‹ Soir d'automneChapitre 2 sur 4 · LA MUSE · texte numérisé non relu

LA MUSE

C'est moi qui suis venue à cetto heure bénie Où sur tous les buissons ton Âme rajeunic Comme l'oisean so pose pour chanter; Car la Muse aime aussi la vie et la jeunesse, L'enthousiasme saint, les élans et l'ivresse, Tout ec qui ravit l'âme et l’aide à remonter.

Je relève aussitôt l’homme faible qui tombe ;

Je verse à flots pressés dans son cœur qui succomhe

Commo un baume divin, la consolation.

On m'appelait la Muse avant de me connaître ;

Tn n'as qu'à m'appeler pour me voir apparaitre : Je suis la Grâce et l’nspiration !

Ta t'enivres un jour du vin de la jeunesse ;

Demain fondra sur toi la stérile tristesse

Etouffant de son poids les élans généreux,

Ton inutile ardeur ne poursuit que desombres,

Et tes espoirs déçus couvrent de leurs décomhres L'objet vrai de tes vœux,

A ta vie, à ton nom, ne mens plus à Poëte; Surtout ne mens plus à ton cœur.

Encorc ce matin, brisé, le front rêveur,

Tu marchais dans les bois ot ta voix inquiète

Appclait en tremblant la voix qui la ropète

Et lui répond toujours avec tant de douceur.

Insensé ! cette voix c’est l'écho, c'est ton rêve

Qui s’émeut et qui pleure en ton cœur endormi

Et tu crois que le chant qu'il commence s’achèvo

Sur les lèvres d'un ami,

Et depuis quel long temps te penchant près de l'onde, Et n’y voyant que toi, ne penses-tu pas voir

Dans le cristal menteur quelqu'un qui te réponde

Et s'approche du bord quand tu t'y viens asscoir.

Hélas ! ce n’est qu'une ombre, en ton ivresse amère, Que tu vois souriant dans ce miroir profond ;

Qui tend ses bras tremblants à ton ombre éphémère, Et dont le front brûlant s'approche de ton front.

Partout, toujours, eu toute chose, Tu penses voir un abri pour ton cœur; Une fraiche espérance où l'âme se repose, Où l'homme plus heureux devient aussi meilleur,

Dans un ciol pâle ot sans nuagso Où tremble encor l'adiou du jour, Dans une pauvre fleur sauvage, Dans un beau cantique d'amour ; Dans un mot do charité sainte Tombant des lèvres d'Ariel, Dans une âme pure où la plainte Expire en regardant le ciel ;

Dans tout tu vois un reflet de lumière Echappé des splondours des cieux ; Et tu te dis combien doit être radieux Cet immortel foyer de la beauté première Qui projette cos flots de rayons lumineux.

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l'u rocherches la voix des concerts séraphiques

Dans les accents pieux qui naissont de l'autcl, Quand les crépuscules magiques,

Déployant au couchant leurs richesses fécriques,

fomme une autre face du ciel,

Font surgir à tes yeux des fontaines d’eau vive,

Des fleuves dans leur lit roulant des diamants,

Des rochers de saphirs, des îles dont la rive

Découpe en traits de feu les flots étincelants ;

Tu sous so réveiller ot s'émouvoir ton âme ;

Tu trembles et comprends que tu n'es qu'un banni, E6 tu voudrais sur des ailes de flamme

Traverser en vainqueur ces champs de l'infini.

Poëte, il faut donner l'essor à la prière, Remonter en chantant vers la source première Où l’astre souverain rajeunit sa beauté ;

EL faut planer et boire à des flots d'harmonie, Et courir librement sur l'aile du génio

Dans les champs de l’espace et de l'éternité.

Tu t’approches de la fontaine

Où vient boire le cœur humain, Comme un vase portant ton âme dans ta main, Tu penses la remplir de cette onde sercine Et noyer une soif qui s’apaise soudain.

Mais l'âme immense et souveraine

Fut faite si grande aux Six jours, Qu'alors même qu'on croit qu'elle est tout à fuit pleine Elle se creuse encore et demande toujours.

Elle n’a pas de fin, ta belle âme immortelle ; L'immensité de Dieu scule peut la remplir.

Et de tout ce qui tombe en elle Sa soif ne saurait s’assouvir.

Nou, nou, ne cherche pas la triste poésie,

Ni le Beau des mortels, ni l’astre, ni la fleur ; Ni la pathère antique écumant d'ambroisie, Versant la paix des sons et l'ivresse du cœür,

TT L'amour sans lendemain n’est pas de cette terre. L'hommo emporte en mourant son rêve dans la nuit ; Il ne laisse de vrai que le cœur de sa mère, Il n’emporte de bon que son päle suairo,

[U" le reste est menteur, lui promet ct lc fuit.

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Mais cherche la Beauté pure, vrai, idéale,

Nous n’en voyons ici qu’un reflet fugitif ;

Mais même en paraissant sous son jour le plus pale, Elle fait éclater, brûlante ot triomphale,

L'hymne de liberté dans le cœur du captif.

Voilà, voilà l'amour fidèle !

Lo seul être consolateur !

Ja source qui toujours croit ct se renouvelle Selon que croît aussi la soif de notre cœur.

Elle est profusion, grandeur, magnificence !

Le pardon qui descend remonte incessamment ; Et grossissant ses flots dans cette source immense, Il retombe toujours, merveilleuse abondance, D'autant plus généreux que l'oubli fat plns grand,

Ce pardon est top baut à la nature humaine, L'homme peut bion donner, Dieu seul sait par-donner Ressentant comme toi les anneaux de sa chaîne, L'homme dans le passé pout bion abandonner

Le souvenir du mal dont il est le complice ;

Mais c’est du Seignour seul un attribut divin

De donner au-delà de ce que sa justice

Avait remis pour nous de bienfaits dans sa main.

Et lorsque refoulant les plaintes de ton être, Tendant toujours les bras aux miragos trompours, Comme un oiseau d'hiver qui bat à la fenêtre

Tu passes mendiant un mot de tous los cœurs ;

Lorsqu'enfin l'âme vide et le visage pâle,

Tu reviens de nouveau, bien avant dans la nuit, L'asscoir plus triste encor dans ton sombre réduit ; Dis-moi, d’où vient alors le vent qui par rafale | L’apporte son essaim d’anges consolateurs, Comme l’on voit parfois sur la brise automnalc

Revenir de l'été quelques oiseaux chanteurs ?

D'où descend donc la main qui change ta tristesse Eu transports de félicité ?

Qui, soulevant le poids du tourmont qui l'opprosse,

. Taisse ton triste cœnr respirer la gaîté ?

cm 13 —

Qui remplit ta mansarde sombre

De chastes visions, de subtile clarté, D'archanges purs et beaux te souriant dans l'ombre Et sans voile à tes yeux déconvrant leur beauté ?

Et lorsque nul ami ne vient ouvrir ta porto,

Quelle est la voix qui dit avec bonté :—

— “ Enfant la paix que je t’apporte Vaut bien lour hospitalité ?”

Poëte, il faut chanter ce Dieu que tout adore. Le cœur humain doit comme une mandore

Suspendue aux rameaux le soir,

Tressaillir d’un écho sonore Quand un souffle d’en haut passe et vient l'émouvoir,

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