CHAPITRE II
lous les bals, dans toutes les réunions. Quelquefois son mari l'accompagne, mais plus souvent il va se coucher au moment où son épouse sort ; ce qui n'empêche pas qu'ils ne fassent fort bon ménage ; car il est très-facile de bien vivre avec sa femme : il ne faut pour cela que lui laisser faire toutes ses volontés.
M. Dernange est un mari qui sait vivre; il est enchanté de voir sa femme s'amuser. Beaucoup de gens assurent que la jeune épouse n'abuse point de sa confiance j cela est fort possible ; elle est fort coquette , mais les coquettes n'aiment personne ', cependant il ne faut pas trop s'y fier.
Frédéric n'a pu voir avec indifférence la brillante madame Dernange. D'un coup-d'œil elle a su l'enflammer, et d'un coup-d'œil elle s'est aperçue de sa victoire. Le jeune comte de Montreville n'était point une conquête à de'-
daigner ; madame DernaDge résolut de le fixera son char , et pour cela il ne lui fallut que quelques regards , quelques sourires, un léger serrement de main , de ces demi-mots dits d'une voix qui semble émue !.... et la coquette employait avec tant d'art tous ces moyens ! Elle n'aimait pas, et n'en savait que mieux se faire aimer. La personne qui aime réellement a bien plus de peine à plaire que celle qui n'aime point; car cette dernière sait user de tous ses avantages , tandis que l'autre, en voulant paraître aimable, n'est souvent que gauche et embarrassée. Kiuon a dit cela, et Ninon s'y connaissait.
Le pauvre Frédéric fut bien vile dupe de ce manège ; il se crut aimé , adoré !.... et pendant quelques jours il en perdit la tète. Mais à la soirée de son père 3 un jeune et brillant colonel avait élé présenté; c'était un homme que l'on citait pour ses bounes fortunes,