‹ Soeur AnneChapitre 16 sur 26 · II. lO · texte numérisé non relu

II. lO

] 10 SGEUR

Dubourg , et aperçoit , sous un ombrage e'pals , son e'iève ne'gligemment couché sur l'herbe , et tenant dans ses bras une jeune fîUe charmante, dont la tête repose contre le sein de son amant , et qui a ses deux bras passés autour de son cou.

«c Vous aviez raison, monsieurle baron, » dit Ménard , après un moment de surprise, u ce n'est point la Chartreuse!... ceci est » plus moderne... — Cette jeune fille me » paraît charmante!... — Et à moi aussi, » monsieur le baron. — Ce coquin de Fré- » déric... Ce n'est pas maladroit de trouver » un si joli minois dans ce lieu désert... 5» Pensez-vous encore qu'il fuit les femmes? » — Cela n'y ressemble pas , dans ce mo- )) ment. — Allez, monsieur Ménard, Frédé- )> rie , quoique sentimental , est un homme » comme un autre ; mais il faut aller lui » faire notre compliment... — Cela va le 5» déranger, monsieur le baron. — Parbleu! » puisqu'il passe ici ses journées , il a bien » le temps de faire l'amour. »

Dubourg et Ménard s'avancent ; au bruit

de leurs pas, Fréde'ric se retourne et les voit. La petite lève les yeux ; en apercevant les deux e'trangers , elle se presse davantage contre Frëde'ric , puis, cachant sa tête sur le sein de son amant, semble de cette place de'fîer tous les dangers.

« Bravo ! mOn cher Frédéric , bravo!... » dit Dubourg en riant. « Je conçois mainte- 3> nant pourquoi tu te lèves si matin!... )) Vraiment, ta conquête est charmante... :» et ce petit air sauvage ajoute encore au j) piquant de sa physionomie. »

La jeune muette, après avoir regardé un instant Dubourg , reporte les yeux sur Frédéric , et semble lui demander ce que cela veut dire.

Frédéric se lève... la petite en fait autant, elle court auprès de celui qu'elle aime et s'attache à lui, en regardant avec inquiétude les deux étrangers ; elle semble craindre qu'on ne vienne lui enlever son amant ; mais Frédéric la rassure , il l'embrasse tendrement , et l'engage à aller l'attendre dans le jardin de la chaumière. Sœur Anne a

de la peine à lui obe'ir , elle craint de le quitter... mais Fréde'ric lui promet de nouveau de la rejoindre bientôt. La main delà jeune fille de'signe les étrangers, et ses yeux lui disent : «t Tu n'iras pas avec eux. » Il l'embrasse encore , elle se calme et s'ëloigne enfin , non sans tourner souvent la tête pour regarder Fréde'ric avec amour , et les deux nouveaux venus avec tristesse.

<( Fort jolie... fort jolie, d'honneur, « répète Dubourg en la suivant des yeux. Et M. Ménard dit entre ses dents : «^ Si son M langage ressemble à son plumage , c'est » le phénix des hôtes de ces bois.

» — Que venez-vous chercher ici , Mes- » sieurs? î> dit Frédéric, en s'approchant d'eux avec humeur.

«t — Ce que nous venons chercher !.. toi , j) parbleu ! toi , qui nous abandonnes , qui » nous laisses sans argent dans une auberge, » pour venir dans les bois faire l'amour avec 1» une petite paysanne... fort gentille, j'en » conviens , mais qui ne devrait pas te faire » oublier ton ami et ton respectable pré- )) cepteur. »

ARiNE. 113

Frédéric ne répond rien , il paraît réfléchir profondément. « M. le comte , » dit M. Ménard en s'avançant avec respect vers Frédéric , « certainement il est permis à » tout homme d'être sensible : Adam le fut » avec Eve,... il est vrai qu'il ne pouvait )»,pas alors l'être avec d'autres; Abraham » le fut avec Agar ; David avec Bethzabée ; 5) Samsonavec Dalila; et puisqu'un homme 5> comme Samson a succombé, comment » pourrions-nous résister , nous , qui ne » sommes pas des Samsons?... mais cepen- 3» dant, M. le comte, est modus in rébus ; il 1) ne faut pas pour un nouvel attachement » oublier tout ce qu'on se doit , et descen- » dre du rang où le sort nous a placés. Or, 3» ce n'est pas pour aller vivre dans un bois 3) comme un sauvage, que M. le comte, 1» votre père , vous a laissé entreprendre ce 3) voyage... d'où je conclus...

— ). Mon cher M. Ménard, » dit enfin Frédéric en sortant de sa rêverie et sans paraître répondre au discours de son précepteur , « j'ai quelque chose de très-important à

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