‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 75 sur 246 · CHAPITRE V. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. l

son lit, où il se rendort sans être troublé davantage , parce que ce netaient ni des voleurs ni des lutins qui avaient fait ce vacarme dans sa chambre, mais tout simplement deux chats qui , trouvant Ja porte ouverte, étaient allés visiter leur demeure ordinaire. En se disputant un morceau de lapin , que monsieur le baron avait jeté sous la table , tout en assurant qu'il était excellent, les deux matous avaient renversé une chaise sur laquelle était un pot à l'eau, dont la chute les avait tellement effrayés eux-mêmes, qu'ils s'étaient sur-lechamp sauvés par l'escalier en abandonnant le sujet de la bataille.

Cependant le jour est venu. L'aubergiste quitte sa chaste moitié , qui se lève à six heures pour être habillée à neuf. Frédéric s'éveille, Ménard en fait autant et se retourne dans son lit , où il est fort mal à son aise par des raisons que vous devinez bien. Dubourg, qui

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n'a plus rien à apprendre à Goton , veut regagner sa chambre , et Goton a plus de peine que d'ordinaire à quitter sa paillasse, parce que les leçons de Dubourg l'ont fatiguée.

Mais c'est en vain que ce dernier veut sortir de l'élable. Depuis cinq minutes il pousse et secoue la porte qui ne s'ouvre pas.

a Goton... Goton, est-ce que tu as » fermé la porte , dit Dubourg. — Bah! » aile ne se ferme pas , répond la grosse » fille en se frottant les yeux. — Ce- » pendant je ne puis pas l'ouvrir... — » Poussez fort!... — Je pousse tant » que je peux, mais elle ne cède point. » — Ah ! que ces hommes de la ville » sont mignons ! » dit la servante en se levant ; elle va donner un grand coup de poing dans la porte qui ne s'ouvre pas davantage.

« Jarni ! faut qu'on ail mis le crochet » en dehors !... — Qui diable a pu nous

» jouer ee tour-là.. — Pardi ! çà 11e » peut être qu'un des marchands.....

» parce qu'ils me reluquaient , voyez- » vous!... et peut-être ben qu'ds au- » ront vu... que vous étiez là... — Je » n'ai pourtant pas envie de passer » ma journée dans l'élable... — J'vas » vous traire du lait... — Bien obligé!.. » — Vous me conterez queuque chose...

» -r Je ne sais plus rien... Cette odeur » de. vache... ce fumier me porte à la » tète!... — Eh ben ! tout à l'heure » vous disiez que c't'étabîe était un » petit.... comment donc... un petit » bouloir ben gentil avec moi... — Ah!

» tout à l'heure, et à présent c'est bien » différent!... Pour qu'un endroit nous » plaise , Goton , il faut que nous ne » soyons pas forcés d'y rester. Mais il » fait grand jour; si cette lucarne n'é- » tait pas si étroite../, on pourrait sortir » par-là... — Oh! gma pas moven...

» — Ah! quelle idée!... C'est cela ! il

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» faut tirer parti de la circonsîance...

» Approche cette pierre, Goton

» monte avec moi pour que nous soyons »à la hauteur de la lucarne.... et crie » comme moi... — Que je crie, quoi?

» — Ce que je crierai. »

Dubourg approche sa tête de l'ouverture que l'on a pratiquée au-dessus de la porte et se met à crier de toutes ses forces : «Au voleur !... au secours !.. ar- » rêtez la voiture!... au voleur !... » et Goton lui dit tout bas : « Où que sont » donc les voleux ? » Et Dubourg lui répète : « Veux-tu bien faire ce que je » te -dis.. . — Allons, j'vas crier, dit la » servante , pisque ça vous amuse.» El la grosse voix de Goton se mêlant à celle de Dubourg met en un moment toute la. maison et une partie du village sur pied.

L'aubergiste accourt aussi vite que le lui permet sa jambe gauche plus courte que la droite de deux pouces.

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