CHAPITRE II
pour .ses aventures galantes., un homme enfin qu'il était glorieux de compter au nombre de ses adorateurs , et madame Dernange s'était bien promis de faire cette nouvelle conquête.
Pauvre Frédéric! ce soir-là tu fus oublié ; ce n'est plus de toi que l'on s'occupe , c'est du beau colonel. On t'adresse encore parfois un tendre sourire ; mais tu aimes, tu es jaloux , et tu t'aperçois que les regards delà coquette se reportent ensuite sur celui qu'elle veut enchaîner.
Plusieurs fois le jeune homme s'est approché de la brillante Dernange j il voudrait lui faire voir qu'il s'aperçoit de sa perfidie ; mais la jeune femme se contente de lui dire eu souriant : «Qu'a- » vez-vous donc ce soir, M. de Mon- ^treville^ je vous trouve un air sérieux o qui est tout-à-fait drôle. »
Comme ces paroles sont consolantes pour un ? m a nt jaloux î Frédéric ne ré-
5o SOEUR ANNE.
poiid rien, il s'éloigne le dépit dans le cœur, tandis que la coquette rit aux éclats d'un joli mot dit par le colonel ou un autre de ses adorateurs.
Toute la soirée Frédéric a été sur les épines , et , vers la lin du bal , apercevant madame Dernange assise sur un sopha sur lequel le colonel vient aussi de se placer, il a été se mettre à quelques pas. Appuyé contre une cheminée il leur tourne le dos , et feint de s'occuper de la danse; niais il ne perd pas un mol de ce que l'on dit sur le sopha. Le colonel est aimable , galant , il fait sa cour à madame Dernange. Celle-ci fait usage de tout son esprit et minaude avec sa grâce habituelle. Elle rit si bien... Elle est si jolie, si séduisante
lorsqu'elle veut plaire! C'est un
échange continuel de complimens et de reparties spirituelles, pendant lequel ce pauvre Frédéric est tout en feu. S'il ne se retenait il provoquerait le colonel