‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 44 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

besoin de se ranger. Cependant , au moment où ils s'attendent à être dépassés parla beiline , elle vient frapper si rudement leur voiture , que la chaise de poste verse près d'un fossé, dans lequel M. Mcnard, que la secousse a fait sauter hors de la voiture , se laisse rouler en poussant de grands eris.

La berline s'est arrêtée. Le postillon de la chaise accable d'injures le postillon de la voilure, qu'il traite d'imbécille , d'ignorant et d'ivrogne , pour l'avoir accroché sur une route où trois voitures peuvent passer fort à l'aise. L'autre conducteur ne répond rien et se contente de rire , ce qui augmente la colère du postillon. Frédéric, qui n'est pas blessé, va près de M. Ménard , s'informer de son état. Celui-ci a eu plus de peur que de mal ; il se taie partout , rajuste sa perruque , et ne cesse de répéter que cette chute-là va troubler sa digestion.

Pendant ce temps , le conducteur de Ja berline est descendu de cheval ; après avoir parlé à la personne qu'il conduit, il s'avance le chapeau à la main , vers les voyageurs , qui sont encore dans le fossé , et s'excusant de sa maladresse , leur dit que le baron Ladislas Potoski , palatin de Rava et de Sandomir , leur fait demander la permission de venir s'informer lui-même de leur état, et leur offre tous les secours qui sont en son pouvoir.

En entendant le postillon décliner les noms et qualités du voyageur qu'il conduit , M. Mënard s'empresse de sortir du fossé, et de tirer hors de son gilet un bout de jabot que sa chute a un peu chiffonné.

« Dites à votre maître que nous som- » mes sensibles à sa politesse, répond » Frédéric, mais il est inutile qu'il se » dérange ; j'espère que tout ceci n'aura » pas de suites fâcheuses.

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