‹ Soirées chrétiennesChapitre 11 sur 32 · LA MESSE EST UN VRAI SACRIFICE · texte numérisé non relu

LA MESSE EST UN VRAI SACRIFICE

Comment appelle-t-on l'Eucharistie considérée comme sacrifice f — On V appelle le sacrifice de la Messe.

Que signifie le mot Messe ? — - Il signifie envoi ou renvoi.— Pourquoi a-t-on donné ce nom à l'Eucliaristie comme sacrifice? — Parce qu'autrefois, comme aujourd'hui, après le sacrifice, le diacre, en chantant Ite, missa est, annonçait aux fidèles de se retirer, parce que la victime était envoyée à Dieu ; et anciennement par les mêmes paroles le diacre signifiait à tous les pécheurs de se retirer quand on commençait l'offertoire ou Foblation ; et ce double renvoi divisa naturellement en deux parties le service divin ; la première qui fut appelée la messe des catéchumènes, et la seconde, messe des fidèles.

Qu'est-ce que le sacrifice de la Messe "> — La Messe est un sacrifice par lequel Jésus-Christ, continuant celui de sa mort, offre à Dieu pour nous, par les mains des prêtres, sur nos autels, son corps et son sang sous les espèces ou apparences du pain et du vin.

Jésus-Christ a donc oft'ert plusieurs sacrifices ? — Non ; il n"a oft'ert qu'un seul et même sacrifice ; il la commencé dès son Incarnation, par IWrande qu'il a faite à Dieu de lui-même, comme victime des péchés du monde ; il l'a continué pendant tout le cours de sa vie ; enfin il Ta consommé sur la croix, et il le continue sur nos autels, à la sainte Messe.

La Messe est-elle un véritable sacrifice? — Oui,

puisqu'elle a toutes les conditions d'un véritable sacrifice ; il y a une chose sensible offerte à Dieu extérieurement, par un prêtre, et détruite, en quelque manière, en l'honneur de Dieu. En effet, ce qu'on offre à la Messe, c'est Jésus-Christ qui, à la vérité, n'est point aperçu par nos sens, mais qui est rendu visible par les espèces du pain et du vin sous lesquelles il est réellement présent ; il est offert h Dieu seul comme au souverain Seigneur de toutes choses ; il est ofï'ert extérieurement par des paroles et d'autres signes qui frappent les sens ; c'est lui-même qui s'offre invisiblement, quoique le prêtre l'offre visiblement comme ministre de Jésus-Christ et de l'Église, et que tous les fidèles qui assistent à la Messe s'ofïVent en union avec Jésus-Christ et avec le prêtre.

Pourquoi dites-vous que Jésus-Christ lui-même oïïvq le saint sacrifice de la Messe ? — Parce que, présent sur l'autel, il est tout à la fois le souverain prêtre et la victime qui y est ofï'erte. — Pourquoi faut-il qu'il fasse l'offrande de lui-môme ? — Parce que : 1° depuis la chute d'Adam, Dieu ne reçoit rien de l'homme qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, notre médiateur ; 2" et parce que le prêtre doit être aussi noble que la victime pour qu'elle soit agréable à Dieu. — Il y a donc, à la Messe, un prêtre qu'on ne voit pas ? — Oui, et ce prêtre est Jésus-Christ ; car c'est lui qui consacre, qui offre, qui demande, qui fait tout dans cet auguste sacritice ; c'est à lui qu'il faut principalement s'unir et dans la médiation de qui il faut mettre toute sa confiance.

Comment faut-il considérer le prêtre qui dit la Messe? — Comme le représentant de Jésus-Christ et de l'Église ; parce qu'il n'offre pas le sacrifice par lui-même, mais seulement comme tenant la place de Jésus-Christ, ainsi qu'il est facile de le voir par les paroles de la

Consécration ; il ne dit pas : Ceci est le corps de Jésus- Christ; mais : Ceci est mon corps. —Et pourquoi comme représentant de l'Église ? — Parce qu'il parle à Dieu au nom de toute l'Église, dont il est le député. — Tous les fidèles qui assistent à la Messe et l'offrent en union avec Jésus-Christ et avec le prêtre, concourent-ils à l'action du sacrifice avec le prêtre ? — Non ; bien qu'il soit vrai ({ue les fidèles offrent le sacrifice de la Messe et s'unissent de cœur et d'intention avec Jésus- Christ et avec le prêtre, ils ne l'offrent pas cependant comme le prêtre, en consacrant le pain et le vin, ni par une oblation extérieure et publique ; ce pouvoir est réservé aux seuls prêtres.

Quelle est la chose qui est détruite à la Messe ? — La victime est détruite sacramentalement et mystiquement ; sacramentalement, puisque Jésus-Christ cesse d'être dans le sacrement, et cesse d'y être la nourriture de nos âmes, lorsque les espèces sont altérées ; et mystiquement, parce que, par les paroles de la Consécration, son corps est présent sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce du vin.

Jésus-Christ n'est donc pas immolé sur l'autel ? — Il n'est pas immolé d'une manière sanglante, puisqu'étant ressuscité il ne peut plus mourir ; mais il est représenté comme immolé par les paroles de la Consécration. — Comment cela? — En ce qu'immoler un être, par exemple un agneau, ce n'est pas l'anéantir, mais c'est le faire descendre au plus bas degré de la création ; ainsi un agneau est réduit en cendres parle sacrifice. Or, parles paroles de la Consécration, Jésus- Christ descend au dernier degré de l'être et devient comme le frère d'un grain de sable ou de poussière, puisqu'il est réellement présent sous les espèces eucharistiques, qui ne sont pas plus qu'un grain de sable ou de poussière. Il est détruit, immolé, autant qu'il peut l'être.

Il n'est donc pas nécessaire que la victime soit détruite d'une manière sanglante ? — Non, il suffit qu'elle ait été vraiment immolée, et que l'offrande qu'on en fait se rapporte à l'immolation qui a précédé ; or, Jésus-Glirist, offert à la Messe, a été véritablement immolé sur la croix, et c'est en conséquence et en mémoire de son immolation qu'on l'ofïre à Dieu.

Gomment faut-il représenter la présence réelle de lésus-Christ dans ce mystère ?— Il faut distinguer trois manières d'être en Jésus-Christ : sa vie naturelle avant sa mort, sa vie glorieuse dans le ciel et sa vie sacramentelle dans l'Eucharistie.— Qu'est-ce que cette manière d'être de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? — C'est une existence vraie, réelle, mais purement substantielle, sans accidents personnels, puisqu'il n'y a que ceux du pain et du vin, tandis que dans le ciel il a ceux du corps glorieux, et que sur la terre il avait ceux des corps mortels.

Comment pouvez-vous encore montrer que la messe est un vrai sacrifice ? — Par les décisions des Conciles et particulièrement du saint Concile de Trente, qui, considérant l'Eucharistie comme un véritable et unique sacrifice, enseigne, déclare et ordonne qu'il faut prêcher au peuple ce qui suit :

« Parce que sous l'Ancien Testament, selon le témoignage de l'apôtre saint Paul, il n'y avait rien de parfait à cause de la faiblesse du sacerdoce lévitique, il a fallu, Dieu, le Père des miséricordes, le voulant ainsi, qu'il se soit levé un autre prêtre selon l'ordre de Melchisédech, Notre-Seigneur Jésus-Christ.quipût consommer et mener à perfection tout ce qui devait être sanctifié. Or, quoique Notre-Seigneur Dieu dût une fois s'offrir lui-même à Dieu son Père, en mourant sur l'autel de la croix pour y opérer une rédemption éternelle, néanmoins, parce que son sacerdoce ne

devait point être éteint par sa mort, pour laisser à l'Église, sa chère épouse^ un sacrifice visible» tel que la nature des hommes le demande, sacrifice ^qui représentât le sacrifice sanglant qui devait s'accomplir une lois sur la croix ; qui en conservât la mémoire jusqu'à la fin du monde, et qui en appliquât la vertu salutaire pour la rémission des péchés que nous commettons tous les jours; dans la dernière cène, lanuitmême qu'il fut livré, montrant qu'il était établi prêtre selon l'ordre de Melchisédech, il ofïrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin, et sous les mêmes symboles les donna à prendre à ses apôtres, qu'il établissait alors prêtres du Nouveau Testament ; et par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, leur ordonna à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce de les offrir,comme l'Église catholique l'a toujours entendu et enseigné.

« Car, après avoir célébré l'ancienne Pâque, que les enfants d'Israël immolaient en mémoire de leur sortie d'Egypte , il établit la Pâque nouvelle, se donnant luimême pour être immolé par les prêtres, au nom de l'Église sous des signes visibles, en mémoire de son passage de ce monde à son Père, -lorsque, nous ayant rachetés par Teflusion de son sang, il nous arracha de la puissance des ténèbres et nous transféra dans son royaume.

« C'est cette offrande pure, qui ne peut être souillée par l'indignité ni par la malice de ceux qui l'ofïVent, que le Seigneur a prédit par Malachie devoir être en tout lieu offerte en son nom, qui serait grand parmi les nations. C'est la même que l'apôtre saint Paul, écrivant aux Corinthiens, a marquée assez clairement, quand il a dit que ceux qui sont souillés par lapartieipaAion à la table des démons, ne peuvent être participants de la table du Seigneuf ; entendant en

l'un et l'autre lieu, par la table, l'autel. C'est elle enfin qui, au temps de la nature et de la loi, était figurée par diverses similitudes de sacrifices, comme renfermant tous les biens qui n'étaient que signifiés par les autres, dont elle était la consommation et la perfection. >:

Qu'arrive-t-il au chrétien qui refuse d'ajouter foi aux décisions de l'Église catholique ?— Il est conduit à ne plus admettre de révélation ; et comme la révélation est appuyée sur des faits dont la certitude l'emporte sur tous les faits historiques, il doit douter de tous les faits passés. C'est là que sont arrives une multitude de protestants et même de catholiques.

Comment prouvez-vous encore que la Messe est un sacrifice véritable ? — En raisonnant de la manière suivante : Dans toute religion, il faut un sacrifice, soit pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes les créatures, soit pour confesser que les hommes, par leur révolte contre Dieu, ont mérité une mort sanglante. C'est pourquoi chez tous les peuples on a offert du pain et du vin, pour témoigner à Dieu qu'on tient la vie de lui, et des sacrifices sanglants, pour reconnaître que les hommes ont mérité de mourir d'une mort sanglante. 11 faut retrouver les mêmes éléments dans le sacrifice de la loi nouvelle ; il y faut un pain réel, un vin réel et du sang réel, mais dans un état plus parfait que dans l'ancienne loi, puisque le sacrifice nouveau doit être la réalité et la perfection de tous les anciens. Or, la Messe remplit ces conditions, nous y trouvons du pain, du vin et du sang, le vrai pain de vie, le vin qui fait germer les vierges, et le sang de Jésus-Christ. S'il n'y avait que du pain et du vin communs, le sacrifice de la loi nouvelle serait moins parfait que les anciens sacrifices où il y avait du sang.

La Messe a -t- elle les fins d'un vrai sacrifice,

comme elle en a les conditions ? — Oui, elle est tout à la fois un sacrifice d'adoration, d'expiation, d'action de grâces et d'impétration.

Comment est-elle un sacrifice d'adoration ? — En ce que Jésus-Christ s'offre tout entier à Dieu son Père au sacrifice de la Messe, comme il s'est offert à la dernière Cène et sur la croix, et nous ne pouvons honorer la majesté de Dieu par un acte de religion qui lui soit plus agréable, qu'en lui offrant Jésus-Christ et en nous offrant nous-mêmes avec lui. —Que devons-nous faire pour nous offrir avec Jésus-Christ ? — Nous devons entrer dans les sentiments d'immolation où il était, consacrer à Dieu notre cœur par une charité sincèi'e, et être disposés à faire et à souffrir pour la gloire de Dieu tout ce qui lui plaira.

Comment la Messe est-elle un sacrifice d'expiation? — En ce que Jésus-Christ y est offert à Dieu pour obtenir de sa miséricorde la rémission de nos pécliés. — Prouvez-nous que la Messe est un sacrifice d'expiation. — En instituant le sacrifice de la Messe, Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps qui est donné pour vous, et non pas qui sera donné pour vous : Ceci est mon sang qui est répandu pour vous, et non pas qui sera répandu pour vous.

Comment la Messe est-elle un sacrifice, d'action de grâces ? — En ce qu'en offrant à Dieu sur l'autel son propre Fils, nous lui témoignons, en union avec le prêtre, notre reconnaissance de toutes les grâces que nous recevons de lui.

Comment la Messe est-elle un sacrifice d'impétration ? — En ce qu'un des effets de ce sacrifice est de nous obtenir de la bonté de Dieu les secours spirituels et temporels dont nous' avons besoin, et que nous devons lui demander par Jésus-Christ et avec Jésus- Christ, comme étant le seul médiateur par qui nous pouvons avoir accès auprès de Dieu.

Que dit saint Augustin du sacrifice de la Messe dans son 17« livre de la Cité de Dieu ? — Qu'il a été établi pour tenir lieu de tous les sacrifices de l'Ancien Testament. — Que dit saint Irénée au livre IV, cliap. xxxiii ?

— Que les apôtres ont reçu le sacrifice de Jésus-Christ, que l'Église l'a reçu des apôtres, et qu'elle l'offre aujourd'hui dans le monde entier, selon la prophétie de Malachie.

Connaît-on le pape ou l'évêque qui le premier a commencé à célébrer la Messe ? — Non ; on ne peut en nommer aucun. — Que suit-il de là ? — Que nous devons concliire, d'après la règle donnée par saint Augustin, que nous avons reçu le sacrifice de la Messe de la main des apôtres et de Jésus-Christ. — Comment cela ? — Quand un usage est universellement établi dans l'Église, et qu'on ne trouve aucun évêque, aucun pape, aucun concile qui en soit l'auteur, c'est une marque que ce sont les apôtres qui nous ont enseigné à le pratiquer.

Quand Jésus-Christ a-t-il institué le sacrifice de la Messe? — Le Jeudi-Saint, en instituant TEucharistie.

— Comment l'a-t-il institué ? — De la manière que le raconte et l'enseigne le concile de Trente, comme nous l'avons vu. —Pourquoi l'a-t-il institué?— Pour laisser à son Église un sacrifice visible, tel que la nature des hommes le demande ; pour représenter d'une manière non sanglante le sacrifice sanglant qu'il devait accomplir une fois sur la croix ; pour en conserver la mémoire jusqu'à la fin du monde, et pour nous en appliquer la vertu salutaire pour la rémission de nos péchés.

Y a-t-il donc deux sacrifices ? — Non, celui de la croix, et celui de Tautel ne sont qu'un même sacrifice celui de l'autel représente celui de la croix et en applique les mérites. — N'est-ce pas faire injure au sacrifice de la croix que d'admetti'e le sacrifice de la

Messe ? — Non, puisque le sacrifice de la Messe est le même que celui de la croix, qu'il en est la continuation et qu'il en tire toute sa vertu.

Comment le sacrifice de la Messe est-il la continuation du sacrifice de la croix ? — £71 ce que Jésus- Christ, qui s'est offert d'une manière sanglante sur la croix, s'offre encore d'une manière non sanglante à la sainte Messe par le ministère du prêtre.

Cette offrande du prêtre, différente de celle de Jésus- Christ, ne multiplie-t-elle pas le sacrifice ? — Non, parce que ce n'est point la multiplication des offrandes d'une même victime , mais la multiplication des victimes immolées qui multiplie les sacritices.

J)IX-SEPTIÈ31E SOIRÉE.

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