‹ Soirées chrétiennesChapitre 9 sur 32 · DES DISPOSITIONS A LA COMMUNION · texte numérisé non relu

DES DISPOSITIONS A LA COMMUNION

Quelles sont les dispositions nécessaires pour bien communier ? — Il y a deux sortes de dispositions: les unes regardent l'âme et les autres le corps. — Quelles sont les dispositions qui regardent le corps ? — Il faut être à jeun depuis minuit et paraître à la sainte table avec beaucoup de modestie et de respect.

Qu'est-ce qu'être à jeun ? — C'est n'avoir ni bu ni mangé depuis minuit. — Pourquoi faut-il être à jeun pour communier ? — Par respect pour l'Eucharistie ; il ne convient pas qu'il entre dans la bouche des chrétiens des aliments ordinaires avant le corps et le sang adorables de Jésus-Christ. — L'Eucharistie ayant été instituée après la cène, pourquoi n'est-il pas permis aujourd'hui de communier, après avoir bu et mangé comme faisaient les premiers fidèles? — Parce que l'Église l'a défendu à cause des abus qui se glissaient dans les repas de charité qui avaient lieu avant la communion.

Qui a établi la loi du jeûne eucharistique ? — Ce sont les apôtres. — Une goutte d'eau ou une mie de pain, avalée sans réflexion, serait-elle un obstacle à la communion ? — Oui, si on les avait prises par manière d'aliments ; mais si c'élait une goutte d'eau mêlée à la salive, ou une mie de pain ou toute autre parcelle d'aUment qui, du repas de la veille serait restée entre les dents et qu'on avalerait avec la salive, elle ne serait pas considérée comme nourriture prise à dessein et n'empêcherait point la communion.

En quoi consistent la modestie et le respect qu'on doit faire paraître à la sainte table ? -- Ils consistent à

être à genoux, et à avoir un extérieur le plus modeste,le plus recueilli et le plus respectueux qu'il soit possible, parce que le corps doit exprimer les sentiments du cœur. — En quoi doit paraître la modestie à Textérieur?— Dans les habits et les ornements delà tête, qui doivent être propres comme il convient au respect du sacrement, à la sainteté de l'église et à l'assemblée des fidèles, mais sans faste et sans vanité : être vêtu autrement est indigne d'un chrétien en tout temps, à plus forte raison au moment où il s'assoit à la table d'un Dieu. — A quoi peut-on reconnaître qu'on a l'extérieur recueilli et respectueux ? — A l'air du visage, à la disposition des yeux et à la contenance du corps.

Ne peut-on j amais communier sans être à jeun ?— Non, si ce n'est qu'étant dangereusement malade, on reçoive V Eucharistie en viatique

A quoi un malade doit-il faire attention pour communier en viatique ? — Il doit prendre garde qu'il n'ait quelque indisposition qui provoque le vomissement.

Quelles sont les dispositions qui regardent Vâme ? — Les dispositions qui regardent Vâme sont la pureté de conscience et la dévotion du cœur.

Pourquoi faut-il être en état de grâce pour bien communier •? — Parce que TEucharistie est un sacrement des vivants, et que, comme le corps ne peut prendre de nourriture s'il n'est vivant, de même l'âme ne peut recevoir l'Eucharistie qui est sa nourriture, si elle n"a la grâce sanctifiante ou la vie surnaturelle et divine.— Qu'arrive-t-il quand un homme prend un repas substantiel avec un estomac malade ? — Il devient plus malade encore et court risque de perdre la vie. — Qu'arrive-t-il quand un chrétien communie en état de péché mortel ? — Il se rend plus malade ou plus coupable encore et s'expose à la damnation éternelle.

En quoi consiste la pureté de conscience ? •— La

pureté de conseienee consiste à être en état de grâce ou exempt de péché mortel.

L'état de grâce et l'exemption du péché mortel sontils une même chose ? — Oui, parce que dans l'état actuel, Dieu ne remet jamais le péché mortel sans répandre dans l'âme la grâce sanctifiante.

Que doit faire celui qui doute s'il est en état de grâce?

— Il doit avant de communier consulter son confesseur. — Et si son confesseur est absent ? — Il doit s'adresser à tout autre prêtre. — Mais si ces doutes reviennent sans cesse? — Il doit les exposer à son directeur et suivre ses avis avec docilité. S'il lui dit de les mépriser, il doit s'approcher de la sainte table avec confiance, ce ne sont que des scupules excités par le démon pour l'empêcher de communier, ou de se bien préparer à la communion.

Que doit faire celui qui avant de communier se rappelle avoir oublié un péché grave en confession ? — Il doit, s'il le peut, aller trouver son confesseur, ou bien s'abstenir de la communion. — Ceux qui n'ont commis que des péchés véniels peuvent-ils communier ?

— Oui, surtout si ce sont des péchés de faiblesse et s'ils ont la volonté sincère de s'en corriger : c'est spécialement pour eux que Jésus-Christ a institué le sacrement de nos autels; c'est pour leur donner des forces.

Quelles sont les figures qui, dans l'Écriture, signifient la pureté de conscience ? — Le lit de rosée qui servait comme de nappe pour recevoir la manne; les tables d'or sur lesquelles on présentait les pains de proposition ; et ces pains ne devaient être mangés que par des personnes chastes et sanctifiées; la robe nuptiale nécessaire pour assister au festin des noces qu'un roi fit à son fils.

Pourquoi la dévotion du cœur est-elle requise ? — Parce que, comme pour faire un repas qui profite bien

lo8 TREIZIEME SOIREE.

au corps, il ne suffit pas d'être vivant, il faut encore avoir du goût pour la nourriture, éprouver la faim et l'appétit ; de même pour que l'âme trouve sa nourriture dans rEucharistie, il ne suffit pas qu'elle ait la vie et la santé, il est nécessaire encore qu'elle ait le goût de cet aliment divin et qu'elle en éprouve la faim.

Quel est l'enseignement de TÉglise à ce sujet ? — <t Nous voyons, est-il dit dans le cathéchisme du concile de Trente, par l'exemple de Notre-Seigneur, que rien n'est plus nécessaire que de bien se préparer à la sainte communion. Lorsqu'il voulut donner à ses apôtres le sacrement de son corps et de son sang, quoiqu'ils fussent déjà purs, il ne laissa pas néanmoins de leur laver encore les pieds: ce qui nous fait comprendre que nous ne devons rien négliger pour être dans une innocence et une pureté d'âme parfaites, lorsque nous voulons recevoir ces mystères sacrés.

« Que les fidèles n'oublient pas d'ailleurs que si l'on reçoit l'abondance des dons de la grâce, quand on participe à ce sacrement avec les saintes dispositions qu'il demande, on n'y trouve au contraire que sa condamnation et sa perte, bien loin d'en tirer aucun fruit, quand on le reçoit sans la préparation nécessaire. Les choses les plus excellentes et les plus salutaires ont cela de propre, qu'elles produisent les plus heureux effets, si Ton s>n sert dans le temps convenable, et qu'elles sont au contraires funestes et pernicieuses, si on en use dans des dispositions qui leur soient contraires. »

Donnez une preuve de cette vérité ? — Les Israélites n'avaient rien de plus précieux que l'arche du Seigneur, et Dieu s'en était ser\i souvent pour leur faire des grâces signalées. Mais les Philistins s'en étant emparés, elle leur causa une maladie aussi affligeante que honteuse, qui les couvrit d'opprobre. De même aussi la nourriture qui trouve un estomac bien préparé soutient

et fortifi: le corps; mais elle cause des maladies très dangereues lorsqu'il est rempli de vices et d'humeurs.

Quelle îst lapt^emière disposition?— C'est de discerner la tajie sacrée des tables profanes, et le pain céleste du )ain ordinaire, en croyant fermement que l'Eucliarisie renferme le vrai corps et le vrai sang du même Diea que les anges adorent dans le ciel, qui, : par ses ordres, fait trembler les colonnes du ciel, dont I la gloire remplit le ciel et la terre.

Quelle est la seconde ? — G'esl d'être en paix avec les autres, et d'aimer sincèrement et du fond du cœur son prochain. 11 faut donc, lorsqu'on va présenter son joftrande à l'autel, examiner sérieusement si l'on est dans cette disposition.

Quelle est la troisième disposition? — C'est d'avoir la conscience pure de tout péché mortel. Le saint concile de Trente a décidé qu'il n'est point permis à celui qui a sur la conscience un péché mortel de recevoir la sainte communion, quelque repentir qu'il croie en éprouver, avant de s'être purifié par la confession, si toutefois il a pu trouver un confesseur.

Quelle est la quatrième disposition ? — C'est de se persuader combien l'on est indigne du bienfait divin que Ton reçoit dans l'Eacharislie. Il faut répéter du fond du cœur les paroles de ce centurion dont Jésus- Christ a dit qu'il n'avait pas trouvé de foi plus grande que la sienne en Israël -.Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en mamaison. Chercherau dedans de soi si l'on peut dire avec saint Pierre: Seigneur, vous savez que je vous aime ; et se souvenir enfin que celui qui s'était assis à la table du roi sans être revêtu de la robe nuptiale, fut jeté dans une prison ténébreuse pour y être éternellement tourmenté.

En quoi consiste la dévotion du cœur ?. — La dévotion du cœur consiste en de vifs sentiments de foi,

d'espérance, d'adoration, de contrition, d'iumilité et de désir. ,

Par quels moyens poiivons-nous exciter es sentiments dans notre cœur ? — En méditant sir l'excellence du don qui nous est accordé dans le acrement de l'Eucharistie, et en nous rappelant que nps allons recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ pu Jésus- Christ tout entier. Or, si nous le voyions des yeux du corps entrer chez nous, comme il entra autrefois chez Zachée et chez son ami Lazare, que ne ferions-n(\us pas pour le bien recevoir ? Cependant c'est le même Dieu qui vient nous visiter, qui entre non plus dansjiotrc maison, mais dans notre cœur.

La foi n'est-elle pas la disposition la plus essentielle? — Oui ; si nous avons une foi \ive en la présence de Jésus-Christ dans TEucharistie, nous sentirons naître dans notre cœur tous les sentiments des autres vertus chrétiennes; nous aurons une confiance entière, un ardent amour, un regret sincère de nos péchés, une profonde humilité, etc.

N'est-il pas utile de s'aider de quelque bon livre ? — Oui, surtout, lorsque on se sent le cœur froid. Alors on fait bien de lire lentement et affectueusement les prières composées par les saints pour la préparation à la communion. — Ne pouvons-nous pas nous représenter aux pieds de Jésus-Christ comme autrefois saint Pierre, sainte Madeleine, la Chananéenne, la Samaritaine, le centurion, les bergers, les mages, les apôtres, la très sainte Vierge au moment où elle se disposait à communier ? — C'est un excellent moyen de se pénétrer de tous les sentiments de la piété chrétienne.

Sufjit-il pour communier tous les huit Jours, d'avoir la pureté de conscience et la dévotion du cœur? — Non, il faut encore être exempt de toute affection au péché véniel.

Que veulent dire ces mots : être exempt de toute affection au péché véniel'l — Ils signifient avoir la volonté de ne commettre de propos délibéré aucun péché véniel et d'en éviter les occasions. — Est-il nécessaire de ne commettre aucun péché véniel de propos délibéré ? — Non, il peut se faire qu'un chrétien soit exempt de tout attachement au péché véniel, quoiqu'il commette de temps à autre des péchés véniels de propos délibéré.

Pourquoi faut-il être exempt de tout attachement au péché véniel ? — Parce que l'attachement au péché véniel rend l'âme malade et languissante, et que cet état de langueur et d'infirmité l'expose à communier sans fruit et même indignement. — Pourquoi ditesvous, et même indignement ? — Parce que le chrétien qui communie avec cet attachement se fait souvent illusion, et regarde comme légères des fautes qui sont presque mortelles; peu à peu, et sans s'en apercevoir, il tombe dans des fautes graves. — Une suffit donc pas, pour qu'une communion soit bonne, qu'elle ne soit pas un crime? — Non, il faut encore qu'on ait le désir de se corriger des péchés véniels.

Gomment peut-on reconnaître qu'on a pas d'attachement au péché véniel ? — Au regret qu'on a de l'avoir commis et aux efforts qu'on fait pour ne plus y retomber. — Que doivent faire ceux qui se sentent certaines affections pour des fautes légères ? — Ils doivent les réprimer et les combattre sans cesse ; ne rien négliger pour les prévenir par la diligence et la prière, ou les réparer par la pénitence ; ranimer dans leur cœur, par de fréquents exercices de piété, le feu de la charité et le désir de la vertu.

Ne vaut-il pas mieux s'abstenir delà communion que de la recevoir, lorsqu'on n'éprouve aucun sentiment de dévotion ? — Les saints Docteurs disent que celui qui

s'abstient quelquefois de communier par respect pour Jésus-Christ fait bien, lorsqu'il éprouve de la sécheresse ou de la froideur, mais que celui qui communie dans cet état, par un grand sentiment d'humilité et un vif désir de puiser dans la communion toutes les grâces dont il a si grand besoin pour se soutenir ou avancer dans la vertu, fait encore mieux. — Comment peut-on savoir s'il y a de la piété dans une paroisse ? — Par le nombre des communions de chaque année.

Tous ceux qui communient avec les dispositions nécessaires retirent-ils les mêmes fruits de la sainte communion? — Non; on reçoit d'autant plus de grâces que les dispositions sont plus parfaites.

Montrez que c'est là une loi générale ?— Partout l'on rencontre l'application de ce principe; ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, l'arbre le mieux cultivé donne le plus de fruits; le champ le mieux préparé donne une plus abondante moisson ; l'ouvrier qui se donne plus de peine travaille le mieux ; l'élève qui étudie avec iC plus d'ardeur fait le plus de progrès. — Pourquoi dites-vous, toutes choses égales d'ailleurs f — Parce qu'il y a des terres plus fertiles les unes que les autres, des ouvriers plus habiles, des élèves plus intelligents ; ainsi certaines personnes reçoivent plus de grâces que d'autres par un effet de la bonté de Dieu.

Qui sont ceux qui communient indignement? — Ce sont ceux qui communient en état de péché mortel. — Ceux qui communient en état de péché mortel reçoivent-ils véritablement le corps et le sang de Jésus-Christf — Oui, ils reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ, de même que Judas les reçut de la main de Notre- Seigneur ; mais ils ne reçoivent pas la grâce du sacrement.

Pourquoi reçoivent-ils le corps et le sang de Jésus- Christ? — Parce que Jésus-Christ est toujours dans

l'Eucharistie, quelles que soient les dispositions de ceux qui communient.

Celui qui communie indignement commet donc un grand péché ? — L'indigne communiant commet un horrible saérilège: il se rend coupable du corps et du sang de Jésus-Christ, comme les Juifs qui Vont fait mourir ; il mange et boit sa propre condamnation.

Pourquoi la communion indigne est-elle un horrible sacrilège? — Parce que l'indigne communiant est sous l'empire du démon, qu'il reconnaît pour son maître, puisqu'il lui obéit de préférence à Jésus-Christ; le démon est assis dans son cœur comme sur un trône, et le chrétien place Jésus-Christ sous les piedsdu démon. — A quoi peut-on comparer ce crime ? — Rien sur la terre ne lui est comparable. C'est un acte plus criminel que celui que ferait l'impie, en jetant la sainte Eucharistie dans la boue ; que celui que ferait un enfant qui livrerait son père, les pieds et les mains liés, à un barbare qui lui ferait endurer tous les tourments et lui marcherait sur la tête par mépris; que celui de Judas qui a trahi Jésus-Christ. — Est-ce que Jésus-Christ meurt de nouveau ? — Non, mais le démon l'insulte et le méprise comme ont fait les Juifs durant sa passion et à sa mort.

Comment le P. Bridaine faisait-il comprendre l'énormité de ce crime ? — De la manière suivante : « Il y avait, disait-il, bien loin d'ici, un jeune homme d'une très noble famille, et qui jouissait dans tout le pays, d'une parfaite réputation; il faisait la gloire et les délices de ses parents. Il arriva que d'autres gens de son âge avec lesquels il n'avait aucune liaison, se compromirent de la manière la plus grave dans une très mauvaise affaire avec sa propre famille, qui voulut absolument en avoir justice. On leur fit leur procès, et ils furent condamnés à mort. La désolation était uni-

verselle dans la ville, où ils devaient subir leur triste sort au milieu de la place publique.

Notre charitable jeune homme en fut touché, et, ne voyant point d'autre moyen d'obtenirleur grâce, poussé par son bon cœur, il sut si bien s'y prendre que par un effort de la générosité la plus extraordinaire, il intervint comme partie principale dans ce procès criminel, en se substituant lui-même à cette troupe de malheureux. Il faut dire encore qu'il était le fils unique du seigneur du lieu. Il poussa donc la charité jusqu'à se faire charger juridiquement et à se charger par son propre fait de toute la responsabilité du crime qu'ils avaient commis, paraissant ainsi l'unique criminel aux yeux de la justice; de sorte que les juges ne virent plus et ne durent effectivement plus voir que lui seul à poursuivre et à punir.

On l'admira, on le plaignit. Mais la rigueur des formes et la lettre de la loi obligèrent les magistrats à prononcer contre lui, quoiqu'à regret, un arrêt de mort. Ce fut une consternation générale. Le jour de l'exécution fut fixé au lendemain. Par une disposition de la Providence, le bourreau fut frappé de mort subite, au moment où il allait exécuter le condamné. On s'écria que c'était une marque visible de la volonté de Dieu, qu'il fallait faire grâce au pauvre patient, victime volontaire du dévouement le plus héoïque; tous les cœurs déchirés poussèrent à la fois le même cri en sa faveur.

Mais tout à coup un autre jeune homme fit entendre sa voix; c'était l'un des complices impliqués dans le même procès criminel et auquel un si beau sacrifice venait de sauver la vie. « Personne ne se présente ditil, pour dresser l'échafaud ; eh bien je m'en charge ; il n'y a pas de bourreau, j'en ferai les fonctions. »

Tout le monde frissonnait d'horreur, comme nous tous tant que nous sommes ici présents, en entendant

une proposition si barbare, que les juges n'étaient pas en droit de rejeter. Il se mit à l'œuvre et la sentence fut exécutée.

Vous frémissez, mes frères; à la bonne heure ! Mais je suppose que vous me comprenez. Ce jeune homme, si intéressant, qui vient de mourir en quelque sorte devant vous pour le salut de ses frères, savez-vous qui c'est? C'est Jésus-Christ en son état de victime toujours vivante dans le sacrement de l'Eucharistie. Et ce bourreau d'office, qui est-il ? C'est vous tous^ pécheurs sacrilèges qui m'écoutez. .Jésus-Christ, votre Rédempteur et le mien, s'était donné pour vous une seconde vie par le prodige de son amour ; il semblait pour toujours à l'abri d'une nouvelle mort dans ce tabernacle. C'est vous tous, malheureux Judas, c'est vous qui avez renouvelé son supplice après sa résurrection; c'est vous qui, par vos communions en état de péché mortel, avez dit, sinon en paroles, au moins par le fait, ce qui est pis encore : « Tirez Jésus-Christ du fond de ce sanctuaire où il est caché sous les voiles Eucharistiques; livrez-le moi sur cette table sainte. C'est moi qui vais le crucifier de nouveau : c'est moi qui élèverai sa croix sur un calvaire ; c'est moi qui serai son bourreau. »

Saint Cyprien, évêque de Carthage, rapporte plusieurs punitions exemplaires de l'indigne réception de l'Eucharistie.

Une jeune fille qui avait mangé des viandes immolées aux idoles, se présenta pour recevoir l'Eucharistie; ce ne fut pas pour elle une nourriture, mais un poison. Le sang du Seigneur dwneura entre son gosier et son estomac, de sorte qu'il l'étouffait; ainsi opprimée par son crime, après plusieurs tremblements et convulsions, elle tomba morte sur la place.

Une autre femme, ayant ouvert avec des mains impures l'armoire où elle avait mis la sainte Eucharistie,

il en sortit une flamme qui l'empêcha d'y toucher.

Un homme souillé du même crime, ayant eu la hardiesse, après la célébration du sacrifice, d'en prendre sa part avec les autres, ne put manger ni toucher le Saint du Seigneur, et trouva qu'il n'avait que de la cendre dans la main.

« Ces exemples, ajoute saint Cyprien, font voir que ce qu'on reçoit du prêtre est non seulement inutile pour le salut, mais encore nuisible, lorsqu'on le reçoit indignement. Que le coupable ne se croie pas en sûreté, parce que son supplice est différé, mais qu'il croie, au contraire, que la vengeance de Dieu est d'autant plus grande qu'elle vient plus tard. C'est pour cette raison qu'il y a parmi vous, dit saint Paul aux Corinthiens, beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs dorment du sommeil de la mort. Ils ne sont pas demeurés impunis même' dès ce monde, quoique le jour de la punition ne soit pas encore venu Dieu en châtie quelques-uns dès cette vie, afin que les autres deviennent sages. »

Nous pourrions vous citer quelques exemples : ainsi celui de Lothaire, empereur, et de ses ofticiers, qui se présentèrent pour communier de la main du pape après lui avoir fait un faux serment, et qui moururent tous d'une fièvre brûlante, avant même qu'ils fussent de retour dans leur patrie.

Naguère, dans une ville de France, un enfant eut Taudace de faire sa première communion en état de péché mortel. 11 fut renversé tout à coup après avoir reçu la sainte hostie. Il perdit la connaissance et la parole; on lui prodigua tous les secours pour le rappeler à lui. Après la messe son confesseur s'empresse de le voir, il rappelle, point de réponse: il l'appelle encore et lui adresse les plus tendres paroles. Ce malheureux enfant desserre enfin ses lèvres livides et

fait entendre ces paroles: J'ai commis un sacrilège ! il se tourne vers la muraille et il expire.

Que doivent faire avant de communier ceux qui se reconnaissent coupables de péché mortel? — Ils doivent faire une bonne confession et ne se présenter à la communion que lorsque le confesseur le juge convenable. — Qu'est-ce à dire une bonne confession? — Une confession de tous les péchés mortels dont on est coupable, faite avec sincérité et un vrai repentir. — Pourquoi ne faut-il se présenter à la communion que lorsque le confesseur le juge convenable? — Parce que le confesseur peut seul connaître si la communion sera fructueuse. Comme un homme qui revient d'une maladie mortelle ne peut encore user d'aliments fortifiants, de viandes solides ; de même lame, quoique rendue à la vie par l'absolution, n'est pas toujours assez forte pour recevoir aussitôt la sainte Eucharistie ; elle peut avoir besoin de certains exercices pour s'y préparer.

Il est très important pour vous, mes enfants, de vous mettre en garde contre la communion sacrilège. N'approchez jamais de la sainte table, si vous avez quelque péché mortel sur la conscience. Peut-être seriez-vous tombés dans quelque faute honteuse que vous n'osez déclarer à votre confesseur : pour vous déterminer à dire franchement la vérité, employez les moyens suivants : 1» Méditez sur l'énormité d'une communion sacrilège ; saint Paul enseigne que l'indigne communiant crucifie de nouveau Jésus-Christ: or, si Jésus-Christ était devant vous en personne, oseriez-vous vous saisir de lui, l'attacher à la croix, lui planter une couronne d'épines sur la tête, lui enfoncer des clous dans les pieds et dans les mains, lui percer le cœur etc.? 2^ Rappelez-vous ~qu'en cachant ;un péché vous n'en dérobez pas la connaissance à Dieu qui sonde votre cœur et

que ce péché sera révélé à la face du ciel et de la terre au jour du jugement. 3^ Pensez que Dieu ne vous accordera peut-être pas le temps ni la grâce de faire pénitence de ce péché, et vous voilà perdu pour jamais. A'^ Priez Dieu, priez la sainte Vierge, votre patron, votre ange gardien, pour obtenir la force de vaincre votre répugnance ; et faites à cette intention le chemin de la croix. 5" Enfin, si vous ne vous sentez pas encore le courage de déclarer ce maudit péché, priez votre confesseur de vous interroger et dites-lui que vous avez encore sur la conscience des choses que vous n'osez déclarer. Alors il vous questionnera, et vous aurez soin de lui répondre en toute sincérité.

Page 1