‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 229 sur 246 · CHAPITRE VIII. 2l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 2l

» a qu'un acteur du premier ordre qui » réunisse tout cela... vous l'êtes, vous » le nieriez en vain !...

» — Je vois, » dît Dubourgen souriant d'un air de fausse modestie, « qu'il est » difficile de vous cacher quelque chose.. » Nous avions pourtant bien résolu de » garder l'incognito, mon camarade et » moi...

» — Votre camarade !» s'écrie le petit homme en faisant un saut de joie ;

« monsieur serait aussi acteur ! —

» Premier taleut dans le genre lar- » moyant ; superbe dans le tragique, » et d'uu naturel outré dans la comé- » die, r> ditDubourg, en montrant Ménard, qui écoute tout cela comme quelqu'un qui entend parler une langue qu'il ne comprend pas. Mais M. Floridor ne le laisse pas dans cette immobilité ; il saule au cou de Dubourg, il saule au cou de Ménaid , il sauterait au cou de la servante si on ne l'arrêtait

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pas. « C'est le ciel qui les envoie ! » s'e'crie- t-il en courant comme un fou dans la chambre, a Ma salle ouvrira ! . .. » nous jouerons Phèdre , nous ferons » pleurer toute la ville !... avec le Devin » du village,! M. l'aubergiste , une

» bouteille de votre meilleur vin

» C'est moi qui ai l'honneur d'offrir à » souper aux deux artistes qui sont ici » incognito.

» — Qu'est- ce que cela veut dire? » dit tout bas Ménard à Dubourg. — « Cela » veut dire que nous sommes deux » premiers acteurs du roi de Pologne , » que ce petit bavard nous paye déjà à » souper , qu'il nous paiera bien uutre » chose, qu'il faut dire comme moi, » et tâcher de ne pas avoir l'air d'un m imbécille.— -Comment , M. le baron , » vous... moi... passer pour des ac-

» teurs —Monsieur Ménard, les

» acteurs sont des hommes faits comme » tous les autres j Roscius était admis

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>5 près de Sylla , Garrick est enterré » près des rois d'Angleterre , Molière » a été acteur, et n'en est pas moins un » grand homme, et deux des premiers m auteurs de n tre temps ont joué la » comédie , et n'en ont pas moins de » mérite pour cela. — Mais , M. le ba- »» ron , je ne l'ai jamais jouée. — Ni » moi non plus , mais ce n'est pas cela » qui m'effraie !.. — Mais si Ton sait cela, » que dira-t-on?- — On ne le saura » pas , puisque nous sommes ici in- *> cognito. — Maïs je n'ai pas de mé- » moire , et je ne retiendrai jamais un » rôle. — On vous soufflera. — Mais je » suis fort timide, et n'oserai jamais » paraître en public. — Quand vous *> aurez, du ronge et des mouches, vous » serez hardi comme un page. — Je » serai détestable. — Nous nons ferons » payer très-cher , et on nous trouvera

» excellent. — Mais — Ah ! mor-

» bleu , voilà assez de mais. Songez II. 19

» que tout ceci n'est que pour trois ou » quatre jours ; c'est une petite plaiy> sauterie qui ne tirera pas à consé- » quence , et nous fournira les moyens » d'attendre de nouveaux envois de » fonds. D'ailleurs, quand un homme » connue moi', un seigueur polonais , » un électeur palatin , se décide à faire » une chose pareille , je trouve bien » singulier qu'un roturier veuille lui » donner des leçons. Yous jouerez la » comédie avec moi, ou je vous aban- » donne à la colère du comte de Mon- » treville, dont vous ne saurez pas re- » trouver le iils. — Je la jouerai , M. le » barou. — C'est bien heureux. »

Pendant ce petit dialogue, M. Floridor a déjà couru dans la maison voisine où demeure le perruquier, pour lui apprendre que deux grands acteurs, dont il ne sait pas encore les noms, mais qui doivent être pleins de talens, puisqu'ils voyagent incognito, viennent d'arriver

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