‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 73 sur 246 · CHAPITRE V. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. l

une fâcheuse situation; c'est ce que la suite nous apprendra.

Ménard n'est pas au lit depuis cinq minutes, qu'il ronfle profondément.

« Bon, me voilà tranquille, » dit Dubourg, et prenant sa lumière, il descen'c doucement dans la cour. En passant devant la grande salle , il y jette un coup-d'œil : deux àes marchands forains sont endormis sur la table ; les deux autres boivent encore; mais tout fait présumer qu'ils ne larderont pas à en faire autant que leurs compagnons.

Dubourg va trouver son postillon, et lui mettant une pièce do cent sous dans la main, lui ordonne de partir surle-champ. £n un moment les chevaux sont mis, et la berline du noble palatin est loin de l'auberge et du village

« Mais comment que vous ferez donc » pour vous en retourner demain?» dit Goton, qui est venue rejoindre Dubourg dans la cour, et regarde la voi- 1. i3

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ture s'éloigner. «Oh ! nous avons une » autre voilure, une bonne chaise de » posie que l'on nous raccommode; » quant à ce que je viens de faire, je » t'apprendrai ce qu'il faudra dire, en- » tends- tu, Goton ? »

En disant cela, Dubourg glisse aussi deux pièces décent sous dans la poche de la servante, c'était plus que la pauvre filie n'en gagnait souvent en six mois dans sa misérable auberge, et la vue des deux pièces rondes la rend docile comme un agneau.

«Oh! çà suffit, » dit-elle, pendant que Dubourg entoure de ses bras ses robustes appas. «Ça suffit!... je dis ce ■ qu'on veut, moi, voyez-vous! d'ailleurs c/te voiture était à vous... et

©vous étiez ben le maître Ah!

ujarni! vous me chatouillez ! ne pin- » cez donc pas si fort!... oh! c'est » béte , çà.

» Où donc est ta chambre , Golon ?. . .

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» Ma chambre? Ah 1 j'ai pas de cham- » bre, moi!... je couche là-bas , tenez, «dans c'te petite étable, avec la va- « che... ah ! dam ! je n'ai qu'une grosse » paillasse à terre pour lit, parce que »l'été, la bourgeoise dit qu'on n'a pas be- » soin d'user des draps... oh ! d'ailleurs, » il ne fait pas froid là-dedans, Bebelle » me tient chaud. — Qu'est-ce que » c'est que Bebelle ? — - C'est not' vache, «donc!... oh! elle est si douce... Mais » comme i' pince?... ah! Dieu queu « pinceux vous faites... — Viens dans » la chambre , nous y serons mieux » pour causer... avec toi, Goton, l'é- » table devient un boudoir et la paille » de la plume! — Quoi que c'est qu'un «boudoir?... — Viens toujours, je te » l'apprendrai. — Et les marchands? — » Us n'ont plus besoin délai... n'ont- « ils pas payé leur dépense? — Oh » oui!... d'ailleurs not' maître les con- » naît. — En ce cas il est inutile que

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» tu veilles davantage. — Mais s'ils «avaient besoin de queuque chose... — » 11 y en a déjà deux qui dorment pro- » fondement; les deux autres ne vont »pas tarder à en faire autant. Viens, » te dis-je; c'est une sottise d'attendre » le jour pour eux... Tu as besoin de » dormir, Go ion... »

La servante était à demi-vaincue.

Elle ne résiste plus aux raisons de Dubourg et se laissj entraîner vers l'étable dans laquelle ils entrent tous deux, en tirant sur eux la porte tout contre; car l'étable ne se fermait qu'en dehors par un crochet de fer; mais la servante y dormait sans crainte, ne redoutant pas les voleurs.

Cependant un des marchands forains ne s'était pas endormi; Goton l'occupait aussi, et il attendait que ses compagnons fussent livrés au sommeil pour chercher à se rapprocher de la jolie servante. Cet homme avait— remarqué

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