‹ Soirées à CorbeilChapitre 26 sur 59 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

PAUL DESVERSINS, HERVEY.

HBRVET, cherchant dans l'obscurité.

Paul!... Mais réponds-moi d^nc!... Je te sais là. Henriette m'a conjuré de ne pas t'abandonner à toi-même. Quel enfantillage d'éteindre ainsi les lumières !

PAUL DESVERSINS.

Laisse-moi, je souffre !... Je ne mérite pas que ton amitié s'intéresse à mes souffrances . HERVEY, le saisissant.

Tu me gardes rancune ! . . . Est-ce pour cet incompréhensible exil dont, le premier, j'ai

tant souffert? En vérité,'tes brusqueries

me déconcertent, et je m'embarrasse auf»*è6 de toi. Je me demande si j'ai ta conûance, et je cherche pourquoi j'en aurais démérité. —

Digiti

LB8 DEUX MABIS.

Nous sommes des hommes ; parlons en hommes! — Lorsque j'ai des ennuis, je vais à toi; c'est indigne que tu me taises les tiens. — L'argent?... — Paul, ma hourse est la tienne. D'ailleurs, tes hons avis ont triplé ma fortune; et, même en partageant, tu sais bien que je te reste redevable. — Ce n'est pas cela!... — Est-ce la médiocrité qui lasse ton courage, en te disputant l'estime privilégiée des coteries?.... Mais la foule et tes amis qui battent des mains, est-ce que cela ne te venge pas des injures de quelques feuilletons et des sots ricanemens de l'Institut. — Non ! — Serait-ce un amour malheureux? — (Paul trèsêaille et se cache dans les bras d'Hervey. ) — Ah !.. . J'ai ton secret. . . — Eh bien, Paul, méprise la femme indigne qui ne t'a pas compris. Faut-il désespérer pour une erreur?... Veuxtu fuir, lorsque nos devoirs deviennent, pour toi plus doux, pour nous plus sacrés. Les consolations de l'amitié, nous te les offrons !.... L'amitié, c'est ta lumière, c'est ton élément et ta vie. Mon Henriette te cherchera quelque femme comme elle. — Ah ! je sens enfin couler tes larmes! — Pleure, Paul! pleure! il ne faut pas rougir de cela. Les hommes se

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fi

LU BKUX MABI8.

sont donné la douleur! mais Dieu nous a donné les larmes. — Pleure ! — J'étais oppressé de ton abandon !.... Je suis heureux^ je pleure avec toi.

FAUL DisTiRSiif 8, d'uHe votx étouffèe.

Je me sens accablé, mourant... Laisse-moi! — Va les rejoindre. — Pourquoi me suis-je venu jeter à travers vos amusemens ?

■KRVKT.

Des amusemens ! .. . Tu sais le cas que j'en fais, surtout auprès de ces gens-là. — Ils courent, ils voguent; laissons -les. Par un prétexte, je m'en suis débarrassé. Mille choses me blessent ici , et, de plus en plus, me démontrent que tes susceptibilités devinaient juste. — Dans cette société pourrie de belles maximes et de mensonges, dès que l'on tient à la loyauté des âmes, il faut se réfugier dans l'isolement. Depuis que je me sais chez ce Léon, les pieds me grillent d'en sortir. Sans le respect humain qui m'y cloue, je partirais à l'instant. Je tremble d'aller au delà de tes préventions et de ne pouvoir éviter quelque funeste lumière. Tu sais, Paul, combien le mépris est lourd sur lecceur?.^. Cet air m'é-

LEB DEUX HJlIttS.

loiifTep — En restant près de toi, j'évite peut' être de surprendre dans la transpare née de leurs mœurs le lecret qui déterminerait une rupture. ^ Et puis Ton nous croit en affaires; on ne viendra pas nous troubler.

PAFL qisyehsins.

Tu te trompes f .. , j^eu tends accourir» Je ne veux pas que Ton me voie ainsi.

QEKVET.

Tais-toit — C'est Ernestine, et quelqu'un la suit.

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