CHAPITRE V. 10g
pins, passant par-dessous la haie d'un jardin , dont en a fait une garenne , viennent de lemps à autre montrer leur tête, puis se sauvent effrayés par les aboiemens d'un gros dogue, qui semble chargé de surveiller la conduite de toutes les autres bêtes.
Ce n'est pas sans peine que la berline passe sous une mauvaise porte-charretière qui depuis long-temps ne se fermait plus. D'un côté, la roue enfonce dans une ornière 5 de l'autre, elle passe sur un tas de fumier , ce qui fait craindre un moment M. Ménard de voir verser la noble berline du palatin de Rava et surtout de verser avec elle.
Mais il en est quitte pour la peur. A l'arrivée de la voiture , les lapius et les pourceaux se sauvent ; les canards crient, les oies et les poules s'envolent , et le chien vient aboyer sous le nez des voyageurs; tandis qu'une douzaine de manans et autant de paysannes , qui
1IO SOEUR ANWE.
composent presque tout le village, sont venus se placer devant l'entrée de la cour, pourvoir les personnes qui vont descendre de voiture.
« Où diable me mcne-t-on ? » dit Fre'déric en mettant la lète à la portière et la retirant aussitôt , parce que la roue , en remuant la vase qui remplissait cet endroit, lui avait fait jeter une odeur qui ne devait point attirer les voyageurs.
« Il faut espérer que nous ne sommes » pas devant la cuisine , » dit M. Ménard en se bouchant le nez. « Ras- » surez-vous, Messieurs, dit Dubourg, » nous serons fort bien ici j vous savez » qu'il ne faut pas juger sur l'appa- » rence. Je me suis déjà arrêté dans » cette auberge , et je me souviens » qu'on y mange des gibelottes et t\es » omelettes excellentes. »
Quoiqu'il put paraître étonnant qu'un Palatin aimât des mets aussi communs,