de la maison , pourrait faire présumer que son illustre convive lui parle aussi par-dessous la table.
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Méuard est entre Bklauil et M. Fondant. L'un lui lâche par-ci, par-là, quelques vers à pistaches , l'autre se contente de lui verser constamment à boire , et M. Ménard se tourne plus souvent vers l'apothicaire que du côté de l'ancien notaire.
Au second service, Dnbourg , qui commence à être en train , parce qu'il a sablé assez lestement le Pomard de son hôte , se met à parler à tort et à travers de ses châteaux , de ses terres , de la Pologne et de la Bretagne ; il mèie les usages de Rennes avec les habitudes de Cracovie , et les productions de son pays avec les neiges des monts Krapaeh. Mais Ja société s toute émerveillée de ce qu'il dit, se contente d'ouvrir les yeux et les oreilles. Le gros Frossard trouve le baron de son goût, parce qu'il boit sec, et regarde Ménard comme un savant distingué, parce qu'il raisonne sur la manière d'aecom-
1 ÎO SOEUR ANNE.
moder chaque plat. M. Bidault est enchanté de trouver une occasion de faire le poète ; sa femme se croit une beauté parce que Dubourg lui a dit qu'elle avait un faux air de mademoiselle Scuderi ; M. Fondant est plus à son aise , parce que personne ne fait attention à lui; M. Cliamberiin est daus l'ivresse , parce qu'il a un grand seigneur à sa table , et madame Chambertin joue de la prunelle, parce que ce grand seigneur-là lui donne des coups de genoux très-fréquemment.
Vers les neuf heures du soir , on tâche de quitter la table. Tout le monde a voulu tenir tète à M. le baron , les uns par goût , les autres par politesse , ce qui fait que personne n'est solide sur ses jambes j les dames seules conservent leur tenue , car c'est rarement à table que les femmes perdent la tète.
Au milieu des vapeurs bachiques , Dubourg conserve assez de présence