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CHAPITRE VIII

« La fortune à mes vœux cesse d'être opposée , » Madame, et dans vos bras met

Le petit vieillard a levé la tête en entendant la voix de Ménard; il le regarde, l'examine long-temps avec surprise, et s'écrie enfin: a Est-il bien

» possible! c'est M. Ménard que je

» vois sous cet accoutrement. »

Ménard regarde le voyageur, et tesië saisi en reconnaissant le comte de Montreville , le père de Frédéric , dont les yeux expriment la colère, et qui, prenant Thésée par le bras, le fait rentrer brusquement dans sa chambre, se place devant lui, et, d'un ton fort sévère, commence à l'interroger.

« Que signifie tout ceci, M. Ménard?

» que veut dire ce lurban placé sur » votre tête, et ce costume jaune ave< » lequel vous avez l'air d'un échappe:

» des Petites-Maisons? — Monsieur le » comte... le jaune n'est point une cou-

» leur méprisable: à la Chine, les m marques de distinction sont les gilets 3) jaunes et les plumes de paon. — » Morbleu, Monsieur, laissez là les » Chinois, et répondez-moi: pourquoi » vous vois-je affublé ainsi? — Mon- » sieur le comte,... c'est que ce soir je » fais Thésée... — Vous faites Thé- » sée!... -— Oui, M. le comte,... dans » Phèdre que l'on va jouer. — Com- » ment, monsieur le préeepieur, vous » jouez la comédie 1 — Que voulez- » vous, M. le comte.,... les circons- » lances j.... d'ailleurs, Roscius était » admis chez Sylla,... Garrick est en- » terré à Westminster, et Molière....

» — Vous croyez-vous comparable à » ces hommes-là, Monsieur? est-ce y> pour jouer la comédie que je vous ai » placé près de mon fils? est-ce pour » cela (jue vous avez entrepris ce » vovage? avez-vous cru, ainsi que » Frédéric, que je serais long- temps

» votre dupe? Après quinze jours d'ab-

» sence vous avez mangé les huit mille

» francs que je vous ai remis... — Nous

» ne les avons pas mangés» monsieur

» le comte. — Silence, Monsieur. Je

» veux bien pardonner cette première

» folie. Je vous renvoie de l'argent; et

» au lieu de continuer vos voyages

» j'apprends que vous restez à Greno-

» ble, que c'est dans le Dauphinéque

» mon fils fait son tour d'Europe. —

» Le pays est superbe, monsieur le

» comte. — Je pars , je veux savoir

» moi-même ce qui vous retient dans

» ce pays. Je vais à Grenoble, je ne

» vous trouve pas;... je vous cherche

» inutilement dans les environs... En-

» lin, c'est ici, sous ce costume que

» je vous revois!... je ne m'y attendais

«pas, je l'avoue. Mais mon fils,... où

» est-il? esi-ce qu'il joue aussi la comé-

» die? — Non , monsieur le comte. —

» Où donc est- il?... parlez .. — Il esl

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» perdu, monsieur le comte... — Per- »du!... que voulez-vous dire!... rc- » ponciez doue , Monsieur. — C'est-à- » dire, monsieur le comte, qu'il n'est «qu'égaré. .. — Songez, Monsieur, »que je vous avais confié mon fils...

» — Nous le retrouverons, monsieur » le comte, M. le baron Potoski doit » envoyer des courriers dans toutes les » cours de l'Europe. — Qu'est-ce que » c'est que le baron Potoski? — C'est » un seigneur polonais,... un jeune «homme fort savant, qui est palatin » de Rava et de Sandomir, et a un » château superbe sur le mont Kra- » pach qu'il échauffe avec le gaz... — » Ali! pour le coup, je crois quils vous » ont rendu tout - à - fait imbéeille, » monsieur Ménard!... — Non, mou- » sieur le comte, je sais ce que je dis, » et je ne dis que la. vérité. — Où avez- 3) vous trouvé ce baron? — Nous l'a- » vous trouvé en route près de Paris,

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