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comme un nouveau protégé du maître, n'était autre qu'un garnisaire installé par l'autorité civile. Jules avait dérobé les poursuites à la connaissance de sa femme. Ce fut M. de Yervelles qui les sauva de celte avanie, malgré les résistances d'Ernestine. Elle trembla de devoir un semblable service à cet homme; il ne triompha des scrupules de Finfortunée que par un geste de désespoir. Le stupide Jules baisa les mains de son bienfaiteur. M. de Yervelles resta deux mois sans oser reparaître.
Rappelé par Jules, inquiet pour la santé de sa femme, M. de Yervelles revint : il avait vieilli de dix ans.
Pauvres âmes !
Ainsi que Jules, Blanchard reparut, avec je ne sais quel projet de montagnes égyptiennes ou chinoises, dont il traînait le devis dans sa poche. Il ne fallait qu'un demi-million pour en gagner deux fois autant dans le cours de l'année par les fêtes hebdomadaires, où la bonne société de Paris se donnerait infailliblement des rendez-vous pour applaiidir aux prodiges de la pyrotechnie. On pourrait d'ailleurs utiliser le local à tout moment : 1 21.
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par exemple, au moyen d*un athénée ou d'un assaut de maîtres d'armes dans le jour, et d'une salle de concert à la brune. Un théâtre, des eaux, le plus riche parterre, un tir, un manège, tout marchait de front avec des proportions colossales. Un pépiniériste fou^ nissait le terrain, je ne sais où. Des entrepreneurs demandaient à s'inscrire comme actionnaires; il ne fallait plus que le premier sou, et ce serait une mine d'or. Nos spéculateurs en avaient perdu le sommeil.
Un soir, M. de Vervelles, rassuré sur la convalescence d'Ernestine, inquiète pourtant de son fils, alors malade, s'apercevant que Jules, mandé par Blanchard, paraissait oublier de congédier son h6te ( minuit venait de sonner à la pendule), se leva respectueusement avec la crainte d'être importun. En se retirant, il crut devoir frapper à la porte du cabinet oiî les deux amis supputaient à peu près tous les soirs les chances de quelques récentes chimères. D'ailleurs il lui restait une prescription assez délicate à donner dans l'intérêt de la santé d'Ernestine. On nfe répondit pas. Le docteur, en écoutant, crût saisir un bruit sinistre. Il ouvrit brusque-
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ment la porte, Tappartement flamblait
A quatre jours de là, sur les deux heures de la nuit, un fiacre s'arrêtait contre les planches qui barricadaient une démolition. — Ce ne peut être qu'ici, dit le cocher en ouvrant la portière avec une sorte d'humeur; et je commence à me lasser de tous trimballer de la sorte. Descendez. Je veux qu'on me paye!
Quatre hommes descendirent.
— Il est ivre, le drêle, disait le premier, en faisant sifBer sa cravache.
— Je crois que notre Automédon a perdu la tète, s'écriait Jules.
— Encore si cette maison était bâtie, ajoutait Blanchard, je concevrais que le sot put s'y méprendre.
— Il faut qu'il se soit trompé de rue, murmurait un autre.
Pendant ce brouhaha , des gens du voisinage se mirent aux fenêtres.
— Comment! c'est vous, monsieur Jules Debray?
— Moi-même, mes amis.
— Quel bonheur! On vous croyait mort dans l'incendie.
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— L'incendie ! répéta Jules avec épouvante. Qu'est devenue ma femme?
— Vous ne le savez pas?s'écria-t-onàla ronde.
— Oh ! vous me faites mourir !
-^ Jésus , mon Dieu ! elle doit être bien malade, la pauvre femme ! Elle est à la ferme de Fromainville , chez la nourrice de votre petit.
Au point du jour, Jules Debray faisait résonner à tour de bras la cloche de la ferme , et se trouvait comme une apparition au chevet de sa femme. Elle s'évanouit à plusieurs reprises , elle tomba dans une crise épileptique.
Pour la première fois, Jules venait d'abandonner sans ménagement ses amis pour sa femme. Ces messieurs comptaient sur lui cependant. Le cocher réclamait son argent, et Ton parlait de le battre. Je connais des bourgeois qui ont emprunté ce style aux marquis de la régence. Du reste, on ne bat personne : c'est tout simplement une fleur de rhétorique. Une patrouille mit le holà; ils passèrent la nuit au violon...
Quand M. de Vervelles accourut, il déclara
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quTrnestine n'avait pas deux jours à vivre. Puis, sous l'empire d'une émotion dont il ne songeait plus à régler la violence, il traîna le misérable Jules dans la cour.
— 11 faut que je vous le dise avant qu'elle meure, monsieur, lui cria-t-il; c'est vous qui l'avez tuée, c'est vous ! Cet ange méritait de tomber dans des mains pures ; son malheur a voulu qu'elle tombât dans les vôtres. Songez-y bien, quand elle ne sera plus, si vous vous avisez de reparaître devant moi , vrai comme il ne pouvait y avoir qu'une Ernestîne dans le monde, et que, seul, vous pouviez être son bourreau, il faudra, monsieur, que je prenne votre vie ou que vous preniez ma vie. Comprenez-vous que je l'aime autant que je vous méprise, et que vous me faites horreur? le comprenez-vous?
— Je le comprends, dit Jules avec un geste profond et pénétré ; et, ma parole d'honneur, vous avez raison !
Qui croirait qu'après cela Jules trouva le moyen d'ajouter une bonne action de plus à toutes ses infamies?.... La plume tombe des mains.
Ecoutez.
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Blanchard, au bout de quarante-huit heures, avait retrouvé les traces de Jules. Un motif urgent ramenait. Des valets de ferme arrachèrent Jules au chevet d'Ernestine.
Abrégeons les détails de la conférence. Le frère , le propre frère de Blanchard , venait d'être arrêté. C'était pour un vol de confiance dans la maison de banque dont il tenait les livres. Après avoir perdu tout au jeu, il avait falsifié les registres. Le petit gredin allait passer sous la coupe du procureur du roi. Toutefois les intéressés consentaient à se désister de la plainte si le rem* boursement était immédiat. Chaque minute devenait pk'écieuse : on n'avait qu'un délai de deux jours. Blanchard, qui frappait partout, venait prendre la signature de Jules pour soulever les grands obstacles. Jules la lui donna. Ce n'était pas tout , cette signature pouvait être insuffisante. — Si mon nom va devant les tribunaux, je me casse la tête, disait Blanchard. Écoute, je réunirai A ,000 francs, c'est encore mille écus dont j'ai besoin. Mon ami, usons de nos dernières ressources, mais sauvons Fhonneur.
Blanchard disait cela sérieusement.
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Jules pensa qu'il s'adresserait à M. de Vervelles...
Il pressa la main de Blanchard, qui partit.
Mais Jules n'osa rien dire à M • de Yervel les .
D'ailleurs Ernestîne tomba dans les dernières crises de son agonie. L'idée de Blanchard et de ses terreurs s'effaça dans ce spectacle déchirant.
Le père Debray venait d'arriver à la hâte, sur un mot du docteur, amenant avec lui les premiers médecins de la capitale. La consultation fut longue, ardente, inutile. Après trente heures de délire qui brisèrent les témoins les plus indifférons, Ernest ine eut un éclair de raison. Sur sa prière, on lui apporta son fils : elle l'inonda de ses larmes, baptême d'agonie sur la fragilité du malheureux, qui devenait orphelin.
— Qu'il meure, dit- elle d'une voix vibrante, qu'il meure s'il doit être malheureux comme sa mère I
Puis, malgré les pleurs qui brillaient sur son visage, après avoir souri à son beau-pèr^, désolé vieillard qui la suppliait de vivre, et passé les doigts dans les cheveux de Jules, dont la physionomie bouleversée faisait peur :
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— Je n'ai plus à te pardonner qu'une fois, disait-elle.
C'était sa confession qu'elle venait de faire.
De Yervelles étendit Ernestine sur l'oreiller et l'embrassa....
Elle était morte.
Je passe sur le désespoir de tous les té-» moins, mes yeux se voilent.
Au milieu de ces bons paysans agenouillés et tenant leurs livres de prières, près de quelques cierges mourans auprès de la morte, i M. de Yervelles et le beau-père dans un au^ | tre corps de logis avec l'enfant, tandis que Jules pousse des rugissemens de tigre en couvrant d'inutiles baisers les pieds froids de son Ernestine, voilà que Blanchard se préci* pite dans la salle. .
— Rien, rien! crie-t-il en se frappant la tète.
— Tu vois ! lui dit Jules en désignant sa femme.
— Je suis perdu ! reprend l'énergumène; je n'ai plus que ton secours à espérer dans ce monde. Mon nom sera diiSamé devant les tribunaux si tu ne me sauves.
— Mon Ernestine est morte, mon pauvre Blanchard !
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— C'çst affreux, je te plains! Mais Jules, tu n'as pas pu m'oublier, n'est-ce pas ?
— Pardonne -le -moi! Comprends ce qui m'accable : tant de douleurs m'ont frappé que j'en ai perdu la tète. Pardonne-le-moi !
— Jules, mon cher Jules, le procifreur du roi ne pardonne pas, lui ! Prends pitié de Blanchard! J'ai su que ton père se trouvait ici : cours près de ton père et fais un dernier effort.
Jules réfléchit, et, se posant une main sur le front:
— Attends-moi.
Et il s'élance après avoir fait un mouvement significatif pour rassurer Blanchard*
Dix minutes après Blanchard emportait ses mille écus.
Le lendemain son frère sortait de prison.
Vous me demanderez sous quel prétexte Jules avait obtenu cette somme dans un semblable moment, lorsque chacun était à sa douleur, à travers ces préoccupations de mort?...
Rien de plus simple.
C'était en demandant à son père, au nom de la tendresse que méritait Ernestine, de lui
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faire élever un tombeau $ur-le-champ, dans le jardin même de la ferme.
Ces raille écus, c'était le prix du tombeau d'Emestine. . .
Elle en a un pourtant : une simple pierre, | mais déshonorée par ces mots : San inconiolahle époux...
Le surlendemain Jules recevait les remerctmens du frère de Blanchard. '
Assez!....
Vous n'avez pas besoin sans doute que je | vous dise le reste de la vie de cet homme.