DU SACREMENT DE PENITENCE — DE SA NATURE ET DE CE QUI LE CONSTITUE
Trois Sacrements sont nécessaires pour la formation et le développement du chrétien : le Baptême qui le fait naître, la Confirmation qui le perfectionne et l'Eucharistie qui le nourrit et le fortifie. Mais s'il perd la grâce par le péché, Dieu lui a ménagé le moyen de la recouvrer dans le sacrement de Pénitence, que les saints Pères appellent Baptême laborieux ou l'unique planche de salut après le naufrage.
Si un médecin faisait connaître aux hommes un remède certain et infaillible pour guérir toutes les maladies et les préserver de la mort, ils viendraient le cherher des extrémités du monde. Pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de guérir Tànie de toutes les maladies et la rendre éternellement heureuse, montrent-ils tant d'indifférence et même tant de répugnance pour
accepter un remède qui produit de si merveilleux effets?
Qu'est-ce que le sacrement de Pénitence ? — Le sacrement de Pénitence est un sacrement qui remet les péchés commis après le Baptême.
Que signifie le mot Pénitence? — Il signifie repentir, regret, douleur d'avoir commis un péché, ou bien une peine imposée pour l'expiation des péchés. — Pourquoi ce sacrement est-il appelé Pénitence? — Parce que le chrétien ne peut obtenir le pardon de ses péchés par le sacrement de Pénitence qu'autant que îe Saint-Esprit produit dans son cœur un véritable repentir pour les détester, et qu'il subit la peine qu'il a méritée pour satisfaire à la justice divine. — Pourquoi dites-vous un véritable repentir? — Parce qu'il y a un repentir faux. Dieu veut que nous achetions le pardon de nos péchés avec la monnaie de la Pénitence, et comme un marchand ne livre sa marchandise qu'autant qu'on lui donne de vraie monnaie, ainsi Dieu ne pardonne qu'à ceux qui ont un vrai repentir.
Pourquoi la Pénitence est-elle un sacrement? — Parce que Jésus-Christ l'a élevée à cette dignité. — Comment prouvez-vous qu'elle est un sacrement? — Parce que : 1° FÉglise Ta toujours enseigné ; et que 2" l'Écriture nous montre dans la Pénitence les conditions essentielles à un sacrement; ainsi, c'est un signe Sensible, les actes du pénitent et l'absolution du prêtre; un signe institué par Notre Seigneur Jésus- Christ et qui produit la grâce ; Jésus-Christ déclare que les péchés sont remis par l'absolution.
Pourquoi dites-vous que le sacrement de Pénitence remet les péchés commis après le Baptême ? — Parce qu'il participe à la nature d'une sentence portée par un juge ; or, un juge ne saurait prononcer une sentence, de condamnation ou d'absolution que sur ceux qui lui
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sont soumis. Les apôtres et leurs successeurs ne peuvent porter de sentence que sur les fidèles, ou ceux qui ont reçu le Baptême.
Le sacrement de Pénitence remet-il tous les péchés commis après le Baptême ? — Oui ; quelque nombreux et quelque graves qu'ils soient, il les remet à tous les pécheurs, pourvu qu'ils y apportent les dispositions nécessaires. — Jésus-Christ n'a-t-il pas dit que tout péché commis contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre ? — Oui, mais il a voulu faire entendre qu'il y a de grands péchés dont il est difficile d'obtenir le pardon, comme il y a certaines maladies incurables, lorsque le malade ne veut pas prendre les remèdes qui pourraient le guérir. — Montrez-nous que Jésus-Christ n'a fait aucune réserve ? — 11 n'a fait aucune réserve, lorsqu'il a dit à ses apôtres: « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Puis il a dit d'une manière formelle : « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel.» — Pourquoi a-t-il dit que le péché contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre ? ~ Parce qu'on entend par là l'impénitence finale, ou le péché de celui qui meurt avec la volonté attachée au péché mortel.
Qui a institué le sacrement de Pénitence ? — Jésus- Christ, lorsqu'après sa résurrection il souffla sur ses apôtres en disant: Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. « Par cette action si remarquable et ces paroles si claires, dit le saint concile de Trente, tous les Pères, d'un consentement unanime, ont toujours entendu que la puissance de remettre et de retenir les péchés a été communiquée aux apôtres et à leurs légitimes successeurs pour la réconciliation des fidèles tombés depuis
le Baptême; et c'est avec beaucoup de raison que l'Église catholique a condamné autrefois et rejeté comme hérétiques les novatiens, qui niaient opiniâtrement cette puissance de remettre les péchés. Aussi, le saint concile, approuvant et recevant pour très véritable ce sens des paroles de Notre-Seigneur, condamne les interprétations imaginaires de ceux qui, pour combattre l'institution de ce sacrement, appliquent faussement ces paroles à la puissance de prêcher la parole de Dieu et d'annoncer l'Évangile de Jésus-Christ. »
Par qui s'exerce dans l'Église le pouvoir de lier et de délier? — Par le pape successeur de saint Pierre, par les évêques, successeurs des apôtres, et par les autres ministres, selon qu'il a été réglé par les canons. — Comment s'exerce le pouvoir de lier? — Parles censures, par le délai de l'absolution, par la réserve de certains cas de conscience, par la pénitence qu'on impose aux pécheurs, et par tout ce que l'Église fait pour humilier l'âme coupable et la préparer à revenir sincèrement à Dieu. — Comment s'exerce le pouvoir de délier ? — Par l'absolution des censures et des péchés, par la rémission de la pénitence, par les indulgences, par les dispenses, et par tout ce que l'Église fait pour les faibles et les pénitents, afin de les aider et de les soulager.
Tous les prêtres ont-ils le pouvoir de remettre les péchés ? — Il n'y a que les prêtres approuvés par révoque qui aient le pouvoir de remettre les péchés, excepté à l'article de la mort, où tout prêtre peut absoudre, à défaut de prêtre approuvé. — Les prêtres approuvés peuvent-ils remettre tous les péchés ? — Non ; il y a certains péchés très graves dont l'absolution est réservée au pape et aux évêques, et dont les prêtres approuvés ne peuvent absoudre, hors le cas de nécessité, sans un pouvoir particulier.
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Pourquoi le pape et les évêques se réservent-ils l'absolution de certains péchés ? — Pour les rendre plus rares, en rendant leur absolution plus difficile ; pour punir ceux qui les ont commis, en leur imposant la confusion salutaire de les aller déclarer au supérieur ; pour rendre leur guérison plus certaine, en réservant la connaissance de ces péchés à ceux qui ont plus de lumières.
Comment les évêques et les prêtres remettent-ils ou retiennent-ils les péchés ? — Ils les remettent en donnant l'absolution aux pénitents bien disposés, et ils les retiennent en difïerant ou en refusant l'absolution à ceux qui ne sont pas bien disposés. — 11 est donc nécessaire de recourir au sacrement de Pénitence pour obtenir la rémission de ses péchés ? — Oui, le sacrement de Pénitence est aussi nécessaire aux adultes qui, après le Baptême, sont coupables de péché mortel, que le Baptême est nécessaire pour le salut à ceux qui ne sont pas encore régénérés.
Quand faut-il, après qu'on a-péché, recourir au sacrement de Pénitence ? — Aussitôt qu'on se croit coupable de péché mortel et qu'on le peut, on doit recourir au sacrement de Pénitence, parce qu'il est toujours dangereux de tarder trop à le faire, et que le délai est quelquefois un nouveau péché par la résistance qu'on fait à la grâce qui presse le pécheur. — On peut donc recevoir plusieurs fois le sacrement de Pénitence? — Oui, on peut et on doit le recevoir autant de fois qu'on a péché; on peut même le recevoir tous les jours, parce que le sein de la clémence divine est toujours ouvert aux pécheurs pénitents, et que le trésor de Dieu est inépuisable.
Quelles sont les parties du sacrement de Pénitence? — Les parties du sacrement de Pénitence sont les actes du pénitent et l'absolution du prêtre. — Quels
sont les actes du pénitent qui font partie du sacrement de Pénitence ? — Les actes du pénitent sont la confession^ la contrition et la satisfaction.
Montrez que les actes du pénitent font partie du sacrement de Pénitence ? — « Le concile de Trente déclare que la forme du sacrement de Pénitence, en laquelle consiste principalement sa force est rentermée dans ses paroles : Je vous absous, etc.. Les actes du pénitent même, savoir, la contrition, la confession et la satisfaction sont comme la matière de ce sacrement ; et comme d'institution divine, ils sont requis dans le pénitent pour l'intégrité du sacrement et pour la rémission pleine et parfaite des péchés, c'est pour cette raison qu'on les appelle les parties de la Pénitence. Sa vertu consiste dans la réconciliation avec Dieu, laquelle assez souvent a l'avantage d'être suivie d'une grande paix et tranquillité de conscience avec une abondante consolation d'esprit. »
Pourquoi ces trois actes sont-ils nécessaires ? — Parce que, pour guérir un abcès, trois choses le sont: il faut : 1» le percer avec la lancette ; 2» en faire sortir le pus ; S'^ y appliquer une emplâtre. Or, les trois actes du pénitent sont analogues, parce qu'on guérit les maladies de l'âme comme celles du corps : la contrition est le coup de lancette; la confession est Textraction du pus et de l'ordure ; et la satisfaction est l'application de l'emplâtre.
En quoi donc la Pénitence diffère-t-elle du Baptême ? — Elle en diffère de plusieurs manières: « Car, dit le saint concile de Trente, outre qu'il est fort différent dans la matière et dans la forme qui constituent l'essence du sacrement, il est constant aussi qu'il n'appartient point au ministre du Baptême d'être juge... Il n'en est pas de même des serviteurs de la foi, que Notre- Seigneur .Jésus-Christ a fait une fois membres de son
corps par l'eau du Baptême. Car, pour eux, si dans la suite ils se souillent par quelque crime, il a voulu, non pas qu'ils fussent de nouveau lavés par le Baptême une seconde fois reçu, mais qu'ils comparussent comme des coupables devant le tribunal de la Pénitence, afin que par la sentence des prêtres ils pussent être absous, non pas une seule fois, mais toutes les fois qu'ils y auraient recours avec un repentir sincère de leurs péchés. De plus, autre est le fruit du Baptême, autre celui de la Pénitence. Par le Baptême, nous nous revêtons de Jésus-Christ, et nous devenons en lui une créature toute nouvelle, obtenant une pleine et entière rémission de tous nos péchés ; mais par le sacrement de Pénitence, nous ne pouvons du tout parvenir à ce renouvellement et à cette intégrité qu'avec de grands gémissements et de grands travaux que la justice divine exige, de sorte que c'est avec une grande raison quota Pénitence a été appelée par les saints Pères une sorte de Baptême laborieux. »
Les trois actes du pénitent sont-ils tous trois parties nécessaires du sacrement de Pénitence ? — Oui, au moins dans lintention. — Expliquez-vous ? — La confession extérieure est nécessaire quand elle est possible; mais si un pécheur ne peut pas confesser de bouche ses péchés, il faut qu'il ait la volonté intérieure de les accuser. De même la contrition doit être .manifestée par quelque signe extérieur, si le pénitent peut l'exprimer. Enfin la satisfaction doit être, sinon faite, au moins acceptée intérieurement. Ainsi les trois actes du pénitent sont nécessaires toujours, extérieurement, lorsque le pénitent peut les faire, et intérieurement, s'il ne peut pas les manifester extérieurement.
Comment l'absolution fait-elle partie du sacrement de Pénitence ? — Parce qu'elle est la forme de ce sacrement ; car les sacrements étant les signes de ce
qu'ils opèrent, ces paroles : Je uowsaôsows, marquent la rémission des péchés accomplie par ce sacrement.