‹ Soirées chrétiennesChapitre 12 sur 32 · LA MESSE · texte numérisé non relu

LA MESSE

Dans quels sentiments devons-nous assister à la sainte Messe? — Nous devons assister à la sainte Messe dans Vintention d'adorer Dieu, de lui demander pardon de nos péchés, de le remercier des grâces qu'il nous a faites et d'en obtenir la continuation.

Comment devons-nous assister à la sainte Messe? — Nous devons y assister en mémoire de la mort de Jésus-Christ dont elle est une vive représentation, en ûffiant Jésus-Christ comme une hostie vivante, et en contemplant Jésus-Christ mourant, comme si nous

étions présents au Calvaire. — Faat-il être en état de grâce ?— Cela est fort à désirer ; sinon nous devons exciter dans notre cœur de vifs sentiments de repentir de nos fautes, atin de faire l'offrande de Jésus-Christ d'une manière digne de la sainteté de Dieu et de la victime qui est offerte. — Pourquoi ? — Parce que, quand on assiste à la sainte Messe, il faut entrer dans les .sentiments de Jésus-Christ qui s'offre pour la rémission des péchés de tous les hommes, et que ce ne serait pas bien célébrer la mémoire de sa mort que d'aimer le péché qui l'a fait mourir.

Que doit-on penser de ceux qui assistent à la Messe avec un cœur attaché au péché, sans aucun désir de conversion ? — On doit les regarder avec compassion et prier Dieu pour eux, afin qu'il les éclaire et les convertisse.

Avec quelles dispositions devons-nous assister à la sainte Messe ? — Avec des dispositions sincères de foi, de confiance et de respect. — Pourquoi avec foi ? — Parce que la foi seule nous fait découvrir les grands mystères qui s'opèrent à la sainte Messe. — Pourquoi avec confiance ? — Parce que rien n'est plus propre à exciter la confiance des pécheurs que la vue de Jésus- Christ qui s'offre lui-môme pour eux à Dieu son Père. — Pourquoi avec respect ? — Parce que la sainte Messe est l'action la plus auguste delà religion.

Quelles prières devons-nous réciter en assistant à la Messe ? — Celles que récite le prêtre au nom de l'Église et de tous les fidèles; elles sont très anciennes, très propres à nous faire entrer dans les intentions de Jésus-Christ et de l'Église.

Que devons-nous faire pendant le temps de la Consécration ? — Nous rappeler le souvenir de la mort de Jésus-Christ qui est représentée dans la Consécration,

l'adorer humblement et le supplier de nous appliquer le fruit de sa Passion.

Une jeune fille se lamentait, en parlant à son confesseur au saint tribunal, de ce qu'elle entendait mal la Messe. « Que faites-vous donc alors ? de quoi vous occupez-vous ? lui dit-il. — Je ne fais autre chose, répondit-elle, pendant toute la Messe, que de pleurer mes péchés. — Continuez, vous l'entendez fort bien. »

Un père de famille assistait chaque jour à la sainte Messe, malgré ses occupations multipliées ; il la partageait en quatre parties : 1° depuis le commencement jusqu'à la préface, il s'appliquait à adorer Dieu par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ ; 2" depuis la préface jusqu'à la consécration, il remerciait Dieu avec Jésus- Christ et par Jésus-Christ ; 3° depuis la consécration jusqu'à la communion du prêtre, il demandait à Dieu par les mérites de Jésus-Christ, le pardon des péchés qu'il avait commis ; 4° depuis la communion du prêtre jusqu'à la fin de la Messe, il demandait, par les mérites de Jésus-Christ, pour lui et pour les fidèles vivants et morts, les grâces et les biens nécessaires pour arriver au ciel.

C'est ainsi, mes chers amis, que vous devez assister à la Messe. Si vous ne pouvez méditer sur la Passion de Jésus-Christ, récitez les prières de l'ordinaire de la Messe. Si vous ne savez pas lire, unissez-vous au prêtre qui célèbre la Messe, et récitez pieusement votre chapelet, ou d'autres prières.

PiCgardez comme un grand honneur de servir la Messe. Dans les premiers siècles de l'Église, ce n'était pas des enfants qui remplissaient cette fonction, mais des hommes d'une grande vertu, des confesseurs de la foi qui avaient reçu les ordres mineurs.

Guillaume Rufîn, jeune écolier, dont la vie doit servir de modèle à la jeunesse chrétienne, trouvât son plus

grand plaisir à servir plusieurs Messes. Il s'en acquitait avec une piété angélique. Son intention était de rendre souvent à Dieu un honneur infini en lui offrant à chaque Messe le corps et le sang de son divin Fils, et c'est par ce saint exercice qu'il s'est élevé à un très haut degré de sainteté.

M. l'abbé Vaudeville, ancien lieutenant-colonel, reçut la prêtrise après vingt-quatre ans de service. Son père, vieillard vénérable, couronné de cheveux blancs, se faisait un bonheur de servir chaque jour la Messe célébrée par son fils. On ne pouvait le considérer sans être touché jusqu'aux larmes.

Le comte de Bonald, pair de France sous Charles X, auteur d'ouvrages très remarquables, passait une partie de l'année dans sa maison de campagne, et sa joie la plus vive était de servir la Messe du curé de la paroisse. Et combien d'autres, distingués par leur naissance, leur fortune et le rang qu'ils occupent dans la société, se font un honneur de servir la Messe, lorsque l'occasion s'en présente.

Quels fruits retirons-nous de l'assistance à la sainte Messe ? — Quand nous assistons à la Messe avec la piété et les sentiments convenables à une action si sainte^ Dieu y répand abondamment ses grâces et ses iniséricordes sur nous.

Pourquoi l'assistance à la sainte Messe atlire-t-elle si efficacement les grâce s de Dieu sur nous ? — Par ce que nous lui offrons une victime d'un prix infini ; nous n'adorons plus et nous ne prions plus tout seuls, mais nous adorons Dieu, nous le remercions, nous lui demandons pardon, nous le louons, nous le bénissons, nous le prions avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ, nous lui rendons un culte d'un prix infini et digne de son infinie majesté. Or Dieu le Père peut-il être insensible aux prières de son Fils bien-aimé ?

Il y avait dans une ville deux ouvriers voisins. L'un, quoique chargé d'une nombreuse famille assislait tous les jours h la sainte Messe, et ne manquait de rien. L'autre était seul avec sa femme ; il travaillait les jours de dimanches et de fêtes, et ne vivait qu'avec une peine extrême. Un jour, il dit au pieux ouvrier : (V Je voudrais bien savoir où tu trouves de quoi si bien entretenir ta famille ; je travaille nuit et jour, je ne fais aucune dépense inutile, et cependant je suis dans une extrême misère. — Demain, lui dit celui-ci, je te l'apprendrai ; et le lendemain il vint le trouver et le conduisit à la Messe : « Qu'ai-je besoin de toi pour aller à la Messe ? lui dit avec colère l'ouvrier profanateur du dimanche. S'il me plaît d'y aller, j'en connais bien le chemin ; je voulais seulement apprendre où tu te procures de quoi vivre avec ta famille dfins une si grande aisance. — Eh bien, lui réplique l'autre ouvrier, c'est à la Messe. Je gagne plus en entendant une messe, qu'en travaillant plusieurs jours, et même plusieurs semaines, parce que j'attire sur moi et sur mes travaux les bénédictions de Dieu. Fais comme moi, et Dieu te bénira. » Il le lit, et il acquit bientôt une honorable aisance.

Dans certaines paroisses, le curé dit régulièrement la sainte Messe de grand matin et presque tous les paroissiens y assistent ; et tous les ouvrages se font comme dans les paroisses où ce pieux usage n'existe pas ; et la paix, l'union, la charité, la modestie, la patience régnent au milieu d'eux et font leur bonheur. Imitezles et croyez bien que le temps ne vous manquera jamais si pour accomplir vos autres devoirs, vous avez l'esprit d'ordre et l'amour du travail qui doivent animer les vrais chrétiens.

On rencontre dans les villes de pauvres domestiques, qui trouvent le moyen d'assister chaque jour à la

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sainte Messe. Ils se lèvent un quart d'heure plustôt et se couchent un quart d'heure plus tar^. On ne les voit point courir dans les rues, ni passer des heures entières h des conversations inutiles; aussi sont-ils bénis et protégés de Dieu.

Que doit-on penser de ceux qui assistent à la Messe sans respect et sans dévotion? — On doit les regarder comme des chi'étiens qui ont perdu la foi, ou peu s'en faut.— Pourquoi?— Parce qu'on ne peut concevoir que des chrétiens s'oublient jusqu'au point de manquer de respecta Jésus-Christ, dans le moment môme où il s'offre à Dieu pour eux, s'ils croient fermement qu'il est présent sur l'autel. Ils ressemblent aux Juifs qui l'insultaient sur la croix.

A qui offre-t-oti le sacrifiée de la Messe ? — Le sacrifice de la Messe ne peut être offert qu'à Dieu seul.

Pourquoi cela?— Parce que le sacrifice n'est établi que pour témoigner à Dieu la souveraine dépendance des hommes à son égard et reconnaître son souverain domaine sur toutes les créatures. — Que serait-ce si on l'offrait à un Ange ou à un Saint? — Ce serait un acte d'idolâtrie; on a donné le nom d'idolâtres à tous ceux qui ont offert des sacrifices à des créatures.

Pourquoi dit-on des Messes en l'honneur des Saints? — Ces Messes ne s'offrent pas aux Saints, mais à Dieu pour le remercier des grâces qu'il leur a faites, et pour lui demander, par leur interces' sion, les secours dont nous avons besoin.

Pourquoi le sacrifice de la Messe ne s'offre-t-il pas aux Saints? — Parce qu'ils ne sont que de simples créatures. « Quoique FÉglise, dit le saint Concile de Trente, ait coutume de célébrer quelquefois des Messes en l'honneur et en la mémoire des Saints, elle n'enseigne pourtant pas que le sacrifice leur soit offert mais bien

à Dieu seul qui les a couronnés ; aussi le prêtre ne dit pas : Pierre ou Paul, je vous offre ce sacrifice ; mais, rendant grâce à Dieu de leurs victoires, il implore leur assistance, afin que ceux dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans le ciel. »

Pour qui le sacrifice de la Messe est-il offert? — Le sac7\flce de la Messe est offert à Dieu pour tous les fidèles vivants et défunts, et principalement pour ceux qui y assistent.

Quelle est sur ce point la doctrine du Concile de Trente? — Parce que, y est-il dit, dans ce divin sacrifice qui s'accomplit à la Messe, le même Jésus- Christ, qui s'est offert lui-même sur l'autel de la croix avec effusion de son sang, est contenu et immolé d'une manière non sanglante ; le saint Concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et que par lui nous obtenons miséricorde et trouvons grâce dans le temps opportun, si nous approchons de Dieu contrits et pénitents, avec an cœur sincère, une vraie foi, et dans un esprit de crainte et de respect. Car le Seigneur, apaisé par cette oblation, et accordant la grâce et le don de pénitence, remet les crimes et les péchés, même les plus grands, puisque c'est une seule et même hostie, et que celui-là même s'offre à présent par le ministère des prêtres, qui s'offrit autrefois sur la croix, sans qu'il y ait de différence que dans la manière de l'offrir. Et par cette oblation non sanglante on reçoit des fruits très abondants de celle qui s'est faite avec effusion, de sang; tant s'en faut que par elle on déroge en aucune manière à celle-ci. C'est pourquoi, selon la tradition des apôtres, elle est offerte non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions, et les autres nécessités des fidèles qui sont encore vivants, mais aussi pour ceux qui sont

morts en Jésus-Christ et qui ne sont pas encore purifiés. »

Le sacrifice de la Messe n'est-il offert que pour les fidèles? — Comme Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, et qu'il veut que tous les hommes soient sauvés, l'esprit de l'Éghse est de prier secrètement pour tous sans exception, pour les hérétiques, les schismatiques, les infidèles^ les Juifs, etc. ; mais elle ne prie point publiquement pour tous ceux qui ne sont pas de l'Église ou qui sont retranchés de son sein, et ne leur fait pas l'application d'un certain fruit de la Messe dont elle peut disposer.

Quel est l'esprit de TÉgUse quand elle offre à Dieu le sacrifice de la Messe pour les vivants ? — C'est de demander à Dieu la conversion des pécheurs, la persévérance des justes et le salut de tous, en sorte que les uns et les autres participent aux fruits de tous les sacriiices qui s'offrent chaque jour par toute la terre, à proportion de leurs dispositions, pourvu qu'ils n'y mettent point d'obstacle.

Quels sont les morts pour lesquels l'Église offre le sacrifice de la Messe ? — Tous ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu, mais qui expient leurs péchés dans le purgatoire. — L'usage d'offrir le saint sacrifice pour les morts est-il ancien? — Il nous vient de la tradition apostolique. — Que dit Tertullien dans son livre de la Monogamie? — Qu'une femme qui ne fait pas offrir le saint sacrifice de la Messe tous les ans pour son mari le jour de son décès, doit passer pour avoir fait divorce avec lui.

Un impie, après s'être raillé d'une personne, parce qu'elle voulait se rendre à la procession du saint Sacrement, sort lui-même pour la voir défiler. Il garde son chapeau sur la tête, malgré l'ordre réitéré qu'on lui donne de se découvrir. Il brave ainsi la

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procession et le saint Sacrement de la manière la plus insolente. Mais au moment où le saint Sacrement passe vis-à-vis de lui, la justice divine le frappe; il tombe mort sur la place, au grand étonnement de la foule qui regarde cette mort subite comme un juste châtiment de son impiété. Cet événement fit une telle sensation, que son cadavre resta exposé trente-six heures devant la maison de ville. Nombre de témoins existent encore et racontent cet événement tel que nous venons de le citer.

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