‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 23 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

maison qui sait en faire ies honneurs.

Il va causer avec une vieille marquise qui est seule sur un sopha ; il court dire un mot galant à une dame qui ne danse pas , et trouve , chemin faisant , le temps d'adresser quelques complimens aux jeuues danseuses ; il fait circuler le punch et les glaces, il va jeter un coupd'ceil à une table d'écarté , et s'il faut tenir un pari , il est toujours prêt.

Mais que fait Frédéric appuyé contre cette cheminée ; il paraît donner toute son attention à la danse ; est-ce bien le quadrille qui l'occupe?.... et pourquoi , s'il ne songe qu'à regarder le;1 pas légers de celte jolie demoiselle , parait-il éprouver une souffrance secrète ? Oui , pour l'observateur , soi calme est affecté, le sourire qui viem errer sur ses lèvres lorsqu'on lui adresse, la parole, n'a rien de naturel... Frédéric est fortement préoccupé, mais ce n'es< pas de la danse ! A quelques pas de

4^ SOEUli ANNE.

lui est assise une jeune femme qui n'a que vingt ans au plus , quoiqu'elle soit mariée depuis trois ans à un notaire d'une soixantaine d'années, qui, dans ce moment, est dans le salon de l'écarté.

Madame Dernange est fort jolie, sa vivacité, sa parure, l'éclat de ses yeux , le brillant de son esprit , tout en elle éblouit : elle plaît, elle subjugue, elle enchaîne d'un coup-d'œil; mais comme elle connaît le pouvoir cle ses charmes , elle cherche sans cesse à augmenter le nombre de ses adorateurs. Mariée à seize ans, elle épousa M. Dernange sans avoir pour lui aucune préférence ; mais elle l'épousa avec joie. Il lui tardait d'être sa maîtresse et de se livrer à son penchant pour la coquetterie.

Avec un mari de près de soixante ans, elle était bien certaine de ne faire que ce qu'elle voudrait ; en effet , M. Dernange lui laisse liberté entière. On la voit à toutes les fêles, à

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