CHAPITRE III
Une journée dans Je bois
L'amour est le dieu qui charme le plus agre'ablementnosloisirs; il franchit l'espace, comble les distances , trompe le cours du temps. Jamais un amant ne s'ennuie, alors même qu'il n'est pas heureux. Les souvenirs, les projets, les espe'rances bercent continuellement un cœur amoureux. C'est le dieu de tous les pays et de toutes les classes ; il pe'nètre dans les chaumières, comme dans les palais. On aime aussi bien sur la fougère que sur le coussin le plus moelleux ; quelques personnes prétendent même qu'on aime mieux aux champs qu'à la ville ; du moins l'amour doit-il s'y montrer plus na- II. 3
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turel. Il n'est pas permis au montagnard , au bûcheron , au journalier ,.de s'occuper de beaux-arts , de projets de finances , de plans politiques ; il est permis à tout le monde d'aimer , et cela est fort heureux pour le genre humain. Je ne sais quel auteur a dit avec beaucoup de ve'rité ; <; Le » temps le plus heureux de la vie del'homme !> est celui qu'il passe à faire la cour à sa « maîtresse. )>
C'est bien dommage que ce temps soit si court!.. C'est probablement pour renouveler leur bonheur que les hommes changent souvent de maîtresse. Les femmes ne traitent pas l'amour si légèrement. C'est l'histoire de toute leur vie, et pour nous ce n'est qu'un roman.
Mais Frédéric est déjà arrivé dans la vallée où l'on dansait la veille, et qui est mainte- ' nant paisible comme tous les environs. Quelqueslaboureurs la traversent pour se rendre à leurs travaux ; quelques villageoises sont de loin en loin occupées dans des pièces de terre. Ici, le plaisir de la veille ne nuit point
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au travail du lendemain ; les bonnes gens se délassent en parlant des amusemens de la fête, qui ne doit revenir que dans un an ; mais ce temps passera vite pour eux : ils savent si bien l'employer !
Fre'dëric se dirige vers la petite alle'e de saules, il descend de cheval, l'attache à un arbre, et s'enfonce sous le feuillage. Il cherche la jeune fille sur les bords du ruisseau ; mais elle n'est pas à cette place où il l'a vue la veille. Il pénètre alors dans l'épaisseur du bois, il se rappelle ce que lui a dit son guide, et prend à gauche. Tout est calme , tranquille, le sombre feuillage des sapins laissje à peine pénétrer quelques rayons de jour. Enfin Frédéric se trouve dans une clairière, il monte une colline, et une chétive cabane s'oifre à sa vue.
Le bois avec lequel on a élevé cette misérable habitation , est en plusieurs endroits à demi pourri ; le toit de chaume menace ruine. Quelques palissades entourent un petit jardin , que l'on voit sur la droite de la chaumière; mais cette clôture est en partie
tombée. Fréde'ric sent son cœur se serrer à la vue de cette demeure qui annonce la pauvreté' , et la privation des premiers besoins de la vie.
« C'est là qu'elle demeure , » se dit-il , »t c'est là... que depuis l'âge de sept ans n elle a ve'cu dans la misère et la solitude !.. î> pauvre petite!... quand ton de'vouement » sublime, quand le malheur qui en fut la 0) suite, t'auraient me'rité l'hommage ge'néî) rai, tu n'as trouvé que cette cabane pour :) pleurer ton frère et tes parens. . . heureuse 5) encore de n'avoir pas ëte' sans asile et sans 3) pain!.. ^
Fre'de'ric s'est appuyé' contre un arbre ; il contemple la cabane ; son cœur est trop plein pour qu'il puisse avancer... il ne peut que soupirer et se dire encore : «( Elle 0) est là !... )»
Quelques minutes s'écoulent. Tout-àcoup la porte de la cabane s'entr'ouvre.... une jeune fille paraît sur le seuil de la porte et jette un regard dans le bois... c'est elle!.. La tristesse de ce lieu sauvage , le sombre
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aspect du bois, la pauvreté de cette chaumière., tout a disparu !.. La pre'sence de la jeune fille a sur-le-champ embelli ces lieux! .. La femme que l'on aime a un pouvoir bien grand ; elle communique son charme à tout ce qui l'entoure : auprès d'elle la caverne la plus sombre n'a rien d'effrayant , le site le plus sauvage paraît délicieux !
Sœur Anne est rentrée dans la cabane , elle en ressort bientôt conduisant quatre chèvres qui composent tout son troupeau. Une vache paraît dans le petit jardin, elle la caresse en passant et semble lui promettre de revenir bientôt. Puis, poussant ses chèvres vers une montagne, où l'herbe croît en abondance, la jeune muette marche lentement derrière son troupeau, la tête légèrement inclinée sur sa poitrine , ne la relevant que pour regarder si ses chèvres ne s'égarent point.
Frédéric est resté appuyé contre l'arbre
qui le cache presque entièrement , il n'a
pas perdu un seul mouvement de sœur
Anne. Lorsqu'elle se dirige vers la nionta-
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gne , il la suit doucement ; il brûle d'être auprès d'elle, de lui parler.... mais il craint de l'eflVayer en paraissant trop brusquement. Elle semble si timide, si craintive!., si elle allait encore se sauver...
Cependant elle vient s'asseoir sur un tertre de verdure 5 elle tire de sa panetière un morceau de pain bis et quelques figues ; elle va déjeuner. Fre'de'ric s'approche davantage... Bientôt il est tout près d'elle, et, au moment où elle tourne la tête pour chercher des yeux une de ses chèvres, c'est encore le jeune homme de la veille qu'elle aperçoit.
La j eune fille fait un mouvement qui semble plutôt cause par l'ëtonnement que par la frayeur , et d'ailleurs Fréde'ric n'avait rien d'effrayant : debout devant elle, mais paraissant lui-même inquiet et tremblant , ses regards e'taient tendres et craintifs, tous ses traits exprimaient la douceur et l'intérêt qu'elle lui inspirait.
Sœur Anne parait vouloir se lever pour s'éloigner : <; Ah! de grâce, >• lui dit Fré-
dëric, <c ne me fuyez pas, aimable fille!., je )> serais bien malheureux si je vous faisais » peur !... )>
La petite laisse échapper un aimable sourire, et secouant doucement la tête lui fait comprendre qu'elle n'e'prouve pas un tel sentiment.
«t Je vous ai vue hier au soir, sur les bords î) du ruisseau, n reprend Frédéric en se rapprochant d'elle. Sœur Anne le regarde et baisse la tête en souriant encore , comme pour lui dire qu'elle s'en souvient.
« Eh quoi 1 vous vous souvenez de moi ! 1) Mais vous , aimable enfant , vous n'êtes 5> pas un moment sortie de ma pensée. Pou- 3) vais-je ne pas être frappé à l'aspect de tant )) de grâces , en voyant des traits si char- !) mans? »
La petite l'écoute avec surprise ; tout oe qu'il lui dit est nouveau pour elle. Frédéric s'assied sur le gazon à quelques pas d'elle. Cette action étonne la jeune muette ; elle considère encore le jeune étranger avec une espèce de crainte, mais le sentiment qu'ex-
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priment ses regards rassure bien vite son cœur. Elle baisse les yeux... ; mais il est de'jà facile de lire dans ses traits naïfs, qu'elle attend avec curiosité queFre'de'ric lui parle de nouveau.
«( En vous voyant hier, » lui dit-il, j'ai 3> éprouve' pour vous le plus tendre inté- )» ret.... Mais combien il s'est accru encore M depuis que j'ai appris... Pauvre petite!... » Ah ! je connais votre triste situation! je » connais tous les malheurs qui vous ont » accablée ! )•
Les traits de la jeune muette prennent un caractère plus expressif, un souvenir déchirant semble l'agiter.... Elle pousse quelques gémissemens sourds, lève les yeux au ciel , puis les rebaisse vers la terre , et un torrent de larmes s'en échappe aussitôt.
Frédéric se rapproche d'elle. Il passe légèrement son bras autour de sœur Anne , et prend une de ses mains qu'il pose sur sou cœur.
« J'ai renouvelé vos chagrins, ^> lui dit-il, «; pai'donnez-moi... Que ne pui*je au coii^
)> traire vous les faire oublier en vous ren- )i dant heureuse! Pauvre enfant..., per- 3> mettez-moi d'essuyer vos larmes... Dès ce )) moment vous n'êtes plusseule sur la terre ; » vous posse'dez un ami... Il existe un cœur » qui re'pond au vôtre, qui, tant qu'il vivra, » ne battra que pour vous. Anne... chère » amie, permettez-moi de vous aimer... de j) partager vos peines, vos tourmens... de 5> penser sans cesse à vous... de vous voir » chaque jour... Ah!., ne me refusez pas » cette grâce... ou je serais bien plus mal- » heureux que vous. i>
Fréde'ric parlait avec feu ; l'amour l'animait et rendait sa voix encore plus tendre, ses regards encore plus séduisans. La jeune muette l'a écouté d'abord avec surprise.... un sentiment inconnu la trouble., elle veut retirer sa main... elle n'en a pas la force... Frédéric ne parle plus... et elle l'écoute encore...
Mais bientôt l'idée de sa situation , de sou malheur détruisent le charme qu'elle éprouvait. Elle jette sur Frédéric un triste
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regard , et reportant sur elle un regard plus amer encore , elle retire sa main , et , repoussant Fre'de'ric , en secoiiant la tête avec chagrin, semble lui dire : « Non, vous M ne pouvez pas m'aimer... je suis trop malj) heureuse. »
Fréde'ric la comprend : il presse de nouveau sa main sur son cœur , lui désigne sa cabane : «c Avec vous, » lui dit-il, u je sens » que je serais heureux d'habiter dans ces » boisî ))
Dans ce moment , le son d'une petite clochette se fait entendre. Ce signal avertit Anne que la vieille Marguerite est levée. Elle se hâte de rassembler ses chèvres et se dispose à reprendre le chemin de la cabane.
«t Reviendrez -vous? » lui dit Frédéric , «( ah ! que je vous voie encore aujour- » d'hui !.. . î)
Elle lui montre le soleil dont les rayons percent le feuillage, puis baisse la tête sur le revers de sa main.
«i Quand le soleil se couchera.... vous irez » au bord du ruisseau?... »
Sœur Anne lui fait signe que oui ; puis, poussant ses chèvres , elle regagne légèrement sa cabane. Mais avant d'y entrer elle tourne la tète, ses yeux se portent sur la place où elle a laisse' Fre'de'ric; elle lui sourit et disparaît. Ce sourire , ce regard transportent le jeune amant ; déjà il n'est plus un étranger, un inconnu pour sœur Anne ; cette ide'e l'enchante !... En amour il faut si peu pour rendre heureux !
Fréde'ric va prendre son cheval , mais retournera-t-il à Grenoble pour revenir le soir... Non, il lui semble plus naturel de rester au village, d'y faire un le'ger repas, puis de revenir rôder autour de la cabane, dont il a déjà tant de peine à s'éloigner. Peu lui importe ce que penseront et diront ses compagnons. Il faudra bien qu'ils s'accoutument à ses absences ; car Frédéric sent qu'il viendra souvent à Vizille , ou plutôt qu'il n'ira que rarement à Grenoble. C'est dans le bois qu'habite ce qu'il aime ; sœur Anne est déjà tout pour lui ; il ne songe plus à l'avenir, à son rang, aux projets de
son père ; il ne voit qu'elle , ne veut plus vivre que pour elle.... il est vrai que cet amour date de la veille , et que Fre'de'ric n'a que vingt-et-un ans.
Dans le village , où il va se reposer et déjeuner, c'est encore de sœur Anne qu'il parle ; et chacun se plaît à vanter ses vertus , sa douceur , sa sensibilité' ; mais les paysans ajoutent : «c La pauvre fille est bien )» à plaindre , elle court risque de rester » toujours dans sa misérable chaumière ; » car , qui voudrait d'une malheureuse )> muette ? »
Fre'de'ric sourit et se tait ; mais il pense qu'il a vu à Paris des femmes éblouissantes de charmes, d'attraits, de talens, de parures, et qu'il préfère à toutes la jeune muette du bois.
Le jeune homme trouve au village de quoi réparer ses forces ; il a fait donner à son cheval une ample ration, puis reprend avec lui le chemin du bois. Il attache son coursier à un arbre près du ruisseau et se dirige vers la cabane isolée.
Le soleil n'est encore qu'à moitié de sa course, mais Fréde'ric espère, en rôdant autour de la maisonnette, apercevoir sœur Anne, et cela lui donnera la patience d'attendre le soir.
En approchant de la palissade , qui sert de clôture au jardin et qui n'a que quatre pieds de haut , il est facile d'en connaître d'un coup-d'œil toute l'étendue : ce jardin est petit , mais on en a tiré tout le parti possible. Plusieurs arbres fruitiers, quelques ceps de vigne , des légumes , des fleurs , se mêlent et croissent ensemble dans cet étroit espace où la nature peut en liberté suivre tous ses caprices.
En avançant la tête, Frédéric aperçoit une vieille femme assise sous un figuier. Elle paraît fort âgée , mais sa figure vénérable annonce le calme, le repos de l'ame : Frédéric la considère quelques instans avec respect.... c'est elle qui a recueilli Anne, qui lui a tenu lieu de mère.
La figure de la bonne vieille s'épanouit : la jeune muette s'approche d'elle , tenant II. 4
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dans ses mains un vase de bois rempli de lait qu'elle vient placer sur les genoux de Marguerite. Celle-ci lui donne un petit coup sur la joue, en lui disant : «t C'est bien, 5> ma fille... c'est bien, ma chère enfant... » assieds-toi là, près de moi... Tu sais bien » que j'aime à te voir pendant que je fais » mon repas. . . d
La jeune fille se place aussitôt devant Marguerite ; elle semble e'pier ses moindres désirs , et , plus d'une fois , elle prend la main de la bonne vieille et la baise avec respect.
Fre'déric reste fixe' à la même place ; il passerait des heures entières à considérer ce tableau.
La vieille, après avoir terminé un repas composé de fruits et de lait, se lève, et avec l'aide de sœur Anne fait quelques tours dans le jardin. Frédéric se cache lorsqu'elles passent près de lui ; mais il remarque que la petite jette un coup-d'œil dans le bois et semble y chercher quelqu'un. Si ce regard était pour lui... ah ! qu'il serait heureux ;
son cœur en conçoit en secret l'espe'rance. Il est tente d'entrer dans le jardin, de courir se jeter aux pieds de la jolie muette... mais la pre'sence de Marguerite le retient.
Elles sont rentrées dans leur chaumière. Frëde'ric quitte cette place d'où il plongeait dans le jardin. Il va quelque temps errer dans le bois. Tout dans ces lieux lui retrace l'orpheline ; chaque arbre, chaque buisson lui parle d'elle... N'est-ce pas dans ce bois qu'elle habite depuis neuf ans? Ses pieds ont foule' ce gazon... et sans doute ses regards se sont aussi arréte's sur tout ce qui l'environne.
Fre'de'ric descend lentement auprès du ruisseau. Il s'assied à la place où il a vu sœur Anne pour la première fois. Elle ne peut encore venir de long-temps ; mais Fre'de'ric tire de sa poche ses tablettes ; il prend son crayon... Qu'ëcrit-il?... des vers pour sœur Anne : tous les amans ne sont-ils pas poètes? et les poètes ne sont-ils pas plus éloquens lorsqu'ils sont amans? On sait encore les vers que Tibulle a faits pour Délie ;
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Ovide a immortalise Julie ; Orphëe enchanta les enfers en chercliant Eurydice. C'est l'amour qui montait la lyre d'Anacréon; c'est lui qui inspirait Sapho. Les charmes de Lesbie enflammèrent la verve de Catulle , comme ceux de Cinthie rendirent plus délicats , plus passionnés les vers de Properce. N'est-ce pas aussi à Laure que Pétrarque doit une partie de sa gloire? sans elle , il eût été poète , mais aurait-il si bien peint l'amour ? Eucharis , Eléonore , nous vous devons les tendres élégies de Bertin , et les vers pleins de grâce de Parny.
Le temps passe bien vite lorsqu'on fait des vers pour ce qu'on aime : Frédéric , penché sur ses tablettes , écrivait encore. Un léger bruit se fait entendre,... il tourne la tête,... sœur Anne est derrière lui , et regarde avec curiosité ce qu'il fait. Elle rougit en se voyant surprise, mais Frédéric la rassure ; et , la faisant asseoir à ses côtés, lui lit ce qu'il vient de composer.
Sœur Anne ne savait pas ce que c'était
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que des vers ; mais dans ce que Frédéric lui lut , elle comprit ce qu'il voulait dire. Le cœur est la cJef de l'esprit chez les femmes de la nature ; c'est le contraire chez les femmes policées.
La jeune fille est déjà moins timide, moins embarrassée auprès de Frédéric ; à seize ans on fait Lien vite connaissance ; et plus ■vite encore lorsqu'on ne connaît ni les usages du monde ni les lois qu'il impose. Frédéric paraît si doux, si bon, si sensible? Il la plaint , il s'occupe d'elle , et la pauvre orpheline est tout étonnée qu'il y ait au monde une autre personne que Marguerite qui s'intéresse à son sort. Les habitaus du village lui témoignent de la compassion, de la pitié!.... mais ce sentiment a quelque chose de pénible pour celui qui en est l'objet. Ah! ce n'est pas cela qu'elle lit dans
les yeux de Frédéric Il lui parle avec
intérêt, la regarde avec tendresse, elle ne se trouve déjà plus aussi malheureuse.
Mais la nuit vient : ils sont encore assis II* 4*
près du ruisseau. H y a deux heures qu'ils sont là , ils ne s'en doutaient pas.
Anne se lève, et montre du doigt à Fre'déric son coursier qui l'attend; puis ses yeux inquiets se dirigent vers le village , vers le bois , vers les montagnes qui conduisent à la ville, et elles les reporte ensuite sur Fréde'ric. «( — Je vais à Grenoble, lui dit-il, c'est » là que je demeure maintenant avec deux )» amis, qui, peut-être, sont inquiets de ma » longue absence... Mais je reviendrai de-
:» main,.... je reviendrai tous les jours
)> Pourrais-je en passer un seul sans vous )» voir ! i>
La petite sourit et paraît plus contente ; elle le conduit jusqu'à son cheval ; Fre'de'ric presse sur ses lèvres la douce main de sœur Anne, et se décide enfin à reprendre le chemin de la ville. La jeune fille va jusqu'à la lisière du bois , afin de le suivre des yeux tant que le crépuscule le lui permet. Ce n'est que lorsqu'elle n'entend plus les pas du cheval qu'elle retourne vers sa demeure. Pensive, rêveuse, tout étonnée du senti-