CHAPITRE V
M. Ménard ne trouva plus la cour si laide; et, descendant après Dubourg, qui venait de sauter sur le fumier , il tourna les yeux de tous côtés pour tacher d'apercevoir la cuisine.
Le maître de l'auberge se présente, le bonnet sur l'oreille gauche et sans saluer les voyageurs ; car habitué a ne recevoir que des charretiers ou despaysans qui tiennent peu à la politesse, il a contracté une certaine familiarité avec tous les étrangers , et. l'aspect d'une voiture ne lui impose aucun respect , par la raison que ce ne sont pas de semblables voyageurs qui alimentent journellement sa maison.
Cet aubergiste est un petit homme de cinquante ans, qui boite un peu , et dont le nez bourgeonné semble accuser son intempérance.
« Allez-vous boire un coup, Mes- » sieurs ? » dit-il en s'adressant à Ménard qui, toujours le nez.au vent, tâche
de flairer le fumet d'une gibelotte , et auquel le ton de l'aubergiste paraît fort inconvenant.
«Allons, mon brave homme, dit «Dubourg, conduisez-nous dans votre » plus belle salle, nous venons coucher » et souper ici. Que l'on mette tout en » l'air!., que les broches tournent, que » le feu pétille, et que l'on nous serve » prompiement,
« Oui, » dit à son tour Ménard , en frappant d'un ton protecteur sur l'épaule de l'hôte; « et faites attention, » mon ami , que vous avez l'honneur » de recevoir chez vous M. le comte » Frédéric de Montreville , M. le baron » Ladislas Poloslti, palatin de Rava et » de Sandomir , et M. Benoît Mé- » nard , maître ès-arts et bachelier dis- » tingué.
» Je n'aurai jamais assez de place » pour loger tout ce monde-là , » dit l'aubergiste , tandis que Dubourg s'ap-