CHAPITRE VIII
et attache sur ses épaules Je large manteau couvert de poil de lapin, qui représente la peau de tigre; il se coiffe de la perruque, se barbouille de rouge, prend d'une main le fusil , de l'autre son mouchoir, et se dirige vers le théâtre, en recommandant à Ménard de se dépêcher, afin de ne point manquer son entrée.
La salle était pleine, ce qui pouvait produire une recette'de près de quatrevingts francs. Floridor était dans l'enchantement, il courait de sou trou sur le théâtre, et du théâtre redescendait dans son trou, le tout à la vue du public, car on ne passait point dessous le théâtre, et la toilequi servait de rideau était adaptée sur une tringle et se tirait de côté, comme le rideau d'une lanterne magique
Dubourg arrive en sueur, parce que le manteau, recouvert de peau de lapin, est très-lourd, et que la perruque
est énorme. Les comédiens poussent un cri d'admiration en le voyant arriver, a Qu'il est beau, s'écrient-ils de » toute part!... comme il représente «bien Hippolyte!.. — - Ah! je joue- » rai Phèdre d'inspiration!...» dit la femme du garde champélre, en lançant à Dubourg un regard enflammé ; mais comme Phèdre louche un peu et a un énorme nez plein de tabac, Hippolyle ne répond pas à cette œillade amoureuse. Il va tirer le rideau pour regarder dans la salle; au moment où il passe sa tète, un cri part de tous côtés : les dames ont cru voir un lion. Floridor sort de son trou et se tourne vers le public, en disant :« Je vous «avais bien annoncé que vous seriez »ravis, enchantés!... » et il applaudit avec force, les spectateurs en font autant, et Dubourg salue le public avec noblesse, puis se retire derrière le rideau.