‹ Soeur AnneChapitre 7 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comme on aime à vingt ans

«c D'où diable viens-tu? n dit Dubourg à Fre'de'ric , qui arrive à l'auberge au moment où ses deux compagnons allaient se mettre à table pour souper. « — Je viens de... par- » courir les environs. — Quelle manie as-tu )» de courir comme cela les champs? Est-ce » que tu vas recommencer ici la vie que tu îi menais à Lyon? — C'est possible. — Ce sera » fort amusant pour nous.Au moins, àLyon, 1) on pouvait varier ses plaisirs... voir du » monde... — Guides marquises deVersac, )) n'est-ce pas? — Mais ici!., nous connais- )» sons de'jà la ville par cœur. Encore si l'on )» pouvait faire quelques connaissances...

» s'introduire dans quelques sociétés... mais )» quand on n'a pas d'argent on n'ose se » présenter nulle part; cela vous donne un î> air gauche qui vous trahit tout de suite. » S'il faut, dans chaque ville où nous nous 0» arrêterons, que tu connaisses à fond tous » les arbres , tous les bosquets , tous les « points de vue , tous les rochers ; enfin » qu'il n'y ait pas un petit ruisseau devant 1» lequel tu ne te sois arrêté , nous n'arri- )> verons pas de dix ans en Italie!., et ta )) vie ne suffirait pas pour connaître la moi- )» tié de l'Europe!

» — Il est certain , dit M. Ménard , que la » réflexion de M. le baron me parait assez 5> judicieuse. Nous n'avançons guère plus )> vite que des tortues , si pan^a licet compo- 0) nere magnis. — Je te pardonnerais de visi- 3» ter Naples, Florence!., il est des monu' » mens qu'on ne peut trop contempler.

3» Admire le Colysée de Rome ou la Basilique » de Saint-Pierre ; va te promener sur le » mont Pausilippe ou sur le Vésuve , je ne « m'en étonnerai pas ; mais dans ce pays

^^ que vois-tu d'extraordinaire? il est pitto- « resque , romantique , c'est fort bien , mais 3> nous trouverons sur notre route des sites )) bien plus remarquables. Attends pour 3) t'extasier que tu sois 5ur les glaciers du )» Mont-Blanc , ou sur un rocher des Apen- )) nins ; mais ne reste pas toute une jour- )> ne'e en admiration devant un vieux mû- )) rier qui ombrage un petit ruisseau; car î) il y a partout des arbres , des bosquets , » des gazons et des fontaines. . . excepte' dans 5) les déserts de l'Afrique , mais nous n'irons 3> pas jusque-là.

» — Mon ami , dit Fréde'ric en souriant, « j'ai trouve ici ce que l'on chercherait 5> vainement ailleurs; ce qui vaut, à mes )> yeux , toutes les merveilles du monde. »

En disant ces mots , Fre'déric rentre dans sa chambre se livrer au repos , sans répondre à Dubourg qui lui crie : « Dis-nous

)> donc ce que tu as trouve? Q^^ <1'^*

5» ble peut- il avoir trouve', M. Me'nard? i> — Je cherche, M. le baron. — Ah ! si 3» c'e'tait le porte-feuille qu'on m'a volé à

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