CHAPITRE V. 1 I
Le mouvement de la voilure endori Ménard, et Dubonrg, n'ayant personne a qui parler, se dit à lui-même : «Celte » connaissance me sera fort agréable , » et variera un peu la monotonie de 5? notre séjour à Grenoble : ces bonnes » gens me croient un seigueur , il n'y » a pas graud mal à cela ; et je puis » bien en avoir la mine. Madame a Chamberlin a encore de la vivacité » dans le regard.... son mari a d'excel- » lent vin , une bonne table... Ce gros » maître de forges est riche comme un » Crésus , et il paraît qu'il aime à faire » sa partie. Ah ! morbleu , si j'avais » encore la caisse ! quelle occasion pour » réparer nos pertes... Je suis sur qu'il
» ne se doute pas du trictrac ! un
» homme comme cela perdrait cinq ou » six mille francs sans y faire atten- » tion... cl ce Frédéric qui nous laisse
» sans le sou qui passe son temps
» je ne sais où ! .... il faut absolument h. 10
Il4 SŒUR ANNE.
» que je sache ce qu'il fait tous les » jours... il faut bien que je veille sur » lui, puisque ce pauvre Ménard n'ose » rien lui dire. Joli surveillant que » M. le comte lui a donné Jà. »
On arrive à Grenoble fort tard. Ménard se réveille pour descendre de cabriolet. Quand Dubourg voit le vieux Lunel devant lui le chapeau à la main , il fouille, par habitude , dans son gousset ; mais ne trouvant rien dans aucune poche , il passe sa main sous le menton de Lunel, qui attend la pièce, et lui donne une petite lape surla joue, en lui disant: «C'est bien, Lunel... adieu, 'mon » ami , je suis fort content de toi !... » Le vieux joekey s'en retourne avec cela en marronnant tout le long du chemin : « Il est gentil le pourboire » du Polonais ! »