‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 59 sur 246 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» msoiens , ou vous pourriez vous en » repenlir.

» Vraiment !.... en voilà un qui veut » faire le méchant !

» Par grâce , M. le baron , » dit Ménard , en passant le bout de son nez à l'entrée de la salle, « que cela n'aille » pas plus loin.... ces Messieurs n'ont » certainement pas eu l'intention de —

» Tiens !... c'est un baron, » reprend un second marchand , » je l'ai pris pour » un fabricant de vulnéraire suisse , 9 avec son foulard en sautoir. — As-tu » vu leur voilure , dit un troisième; » c'est une vieille carriole à laquelle » je ne voudrais pas mettre mou » âne !

» Les misérables!.... parler ainsi de » la berline du roi Stanislas ! » dit Mcnard ', mais il murmure ces mots tellement bas , que personne ne se doute qu'il a parlé.

« Encore une fois , dit Dubourg ,

Il8 SŒUR ANNE.

» taisez-vous7 om nous vous appren- » drons à qui vous avez affaire.

» Vraiment , » disent les manans en brandissant leurs gourdins , « nous » pourrions ben te faire voir antre » chose !... »

Frédéric qui jusqu'alors avait gardé le silence , tire de sa poche une paire de pistolets et s'avançanl près de la table où sont établis les quatre buveurs :

« Messieurs , dit-il d'un ton fort caîme , » quel que soit le titre que nous por- » tions , nous sommes des hommes, et » nous saurons vous le prouver ; nous » ne sommes pas habitués à nous servir » de bâtons; mais voici qui rendra la » partie égale entre nous. Tout le » monde sait tirer un pistolet... Voyons » qui de vous commencera avec moi.

» Oui , » dit Dubourg en sortant à son tour de sa poche des pistolets d'un plus gros calibre , « et voilà pour celui » qui se présentera en second. »

A la vue des pistolets les marchands pâlissent et laissent tomber leurs gourdins ; les êtres qui abusent de leur force pour outrager ceux qu'ils jugent plus faibles qu'eux , deviennent en général fort lâches et fort sots devant de tels argumens.

Goton pousse de grands cris à l'aspect des armes à feu; l'aubergiste accourt en boitant, et M. Ménard , voulant reculer précipitamment dans le fond du couloir, où il ne fait pas clair, va se jeter sur l'hôtesse qui veuait à son tour savoir ce qui se passait dans la salle.

L'hôtesse, avec qui nous n'avons pas encore fait connaissance, était une petite femme d'une cinquantaine d'années, à peu près aussi large que haute. Depuis quelque temps son embonpoint s'était tellement accru , qu'elle n'allait qu'avec difficulté de son comptoir à sa cuisine, encore fallait- il qu'elle

eût. la précaution de saupoudrer certaine partie de sa personne avec de la farine , sans quoi madame se coupait en marchant comme les petits enfans.

Cette difficulté de faire mouvoir son individu , rendait l'hôtesse fort sédentaire ', elle passait presque toute sa vie assise dans un fauteuil que le charpentier de l'endroit avait fait d'une dimension capable de recevoir l'énorme surface de son centre de gravité. Cette manière de vivre, loin de diminuer son embonpoint, lui laissait au contraire faire chaque jour de rapides progrès.

Cela commençait à devenir inquiétant, et l'aubergiste, qui boitait, mettait cinq minutes à faire le tour de sa femme.

L'hôtesse avait entendu les cris de Goton, les exclamations de son mari, et, se doutant qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, elle avait quitté son large fauteuil et enfilé le corridor

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