‹ Soeur AnneChapitre 24 sur 26 · A!SSE · texte numérisé non relu

A!SSE

2» M. Boleslas veut bien le permettre... — )» Tout ce que vous voudrez ; les grands 3» taleus se permettent mille folies. — Non Il est magnum ingenium sine mixturâ demen- » tiœ, ditMe'nard. — Entendez- vous?.... c'est 1» du polonais , » dit le directeur à ses artistes.

On passe trois jours à faire des re'pëtitions, et le jour de la repre'sentation arrive. Me'nard ne sait par cœur que son entre'e , mais il la sait fort bien , et Dubourg lui a dit que cela suffisait. Ce dernier ne sait pas un mot de son rôle, mais il ne s'en inquiète nullement. Le matin de la repre'sentation il a soin de se faire payer d'avance les cent francs convenus avec Floridor, en lui disant que c'est l'usage en Pologne. Le petit directeur lui compte la somme, que Du bourg met dans sa poche.

On apporte à l'auberge les costumes qui doivent servir pour Phèdre. *( Est-ce qu'on 5> ne s'habille pas au the'âtre? )> demande Dubourg au directeur, «c — Nous n'avons « pas de loges pour cela , chacun s'habille II. \n.

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M chez soi ; mais comme il fait beau , cela î> n'a aucun inconvénient. — Il me faudra 3» donc traverser la ville en Hippolyte? — :» Le théâtre n'est qu'à deux pas de votre 3> auberge, et vous pouvez jouer ce rôle-là 5> en bottes, puisqu'Hippolyte est un chasî» seur. — C'est juste. — A défaut d'arc, que 3> nous n'avons pas, vous prendrez un vieux î» fusil, que je vous ai fait apporter ; la ba- 5> guette représentera les flèches. — C'est )» très-bien. — Quant à la perruque , je :» crois que vous serez content ; comme ^) il faut qu'Hippolyte ait des cheveux qui 3. tombent en boucles sur son cou , je 5) vous ai fait arranger une perruque à la 1» Louis XIV, qui remplira parfaitement ^) votre objet. »

Le directeur est parti, et Dubourg se fait habiller par Ménard , qui n'étant que du troisième acte , a tout le temps de faire sa toilette. Dubourg garde son pantalon noir, dans lequel sont les cent francs , que , de crainte d'événemens , il veut avoir sur lui, Il passe par-dessus un large pantalon

de nankin , met un gilet de piqué blanc , et attache sur ses e'paules le large manteau couvert de poil de lapin, qui représente la peau de tigre ; il se coifle de la perruque , se barbouille de rouge , prend d'une main le fusil , de l'autre son mouchoir , et se dirige vers le the'âtre, en recommandant à Mënard de se de'pêcher , afin de ne point manquer son entre'e.

La salle était pleine, ce qui pouvait produire une recette de près de quatre-vingts francs. Floridor était dans l'enchantement, il courait de son trou sur le the'âtre, et du the'âtre redescendait dans son trou, le tout à la vue du pubh'c , car ou ne passait point dessous le the'âtre , et la toile qui servait de rideau e'tait adaptée sur une tringle et se tirait de côté , comme le rideau d'une lanterne magique.

Dubourg arrive en sueur , parce que le manteau , recouvert de peau de lapin , est très-lourd, et que la perruque est e'norme. Les comédiens poussent un cri d'admiration en le voyant arriver. « Qu'il est beau, s'e-

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i> crient-ils de toute part!., comme il re- 5> pre'sente bien Hippolyteî.. — Ah! je )» jouerai Phèdre d'inspiration !.. » dit la femme du garde-champêtre , en lançant à Dubourg un regard enflamme'; mais comme Phèdre louche un peu et a un ënoroie nez plein de tabac, Hippolyte ne re'pond pas à cette œillade amoureuse. Il va tirer le rideau pour regarder dans la salle; au moment où il passe sa tête , un cri part de tous côte's : les dames ont cru voir un lion. Floridor sort de son trou et se tourne vers le public, en disant : « Je vous avais bien annoncé » que vous seriez ravis , enchante's !.. » et il applaudit avec force , les spectateurs en font autant , et Dubourg salue le public avec noblesse, puis se retire derrière le rideau.

Tout le monde est prêt. Phèdre a une robe à la Marie-Stuart, un bonnet à la folle et des mouches jusques sur le nez. OEnone, pour se donner l'air méchant, s'est habillée en rouge et en noir, et s'est fait une légère paire de moustaches , parce que Dubourg

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lui a dit que cela annoncerait une femme à caractère. Le compagnon menuisier, a, au contraire, sacrifie de naissans favoris pour repre'senter Aricie ; on lui a mis une robe de percale blanche et une guirlande de roses dans les cheveux , et il imite assez bien la voix de femme, tout en continuant de mâcher du tabac.

Le perruquier, qui faitThe'ramène, s'est coiffé à la François I", et a mis un costume espagnol, avec son sabre de garde national en guise d'e'pe'e. Quant aux deux autres confidentes, c'est Floridor, qui, de son trou, doit réciter leurs rôles. On n'attend plus que Thésée pour commencer, et il ne vient point , mais il n'est que du troisième acte. u Commençons toujours, dit le directeur, » le public s'impatiente , il ne faut pas le 1) faire attendre davantage ; Thésée sera » certainement arrivé avant le troisième » acte. — Il n'y a pas de doute, dit Dubourg^ » c'est sa toilette qui le retient. C'est un » homme très-sévère sur l'exactitude des » costumes, et il ne met pas une épingle qui )» ne soil de tradition. »

Le directeur , qui est à la fois souffleur , re'gisseur et machiniste , frappe les trois coups, puis tire le rideau, qui ne veut d'abord laisser voir que la moitié de la scène ; mais , avec le secours de deux spectateurs qui montent sur le théâtre , on parvient à le tirer entièrement. Alors M. Floridor descend dans son trou avec son bougeoir à la main et la pièce commence.

Lorsque Dubourg paraît en scène, s'enlortillant majestueusement dans son manteau, le public laisse échapper un murmure d'étonnement qui n'est pas précisément de l'admiration ; car, avec sa perruque, son rouge qui lui coule sur les joues , et son vieux fusil sur l'épaule, Dubourg n'est rien moins que beau. D'après la tête qu'on avait aperçue un moment , on avait présumé voir un bel homme, de haute stature ; mais au contraire le manteau l'écrasait, et Théramène , étant très-grand , le rapetissait encore. « C'est un Polonais, » se dit-on dans la salle, «c II est bien laid! disent les demoin selles ; mais on assure que c'est un grand 3) talent!... j»

Dubourg roule ses yeux d'une façon effrayante pour se donner de la physionomie; tandis que le malheureux The'ramène, dont la tête touche les frises, est obligé de se tenir courbe' pour que sa coiffure n'enlève pas les toiles d'araigne'es qui se trouvent au plafond du palais.

Dubourg, qui n'est pas timide, débite son rôle en criant comme un sourd, et gesticule avec tant de chaleur, qu'avant la fin de la première scène The'ramène a déjà reçu deux soufflets d'Hippolyte. Au troisième, le per. ruquier commence à se fâcher, et dit entre ses dents : u Sacrebleu, prenez donc garde !.. » si vous y allez de cette force-là , je serai )> comme une pomme cuite avant la fin de la » pièce. :> Mais le public trouve cette chaleur admirable; il applaudit, il crie bravo!... Dubourg va son train, et une femme enceinte, placée au parterre , est obligée de sortir , parce qu'elle craint que les contorsions d'Hippolyte ne la fassent accoucher.

Le premier acte marche assez bien ;• cependant le public montre un peu d'éton-

nement lorsqu'au lieu de voir arriver Panope , il entend le souffleur déclamer de son trou ; mais le rôle e'tant court , on passe par là-dessus. D'ailleurs Floridor , se tournant vers le parterre, dit : u Messieurs, » c'est ainsi que se jouent presque tous les 5) confidens dans les villes du troisième or- )) dre. »

Cependant The'sëe n'est pas encore arrivé. « Que diable fait-il donc à l'auberge? » dit Dubourg- , est-ce qu'il ne peut pas 5» mettre son costume? — Impossible, dit le )» directeur ; je lui ai donne' une tunique » jaune superbe et un pantalon de même » étoffe ; quant au diadème, il a un turban i» de même couleur qui m'a servi dans » Mahomet. • — Ha çà , Thèse'e sera donc » tout jaune? — C'est de tradition , et celle- » là ne se perd pas. Mais jouons encore )» le second acte ; il faut espe'rer qu'il arri- » vera. )»

On commence le second acte, qui ne va pas si bien que le premier. Aricie, da ns un moment de chaleur, ayant crache son tabac

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au nez Sl Hippolyte , celui-ci lui donne un coup de pied dans le derrière, pendant que son amante lui dit :

« Modérez des bontés dont l'excès m'embarrasse !..

)> — Cela vous apprendra à faire attention, 5) dit Dubourg. — Si je n'étais point en )) femme, je vous re'pondrais d'une autre » manière . )> dit le menuisier en lui montrant le poing. <t — Je vous conseille de vous )» tenir tranquille. )>

Floridor se hâte de sortir de son trou pour raccommoder Hippolyte et Aricie ; il parvient enfin à les apaiser, et la pièce continue. Mais un moment après , Duhourgétant en scène avec Phèdre , attend qu'on le souffle pour parler ; mais on ne souffle pas , parce que le directeur ne voit plus clair. Il crie avec force : u Des mouchettes!... » des mouchettes donc!... — Est-il béte! » M dit Phèdre en se baissant pour prendre la chandelle qu'elle mouche dans ses doigts avec beaucoup de grâce. »; Tiens, mon petit, )> voilà comment on fait quand on a de l'iu- II. 18

;> stinct ; d puis elle replace le bougeoir dans le trou.

Cette petite interruption ne plaît point au public qui a déjà murmuré de la dispute entre Hippolyte et la princesse ; et un amateur , qui est plus se'vère que les autres , parce qu'il a vu jouer quelquefois à Grenoble , lance sur la scène une pomme de terre crue , qui va frapper l'œil gauche de Phèdre ; la femme du garde-champêtre achève sa scène en pleurant , et le second acte se termine ainsi, faisant craindre l'approche d'un orage.

Floridor , qui sort de son trou après chaque acte, court sur le théâtre pour consoler Phèdre qui ne veut plus jouer; il tâche de ranimer ses acteurs en assurant que les derniers actes raccommoderont tout ; il compte surtout sur l'apparition de Thése'e que l'on n'a pas encore vu , et dont il attend un grand effet. Mais The'se'e n'est pas arrivé et l'inquiétude est générale. « Que )» peut-il lui être survenu? Je cours à l'au- » berge, dit Dubourg , car ce retard coni-

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3> mence à me surprendre ; je vous le ramène )) sur-le-champ. — De'pêchez-vous , lui crie )» Floridor, car si nous faisions maintenant 1» attendre le public, cela pourrait se gâter » tout à-fait. »

Voyons pourquoi M. Me'nard , si exact dans tout ce qu'il doit faire, n'est pas encore arrive' au the'âtre. Après le de'part de Dubourg , il s'est occupe' de sa toilette , et ce n'est pas peu de chose pour un homme qui, n'ayant jamais été au bal, et ne s'étant jamais déguisé, portait depuis trente ans le même costume. Me'nard examine dans tous les sens la tunique, le pantalon turc et le turban ; il a quelque peine à se décider à endosser ce vêtement jaune, et à mettre du fard sur ses joues vénérables ; il faut qu'il se rappelle à chaque instant Roscius, Garrick et Molière, pour ne point renoncer à jouer la comédie. Mais il a promis ; l'engagement est pris ; M. le baron, seigneur polonais, lui donne l'exemple,... il faut se plier à la circonstance.

Après s'être donné beaucoup de peine ,

il est parvenu enfin à se costumer en The'se'e. Il se mire , se sourit , ne se trouve plus si mal ; il s'échauffe en songeant qu'il va représenter le roi d'Athènes, repasse son rôle dans sa tête et surtout son entre'e , puis sort de sa chambre pour se rendre au théâtre en se disant: « sic fata volunt. »

Dans ce même moment un voyageur vient d'arriver à l'auberge dans une bonne voiture. Tout annonce un homme riche, un homme du grand monde. L'aubergiste s'empresse de lui demander ses ordres. Le voyageur , qui est un petit vieillard maigre , et dont la figure annonce la sévérité , s'informe d'un ton fort bref des voyageurs arrivés depuis peu dans la ville , et , après la réponse de l'hôte , s'écrie : « Je ne sau- )> rai donc pas ce qu'ils sont devenus !... ^) — Monsieur soupera-t-il ? demande l'au-

» bergiste. — Non, je n'ai pas faim

)> Qu'on ait soin de mes chevaux... Peut- » être repartirai-je bientôt ; donnez-moi » une chambre où je puisse être tranquille » un moment, n

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Le ton du voyageur ne permettait pas de faire la conversation. L'aubergiste s'empresse de prendre de la lumière et de conduire ce nouveau personnage. En montant Tescalier on se trouve face à face avec Me'nard , qui descendait majestueusement l'escalier en de'cl amant :

t( La fortune à mes vœux cesse d'être opposée , «Madame, et dans vos bras met 3»

Le petit vieillard a levé la tête en entendant la voix de Ménard ; il le regarde, l'examine long-temps avec surprise , et s'écrie enfin ; u Est-il bien possible!... c'est M. Me'nard » que je vois sous cet accoutrement. »

Me'nard regarde le voyageur , et reste saisi en reconnaissant le comte de Montreville i le père de Frëde'ric , dont les yeux expriment la colère, et qui, prenant Thésée par le bras , le fait entrer brusquement dans sa chambre , se place devant lui , et , d'un ton fort se'vère , commence à l'interroger.

« Que signifie tout ceci, M. Me'nard?

» que veut dire ce turban place' sur votre II. 18.

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» tête , et ce costume jaune avec lequel vous » avez l'air d'un échappe' des Petites-Mai- » sons? — Monsieur le comte... le jaune )) n'est point une couleur me'prisable : à la 5> Chine , les marques de distinction sont )» les gilets jaunes et les plumes de paon. — 3) Morbleu, monsieur, laissez là les Chinois, » et répondez-moi : pourquoi vous vois-je » affublé ainsi? — Monsieur le comte.... )) c'est que ce soir je fais Thésée... — Vous î) faites Thésée!... — Oui, M. le comte... 3) dans Phèdre que l'on va jouer. — Com- » ment, monsieur le précepteur, vous jouez » la comédie! — Que voulez- vous , M. le » comte,... les circonstances ;... d'ailleurs, » Roscius était admis chez Sylla .... Garrick » est enterré à Westminster, et Molière... » — Vous croyez-vous comparable à ces » hommes-là, monsieur? est-ce pour jouer » la comédie que je vous ai placé près de » mon fils? est-ce pour cela que vous avez » entrepris ce voyage? avez- vous cru , ainsi 3» que Frédéric, que je serais long-temps )) votre dupe ? Après quinze jours d'absence

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M VOUS avez mangé les huit mille francs que » je vous ai remis... — Nous ne les avons « pas manges , monsieur le comte. — Si- 0) lence , monsieur. Je veux pardonner cette » première folie. Je vous renvoie de l'arn gent , et au lieu de continuer vos voyages » j'apprends que vous restez à Grenoble , « que c'est dans le Dauphiné que mon fils :• fait son tour d'Europe. — Le pays est su- )» perbe, monsieur le comte. — Je pars , je » veux savoir moi-même ce qui vous retient » dans ce pays. Je vais à Grenoble, je ne » vous trouve pas ;... je vous cherche inu- )» tilement dans les environs... Enfin, c'est )» ici , sous ce costume que je vous revois!.. )> je ne m'y attendais pas , je l'avoue. Mais » mon fils,... où est-il? est-ce qu'il joue » aussi la come'die? — Non, monsieur le » comte. — Où donc est-il?... parlez... — )» Il est perdu , monsieur le comte... — Per- » du!... que voulez-vous dire?... répondez » donc, monsieur. — C'est-à-dire, monsieur » le comte, qu'il n'est qu'égaré... — Songez, » monsieur , que je vous avais confié mon

j) fils... — Nous le retrouverons , monsieur ). le comte; M. le baron Potoski doit en- 5) voyer des courriers dans toutes les cours î» de l'Europe. — Qu'est-ce que c'est que le :> baron Potoski? — C'est un seigneur po-

3> louais un jeune homme fort savant,

2» qui est palatin de Rava et de Sandomir, 1) et a un château superbe sur le mont Cra- )> pach qu'il échauffe avec le gaz... — Ah î 5) pour le coup , je crois qu'ils vous ont 3) rendu tout-à-fait imbe'cille , monsieur 3) Ménard!... — Non, monsieur le comte, )> je sais ce que je dis , et je ne dis que la )» ve'rite'. — Où avez vous trouve' ce baron? )) — Nous l'avons trouvé en route près de 3) Paris , par parenthèse il a renversé notre 3» voiture , et j'ai roulé dans un fossé. Mais 3) monsieur votre fils a retrouvé dans le ba- 3) ron Potoski un de ses intimes amis ; nous )) sommes montés dans la berline du roi 3) Stanislas, où j'occupais la place de Ja 3> princesse de Hongrie, et depuis ce temps )> nous avons toujours voyagé avec le ban ron. )»

Le comte de Montreville se promène dans la chambre en frappant du pied avec violence et en levant les yeux au ciel. Ménard est dans un coin , tenant son turban à la main et n'osant plus bouger. Après quelques tours dans la chambre , le comte revient vers lui.

» Et ce baron , qu'est-il devenu? — H fait 3> Hippolyte, monsieur le comte... il joue )» dans ce moment ,... et,... mais tenez , le » voici lui-même , monsieur le comte... »

Dans ce moment , en effet , Dubourg" entrait vivement dans la chambre en criant : « Allons donc , Thésée ! on vous atj» tend pour le troisième acte!... » Mais il s'arrête et reste immobile en apercevant le comte , qui s'écrie : u J'en étais sûr!... 3» c'est ce mauvais sujet de Dubourg !... »

A ces mots Ménard ouvre de grands yeux , et Dubourg se contente de faire une profonde salutation au père de Frédéric.

«f Allons, M. Ménard , suivez-moi , re- » prend le comte ; quittez ce costume que » vous ne deviez pas porter , et partons sur- » le-champ. »

Le pauvre précepteur ne se fait pas rëpe'ter cet ordre, en un moment il a jeté loin de lui la tunique et le pantalon ; il repasse son habit, prend son chapeau , et se présente humblement devant le comte qui dit à Dubourg :

« Quant à vous. Monsieur, dont la so- )» ciété a e'të si profitable pour mon fils, » songez que si bientôt je ne retrouve pas 3» Fréde'ric , c'est sur vous que retombera » ma colère... Suivez-moi , monsieur Mej» nard. »

En un instant le comte et le précepteur sont dans la voiture dont on n'avait pas encore dételé les chevaux , et ils s'éloignent de l'auberge, se dirigeant vers Grenoble, ville dans laquelle le comte espère avoir des nouvelles de son fils.

Cependant Dubourg, qui est resté un moment étourdi par ce qui vient de se passer , songe alors à ce qui peut lui arriver encore : le public attend Thésée , sans lequel on ne peut pas continuer la pièce , et le public de Voreppe ne paraît pas aimable

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