PRATIQUE DE LA COMMUNION
Est-il à propos de se préparer à la communion quelques jours avant de la recevoir f — Il est très à propos de se préparer à la communion, pendant quelques jours, par la prière, le recueillement et le retranchement des plaisirs même permis.
Pourquoi est-il à propos de se préparer ainsi à la communion ? — Parce que de même qu'il convient d'employer quelques jours pour préparer un appartement destiné à recevoir un grand personnage, à plus orle raison est-il juste d'employer au moins quelques jours pour recevoir dignement le Seigneur du ciel et de la terre. — Gomment prépare-l-on un appartement pour y recevoir un grand roi ? — On l'approprie de son
mieux, on y met de beaux meubles, et on ferme laporte pour empêcher les curieux d'y entrer.
Comment le chrétien doit-il préparer son cœur pour y recevoir son Dieu ? — De la même manière : il doit purifier son cœur, en ôter toute espèce de péchés, les affections terrestres et toutes les imperfections qui peuvent s'y trouver; c'est ce qu'il fait par la confession, par des actes de mortification et de pénitence, et aussi par la prière, en excitant dans son cœur les plus vifs sentiments de contrition. — De quoi peut-il orner son cœur? — De toutes les vertus chrétiennes, — S'il ne les possède pas, que fera-t-il ? — De même qu'un pauvre s'adresse à un riche pour emprunter les meubles qui ornent son appartement pour l'arrivée d'un roi, ainsi un chrétien doit s'adresser à Jésus-Christ, à la sainte Vierge, aux Anges et aux Saints pour obtenir une part de leurs mérites et de leurs vertus qui orneront son âme pour la communion; c'est pourquoi il doit prier beaucoup et avec ferveur. — Pourquoi doit-il être recueilli ? — Parce qu'on doit fermer la porte d'un appartement qu'on vient d'approprier et d'orner, de crainte que des curieux ne viennent le salir.
Comment faut-il passer la veille et le matin du jour où l'on doit communier ? — Il faut veiller sur ses sens, détourner son esprit des objets qui pourraient le distraire, et ne s'occuper que de la grande action qu'on va faire. — Quelles pratiques peuvent aider à communier avec ferveur ? — Il faut : 1° faire chaque communion avec le même zèle que la première, et avec la même précaution que si elle devait être la dernière de la vie ; 2° penser qu'il n'y a aucune communion dont on ne doive rendre à Dieu un compte rigoureux; 3'^ se proposer, en communiant, de glorifier Dieu, lui offrir dans ce but tous les mérites de Jésus-Christ, l'adorer avec Jésus-Christ, le remercier et lui demander pardon
avec Jésus-Christ ; 4° demander tant pour soi que pour les autres, les vertus chrétiennes et les dons du Saint- Esprit, l'extirpation de quelque vice, la victoire dans les tentations, la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes du purgatoire; o^ accompagner chaque communion de quelque mortification ; 6° désirer de communier souvent et le faire avec de très bonnes dispositions.
Dans quel temps surtout doit-on s" exciter à la dévotion du cœur ? — Cest à la messe où. Von doit communier, et lorsqu'on se présente à la sainte table, qu'il faut surtout s'exciter à la dévotion du cœur.
Convient-il d'entendre la messe avant de communier? — Oui, à moins qu'on en soit empêché par la maladie ou par toute autre cause légitime. — Pourquoi convient-il d'entendre la messe avant de communier ? — Parce que la communion étant la participation au sacrifice et à la victime qui a été ofterte, fintention de Dieu et de TÉglise demande qu'on assiste d'abord au sacrifice et qu'ensuite on y participe.
De quoi doit-on s'occuper pendant la messe où l'on doit communier ? — On doit suivre avec attention l'ordinaire de la messe, ou réciter avec dévotion quelques actes propres à exciter dans le cœur de vifs sentiments de.piété, admirer la bonté de Jésus-Christ, qui non content de s'être livré à la mort de la croix pour être le prix de notre rédemption, veut bien s'offrir encore pour nous en sacrifice, et se donner à nous dans l'Eucharistie pour être la nourriture de nos âmes. On peut aussi prier avec ferveur la très sainte Vierge qu'elle nous obtienne de Dieu des dispositions aussi parfaites que celles qu'elle avait elle-même en communiant — En ([uel temps de la messe doit-on se présenter à la communion ? — Aussitôt après la communion du prêtre.
Que devons-nous faire pour nous exciter à la dévo-
tien du cœur ? — Nous devons réfléchir sur notre indignité, sur la grandeur et la bonté de Dieu, et sur le besoin que nous avons de ses grâces. Si le chrétien est bien convaincu: 1° de sa bassesse etde sa pauvreté; 2-^ de la grandeur et de la bonté de Dieu ; son cœur produira comme de lui-rnême tous les actes préparatoires à la communion, il dira à Dieu: Que suis-je, Seigneur, pour oser m'approcher de vous? Un misérable pécheur qui n'a cessé de vous off'enser, un néant révolté, undémon; et vous ne vous contentez pas de me pardonner, vous m'invitez à m'asseoir à votre table ! Que ne diraiton pas d'un roi qui, après avoir pardonné à des sujets rebelles, les ferait encore asseoir à sa table? Et cependant cène sont que des hommes égaux devant vous. Mais que suis-je et qu'êtes-vous, Seigneur, vous, le Tout- Puissant, l'Éternel, le Créateur du ciel et de la terre, devant qui les anges se prosternent en tremblant? 0 mon Dieu ! oserais-je bien me présenter devant vous ? Ah ! purifiez mon cœur et rendez-le digne de vous recevoir. Mais, Seigneur, voyez ma misère, elle est bien grande; je suis si infirme, si pauvre, si aveugle; venez guérir toutes mes infirmités. — Si l'esprit est incapable de faire ces réflexions, il faut se servir d'un livre de piété et lire très lentement et avec beaucoup d'attention ce qui concerne la préparations la communion.
Gomment faut-il se présenter à la sainte Table?— Avec beaucoup de modestie et de respect. — Que pensez-vous des personnes qui communient avec un vêtement négligé qu'elles ne portent pas dans leurs visites? — Elles manquent essentiellement au respect qu'elles doivent à Jésus-Christ, et il est à craindre qu'elles n'aient pas les dispositions convenables pour communier.
Gomment doit-on tenir la nappe de communion ? — Il faut l'étendre de manière que si la sainte Hostie
échappait de la main du prêtre, elle fût retenue sur la nappe. — Comment doit-on tenir la tête et les yeux? — On doit avoir les yeux baissés, la tête droite et immobile. — Dans quelles dispositions faut-il être pendant qu'on récite le Confiteor ? — Il faut s'humilier, se reconnaître coupable et demander pardon à Dieu.
Que faii-on immédiatement avant de communier ? — Avant de communier, on adore Jésus-Christ et Von dit intérieurement: Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.
Comment faut-il recevoir la sainte Hostie ? — Il faut ouvrir la bouche médiocrement et avancer un peu la langue sur la lèvre inférieure. — Qu'est-ce à dire médiocrement ? — Ni trop, ni trop peu, de peur que le prêtre ne soit obligé de toucher avec ses doigts les lèvres ou la langue du communiant, qui les humecteraient, et que quelques parcelles qui s'y attacheraient ne vinssent ensuite à tomber à terre sans que personne ne s'en aperçût. — Que dit le prêtre en donnant la sainte Hostie ? — « Que le corps de Notre-Seigneur garde votre âme pour la vie éternelle ; » et l'on doit répondre au fond du cœur: Ainsi-soit-il.
Quand on a reçu la sainte Hostie, que faut-il faire? — On ferme doucement la bouche, dès qu'on a reçu la sainte Hostie; on la laisse s'humecter un peu, puis on l'avale aussitôt avec respect. — Pourquoi doit-on fermer doucement la bouche ? —Parce que si l'on y mettait trop de précipitation, outre l'espèce d'indécence qu'il y aurait, on exposerait la sainte Hostie à s'attacher au palais, ou même à être froissée ce qui ôterait la facilité de l'avaler. — Pourquoi ne doit-on laisser s'humecter qu'un peu la sainte Hostie ? — Parce que, si on la laissait longtemps dans la bouche avant de l'avaler, cela donnerait lieu à l'altération des espèces
et l'on s'exposerait à ne pas communier sacramentellement. — Celui qui communie doit-il s'inquiéter si le prêtre lai donne deux hosties ou seulement la moitié d'une ? — Non on ne reçoit ni plus ni moins dans un cas que dans l'autre.
Que faut-il faire, si l'hostie s'attache au palais ?— Il faut la détacher doucement avec la langue sans y porter les doigts.— Peut-on cracher aussitôt après la communion ? — Non, il faut s'en ahstenir par respect pour le sacrement, et pour ne pas s'exposer au danger de rejeter quelques parcelles de la sainte Hostie. — Est-ce un grand péché que de cracher par mégarde ? — Non, il ne faudrait pas s'inquiéter, parce que les crachats ne sortent pas de l'estomac, mais de la poitrine.— Convient-il de faire des prières vocales immédiatement avant ou après la communion ? — Il vaut mieux se recueillir pendant quelque temps et prier d'esprit et de cœur.
Que devons-nous faire après avoir communié ? — Nous devons nous retirer de la sainte table avec respect, nous bien pénétrer de la présence de Jésus- Christ^ le remercier, V adorer en nous-mêmes, nous offrir à lui, le prier d'établir sa demeure en nous et renouveler nos bonnes résolutions.
Combien de temps Jésus-Christ demeure-t-il en nous après la communion ? — Il y demeure par sa présence réelle et corporelle, jusqu'à ce que les espèces soient altérées, et il y demeure toujours par son esprit et par sa grâce, à moins que nous le chassions par le péché mortel. — Expliquez ceci par une comparaison ? — De même que le feu demeure dans des charbons ardents, jusqu'à ce qu'ils soient consumés, et que la chaleur qu'ils renfermaient passe dans le fer qui se trouvait au milieu d'eux, ainsi Jésus-Christ demeure dans les saintes espèces, tant qu'elles ne sont pas altérées, puis
m QUATORZIÈME SOIRÉE.
il s'unit à l'âme pour lui communiquer la vie divine.
Quels actes faut-il faire après la communion ? — Des actes de remerciement, d'adoration, d'offrande, de confiance et de résolution. — Pourquoi faut-il faire des actes de remerciement ? — Parce qu'un bienfait aussi ineffable exige la reconnaissance la plus vive, et que Jésus-Christ, après avoir communié avec ses apôtres, a dit avec eux une hymne d'actions de grâces. — Que dirait-on de celui qui recevrait un trésor ou un royaume sans en témoigner sa reconnaissance ? — Il serait considéré comme un monstre d'ingratitude. — Quel bienfait peut-on comparer à celui de la communion ? — II n'y a rien au ciel et sur la terre qui lui soit comparable, puisque par elle Dieu lui-même se donne tout entier à nous.
Pourquoi devons-nous faire un acte d'adoration? — Parce que si Dieu mérite nos hommages en tout temps et en tous lieux, nous devons les lui rendre plus particulièrement, quand il est substantiellement présent dans notre cœur. — Et pourquoi un acte d'offrande ?— Parce qu'il n'y a rien de plus juste que nous nous offrions à Dieu et nous nous donnions à lui tout entiers au moment même où il se donne tout entier à nous.
Pourquoi devons-nous faire un acte de confiance ? —Parce que, ayant reçu le plus grand des bienfaits, nous devons tout espérer de Dieu et que nous pouvons lui rendre un culte digne de lui. — Comment cela ? — Parce que, en recevant Jésus-Christ dans la communion, nous devenons comme les propriétaires des mérites de Jésus-Christ, et nous nous présentons devant lui avec confiance, puisque nous pouvons l'adorer, l'aimer, le remercier et lui demander pardon en Jésus-Christ, par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, c'est-à-dire que nous rendons à Dieu un culte infini. — Que devonsnous dire à Dieu ? — Seigneur, je ne suis qu'un misé-
rable, et tout ce que je puis faire n'est pas digne de vous; mais dans ce moment que Jésus-Christ s'est donné à moi et que je le possède en toute propriété, je vous l'offre avec tous ses mérites ; je vous adore avec ses adorations, je vous loue avec ses louanges, je vous bénis avec ses bénédictions, je vous demande pardon avec lui et en lui, je vous remercie avec ses remerciem.ents, je vous aime avec son amour, je vous prie avec ses prières, etc. 11 convient encore de lui offrir les mérites de la sainte Vierge, de tous les Anges, de tous les Saints qui ont existé et qui existeront, toutes les bonnes œuvres qui ont été faites, qui se font et se feront dans le monde jusqu'à la fin des siècles.
Ne devons-nous pas aussi faire des demandes à Jésus-Christ? — Oui, et il faut lui demander beaucoup. Prions-le de nous accorder, à nous et à toutss les personnes qui nous sont chères, les vertus chrétiennes et les dons du Saint-Esprit, et toutes les grâces dont nous avons besoin pour l'aimer et le servir fidèlement toute notre vie.
Quel moyen devons-nous prendre pour bien faire Taction de grâces après la communion ?— Nous devons nous représenter aux pieds de Jésus-Christ, comme les Mages, quand ils l'ont adoré dans l'étable ; comme Madeleine, quand elle a arrosé de ses larmes les pieds du même Sauveur, ou qu'elle a assisté à sa mort sur la croix; comme Zachée, lorsqu'il eut le bonheur de recevoir Jésus-Christ dans sa maison ; comme Tauguste Marie, lorsqu'elle portait Jésus dans son sein ; comme les boiteux, les aveugles, les sourds et tous les infirmes, quand ils demandaient leur guérison au Sauveur.
Que faire si, après la communion, l'âme est dans la sécheresse et ne trouve rien à dire à Jésus-Christ? — 11 faut se tenir humblement aux pieds de Jésus-Christ, réciter avec attention le Te Deum, le cantique de la
sainte Vierge, Magnificat, l'Oraison Dominicale, la Salutation Angélique, ou bien quelques autres prières qu'on trouve dans presque tous les livres pour l'action de grâces après la communion.
Comment doit-on passer les jours où l'on a eu le bonheur de communier? — On doit passer les jours de communion avec beaucoup plus de piété, de recueillement et de fidélité à tous ses devoirs qu'aucun autre jour.
Un excellent chrétien, obligé de vivre dans le monde, rapportait sa vie entière à la communion. 11 communiait tous les dimanches ; et se préparait les trois derniers jours de la semaine ; et les trois premiers étaient consacrés à l'action de grâces.
Le jeudi, il ranimait sa foi sur la présence réelle et disait sans cesse : « Mon Dieu, je crois sur votre parole ; augmentez ma foi, je vous adore. »
Le vendredi, il s'humiliait, demandait pardon et espérait: « Mon Dieu, j"espère en vous, vous ne mépriserez pas mon cœur ; il est humilié et brisé de douleur. »
Le samedi, était un jour d'amour et de désir de s'unir à Jésus-Christ : « 0 Jésus, mon bien-aimé, s'écriait-il, venez à moi, je cours à vous. »
Le dimanche, était un jour de jouissance, de joie, de consolation et de fidélité à se tenir uni d'esprit et de cœur à son Sauveur et à suivre en tout les inspirations de sa grâce : « Je suis en Jésus-Christ, et Jésus-Christ est en moi ; qui pourra désormais me séparer de lui ? »
Le lundi, il ne cessait de rendre grâces à Dieu : » Comment pourrai-je vous remercier dignement, ô mon Dieu, du don précieux, que vous m'avez fait ? »
Le mardi, il s'offrait et se consacrait à Dieu : « Seigneur, vous vous êtes donné tout entier à moi, je me donne tout entier à vous. »
Le mercredi était un jour de prières pour tous les besoins de son âme : « Que me refuserez-vous, Seigneur, vous qui vous êtes donné à moi ? »
Le lendemain jeudi, il recommençait cet exercice, avec une nouvelle satisfaction. Il n'en est point de plus agréable à Jésus-Christ, de plus doux et de plus salutaire.
On peut voir dans la vie de saint Louis de Gonzague avec quel soin et quelle pureté de conscience ce grand saint se préparait à la communion, et avec quels transports d'amour et de joie il faisait son action de grâces. Il en était à peu près de même du jeune Décalogne, élève de l'ancieune Université de Paris.
NOTION DU SACRIFICE. — DES SACRIFICES DE l'ancienne LOI.
L'Eucharistie rCest-elle qu'un sacrement institué pour être la nourriture de nos âmes ? — L'Eucharistie est encore un véritable sacrifice, par lequel nous rendons à Dieu l'honneur qui est dû à sa souveraine majesté. — Qu'est-ce quun sacrifice f — Un sacrifice est une offrande extérieure qu'un prêtre fait à Dieu d'une chose sensible qu'il lui consacre, et qu'il détruit en quelque manière en son honneur.
Pourquoi dites-vous que le sacrifice est une offrande extérieure ? — Pour le distinguer d'une autre offrande qui se fait intérieurement et par laquelle le chrétien s'offre lui-même à Dieu. — Qu'est-ce qu'un prêtre ? —
C'est un homme qui a reçu le sacrement de l'Ordre ou qui est consacré par quelque cérémonie sainte pour offrir à Dieu le sacrifice proprement dit. — Pourquoi le sacrifice est-il fait à Dieu ? — Parce qu'il a pour but de reconnaître le souverain domaine de Dieu sur tout ce qui existe: ce n'est donc qu'àDieuseul qu'on peut offrir un sacrifice.— Pourquoi offre-t-on à Dieu une chose sensible en sacrifice ? —Parce que l'homme est composé d'un esprit et d'un corps, et le sacrifice doit être tout à la fois spirituel et sensible. — En quoi est-il spirituel ? — En ce que l'homme off're lui-même à Dieu son âme, son intelligence et sa volonté, avec la chose sensible.
Qu'est-ce à dire que le prêtre consacre à Dieu ce qui lui est offert ? — C'est que le prêtre bénit et sanctifie par de saintes prières la chose offerte en la séparant des choses ordinaires. — Pourquoi dites-vous que le prêtre détruit, en quelque manière, ce qu'il offre à Dieu ? — Pour distinguer le vrai sacrifice de la simple offrande. — Quelle différence y-a-t-il entre l'offrande et le sacrifice ? — Par Tofirande, on emploie la chose offerte au culte ou au service de Dieu, ainsi l'or, l'argent ou des étoffes précieuses; mais dans le sacrifice on détruit, ou par le feu ou autrement, ce qui est offert à Dieu. — Comment appelle-t-on ce qu'on offre en sacrifice à Dieu ? — On l'appelle victime, si c'est un être vivant, et hostie, si c'est une chose inanimée.
Pourquoi détruit-on en quelque manière ce qu'on offre en sacrifice à Dieu ? — Pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur tout l'univers. — Comment reconnaît-on le souverain domaine de Dieu sur les hommes ? ~ En ce qu'on ne peut donner h Dieu une plus grande preuve de l'estime qu'on fait de sa souveraineté qu'en lui faisant hommage de tout ce que l'on est, et en lui consacrant toutes ses pensées, ses
•mouvements, ses désirs et ses actions pour être soumis en tout à sa sainte volonté et ne vivre que pour lui.
Sur quoi est fondée la nécessité du sacrifice intérieur? — Sur l'obligation où nous sommes de reconnaître qu'ayant tout reçu de Dieu, nous devons lui rendre tout, ne vivre que pour l'aimer et le servir. ~ Quels sont, dans le sacrifice intérieur, le temple, l'autel, le prêtre et la victime? — C'est nous-mêmes ; nous sommes les temples de Dieu, les prêtres qui sacrifient ; notre cœur est l'autel, et notre être tout entier est la victime. — Se fait-il quelque destruction dans le sacrifice intérieur? — Oui, en nous offrant en sacrifice à Dieu, nous détruisons le vieil homme en nous et nous lui consacrons Tliomme nouveau ; nous sommes disposés à nous sacrifier totalement pour sa gloire.
Sur quoi est fondée la nécessité du sacrifice extérieur? — Sur l'obligation de reconnaître publiquement et par des signes extérieurs le souverain domaine de Dieu sur toute la création. — Puisque Dieu veut être adoré en esprit et en vérité, à quoi sert le sacrifice extérieur et visible? — Le sacrifice extérieur est nécessaire : 1° parce qu'étant composés d'esprit et de corps, nous devons à Dieu l'hommage de l'un et de l'autre; 2^ parce qu'étant destinés à vivre en société et en unité de religion, des signes extérieurs nous sont nécessaires pour exprimer l'union de sentiments que nous avons avec nos frères, et pour nous édifier les uns les autres; 3^ parce que, depuis le péché d'Adam, l'esprit étant dans une grande dépendance à l'égard du corps, nous avons besoin d'être avertis par certaines actions corporelles et par des choses sensibles, pour entrer dans les sentiments de soumission et d'anéantissement où doit être une créature en la présence de Dieu.
Le sacrifice intérieur, pour être agréable à Dieu, a-t-
il toujours besoin d'être accompagné du sacrifice extérieur et visible? — Non ; mais le sacrifice extérieur ne doit jamais être séparé du sacrifice intérieur; parce que le culte extérieur est en horreur à Dieu, si la disposition intérieure n'en est Tàme et l'esprit; ce serait hypocrisie et mensonge. — Comment appelle-t-on le sacrifice oftert à Dieu pour reconnaître son souverain domaine sur nous? — Le sacrifice d'adoration ou de latrie.
Ne pouvons-nous pas reconnaître le souverain domaine de Dieu sur la création par l'olfrande, en oôrant à Dieu une chose sans ladétruire? — Oui, mais l'expression ne serait pas en rapport avec la pensée. Par l'offrande, on reconnaît le domaine d'usage : seulement, comme font les esclaves à leur maître et les sujets à leur roi, parce que les hommes ne peuvent avoir qu'un domaine usage à l'égard d'autres hommes. Mais Dieu, ayant sur nous droit de vie et de mort, il faut que nous exprimions ce droit dans le culte; ce qui ne peut se faire qu'en détruisant ce que nous offrons en sacrifice à Dieu. Par cette action du sacrifice, nous disons à Dieu: Je dépends tellement de vous, Seigneur, que vous pouvez, si vous le voulez, me détruire comme je détruis cet objet, ou comme j'immole cette victime. — Le sacrifice est donc de droit naturel.?' — Oui, c'est la doctrine de saint Thomas.
Le sacrifice n'est-il off'ert à Dieu que pour reconnaître sa souveraine puissance sur nous? — Il est encore oftert à Dieu pour lui demander pardon de nos péchés, et on l'appelle sacrifice d'expiation ou propitiatoire; pour remercier Dieu de ses bienfaits, et on l'appelle sacrifice d'actions de grâces ou eucharistique; enfin pour obtenir les grâces qui nous sont nécessaires, et on l'appelle sacrifice d'impétration ou impétratoire.
Le sacrifice est donc essentiel à la religion ? — Oui,
et dans tous les pays on a offert à Dieu des sacrifices. — Quels sacrifices offrait-on à Dieu avant la loi de Moïse? - On lit dans la sainte Écriture que Caïn offrit au Seigneur les fruits de la terre ; Abel, les premiers-nés et les plus grasses brebis de son troupeau; Noé et Abraham, des oiseaux et des animaux; Melchisédech, du pain et du vin. — Qu'offrait-on à Dieu sous la loi de Moïse? — Des animaux, des fruits, des liqueurs, du blé, du pain, du vin, de l'huile, etc. Gomment se faisaient les sacrifices de l'ancienne loi ?
— Avec effusion de sang ou sans effusion de sang ; de là les sacrifices sanglants et les sacrifices non sanglants.
— Combien y avait-il de sortes de sacrifices sanglants?
— Trois sortes : l'holocauste, le sacrifice de Thostie pacifique et le sacrifice pour le péché. — Qu'était-ce que l'holocauste? — C'était un sacrifice où la victime immolée était briîlée tout entière sur l'autel; on l'offrait pour adorer la souveraine majesté de Dieu et reconnaître son domaine absolu sur toutes les créatures.
Qu'était-ce que le sacrifice de l'hostie pacifique, ou qui procurait la paix? — C'était un sacrifice institué pour remercier Dieu de ses grâces ou pour les lui demander; l'hostie était partagée entre Dieu, le prêtre et l'Israélite qui l'offrait, et aussi ceux de sa famille ou de ses amis qu'il avait invités au sacrifice.
Qu'était-ce que le sacrifice pour le péché ? — C'était un sacrifice offert pour apaiser la colère de Dieu et pour obtenir le pardon des péchés ; on brûlait une partie de la victime sur l'autel des holocaustes, et l'autre partie servait à la nourriture des prêtres : ceux qui le faisaient offrir n'y avaient aucune part.
Qu'observait-on dans les sacrifices sanglants ? — 1° On choisissait et l'on mettait à part la victime qu'on voulait offrir à Dieu, et elle devait être sans défaut ; 2° on l'amenait devant le tribunal et celui qai la pré -
sentait lui mettait les mains sur la tête pour marquer qu'elle était sacrifiée à sa place : c'était là l'oblation, au moins commencée ; 3« on égorgeait la victime ; c'était l'immolation : 4° le prêtre recevait le sang de la victime dans une coupe, et le répandait autour des holocaustes ; 5^' on dépouillait la victime de sa peau, on en lavait les pieds et les intestins, et on la coupait par morceaux ; 6Me prêtre offrait à Dieu la victime en l'élevant en sa présence près de l'autel; 7° on brûlait sur rautel la victime, en tout ou en partie ; 8' enfin, le prêtre et l'Israélite, s'ils étaient purs, mangeaient de la victime immolée, selon l'espèce du sacrifice, et c'était la communion.
Combien y avait-il de sacrifices non sanglants ? — Il y en avait de trois sortes : celui du bouc émissaire, celui du passereau et celui de la fleur de farine.
Comment se faisait le sacrifice du bouc émissaire ?
— Le grand-prêtre offrait à Dieu deux boucs ; il en immolait un et l'offrait pour le péché ; il chargeait l'autre de tous les péchés du peuple, l'offrait ensuite à Dieu et l'envoyait au désert.
Comment offrait-on le sacrifice du passereau ?
— Quand on voulait purifier une maison infestée de lèpre, le prêtre recevait deux passereaux; il en immolait un à la porte de la maison ; il trempait le passereau vivant dans le sang de celui qui avait été immolé, et lui rendait ensuite la liberté.
Comment se faisait le sacrifice de la fleur de farine?
— Voici une des manières de l'offrir : on prenait de la fleur de farine sur laquelle on répandait de l'huile et de l'encens ; les prêtres offraient le tout à Dieu, prenaient ensuite une poignée de cette farine ainsi mêlée et offerte, et la brûlaient sur Tautel ; ils employaient le reste à leur usage.
Quel était le plus solennel de tous les sacrifices de
QUINZILME SOIRÉE. 183
l'ancienne loi? — C'était le sacrifice général d'expiation. — Qu'y avait-il de pari iculier dans ce sacrifice? — Le grand-prétre seul avait le pouvoir de l'offrir, et il ne l'offrait qu'une seule fois Tannée, le jour de l'expiation. Après avoir immolé des victimes pour tous les péchés du peuple, il entrait dans la partie la plus intérieure du tabernacle ou du temple, appelée le Saint des Saints, et là il présentait au Seigneur le sang des victimes qu'il avait égorgées et demandait miséricorde pour tout le peuple.
A quoi servaient les sacrifices de l'ancienne loi ? — A témoigner par un acte sensible le sacrifice intérieur du cœur, et à figurer le sacrifice de Jésus-Christ. — Comment les Juifs pouvaient-ils par leurs sacrifices se rendre Dieu propice et favorable ? — En s'unissant par la foi au grand sacrifice du Messie qu'ils attendaient, et en fondant toute leur confiance sur le mérite infini de la victime qui devait être immolée pour le salut des hommes.
Fallait-il tous les sacrifices de l'ancienne loi pour figurer le sacrifice unique de Jésus-Christ ? — Oui, parce que les sacrifices de l'ancienne loi n'étaient pas assez parfaits pour signifier, chacun en soi, le sacrifice unique de Jésus-Christ dans toute son étendue ; c'est pour cela que les uns en marquaient une circonstance et les autres une autre.
Que figuraient les sacrifices sanglants de l'ancienne loi? —Le sacrifice que Jésus-Christ a offert sur la croix par l'effusion de son sang ; mais le sacrifice solennel de l'expiation, dit du grand pardon, en était une figure très expresse. Le grand-prêtre qui l'offrait représentait Jésus-Christ, le seul grand-prétre et le pontife des biens futurs ; les victimes qu'il immolait étaient la figure de Thumanité sainte de Jésus-Christ immolé sur la croix ; le Saint des Saints, ^ù le grand-
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prêtre entrait ce jour-là, était l'image du sanctuaire céleste, où Jésus est entré par son Ascension ; le sang des animaux, avec lequel le grand-prêtre entrait dans le Saint des Saints, était la figure du sang de Jésus- Christ, par lequel et avec lequel il est entré dans le ciel. Le sacrifice d'expiation était offert pour toutes les iniquités du peuple : Jésus-Christ s'est livré à la mort et s'est offert pour expier les péchés du monde entier. Le sacrifice d'expiation ne s'offrait qu'une fois dans l'année, pour marquer que Jésus-Christ ne devait mourir qu'une seule fois et n'entrer qu'une seule fois et pour toujours dans le sanctuaire du ciel, comme prêtre éternel ; mais chaque année le grand-prêtre delà loi offrait un nouveau sacrifice et immolait de nouvelles victimes, pour montrer l'impuissance des sacrifices et des victimes offertes les années précédentes ; au lieu que le sacrifice de Jésus-Christ est unique à cause de la vertu qu'il a d'expier tous les péchés de tous les temps.
Que figuraient les sacrifices non sanglants de Faneienne loi ? — Le sacrifice de la messe ; et déjà il avait été figuré parle sacrifice de Melchisédech, qui, comme prêtre du Très-Haut, offrit en sacrifice du pain et du vin. — Est-il encore permis aujourd'hui d'offrir à Dieu tous les sacrifices de l'ancienne loi ? — Non ; car n'étant que figuratifs du sacrifice de Jésus-Christ sur la croix et du sacrifice de la Messe, ils ont dû cesser aussitôt que la réalité, ou le sacrifice véritable, a été offerte.
Le sacrifice que Jésus-Christ a offert sur la croix estil un vrai sacrifice ? — Oui, la croix en fut l'autel et Jésus-Christ lui-même la victime^ s'étant fait volontairement pour nous une offrande à son Père. Il en fut aussi le seul prêtre, puisque ce ne fut que de son consentement qu'il se laissa immoler, ou plutôt qu'il
s'immola lui-même, et il rendit ainsi à la majesté divine l'hommage et la gloire qui lui étaient dus, il expia tous les péchés des hommes, il attira sur eux les effets de la miséricorde divine, et par une seule oblation il consomma pour toujours le grand ouvrage de la sanctification des hommes.
A-t-il manqué quelque chose au sacrifice de la croix ? — Il n'y a rien manqué du côté de Jésus-Christ, mais il y a manqué quelque chose du côté des hommes. On n'y voit ni peuple qui offre le sacrifice en union avec le prêtre, ni communion visible de ce peuple à la victime offerte, ni pain, ni vin : trois circonstances qui se trouvaient dans les sacrifices figuratifs, et qui devaient se trouver dans l'Eucharistie, considérée comme sacrifice.
Quelle différence y a-t-il entre l'Eucharistie considérée comme sacrement, et l'Eucharistie considérée comme sacrifice ? — C'est qu'elle est sacrement par la vertu de la seule consécration, et qu'elle n'est sacrifice qu'autant qu'elle est offerte ; que, comme sacrement, elle nous est un sujet de mérite, lorsque nous la recevons, et nous procure de précieux avantages, tandis que, comme sacrifice, elle nous fait non seulement mériter, mais encore satisfaire à Dieu pour nos péchés.
A-t-on offert des sacrifices à Dieu chez les Gentils ? — Oui, partout, dans tous les temps et dans tous les pays, l'on a offert à Dieu des sacrifices sanglants et des sacrifices non sanglants, à peu près comme chez les Israélites. — Les Gentils n'ont-ils pas offert aussi des sacrifices humains ? — Oui, persuadés qu'il fallait une victime humaine pour racheter l'homme, et que cette victime devait être innocente elle-même et porter néanmoins les péchés du monde entier, ils ont offert des victimes humaines coupables et d'autres innocentes, des criminels et des enfants.