‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 239 sur 246 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

en se baissant pour prendre Ja chandelle qu'elle mouche dans ses doigts avec beaucoup de grâce. « Tiens, » mon petit, voilà comment on fait » quand on a de l'instinct; » puis elle replace le bougeoir dans le trou.

Celte petite interruption ne plaît poiut au public qui a déjà murmuré de la dispute entre Hippolyte et la princesse; et un amateur qui est plus sévère que les autres, parce qu'il a vu jouer quelquefois à Grenoble, lance sur la scène une pomme de terre crue, qui va frapper l'œil gauche de Phèdre; la femme du garde -champêtre achève sa scène en pleurant, et le second acte se termine ainsi , faisant craindre l'approche d'un orage.

Floridor, qui sort de son trou après chaque ac*e, court sur le théâtre pour consoler Phèdre qui ne veut plus jouer; il lâche de ranimer ses acteurs en assurant que les derniers actes raccommo-

24o SŒUR ANNE.

deront tout ; il compte surtout sur l'apparition de Thésée que Ton n'a pas encore vu, et dont il attend un grand effet. Mais Thésée n'est pas arrivé et l'inquiétude est générale. « Que peul- » il lui être survenu ? Je cours à l'au- » berge , dit Dubourg, car ce retard » commence à me surprendre ; je vous » le ramène sur-le-champ. — Dépè- » chez-vous , lui crie Floridor , car si » nous faisions maintenant attendre le » public , Cela pourrait se gâter tout- • à-fait. »

Voyons pourquoi M. Ménard , si exact dans tout ce qu'il doit faire, n'est pas encore arrivé au théâtre. Apres le départ de Dubourg il s'est occupé de sa toilette, et ce n'est pas peu de chose pour un homme qui , n'ayant jamais été au bal , et ne s'étant jamais déguisé , portait depuis trente ans le même costume. Ménard examine dans tous les sens la tunique, le pantalon turc et le

Page 1