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DE LA CONFESSION. — QUALITES ET NECESSITE DE LA CONFESSION

Qu'est-ce que la confession ? — La confession est une accusation humble et sincère de tous ses péchés, faite à un prêtre approuvé pour en recevoir l'absolution.

Qu'est-ce à dire une accusation? — Cela veut dii'e qu'il ne suffit pas de déclarer ses péchés comme si l'on racontait une histoire, mais qu'il faut s'en accuser en se condamnant, en se donnant tort à soi-même, en se regardant comme un criminel qui sent le poids de ses crimes, qui s'en repent et veut les expier.

Pourquoi dites-vous que l'accusation doit être humble et sincère? — Parce que le pécheur doit être couvertde confusion et qu'il doit déclarer ses péchés comme Dieu les connaît, sans les augmenter, ni les diminuer, ni les excuser. — N'est-il pas permis de les exagérer pour s'humilier davantage? — Non ; une humilité fondée sur le mensonge est une fausse humilité.

Pourquoi l'accusation doit-elle être de ses péchés ? — Parce qu'il faut déclarer ses péchés et non ceux des autres sans une véritable nécessité, c'est-à-dire à moins qu'on ne puisse autrement faire connaître toute rénormité de son péché : par exemple, si l'on a commis quelque faute d'impureté avec un proche parent, il est nécessaire de dire quel est le degré de parenté.

Pourquoi l'accusation doit-elle être faite à un prêtre? — Parce que les prêtres ayant reçu de Jésus-Christ, en la personne des apôtres, le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, et ayant été en même temps établis juges des consciences, ne peuvent connaître quels péchés il faut remettre ou retenir, ni porter un jugement véritable et garder les règles de la justice dans les pénitences qu'ils doivent imposer, qu'autant qu'on leur fera l'aveu de chaque péché en particulier, comme un médecin ne peut guérir une maladie compliquée qu'autant que le malade la lui fait connaître dans tous ses détails. — Ne suftit-il pas de confesser les péchés à Dieu ? — Non , puisque Dieu a ordonné qu'on les confessât au prêtre.

Comment prouvez-vous que Jésus-Christ a établi la confession? — 1° L'Église l'enseigne ; 2° les paroles de l'Ecriture le prouvent; 3'^ les saints Pères l'ont toujours reconnu ; 4" si Jésus-Christ n"avait pas établi la confession, personne n'aurait pu l'établir; 5" la raison montre qu'il en doit être ainsi.

Qu'enseigne le saint Concile de Trente au sujet de la confession ? — « D'après l'institution du sacrement de Pénitence, dit-il, l'Église universelle a toujours entendu que la confession entière des péchés a été aussi instituée par Notre-Seigneur, et qu'elle est nécessaire de droit divin, à tous ceux qui sont tombés depuis le Baptême : car Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur le point de monter de la terre au ciel, a laissé les prêtres, ses vicaires, comme des juges et des présidents devant qui les fidèles doivent porter tous les péchés mortels dans lesquels ils seraient tombés, afin que, suivant la puissance des clés qui leur est donnée pour remeUre et retenir les péchés, ils prononcent la sentence; car il est manifeste que les prêtres pourraient exercer cette juridiction sans connaissance de cause, et ne pas garder

l'équité dans l'imposition des peines, si les pénitents ne déclaraient leurs péchés qu'en général et non en particulier et en détail.

« Il suit de là que les pénitents doivent déclarer tous les péchés mortels dont ils se sentent coupables, après une exacte discussion de leur conscience, encore que les péchés fussent très cachés et commis seulement contre les deux derniers préceptes du décalogue, ces sortes de péchés étant quelquefois plus dangereux et blessant l'âme plus mortellement que ceux qui se commettent à la vue du monde.

« Pour les péchés véniels, par lesquels nous ne sommes pas exclus de la grâce de Dieu et dans lesquels nous tombons plus fréquemment, quoiqu'il soit bon et utile et hors de toute présomption de s'en confesser, comme la pratique des personnes pieuses le fait voir, on peut néanmoins les omettre sans faute et les expier par plusieurs autres remèdes. Mais tous les péchés mortels, même ceux de pensée, rendant les hommes enfants de colère et ennemis de Dieu, il est nécessaire de rechercher le pardon de tous ces péchés auprès de Dieu par une confession sincère et pleine de confusion. Aussi, quand tous les fidèles confessent tous les péchés qui se présentent à leur mém^oire, ils les exposent tous sans doute à la miséricorde de Dieu pour en obtenir le pardon, et ceux qui font autrement et en retiennent quelques-uns volontairement ne présentent rien à la bonté de Dieu qui puisse être remis par le prêtre ; car si le malade a honte de découvrir sa plaie au médecin, celui-ci ne guérit pas ce qu'il ignore.

« 11 s'en suit de plus qu'il faut aussi expliquer dans la confession les circonstances qui changent l'espèce du péché, parce que sans cela les péchés ne sont pas entièrement exposés par les pénitents, ni suffisamment connus aux juges, et qu'ils ne sauraient juger sans cela

de rénormité des crimes, ni imposer aux pénitents une

peine qui soit proportionnée.

« C'est donc contredire la raison que de publier que ces circonstances ont été inventées par des hommes qui n'avaient rien à faire, ou qu'il suffit d'en déclarer une : par exemple qu'on a péché contre son frère. Mais c'est une impiété d'ajouter que cette sorte de confession est impossible; ou de la nommer une tyrannie sur les consciences : car il est constant que l'Église n'exige des pénitents autre chose sinon que chacun, après un sérieux examen, et après avoir exploré tous les détours et les replis de sa conscience, confesse les péchés par lesquels il se souviendra d'avoir offensé mortellement son Seigneur et son Dieu.

« A l'égard des autres péchés qui ne reviennent pas à la mémoire après un sérieux examen, ils sont censés compris en général dans la même confession; et c'est pour eux que nous disons avec confiance après le prophète : Purifiez-moi, Seigneur, de mes crimes cachés. Il faut avouer pourtant que la confession, par la difficulté qui s'y rencontre, et surtout par la honte qu'il y a h découvrir ses péchés, pourrait paraître un joug pesant, s'il n'était rendu léger par les grands et nombreux avantages et consolations que reçoivent indubitablement par Tabsolution tous ceux qui s'approchent dignement de ce sacrement.

(( Quant à la manière de se confesser secrètement au prêtre seul, encore que Jésus-Christ n'ait pas défendu qu'on ne puisse, pour sa propre humiliation, et pour se venger soi-même de ses crimes, les confesser publiquement, dans le dessein de donner un bon exemple aux autres ou d'édifier rÉglise qui a été offensée^ néanmoins ce n'est pas une chose commandée par un précepte divin, et il ne serait guère à propos d'ordonner, par quelque loi humaine, qu'on découvrît par une con-

fession publique les péchés, particulièrement ceux qui sont secrets.

« Ainsi comme le consentement général et unanime des saints Pères les plus anciens a toujours autorisé la confession sacramentelle secrète, dont la sainte Église s'est servie dès le commencement, et dont elle use encore aujourd'hui, on réfute manifestement la vaine calomnie, contraire au commandement de Dieu, introduite au temps du Concile de Latran parles Pères qui y étaient assemblés ; car l'Église dans ce concile, n'a point établi le précepte de la confession pour les fidèles, sachant bien qu'elle était déjà tout établie et nécessaire de droit divin ; mais elle a seulement ordonné que tous et chacun des fidèles, quand ils seraient arrivés à J'âge de discrétion, satisferaient à ce précepte de la confession au moins une fois l'an. Aussi dans toute l'Église on observe, avec un grand fruit pour les âmes fidèles, cet usage salutaire de se confesser, principalement dans le saint et favorable temps du carême, et le saint Concile approuve extrêmement cet usage et l'embrasse comme rempli de piété et digne d'être retenu. »

Prouvez par l'Écriture que Jésus-Christ a établi la confession? — Jésus-Christ a dit aux apôtres : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Or, les apôtres, les évoques et les prêtres, leurs successeurs, ne peuvent savoir à qui ils doivent remettre et à qui ils doivent retenir les péchés, à moins qu'ils ne connaissent tous les péchés en détail avec les circonstances qui en changent Tespèce ; donc les fidèles sont obligés, d'après les paroles de Jésus-Christ, de confesser tous leurs péchés.

Rapportez les paroles des Pères?

Au premier siècle, saint Clément engage les chrétiens à faire pénitence dans ce monde, « parce que.

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dit-il, quand nous en serons sortis, nous ne pourrons plus nous confesser, ni faire pénitence. »

Au deuxième siècle, Tertallien, dans son livre de la Pénitence, dit que la confession ne doit pas se faire seulement dans la conscience, mais qu'elle doit se révéler par un acte extérieur. « Pensons-nous donc, ajoute-t-il, que si nous parvenons à soustraire nos péchés à la connaissance des hommes, nous aurons a*ussi trompé Dieu? Pouvons-nous donc "comparer l'estime des hommes avec la conscience de Dieu? Vaut-il mieux se damner en cachant sa faute, que d'être absous en l'avouant? »

Au troisième siècle, Origène dit : « Les péchés sont remis par la Pénitence, lorsque le pécheur ne rougit pas de les déclarer au prêtre du Seigneur. » Saint Cyprien est aussi formel.

Au quatrième siècle, saint Ambroise entendait les confessions des pécheurs, et il pleurait si amèrement les péchés dont on lui faisait l'aveu, qu'il forçait les pénitents à pleurer avec lui. Il ne faisait connaître qu'à Dieu les crimes qu'on lui avait déclarés.

Au cinquième siècle, saint Jean Ghrysostome disait: « Celui qui a honte de découvrir ses péchés à un homme, qui ne veut pas se confesser et faire pénitence, sera traduit au jour du jugement non pas devant une ou deux personnes, mais devant le genre humain tout entier. » Il dit ensuite que le pénitent obtient la rémission de ses péchés par la condamnation et la déclaration quil en fait. Saint Jérôme et saint Augustin enseignent la même chose.

Au sixième siècle, saint Jean Climaque rapporte l'exemple d'un voleur qui fit la confession de ses péchés ; puis il ajoute : «Je cite cet exemple pour engager les autres à se confesser ; car, sans la confession, personne ne peut obtenir la rémission de ses péchés. »

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Au septième siècle, saint Grégoire le Grand exhorte le pécheur à se confesser : « Pourquoi, dit-il, cachezvous votre péché dans votre conscience ? Hâtez-vous de révéler par la confession ce que vous tenez caché intérieurement par la négation. En confessant nos péchés, que faisons-nous, sinon découvrir le mal qui était caché en nous. »

Au huitième siècle, le vénérable Bède dit : « Si les infirmes sont coupables de péchés, s'ils les ont confessés aux prêtres de l'Église et se sont efforcés de s'en corriger, leurs péchés seront remis, car les péchés n peuvent être remis sans la confession. »

Au neuvième siècle, un concile de Ghâlons, tenu en 813, ordonne aux prêtres d'instruire les fidèles sur la manière dont ils doivent confesser leurs péchés, même leurs péchés secrets, pour en obtenir la rémission.

Au dixième siècle, dans les canons d'Edgard, roi d'Angleterre, en 967, on lit ces paroles : « Lorsque quelqu'un veut faire la confession de ses péchés, qu'il agisse avec courage et ne rougisse pas de confesser ses crimes en s'accusant lui-mêtae, parce que sans la confession, il n'y a pas de pardon ; car la confession guérit, la confession justifie. »

Au onzième siècle, saint Pierre Damien explique fort au long la nature du sacrement de Pénitence. «La confession, dit-il, doit être faite avec sincérité. Une faut pas déclarer une partie de ses péchés et retenir l'autre partie, confesser les péchés légers et dissimuler les péchés graves ; car la raison nous avertit de nous confesser et Dieu nous y oblige. »

Au douzième siècle, saint Bernard dit que Dieu a établi un remède pour guérir du péché, la confession, et que tout est purifié par la confession.

Les protestants avouent que la confession a été

en usage dès le commencement du treizième siècle, puisqu'ils prétendent qu'elle a été établie au concile de Latran, tenu en 1215.

Que concluez-vous de tous ces témoignages ? — Que c'est Jésus-Christ qui a établi la confession, puisqu'en remontant de siècle en siècle jusqu'à lui, on voit que les chrétiens sont convaincus de la nécessité de la confession pour obtenir le pardon des péchés.

Mais peut-être que la confession est une invention humaine ? — Non, c'est chose impossible, et pour mieux faire sentir cette impossibilité, je vais vous rapporter une anecdote intéressante.

Il y a quelques années un prédicateur disait à ses auditeurs en parlant de la confession : « Vous dites que la confession est une invention humaine, et sans aucun doute, vous en avez des preuves concluantes. Eh bien ! je vous donnerai un million, si vous démontrez d'une manière incontestable que la confession est une invention humaine. Je ne possède rien, il est vrai, mais ne craignez rien ; je trouverai moyen d'accomplir ma promesse ; car voici quelles seront mes ressources.

Quand vous m'aurez remis votre démonstration, je la ferai imprimer et j'en adresserai un exemplaire à tous les prêtres français en leur disant : « Mon cher confrère, il est une fonction de votre ministère fort pénible, celle d'entendre les confessions. Il faut passer une bonne partie de votre vie, enfermé dans un confessionnal comme dans un cercueil, exposé au froid et à toutes sortes d'incommodités. Là, que de peines morales, que de difficultés se présentent ! Et d'abord, vous devez connaître toutes les lois divines et humaines, afin de pouvoir résoudre les divers cas de conscience qui vous sont présentés et qui sont parfois très embarrassants.

La sentence que vous prononcez doit être juste, vous ne devez accorder l'absolution qu"à ceux qui la méritent ; mais il est souvent fort difficile de distinguer les pénitents bien disposés de ceux qui ne le sont pas. Comme un habile médecin, vous devez connaître toutes les maladies de l'âme et les remèdes propres à les guérir ; puis il faut, par la persuasion, déterminer les malades à prendre la médecine que vous leur présentez, quelque amère qu'elle leur paraisse. Si vous êtes trop sévère, vous rebuterez les pénitents, et ils ne reviendront plus ; si vous êtes trop indulgent, ils ne se corrigeront pas de leurs mauvaiseshabitudes, ils mourront dans le péché, et vous serez devant Dieu responsable de la perte de leurs âmes. Quels embarras et quelles diflicultés souvent inextricables ! L'obligation d'entendre les confessions est donc pour vous un énorme fardeau qui souvent vous écrase. Combien le ministère vous serait agréable sans la confession !

Eh bien! mon cher confrère, je viens aujourd'hui vous débarrasser de ce joug importun et odieux. Lisez cette démonstration que je vous adresse, et vous verrez que la confession est une invention humaine, et que par conséquent vous pouvez ne plus vous en inquiéter. Et pour l'immense service que je vous rends aujourd'hui, je ne vous demande que la somme minime de 20 francs. Croyez-vous, mes frères, qu'il y aurait un seul prêtre qui me refuserait 20 francs? Tous, au contraire, s'estimeraient très heureux d'être, à si bas prix, déchargés du joug de la confession. Or, 50,000 prêtres me donnant chacun 20 francs, cela me ferait un million. Je m'adresserais ensuite aux prêtres étrangers qui ne seraient pas moins généreux que les prêtres français ; et un grand nombre de laïques qui

ne seraient pas fâchés de ne plus aller à confesse m'enverraient de très riches offrandes.

Vous voyez donc, mon très cher frère, que non seulement je pourrais vous remettre le million promis, mais que j'aurais encore de quoi vous élever un monument magnifique, sur le frontispice duquel on graverait ces mots : Au grand, au savant, au bienfaiteur de l'humanité, TOUTE l'église RECONNAISSANTE.

Il faut avouer que ce prédicateur offrait une belle récompense à celui qui lui prouverait que la confession est une invention humaine. Cependant jusqu'ici personne ne s'est présenté pour l'obtenir.

La raison en est simple : il est impossible que des peuples entiers aient accepté dès l'origine le précepte de la confession, si Jésus-Christ ne l'eût imposé; car, bien qu'il puisse arriver qu'un particulier se .croie un jour obligé de se donner la discipline, il n'arrivera jamais que des peuples nombreux et divers s'imaginent que c'est pour eux un devoir de se donner la discipline. La confession a quelque chose de trop humihant pour croire que la multitude si orgueilleuse s'y soumettrait, sans y être obligée par un précepte divin. Si aujourd'hui elle n'existait pas, pensez-vous qu'il soit possible de l'introduire ? Y aurait-il des prêtres et des fidèles pour l'accepter sans réclamation? Est-il croyable que nul n'élèverait la voix pour dévoiler la fraude? Mais dans tous les temps, les mêmes impossibilités eussent existé.

Ce sont les prêtres, dit-on encore, qui ont inventé la confession. — Je vais vous dire la vérité avec franchise, mais soyez discrets et n'en dites rien à personne. Oui, c'est un prêtre qui a inventé la confession ; je m'en suis convaincu en étudiant l'histoire : Je puis même vous dire son nom et vous citer l'époque où il vivait, le pays qu'il habitait et les hommes qui l'ont entendu.

Ce prêtre se nomme Jésus-Christ; il est venu au monde il y a 1879 ans ; les apôtres l'ont entendu, quand il a établi la confession et ils nous ont conservé les paroles qu'il a prononcées. Il y a plus, Jésus-Christ lui-même a confessé la Samaritaine. Sa conversation avec cette femme n'est autre chose que sa confession. La confession n'a-t-elle pas existé avant Jésus-Christ?

— Elle n'a été établie que par lui comme faisant partie d'un sacrement ; mais la confession des péchés comme condition nécessaire pour en obtenir la rémission, a existé de tout temps. Chez le peuple Juif, il y avait divers sacrifices pour les différents péchés que commettaient les Israélites ; c'était une espèce de confession. Lorsque Adam et Eve eurent péché, Dieu voulut obtenir d'eux l'aveu de leur faute, avant de leur pardonner. Cain ne voulut pas se confesser et son crime demeura sur sa conscience.

L'histoire nous dit encore que chez les Gentils il y avait des prêtres qui confessaient, et que l'audition de certains grands crimes était réservée aux souverains, qui étaient tout à la fois rois et pontifes.

La confession est donc une loi universelle? — Iln'y a aucun doute ; vous voyez que dans un certain sens, elle a existé partout et toujours. Elle est encore universelle, en ce sens que tous les êtres se confessent.

— Vous m'étonnez : est-ce que les brebis et les oiseaux, les plantes et les arbres se confessent ? — Assurément ; et parlons d'abord des hommes.

Quoique tous ne veulent pas se confesser aux prêtres, tous ou à peu près se confessent, c'està-dire font l'aveu de leurs fautes. En effet, l'on ne rencontre presque pas une seule personne au monde qui n'ait un ami ou une amie à qui elle confie ce qu'il y a de plus secret dans son cœur. C'est comme une nécessité, et ceux qui ne veulent pas la subir finissent

par mourir de chagrin. Bien plus, on a vu souvent des voleurs et des assassins se déclarer eux-mêmes coupables sachant bien cependant que leur aveu leur coûterait la vie. Un enfant quia commis secrètement une faute est tourmenté de remords et accablé de tristesse, jusqu'à ce qu'il ait pris sur lui-même de le déclarer à son père et à sa mère. Aussi Thistoire nous présente-t-elle deux exemples de confession publique qui se trouvent comme aux deux extrémités du bien et du mal moral, saint Augustin et Jean-Jacques Rousseau.

On comprend en effet que l'homme soit trop faible pour porter seul le poids du péché, et qu'il sente le besoin de le décharger dans le cœur d'un ami ; mais peut-on concevoir que les poiriers et les hirondelles se confessent? — Rien n'est plus vrai cependant. Examinez ce que font les médecins pour guérir les malades : tout leur art consiste à attirer au dehors le mal qui se trouve à l'intérieur du corps ; ainsi quand le corps de rhomme a violé une loi de sa nature, il n'obtiendra sa guérison, qu'autant que le mal qui résulte de cette violation se produira au dehors ; c'est une espèce de confession, puisque c'est la manifestation extérieure d'une plaie intérieure, et la confession n'est pas autre chose. Ce que nous disons du corps de l'homme s'applique de la même manière au corps de tous les animaux. Un arbre est-il malade? Si le jardinier ne parvient à attirer au dehors la maladie intérieure, l'arbre périra. La confession est donc nécessaire à tous les êtres pour obtenir leur guérison, lorsqu'ils sont malades.

Que fait-on d'une vigne dont les ceps sont desséchés? — Ou bien on l'arrache, ou bien on la provigne. — Que fait-on pour provigner la vigne?— On creuse une large fosse, puis on couche la plante dans cette fosse et on la recouvre de terre. Alors la plante reprend une nouvelle vie ; elle est devenue une vigne nouvelle. Ainsi

en est-il de Thomme quand le péché a desséché son âme en lai ôtant la vie surnaturelle. Dieu l'arrache et le jette au feu, ou bien il le rajeunit par la confession. En s'humiliant devant son confesseur par l'aveu de ses fautes, le pécheur ressuscite à la grâce et devient un homme nouveau. — Pourquoi le chrétien doit-il se confesser pour devenir un homme nouveau? — Par la même raison qu'il faut provigner la vigne pour la rajeunir ; de part et d'autre c'est une loi de la nature.

Comment prouvez-vous encore la nécessité de la confession? — Par le but que Jésus-Christ s'est proposé en établissant la religion chrétienne, qui est la sanctification des âmes ou la conversion des pécheurs. Or, un pécheur ne peut se convertir sans reconnaître les torts qu'il a eus envers Dieu, et tant qu'il ne reconnaît pas ses torts, sa volonté n'est pas changée; de même qu'un voyageur qui après une fausse route, ne peut reprendre le bon chemin, qu'autant qu'il reconnaît qu'il s'est égaré. Mais reconnaître ses torts envers Dieu, c'est lui en faire l'aveu. Il faut donc un fondé de pouvoir pour défendre les intérêts de Dieu, car si le pécheur n'avait d'autre juge que lui-même, il ne se condamnerait jamais et ne réparerait jamais les torts qu'il a envers Dieu. Ainsi, comme il faut un juge et un tribunal dans la société civile pour défendre les intérêts des citoyens lésés, il est nécessaire qu'il y ait dans rÉglise un tribunal et des juges pour défendre les intérêts de Dieu lésés par les pécheurs.

Puisque la confession paraît être un besoin de l'âme, ne pourrait-on pas dire qu'elle s'est introduite insensiblement dans l'Église? — Non, pas plus qu'on ne peut dire que les voleurs, les usuriers et les assassins ont établi les juges et les tribunaux, parce que, souvent, ils éprouvent le besoin de faire l'aveu de leurs crimes. La confession est par elle-même trop humi-

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liante pour que l'homme s'y assujettisse sans y être obligé par un précepte divin. C'est pourquoi les protestants se sont empressés de l'abolir, tout en reconnaissant ses merveilleux effets.

Voltaire, le chef de l'impiété, écrivait un jour à d'Alembert : Dans tîngt ans Dieu aura beau Jeu. Et vingt ans après, jour pour jour, il était frappé de la maladie qui le conduisit au tombeau. Aussitôt il appela à lui l'abbé Gauthier, vicaire de Saint-Sulpice, fit à genoux l'aveu de ses fautes et déposa entre ses mains la rétractation authentique de ses impiétés et de ses scandales. Il n'avait pas encore terminé ce grand acte de réconciliation qu'il sentit renaître toutes ses frayeurs, et il s'écria : « Je suis donc abandonné de Dieu et des hommes. » Mais le prêtre n'arrive pas. Le malade entre dans les convulsions et les fureurs du désespoir. Les yeux égarés, blême et tremblant d'effroi, il s'agite et se tourne en tous sens, il se déchire, il dévore ses excréments Cet enfer dont il s'est tant moqué, il le voit s'ouvrir devant lui, il frémit d'horreur, et son dernier soupir est celui d'un réprouvé. « Rappelez-vous toute la rage et toute la fureur d'Oreste, dit le célèbre Tronchin qui assista à cette horrible mort, vous n'aurez qu'une faible image de la rage et de la fureur de Voltaire dans sa dernière maladie. Il serait à souhaiter, répétait-il souvent, que nos philosophes eussent été témoins des remords et des fureurs de Vol" taire; c'est la leçon la plus salutaire qu'eussent pu recevoir ceux qu'il avait corrompus par ses écrits. » Le maréchal de Richelieu avait eu sous les yeux ce spectacle épouvantable et il n'avait pu s'empêcher de s'écrier : » En vérité, cela est trop fort, on ne saurait y tenir. «

AVANTAGES DE LA CONFESSION. — CONFESSION SACRILÈGE. — MOYENS A PRENDRE POUR l'ÉvITER.

La confession ii'est-elle pas une loi trop dure?— Elle est, en effet, un devoir pénible et humiliant. Mais si nous considérons les biens qu'elle nous procure, nous la trouverons pleine de bonté et de miséricorde; car en commettant une faute grave nous méritons l'enfer. Or, pensez-vous que les démons trouveraient la peine trop dure, si Dieu leur pardonnait, à condition qu'ils feraient l'aveu de leur faute avec un vrai repentir? Un malade trouverait-il trop dur de se voir obligé pour être guéri, de faire connaître sa maladie? Un homme condamné aux galères perpétuelles où à la mort trouverait-il trop dur de confesser son crime pour recouvrer sa liberté ou obtenir sa grâce ? Un misérable criblé de dettes par ses débauches croirait-il qu'on lui impose un trop lourd fardeau, si on lui remettait toutes ses dettes et si on le comblait de richesses, à condition qu'il fera la confession de ses désordres avec un sincère repentir?

Dites-nous quelles sont les avantages de la confession pour chaque chrétien et pour la société? — Par la confession, le chrétien : 1° se réconcilie avec Dieu ; 2° évite l'enfer ; 3° gagne le ciel ; 4° obtient la paix de la conscience; 5° trouve dans son confesseur un conseiller désintéressé, un ami dévoué, un père tendre et généreux.

Quelle différence remarquez-vous entre le tribunal des âmes ou la confession et le tribunal de la justice humaine ? — Au tribunal de la justice humaine : 1° le coupable est forcé de comparaître, et souvent il est amené par la force publique ; 2° tous les témoins sont

entendus et font connaître publiquement les crimes et les défauts du coupable ; 3° la sentence est toujours une sentence de condamnation, quand la culpabilité est bien constatée ; 4° la peine est grave, une amende, la prison, les galères perpétuelles et la mort.

Au tribunal de la Pénitence c'e^t tout autre chose : fie pénitent s'y rend de lui-même, sans y être contraint; 2° il choisit son confesseur ; 3^ il n'y a pas d'autre accusateur que le pénitent : aucun témoin n'est entendu ; i' le confesseur est le seul dépositaire du secret que lui contie le pénitent, secret qu'il doit garder, même au péril de sa vie ; 5° il est indulgent, il connaît les faiblesses de la nature humaine ; 6° la sentence est toujours une sentence d'absolution, lorsque le pénitent est bien disposé; 7° la peine est ordinairement bien légère, des prières, des jeiines et des aumônes. Si nous méditions sérieusement sur la grande miséricorde que Dieu exerce à l'égard du pécheur dans le sacrement de Pénitence, tous les jours de notre vie nous en verserions des larmes de joie et de reconnaissance.

Quels sont les avantages de la confession pour la société? — Comme rien n'est plus utile que la fréquente confession pour corriger le pécheur et l'affermir dans la vertu, il est certain que si tous les chrétiens se confessaient souvent avec les dispositions requises, il n'y aurait bientôt plus de blasphémateurs, de profanateurs du dimanche, de parents scandaleux, d'enfants indociles, d'homicides, de voleurs, de calomniateurs, de libertins, d'ivrognes, de paresseux, etc. Tous les hommes serviraient Dieu fidèlement, aimeraient leurs semblables comme des frères et se respecteraient eux-mêmes par la pratique de toutes les vertus.

De quels péchés est-on obligé de s'accuser en confession? — On est obligé de s'accuser de tous les péchés mortels dont on se reconnaît coupable et

même de ceux qui sont douteux, en expliquant le doute au confesseur.

Pourquoi faut-il confesser les péchés douteux? — Pour ne pas s'exposer à faire une confession sacrilège. En exposant son doute au confesseur, le pénitent met sa conscience en repos et reçoit des lumières sur ce qu'il ignoi'e ou ne comprend pas bien. — Doit-on s'accuser des péchés qu'on a eu la volonté de commettre? — Oui, cette mauvaise volonté est un péché de même nature que celui qu'on aurait eu l'intention de commettre.

Si l'on cachait à son confesseur quelqu'un des péchés commis, obtiendrait-on la rémission des autres péchés qu'on aurait accusés? — Non; au contraire, en cachant un péché et en trompant ainsi son confesseur, qui tient la place de Dieu, on ajouterait un nouveau péché et l'on ferait une confession sacrilège.

Est-il possible de tromper Dieu? — Non, il voit tout et connaît tout, même nos plus secrètes pensées ; on ne peut pas le tromper.

Un gouverneur d'une des provinces de France, après avoir commis des injustices sans nombre, se fitdonner au lit de la mort un habit religieux pour mourir et être enterré avec les marques de la pénitence. Un pauvre villageois, ruiné par ses injustices, le voyant porter en terre avec cet habit, s'écria : « François, François, va, va, tu as beau te déguiser, tu vas dans un pays où l'on reconnnaît les mascarades. »

Une confession sacrilège est donc bien dangereuse? — Rien n'est plus dangereux que les suites qu'elle entraîne après elle, car elle est suivie ordinairement d'une communion sacrilège; et ce sont deux péchés énormes qui exposent à la damnation éternelle comme ie prouvent les exemples suivants.

Le P. Jean Fuimirez, prêchant dans une ville, fut

appelé pour confesser une personne d'une naissance illustre, qui avait mené la vie la plus sainte aux yeux des hommes; car elle communiait fort souvent, jeûnait et pratiquait toutes sortes de bonnes œuvres. En ce moment elle se confessa avec de si grandes marques de repentir que le père en fut très satisfait. De retour au collège, celui qui l'avait accompagné lui dit que, pendant qu'il entendait la confession de cette pénitente, il avait vu un démon qui lui fermait la bouche. Le père, fort surpris, retourna aussitôt chez la malade, mais il apprit en entrant qu'elle venait d'expirer. Il revint au collège et s'étant mis en prière, elle lui apparut environnée de flammes et de chaînes, et lui déclara qu'elle était damnée pour n'avoir pas osé lui déclarer en confession un péché qu'elle avait commis avec un jeune homme, dans la crainte de perdre Festime de son confesseur ; qu'à sa dernière confession elle avait eu dessein de l'accuser, mais que la honte l'avait encore retenue.

Après cette explication, elle disparut^ laissant son confesseur tout épouvanté de ses cris effroyables et du bruit de ses chaînes. [Tiré de S Ligaori.)

Le P. François de Rodriguez rapporte, qu'en Angleterre, le roi Angubert eut une fille d'une si rare beauté que plusieurs princes la recherchèrent en mariage. Sou père lui ayant demandé auquel de ces princes elle donnait la préférence, elle répondit qu'elle avait renoncé au mariage par un vœu perpétuel de virginité. Le roi sollicita et obtint de Rome la dispense de ce vœu ; mais elle refusa constamment d'en user, protestant qu'elle n'aurait d'autre époux que Jésus- Christ. Tout ce qu'elle lui demanda en grâce fut la permission de se retirer dans un château, à quelque distance de la ville. Son père qui l'aimait tendrement la lui accorda, et lui donna en même temps une suite

digne de son rang. Là elle se livra aux exercices de la piété et de la charité, à la prière, au jeûne, aux austérités de la pénitence, à la fréquentation des sacrements et au service des malades dans un hôpital voisin.

Après plusieurs années passées de la sorte, elle mourut avec la réputation d'une grande sainte. Une personne de sa suite, faisant oraison, entendit un grand bruit, et vit au milieu d'un feu ardent une femme que les démons tenaient enchaînée et qui lui dit : « Sache que je suis l'infortunée fille d'Angubert. — Comment, reprit cette personne toute consternée, vous seriez damnée après avoir mené une vie si sainte? — C'est ma faute, reprit la princesse ; car étant encore fort jeune j'aimais un page et prenais plaisir à ce qu'il me fit la lecture de quelque livre. Un jour, après avoir achevé la lecture il me demanda ma main et la baisa. Le démon commença alors à me tenter, et je finis par offenser Dieu avec lui. J'allai ensuite à confesse, et je déclarai mon péché, mais mon confesseur ayant eu Tindiscrétion de me dire : « Comment, une reine faire de pareilles choses! » La honte s'empara de moi ; j'ajoutai incontinent que c'était en songe que j'avais fait ce péché. Depuis lors je me mis à faire des pénitences, des aumônes, des prières continuelles pour obtenir le pardon de mon péché sans le confesser. Me trouvant à l'article de la mort, je dis à mon confesseur que j'avais été une grande pécheresse; mais il me dit de rejeter cette pensée comme une tentation. Après quoi j'expirai et je suis maintenant réprouvée pour toujours. » A ces mots elle disparut, mais avec un si grand bruit qu'il semblait que tout l'édifice s'écroulât, et laissa dans le lieu de son apparition une puanteur insupportable qui dura plusieurs jours. {Tiré de S. Liguori.)

Qu'est-ce donc qui empêche le pénitent de déclarer ses péchés ? — La honte ou la crainte. Un enfant a peur d'être renvoyé et de ne pas faire sa première communion avec les autres. — Mais est-ce qu'on renvoie toujours un enfant qui déclare un grand péché ?

— Non ; s'il l'avoue avec un vrai repentir et la ferme résolution de l'éviter pour toujours, il recevra l'absolution et fera sa communion avec les autres. Mais si le confesseur ne le trouvait pas suffisamment disposé, il prendrait des mesures prudentes pour différer l'absolution sans que personne s'en aperçût; ainsi l'enfant prendrait part à la cérémonie sans communier, et ferait sa communion en particulier quelque temps après.

Mais que faire s'il s'agit du sacrement de la Confirmation, ou du Mariage, ou d'une communion générale ?

— Tout pécheur peut y être admis, s'il confesse son péché avec les dispositions nécessaires, ce qu'il peut toujours obtenir de la miséricorde divine. — Mais que pensera de moi le monde, si je vais à confesse sans communier? Ne croira-t-il pas que j'ai commis de grands péchés et il aura une mauvaise opinion de moi ? — Peu vous importe le monde qui ne peut rien ni pour ni contre vous. Si vous allez au ciel, le monde aura beau critiquer, vous n'en serez pas moins heureux ; et si par respect humain, vous tombez en enfer, ce n'est pas le monde qui -vous en tirera. Craignez Dieu, mon enfant, et n'ayez pas d'autre crainte. N'oubliez pas que ce sont les personnes les plus pieuses qui vont se confesser plusieurs fois avant de communier, afin de s'y disposer plus saintement.

Mais qu'est-ce que mon confesseur pensera de moi si je lui déclare ce péché? — Il aura de vous la plus haute estime et admirera votre courage. Saint François ayant entendu en confession un grand pécheur, celui-

ci lui dit : '< Eh bien ! Monseigneur, que pensez-vous du plus grand pécheur de la terre ? — Que Dieu a répandu sur vous, ô mon frère, sa grande miséricorde, répondit le bienheureux ; vous êtes à mes yeux tout reluisant de grâce. — Mais, savez-vous bien qui je suis ? — Vous êtes tel que je dis. — Mais je veux dire par le passé. -- C'est de quoi, répondit le saint, il ne me souvient plus ; et pourquoi garderais-je en ma mémoire vos péchés que Dieu a mis en oubli? Me prendriez-vous pour le pharisien qui prenait Madeleine pour ce qu'elle avait été et non pour ce qu'elle était, quand elle arrosait de ses larmes les pieds du Sauveur? Plus il y aura de sincérité dans votre confession, plus sera grande l'affection et l'estime de votre confesseur pour vous. Rien ne l'étonné, d'ailleurs ; il sait bien que s'il ne commet pas lui-même de très-grands péchés, ce n'est que par un pur effet de la grâce de Dieu ; il sait que les anges sont tombés, nos premiers parents dans le paradis, et Judas dans la compagnie de Jésus ; enfin il n'ignore pas que Samson, Salomon et David ont commis de très grand crimes.

Mais je crains que mon confesseur ne me gronde ? — Au lieu de vous gronder, il vous aidera à vous relever, comme une mère relève son enfant toutes les fois qu'il tombe dans la boue, comme un médecin qui est heureux de guérir un malade désespéré, comme un sauveteur est plein de joie d'avoir tiré de la rivière quelqu'un qui s'y noyait. D'ailleurs, en supposant que votre confesseur vous gronde, ne vaut-il pas mieux entendre des réprimandes de sa bouche que votre condamnation de la bouche de Jésus-Christ ? Enfin vous pouvez vous adresser à un autre confesseur, en allant en pèlerinage.

Mais je crains que mon confesseur ne révèle mon péché ? — Rassurez-vous ; un confesseur se

laisserait plutôt brûler vif, que de révéler le moindre péché. Saint Jean Népomucène a mieux aimé souffrir la mort que de faire connaître les péchés d'une de ses pénitentes. Durant la révolution française, il y a eu bien des prêtres qui se sont rendus coupables de sacrilèges, mais on n'en cite aucun qui ait jamais trahi le secret de la confession.

Mais j'ai commis un péché honteux et je n'ose l'avouer ? — Vous avez osé le commettre, pourquoi n'oseriez-vous pas le dire ? Vous craignez la confusion; que sera-ce donc quand ce péché sera révélé à l'univers ? Le péché seul est honteux ; l'aveu que vous en ferez est honorable, parce qu'il rend gloire à Dieu. Enfin, s'il vous en coûte trop de dire la faute, priez votre confesseur de vous interroger sur certaines fautes que vous n'osez pas déclarer et il vous tirera d'embarras.

Mais si je m'accuse de mes injustices, mon confesseur m'obligera à restituer ? — Quand même il ne vous y obligerait pas, vous n'y êtes pas moins obligé par le commandement de Dieu qui vous défend de prendre ou de retenir le bien d'autrui. Les voleurs, dit saint Paul, n'entreront pas dans le royaume des cieux. Mais si vous ne pouvez restituer le bien d'autrui, vous devez d'abord restituer ce qui est en votre pouvoir et avoir l'intention de rendre le surplus aussitôt que vous le pourrez.

Je confesserai mon péché à l'article de la mort ? — En aurez-vous le temps ? Ne mourrez-vous pas de mort subite ? Combien ne sont-ils pas morts subitement ? Et si vous en avez le temps, en aurez-vous le courage et la force ? Ne différez pas votre confession, mais répondez au tentateur comme cette dame qui avait commis de grands péchés et allait les confesser. Le démon lui demanda ce qu'elle allait faire : « Je vais, répondit-elle,

me confesser, me confondre et te confondre en m'aceusant de mes péchés. »

Pourquoi ne faut-il pas attendre à la mort pour confesser ses péchés et faire pénitence? — Parce que le temps de la vieillesse et de la maladie n'est pas propre à faire une chose aussi importante et qui demande d'aussi grands efforts. — Expliquez ceci par une comparaison?— Un négociant doit conduire à Paris une quantité de marchandises avec trois mules dont deux sont jeunes et robustes et la troisième faible et usée. Il laisse toute liberté aux deux premières et place toute la charge sur la troisième ; n'est-il pas certain qu'elle tombera en route et n'arrivera pas au terme du voyage au temps marqué ? — Que voulez-vous dire par là ? — Que le pécheur doit aller au ciel chargé du fardeau de la pénitence ; pour cela, il a trois âges, la jeunesse, la virilité et la vieillesse; les deux premiers sont forts, vigoureux, propres à porter une pesante charge, mais la vieillesse est caducque, faible, incommodée ; s'il laisse la jeunesse et la virilité inutiles et vides d'œuvres de pénitence, et s'il réserve les austérités et les mortifications pour la vieillesse, il est à peu près certain qu'il mourra impénitent.

Archias, riche citoyen de Thèbes, avait usurpé le gouvernement de cette ville, et y exerçait une autorité tyrannique. Quelques jeunes gens, saisis d'indignation à la vue des maux qui pesaient sur leur patrie, résolurent de l'en affranchir. Il fut convenu que Philidas, l'un d'entre eux, qui feignait d'être dévoué à Archias, l'inviterait à souper, et que, pendant le repas, les autres conjurés entreraient dans la salle du festin et massacreraient le tyran. Cependant, tandis qu'Archias était à table chez Philidas, on vint l'avertir qu'il y avait quelques mouvements dans

la ville. Il traita cet avis avec assez de légèreté. Quelques instants après arrive en grande hâte un courrier chargé de dépêches qui renfermaient tout le détail de la conjuration, et qu'il remet à son maître en rinvitant à en prendre connaissance. « Remerciez de ma part celui qui vous envoie, lui dit Archias; je lirai sa lettre plus tard et je lui rendrai réponse. — Seigneur, répondit le courrier, veuillez la lire surle-champ, parce qu'il s'agit d'affaires très sérieuses. » Archias se mit à rire et à plaisanter : « A demain, ditil, les affaires sérieuses; » et prenant la lettre, il la plaça sous son coussin sans l'ouvrir. Une demi-heure après, les conjurés sortent du lieu où ils étaient en embuscade, se jettent sur Archias et le tuent.

Quelle leçon tirez-vous de cette histoire? — Je conclus que ce tyran fut bien étourdi et bien insensé de n'avoir pas suivi les avis réitérés qui lui furent donnés, mais que le chrétien qui remet sa conversion à un autre temps l'est bien davantage. Il y a conjuration contre lui et il n'y prend pas garde; les maladies, les infirmités, les accidents sont comme autant de conjurés qui ont conspiré sa mort. Le fils de Dieu, son meilleur et son plus ildèle ami, lui a écrit une lettre pour l'avertir de la conjuration. Les prédicateurs sont autant de messagers que Dieu lui envoie pour le prier instamment de sa part de quitter ses vices, sa débauche ou son péché, parce que la mort et la justice divine le surprendront dans ce mauvais état un jour qu'il n'y pensera pas et il dit : « A demain les affaires sérieuses; » mais demain il se réveillera peut-être au fond des enfers.

Par quelle autre raison montrez-vous encore qu'il faut servir Dieu dès sa plus tendre jeunesse ? — Par le souverain domaine de Dieu sur toutes les créatures. La jeunesse avec ses avantages appartient à Dieu et

doit être employée tout entière à la gloire de Dieu. Un jeune homme, noble et savant, mais libertin, ayant écrit une belle lettre à saint Augustin, ce grand docteur lui répondit : « En lisant votre lettre, j'ai souhaité avoir autant de talent que vous-même, pour déplorer en termes énergiques la grande perte que vous faites. Quelle peine profonde j'éprouve de vous voir employer des dons si riches à des bagatelles ! Si vous aviez trouvé un calice d'or, vous en feriez présent à Jésus-Christ, et Dieu vous a donné un esprit et une âme d'or : pourquoi donc ne lui en faites-vous pas le sacrifice ? »

Quand, pour ne s'être pas bien examiné, on manque à déclarer, en se confessant, quelque péché mortel, cela rend-il la confession nulle et sacrilège ? — Oui, quand ce défaut d'examen est volontaire ; il rend la confession nulle et sacrilège.

Et si l'oubli vient de l'ignorance ? — il rend aussi la confession nulle et sacrilège; si cette ignorance vient d'une négligence condamnable.

Quand les confessions sont-elles encore nulles? — 1*^ Lorsque, de propos délibéré, on n'a pas déclaré le nombre de ses péchés, ou qu'on a caché une circonstance qui en change l'espèce ; S'' lorsque la confession a été faite sans une sincère douleur ou sans une ferme résolution d'éviter le péché et de satisfaire à Dieu, si l'on reçoit l'absolution.

Reçoit-on la rémission d'un péché mortel dont on ne s'accuse pas, lorsque après un examen suffisant on ne s'en est pas souvenu? — Oui ; mais si dans la suite on s'en souvient, on est obligé de s'en confesser.

Pourquoi reçoit-on la rémission de ce péché? — Parce que le pénitent à l'intention de le déclarer, et

comme il a fait tout ce qui a dépendu de lui pour faire une bonne confession, sa bonne volonté lui tient lieu du fait devant Dieu. — Pourquoi doit-on accuser ce péché si on s'en souvient plus tard, puisqu'il a été pardonné? — De peur que le pénitent ne se fasse illusion et afin qu'il sache ce qu'il doit faire par suite de ce péché.

A quoi est obligé celui qui a fait une confession nulle ? — Il est obligé de recommencer cette confession et toutes celles qu'il a faites depuis.

Est-il obligé de déclarer ce qui a rendu nulle sa confession? — Oui, c'est par là qu'il doit commencer; et si dans la suite de sa confession il reconnaît des péchés qu'il n'a jamais confessés, il doit en avertir le confesseur et lui dire pourquoi il ne les a pas confessés.

Quand doit-on faire une confession générale de

toute sa vie? — On doit faire une confession

générale de toute sa vie, quand on a sur toutes les

confessions précédentes des doutes légitimes et bien

fondés.

Qu'est-ce qu'une confession générale ? — C'est une

accusation de tous les péchés commis dans toute la

vie ou depuis une certaine époque, lors même que ces

péchés ont été confessés. — Pourquoi faut-il faire une

confession générale quand on a des doutes légitimes

et bien fondés sur des confessions précédentes? —

Afin de mettre sa conscience en repos et d'assurer son

salutd'une manière prudente etmoralement certaine. —

Doit-on faire une confession générale, quand on n'a

aucun doute? — Non, à moins que le confesseur n'en

juge autrement.

Ne doit-on pas faire une confession générale en

quelque autre circonstance? — Il est très à propos de

faire une confession générale : 1" lorsqu'on se

prépare à la première communion; 2« lorsqu'on

choisit un état ; 3° dans un temps de mission ou de Jubilé ; 4" dans une maladie grave, pour se préparer à la mort.

A quoi sert une confession générale? — A humilier le pécheur, à lui donner une plus grande connaissance et défiance de lui-même, à réparer les confessions précédentes, à inspirer une plus vive horreur du péché, à faire prendre des moyens plus efficaces pour bien vivre, à procurer à l'âme plus de tranquilité et aussi plus de grâces de Dieu. — Quand la confession générale pocure-t-elle tous ces avantages? — Lorsque le pécheur fait une pénitence proportionnée au nombre et à la gravité des fautes qu'il a déclarées dans sa confession générale.

Sufpt-il deldire en se confessant qu'on a commis tel ou tel péché, par exemple : f ai juré, f ai menti, fai dérobé ? — Non, il faut encore déclarer, autant qu'on le peut, les motifs, les circonstances et les suites de chaque péché et le nombre de fois qu'on l'a commis.

Qu'entendez-vous par motifs? — Ce qui a déterminé l'accomplissement de la faute ou l'intention qu'on a eue en la faisant. Par exemple, un cordonnier a fait une médisance contre un autre cordonnier pour lui faire perdre ses pratiques ; voilà un motif qu'il faut déclarer en confession. — Gomment pouvons-nous connaître le motif de nos péchés? — En nous faisant cette question sur chaque péché : Pourquoi ai-je commis tel péché ? La réponse sera le motif.

Qu'appelez-vous circonstances du péché? — Ce Sont certaines particularités qui l'accompagnent et qui concernent les personnes, le lieu, le temps, l'objet, etc. — Comment pouvons-nous connaître ces circonstances?— En nous faisant les questions suivantes : C'est moi qui ai péché, et qui suis-je, prêtre ou laïque? Avec qui ai-je

péché ou ai-je voulu pécher? Quelle action ai-je faite ou ai-je voulu faire? Quelle somme ai-je volée? En quel lieu ai-je péché, à l'église ou sur une place publique? Quels moyens ai-je pris pour pécher? Nai-je pas volé pour aller au cabaret? De quelle manière ai-je péché ? En quel temps ai-je péché? etc. La réponse à ces questions fait connaître les circonstances du péché.

Quelles sont les^suites du péché ? —Ce sont les effets qu'il produit : par exemple, le scandale qu'il a donné, e tort qui a été fait au prochain.

Qu'est-ce à dire le nombre de fois qu'on a commis un péché? — C'est dire combien de fois on est retombé dans la même faute ; si l'on a menti quatre fois, il faut dire : J'ai menti quatre fois, et ainsi des autres péchés.

— Suflit-il de dire plusieurs fois, ou dix fois plus ou moins? — Non, il faut autant que possible déclarer le nombre exact de fois que chaque péché a été commis.

Pourquoi faut-il déclarer les motifs, les circonstances et les suites de chaque péché, et le nombre de fois qu'on l'a commis? — Parce que sans cette déclaration le confesseur ne connaîtrait pas l'état de l'âme et ne pourrait prescrire les remèdes propres à la guérir.

Si l'on a commis des péchés cV habitude qu'on ne puisse pas compter, comment doit-on s'en accuserai

— On doit dire au confesseur depuis quel temps on commet ces péchés d'habitude^ et combien de fois à peu près on les a commis par jour ^ par semaine, par mois, ou par année.

Donnez-nous un exemple ? — Un garçon de charrue blasphème si souvent, qu'il ne peut savoir combien de fois il a commis ce péché; mais il se rappelle qu'il a contracté cette affreuse habitude depuis deux ans, et que chaque jour il lui arrive de blasphémer au moins quarante fois. C'est ainsi qu'il doit déclarer ce péché.

VINGTIÈME SOIRÉE. i237

Quelles circonstances du péché faut-il expliquer? — Il faut expliquer^ en se confessant, les circonstances qui en changent l'espèce.

Comment les circonstances changent-elles l'espèce du péché? — En donnant à une même action la malice de plusieurs péchés différents, comme de voler une chose sacrée, ce qui est un vol et un sacrilège.

Est-on obligé de confesser les péchés véniels? — Il n'est pas nécessaire, mais il est très utile de confesser les péchés véniels, pouî^vu qu'on le fasse avec une vraie douleur de les avoir commis et une résolution sincère de ne les plus commettre.

Pourquoi n'est-on pas obligé de confesser les péchés véniels ? — Parce qu'ils peuvent être effacés par d'autres moyens, tels que la contrition, la prière, le jeûne, l'aumône, et autres bonnes œuvres. — Pourquoi est-il très utile de les confesser? — Parce qu'il est à craindre qu'on ne prenne pour véniel ce qui est mortel, et parce qu'en les confessant on est porté à les éviter à Tavenir avec plus d'attention. Le confesseur indique les moyens à prendre pour s'en corriger.

Pourquoi faut-il confesser les péchés véniels avec une vraie douleur de les avoir commis? — Parce qu'autrement la confession serait nulle, à moins que le pénitent n'accuse des péchés mortels dont il a un vrai repentir. — Quel moyen prendre pour éviter le malheur de faire une confession nulle? — C'est de déclarer de nouveau des péchés de la vie passée que déjà on a confessés, et dont on a toujours un vrai repentir. — Est-ce que les péchés déjà pardonnes peuvent devenir encore matière du sacrement de Pénitence ? — Ce ne sont pas les péchés qui sont la matière du sacrement de Pénitence, mais les actes du pénitent, la confession, la contrition et la satisfaction. C'est pourquoi l'on reçoit avec fruit l'absolution, lors même qu'on accuse toujours les mêmes péchés.

Quand on est obligé de se confesser ? — Il est très à propos de recourir au sacrement de Pénitence aussitôt qu'on se sent coupable de péché mortel ; autrement l'on s'expose à mourir dans cet état et à se perdre pour toujours. Ceux qui diffèrent trop longtemps commettent un nouveau péché par leur délai, mais il serait difficile de décider que celui qui attend deux ou trois mois commet un péché grave.

Peut-on obtenir la rémission de ses péchés sans confession? — Sans la confession extérieure, oui; mais non sans la confession intérieure ou le désir sincère de la confession. Par exemple un malade qui ne peut plus s'expliquer ni par la parole, ni par signe, ou qui ne peut se procurer un prêtre pour se confesser, doit désirer se confesser; et ce désir lui tient lieu de confession, ou plutôt c'est une confession intérieure et devant Dieu. Cependant si le malade pouvait ensuite parler et trouver un prêtre, il devrait faire sa confession.

Suffit-il qu'un prêtre soit approuvé pour qu'on puisse s'adresser à lui? — Non, il faut encore choisir un confesseur avec la plus grande circonspection et le demander à Dieu. (( Il faut le choisir entre dix mille, dit saint François de Sales, parce que c'est de ce choix que dépend ordinairement le salut. » — Qu'est-ce qui doit nous déterminer dans le choix d'un confesseur? — C'est la confiance bien fondée qu'il nous conduira mieux qu'un autre dans la voie du salut. — Qui nous donne cette assurance? — Ce sont les progrès que font dans la piété tous ceux qu'il conduit.

Quelles sont les qualités d'un bon confesseur?— Ce sont: 1° la science, pour discerner la nature des péchés et résoudre les doutes selon les règles de l'Église; 2» une charité tendre et compatissante, pour ne point rebuter les pécheurs et supporter leur faiblesse ; 3' la prudence, pour prescrire aux pénitents les remèdes

convenables à leurs maladies; 4 la piété, pour l'inspirer à ceux qu'il dirige. — Mais s'il n'y en a qu'un seul dans l'endroit où l'on se trouve ? — Il faut s'adresser à lui en priant Dieu avec ferveur qu'il lui donne toutes les qualités d'un bon confesseur, aiin de trouver en lui un guide sûr.

Est-il avantageux de ne pas changer de confesseur ? — Oui, parce qu'un confesseur qui nous connaît mieux est en état de nous conduire plus sûrement. — Que doiton penser de ceux qui changent souvent de confesseur? — Qu'ils sont dans un état dangereux, et qu'ils s'exposent grandement à périr pour l'éternité. Ils ressemblent à des malades qui abandonnent un médecin, dès qu'il connaît leur maladie pour s'adresser à un autre qui l'ignore, de sorte qu'il ne s'en trouve aucun qui puisse prescrire les remèdes convenables.

Une jeune personne entendant un philosophe dire que la confession est une invention des prêtres lui dit : « On connaît. Monsieur, l'origine et l'histoire de toutes les inventions, de toutes les découvertes, du jeu de piquet, par exemple, qui vous occupe en ce moment, et qui a. été trouvé sous le règne de Charles VII. Soyez assez bon pour me dire à quelle époque et par qui a été inventée la confession. » Le philosophe resta muet.

Une dame protestante allait souvent trouver le cardinal de Cheverus et lui faire part de ses peines intérieures. Elle lui dit un jour que ce qui lui répugnait davantage dans la religion catholique et l'empêchait de l'embrasser, était le précepte de la confession, u Non, Madame, lui répondit Mgr de Cheverus, vous n'avez pas pour la confession autant de répugnance que vous le croyez ; vous en sentez au contraire le besoin et le prix, car voilà longtemps que vous vous confessez à moi sans le savoir. La confession n'est pas autre chose que la confidence des peines de conscience que vous vouiez-bien m'exposer pour recevoir mes avis. »

Si vous avez le malheur de tomber dans le péché mortel, n'y demeurez pas, mes amis, mais allez sans retard déposer ce fardeau accablant qui vous écraserait. Et vous vous direz : J'étais captif et mes chaînes sont brisées, me voilà rendu à la liberté dos enfants de Dieu ; j'étais mort, et me voilà ressuscité; j'étais l'esclave du démon, et me voilà redevenu l'enfant de Dieu.

Un ancien officier de cavalerie était entré dans une église, lorsque le P. Bridaine exposait l'utilité et la méthode d'une bonne confession. Vivement touché, il forme à l'instant la résolution de se confesser au prédicateur. La confession fut faite dans les sentiments d'un vrai pénitent. Il lui semblait, disait-il qu'on lui ôtait un poids insupportable. Rien ne lui était si doux, disaitil, que les larmes qu'il versait par amour et par reconnaissance. Il se rendit à la sacristie et là en présence de plusieurs missionnaires, il dit: «Messieurs, écoutezmoi, de grâce. Je n'ai pas goïité de ma vie des plaisirs si purs et si doux que ceux que je goûte depuis que je suis en grâce avec Dieu -, je ne crois pas en vérité que Louis XV que j'ai servi pendant trente-six ans, puisse être plus heureux que moi, depuis que j'ai déposé l'horrible fardeau de mes péchés. »

Voilà ce qu'éprouvent ceux qui reviennent sincèrement à Dieu. Voltaire a dit lui-même de la confession : (c II n'y a peut être pas d'établissement plus utile. La plupart des hommes, quand ils sont tombés dans de grands crimes, en ont naturellement des remords ; il y a quelque chose qui les console sur la terre; c'est de pouvoir être réconciliés avec Dieu et avec eux-mêmes. »

« Que de restitutions, que de réparations, dit J.-J. Rousseau, la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques ! » Un prêtre, ayant remis à un ministre prolestant qui tournait en ridicule les sacrements, une somme importante, ce dernier ne put s'empêcher de

dire : « Il faut avouer que la confession est une bien bonne chose. »

C'est surtout dans la maladie que la confession console le chrétien. Que pourrait-il craindre en effet quand une sentence de miséricorde a été prononcée sur lui? Le repos de l'âme dont il jouit est un des puissants moyens de recouvrer la santé. Tissot, protestant et médecin très distingué, donnait à Lausanne, les secours de son art à une jeune dame étrangère, dont la maladie arriva bientôt à un point très alarmant. Instruite de son dangereux état et tourmentée par le regret de quitter bientôt la vie, elle s'abandonne à de violentes agitations et aux transports du désespoir. Le médecin jugea que cette nouvelle secousse abrégerait encore le terme de sa vie, et, selon son usage, il avertit qu'il n'y avait pas à différer pour lui administrer les secours de la religion. Un prêtre est appelé ; la malade l'écoute et reçoit, comme le seul bien qui lui reste, les paroles de consolation qui sortent de sa bouche. Elle se calme, s'occupe de Dieu et de ses intérêts éternels, reçoit les sacrements avec une grande édification, et le lendemain matin le médecin la trouve dans un état de paix et de calme qui l'étonné; il trouve la fièvre baissée, voit les symptômes changés en mieux, et bientôt la maladie cessa. Tissot aimait à raconter ce trait, et il s'écriait avec admiration : « Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques ! »

Écoutez encore cette histoire. Un homme du peuple fut admis à la cour d'un roi puissant. Honneurs,richesses, plaisirs, tout lui était donné par le monarque. Tant de bienfaits auraient dû lui inspirer un dévouement sans bornes ; mais entraîné par de mauvaises passions, l'ingrat commis contre son bienfaiteur un crime énorme, qui parvint à la connaissance du prince avec les preuves qui en démontraient la certitude. Alors le roi

le condamna à mort. Pâle, tremblant, les yeux baissés, pouvant à peine se soutenir, le malheureux est conduit au supplice; déjà le bourreau lient le glaive levé sur sa tête; c'en est fait, l'ingrat va subir le juste châtiment de son crime...

Mais tout à coup une voix forte fait entendre ce cri : Grâce, grâce, de la part du roi. Le coupable ose à peine en croire ses oreilles ; son cœur se dilate de joie. L'envoyé du roi lui dit : « Mon maître est bon, il vous accorde votre grâce, mais il veut que vous avouiez votre crime à un de ses ministres; et il vous permet de choisir entre douze celui qui vous inspire le plus de confiance, et il en joint à ce ministre, sous peine de mort, un silence absolu, sur tout ce que vous lui direz. » Qui pourrait juger des nouveaux transports du patient et des bénédictions que la foule adresse au monarque I...

Voilà notre histoire, mes bons amis; montrons-nous donc toujours dignes de la clémence de Dieu, notre Roi.

Bouguer, profond géomètre et membre de l'Académie des sciences, à la mort duquel d'Alembert ne put s'empêcher dédire : Nous venons de perdre la meiU leure tête de V Académie ; Bouguer avait eu le malheur de laisser éteindre dans son cœur le flambeau de la foi. Vers la fin de sa vie, la curiosité l'ayant amené au discours que le P. Laberthonie, dominicain, prêchait avec le plus grand éclat contre les incrédules dans les principales chaires de la capitale, il y trouva le terme et le remède à ses erreurs. Il se confessa, et avant de commencer sa confession, il dévoila, en présence de plusieurs personnes, le secret motif qui l'avait entraîné dans le parti de l'incrédulité : « Je n'ai été incrédule que parce que j'ai été corrompu, s'écria-t-il, dans l'amertume de son âme. Allons au plus pressé, mon

père! c'est mon cœur encore plus que mon esprit qui a besoin d'être guéri. » Sa conversion fut aussi sincère que solide, et une mort chrétienne, arrivée au mois d'août 1758, couronna cet heureux changement. Beaucoup d'autres incrédules, que nous pourrions citer, se sont confessés avant de mourir.

DE l'examen de conscience. — DE LA CONTRITION. — SA NÉCESSITÉ. — SES QUALITÉS.

Que doit-on faire avant de se confesser f — Avant de se confesser, il faut examiner sa conscience, en recherchant tous les péchés qu'on a commis depuis sa dernière confession.

Que faul-il faire pour bien examiner sa conscience ? — Trois choses, comme quand un cultivateur veut relever le compte des travaux de l'année : i° se retirer à l'écart pour ne pas être distrait; 2° interroger les personnes qui ont été témoins de ce qui a été fait : et 3° rappeler tous ses souvenirs pour ne rien oublier. — Pourquoi se retirer à l'écart ? — Pour que l'attention se porte tout entière sur le sujet important de l'examen : ainsi on fera bien d'entrer dans une chambre et d'en fermer la porte. — Comment le pénitent peut-il interroger les personnes qui ont été témoins de ce qu'il a fait, puisque souvent il a commis ses péchés étant seul ? — De même que le cultivateur consulte ses enfants, ses domestiques et ses ouvriers, pour se rappeler tout ce qu'il a fait dans le courant de l'année, le

pénitent doit consulter Dieu, la sainte Vierge, son Ange gardien et tous les Saints du ciel en présence desquels il a fait le mal.

Qu'entendez-vous par là ? — Qu'avant d'examiner sa conscience, il doit invoquer le saint-Esprit, prier avec ferveur Dieu, la sainte Vierge, son Ange gardien et tous les Saints, afin d'obtenir quelques rayons de cette lumière divine qui perce les plus épaisses ténèbres, et de connaître tous ses péchés, leur gravité et leur nombre.

Combien de temps doit-il employer à l'examen de sa conscience ? — Tout le temps nécessaire, eu égard à sa condition, à son état, au temps qui s'est écoulé depuis sa dernière confession, et au nombre des péchés qu'il a commis. — Pourquoi doit-il rechercher tous les péchés qu'il a commis ? — Pour rendre sa confession entière et ne pas commettre de sacrilège.

Que doit-il éviter dans l'examen de sa conscience ? — Deux excès, la précipitation ou la négligence et le scrupule.

A quoi doit-il faire attention dans la recherche de ses péchés ? — Au nombre, aux circonstances, aux causes et aux suites de ses péchés : par exemple, a-t-il fait des médisances ou des calomnies ? Est-ce par haine ou par jalousie ? Ont-elles occasionné des pertes d'argent ? A-t-il tenu des propos désonnôtes ? En présence de combien de personnes ? etc., etc.

Suffit-il de rechercher seulement les péchés qu'on a commis depuis sa dernière confession f — Non, cela ne suffit pas toujours : il faut encore examiner si la conscience nereproche rien sur les confessions précédentes.

Que faire si on a des inquiétudes bien fondées ? - Les exposer à son confesseur et suivre ses avis.

Sur quoi faut-il examiner sa conscience ? — Il

faut examiner sa conscience sur les commandements de Dieu, sur ceux de l'Église^ sur les péchés capitaux, sur les devoirs de son état et sur les compagnies qu'on a fréquentées.

Comment s'examine-t-on sur les commandements de Dieu ? — On s'examine sur les commandements en s' arrêtant sur chacun d' eux pour considérer avec attention si l'on a pas omis ce qu'ils ordonnent ou fait ce qu'ils défendent.

Quel est le moyen le plus facile de faire cette recherche ? — C'est de prendre un catéchisme, de relire attentivement les explications qu'il donne sur chaque commandement, sur les vertus et les péchés, et de noter tous les points sur lesquels la conscience fait des reproches, ou de se servir d'un examen de conscience, comme il s'en trouve dans quelques livres; si l'on craint que la mémoire ne fasse défaut, l'on fera bien de noter avec la plume sur un papier les péchés qu'on regarde comme mortels.

Comment le pénitent doit-il s'examiner sur les devoirs de son état ? — En se représentant en détail ce que son état lui ordonne ou lui défend de faire. Ainsi un marchand doit considérer s'il a vendu à faux poids ou à fausses mesures, s'il a donné des marchandises de troisième qualité pour des marchandises de première qualité. Un père de famille doit examiner s'il a eu soin de ses enfants, s'il ne leur a pas donné de mauvais exemples, s'il n'a pas négligé de les corriger de leurs fautes ou de leurs défauts.

Sur quoi faut-il insister dans l'examen de conscience ? - Sur le fond de son cœur, sur ses goiits, ses penchants, ses habitudes; s'il n'y a pas quelque attache contraire à l'ainoui' de Dieu, ou quelque passion dominante. — Pourquoi faut-il s'examiner sur les compagnies qu'on a fréquentées ? — Parce que,

comme on ressemble bientôt à ceux qu'on fréquente, il importe que le confesseur connaisse les dangers que court le pénitent et les moyens qui sont à sa disposition pour la pratique de la vertu.

Avec quel soin faut-il examiner sa conscience f — // faut examiner sa conscience avec la même exactitude et la même attention qu'on a coutume d'apporter à une affaire importante.

Que fait l'ouvrier ou le marchand qui veut s'enrichir? — De temps en temps il met ses comptes en règle, fait son inventaire, examine l'état de ses affaires, de son actif et de son passif. — Avec quel soin fait-il cet examen ? — Avec un soin minutieux et une attention particulière. — N'est-ce pas ainsi que nous devons procéder à notre examen de conscience? — Oui, à plus forte raison, puisqu'il s'agit de notre salut éternel.

Quelle précaution devons-nous prendre pour nous rendre facile l'examen qui précède la confession ? — La même que celle que prend le marchand ou l'ouvrier; c'est d'examiner soigneusement notre conscience, tous les soirs sur les actions de la journée, comme l'ouvrier ou le marchand marque tous les jours sur son registre, ce qu'il a reçu, délivré ou vendu.

Ne convient-il pas aussi de faire chaque jour le matin l'examen de prévoyance ? —Oui, en prévoyant le matin les occasions dangereuses où nous pourrons nous trouver dans la journée, nous formerons la résolution d'éviter le péché, de résister à nos mauvais penchants, de fuir les mauvais exemples et de chercher à plaire à Dieu par nos pensées, nos paroles et nos actions. — Cette application ne doit-elle pas nous causer du trouble et de l'inquiétude ? — Non, elle ne demande qu'un peu de recueillement et de vigilance, comme s'il s'agissait de nos affaires temporelles.

Après avoir fini son examen et avant de se pré-

senter au confesseur, que doit faire le pénitent ? — Il doit s'humilier devant Dieu et lui demander avec ferveur les sentiments d'une véritable contrition.

L'examen terminé, tout n'est donc pas fini pour la confession?— Il s'en faut bien : nous devons nous occuper sérieusement du second acte qui fait partie du sacrement de Pénitence, de la contrition.

Qu'est-ce que la contrition^ — La contrition est une douleur des péchés qu'on a commis, accompagnée d'une ferme résolution de ne plus offenser Dieu à l'avenir.

Que veut dire le mot contrition? — Il veut dire brisement. — Pourquoi la douleur d'avoir offensé Dieu s'appelle-t-elle contrition? — Parce qu'elle doit briser le cœur et en rompre la dureté. — Qu'est-ce qu'une douleur ? — C'est un mal, une affection pénible qu'on éprouve. — Qu'est-ce que la douleur d'avoir offensé Dieu?— C'est un véritable et sincère repentir.

Pourquoi ajoutez-vous vous une détestation des péchés? — Parce qu'il ne suffit pas d'avoir un regret sincère du péché; les démons regrettent d'avoir offensé Dieu ; il faut de plus que la volonté déteste le péché, et c'est ce que les démons ne peuvent éprouver. — Pourquoi cette douleur doit-elle être accompagnée de la ferme résolution de ne plus off'enser Dieu? — Parce que, sans cette résolution, la douleur ne serait ni vraie ni sincère. Un enfant qui dirait à son père qu'il éprouve une grande douleur de lui avoir désobéi, et qui ajouterait : « cependant je n'ai pas l'intention de changer de conduite » montrerait qu'il se moque de son père.

La contrition est-elle absolument nécessaire pour obtenir la rémission des péchés? — Oui la contrition est absolument nécessaire, et rien ne peut y suppléer.

Pourquoi rien ne peut-il suppléera la contrition? — Parce qu'il n'est pas possible de rentrer en grâce avec Dieu, sans détester les péchés qu'on a commis : pécher, c'est s'éloigner de Dieu, et se réconcilier avec Dieu, c'est se rapprocher de lui. Or le pécheur s'éloigne de Dieu, en aimant le péché; donc il ne peut se rapprocher de Dieu qu'en rebroussant chemin, c'està-dire en haïssant le péché.

Quelles conditions la contrition doit-elle avoir f — La contrition doit avoir quatre conditions : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle.

Vous dites que la contrition doit être intérieure : est-ce qu'il ne suffit pas de réciter de bouche l'acte de contrition ? — Non, il faut que la douleur d'avoir offensé Dieu soit dans le cœur, et non pas seulement sur les lèvres et dans les paroles.

Pourquoi faut-il que la douleur soit dans le cœur? — Parce que le cœur étant le principe des péchés, c'est dans le cœur ou la volonté que doit être la détestation du péché : sans cela toutes les marques extérieures de laplus vive douleur ne sont rien devant Dieu.

Dites-moi, Alexandre, si votre ami Jules vous avait offensé, et qu'il vînt vous faire des excuses en disant qu'il regrette beaucoup ce qu'il a fait, tandis qu'au fond de son cœur il n'en serait rien, lui pardonneriez-vous, si vous connaissiez ses dispositions intérieures ? — Jamais , je le regarderais comme un menteur et un hypocrite.

Comment le cœur est-il le principe de tous les les péchés ? — Parce que tout acte humain procède de la volonté ou du cœur. — Si un aveugle conduit par un voyant, passe où il n'est pas permis de passer, lequel des deuxmérited'être puni?— C'estleguideetnon l'aveugle ; c'est le guide l'auteur du délit. — Par qui

la main du voleur est-elle conduite, lorsqu'elle s'empare du bien d'autrui? — Par la volonté ou le cœur. — Un capitaine commande à un soldat de tuer un homme; quel est l'auteur de l'assassinat? —C'est le capitaine ; et c'est lui qui doit être puni. Ainsi, en nous, c'est le cœur qui est le principe de tous les péchés et c'est lui qui doit être puni.

Qu'entendez-vous quand vous dites que la contrition doit être surnaturelle"^ — J'entends que la contrition doit être l'effet de la grâce et fondée sur les motifs et les vérités que la foi nous enseigne.

Pourquoi dites-vous que la contriton doit être l'effet de la grâce? — Parce que la contrition que le pénitent produirait en lui-même par des réflexions ne serait qu'une douleur naturelle sans proportion avec la fin qu'il doit se proposer, qui est la rémission des péchés. — D'où doit donc venir la contrition? — Du ciel, du Saint-Fsprit, de Dieu qui en est la source et qui seul peut la reproduire dans le cœur du coupable. — Que suit-il de là? — Que le pénitent doit demander à Dieu par une prière fervente de mettre dans son cœur une contrition surnaturelle, semblable à celle que Jésus à épouvée au Jardin des Oliviers et durant sa passion.

Suffit-il de méditer sur les motifs de contrition? — Non, car si Dieu lui-même ne donnait la contrition, le pénitent qui méditerait pendant un siècle et pleurerait en même temps n'aurait qu'une contrition naturelle, par conséquent insuffisante pour obtenir la rémission de ses péchés. — 11 est donc inutile de méditer sur les motifs de contrition? — Non; c'est au contraire une obligation.

Quels sont les principaux motifs que la foi nous propose pour nous exciter à la contrition ? — Les principaux motifs d'une véritable contrition sont la

souveraine perfection de Dieu, la passion de Jésus- Christ, la privation de la grâce sanctifiante, la perte du paradis, les peines éternelles de l'enfer.

Sur quoi le pénitent devra-t-il réfléchir pour exciter dans son cœur les sentiments d'une véritable contrition? — Sur l'amabilité infinie , la puissance et la souveraine majesté de Dieu, sur les souffrances de Jésus-Christ, la laideur de l'âme souillée parle péché, sur le paradis et l'enfer.

Pourquoi doit-il avoir la douleur d'avoir offensé Dieu? — Pour expier le plaisir qu'il s'est donné en violant la loi; parce que, parle péché, il a mérité l'enfer, le plus effroyable des châtiments ; il a perdu le ciel, le plus grand de tous les bonheurs ; il a renouvelé la passion de Jésus-Christ; il a offensé le meilleur , le plus tendre, le plus miséricordieux des pères, le plus dévoué et le plus généreux ami.

La perte de quelque avantage temporel serait-elle un motif suffisant pour une véritable contrition? — Non, la contrition qui ne vient pas de la grâce, mais de l'amour naturel qu'on a pour soi-même, ne suffit pas pour une véritable contrition.

Donnez des exemples? — Un enfant se repent d'avoir été paresseux et menteur parce qu'il a été puni ; un ivrogne se repent de s'être enivré, parce que l'ivresse l'a rendu malade; un assassin se repent de son crime, parce qu'il a été condamné à mort; une fille se repent d'avoir fait une chute honteuse, parce qu'elle s'est déshonorée, etc. Ce repentir ne vient pas de Dieu, ni de ce que Dieu est offensé, et il ne saurait réconcilier le pécheur avec Dieu.

Qu'est-ce à dire que la contrition doit être souveraine f — Cést-à-dire qu'on doit avoir plus de regret d'avoir offensé Dieu, qu'on en aurait de tout autre chose, et qu'on doit être disposé à tout

perdre et à tout souffrir plutôt que de Voffenser de nouveau.

Qu'appelle-t-on un souverain? — Celui qui est au-dessus de tous les autres. — Pourquoi la contrition doit-elle être une douleur souveraine, c'est-a-dire audessus de toutes les autres douleurs? — Parce qu'elle doit être proportionnée à la grandeur de la perte qu'on a faite, de la perte de Dieu. — Est-il juste de pleurer la perle de cinq centimes comme la perte d'un million? — Non, ce serait ridicule. — Que perdonsnous par le péché? — Nous perdons Dieu. Toutes les pertes de ce monde ne sont rien en comparaison de celle-là.

Le pénitent doit donc pleurer ses péchés plus amèrement que la perte de son père ou de sa mère ? — Non ; il peut avoir une plus grande douleur des péchés qu'il a commis, qu'il n'en aurait de la mort de son père et de sa mère, et cela suffit. Les larmes ne sont pas toujours un signe certain d'un véritable repentir; Esaû, Saûl, Antiochus, ont versé d'abondantes larmes, et cependant leur cœur n'était pas touché d'un véritable repentir. Il n'est pas dit que Saint Paul ait pleuré, quand il s'est converti, et cependant sa douleur a été bien vive et bien profonde.

La douleur qui se produit au dehors est-elle mauvaise? — Non, mais elle n'est pas nécessaire. Saint Pierre a pleuré amèrement sa faute ; Madeleine a arrossé de ses larmes les pieds du Sauveur ; ce qui montre que la grâce de Dieu peut aussi produire une douleur qui se manifeste extérieurement; mais le pénitent qui ne l'éprouve pas ne doit pas se troubler, si, en sondant son cœur, il peut se rendre le témoignage qu'il aimerait mieux avoir fait toutes les pertes du monde que d'avoir offensé Dieu, et tout souffrira Tavenir plutôt que de l'offenser de nouveau.

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Pourquoi la contrition doit-elle être universelle'* '— Parce que la contrition doit s'étendre à tous les péchés mortels dont on est coupable, en sorte qu'il n'y en ait aucun qu'on ne soit fâché d avoir commis et bien résolu de ne plus commettre.

Pourquoi la contrition doit-elle s'étendre à tous les péchés? — Parce que: l^elle ne serait ni véritable ni sincère; 2° parce que le péché ne peut être remis que par l'infusion de la grâce sanctifiante, et cette grâce ne peut exister avec le péché mortel ; 3° parce qu'il est impossible de rentrer en grâce avec Dieu en conservant quelque attache au péché mortel. De même qu'il est impossible de considérer comme un bon citoyen celui qui conserve quelque liaison avec les ennemis de la patrie, ainsi quiconque est attaché à un seul péché, qui est l'ennemi de Dieu, ne saurait se réconcilier avec lui, pas plus que la santé ne peut se concilier avec la maladie, la lumière avec les ténèbres, la vie avec la mort.

Donnez une comparaison? — De même qu'un galérien serait insensé s'il se croyait en liberté, parce qu'il n'est garotté ni aux mains, ni aux bras, ni au cou, et qu'il n'a qu'un pied à la chaîne, ainsi le chrétien ne serait pas moins insensé s'il se croyait libre, parce qu'il aurait renoncé à tous les péchés, excepté à un seul ; car celui-là l'attacherait à l'enfer et en ferait le forçat du démon.

Faut-il que le pénitent fasse un acte de contrition sur chacun des péchés qu'il a commis?— Non, mais il faut que sa contrition s'étende réellement à tous les péchés, de manière qu'il n'y en ait aucun dont il ne se repente sincèrement.

Un gouverneur de Rome étant depuis longtemps accablé d'un mal incurable, lit venir saint Sébastien, et lui dit : « Que Jésus-Christ me guérisse de mes

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maux etje me ferai chrétien. — Brisez toutes vos idoles, lui répondit le saint, et vous serez guéri. » Le gouverneur les brisa toutes à l'exception d'une seule, et loin d'être guéri, il fut plus tourmenté que jamais. Le malade s'en plaignit et dit au saint : « J'ai mis tout en pièces etje souffre toujours. — Quoi ! tout ? répliqua saint Sébastien ; vous avez tout brisé ? — Hélas î il ne me reste plus qu'une petite idole d'or ; il y a un grand nombre d'années qu'elle est dans ma famille, et elle m'est bien chère. — Valût-elle le monde entier, répliqua saint Sébastien, pouvez-vous la comparer à Dieu ? Brisez-là comme toutes les autres, sans quoi vous ne pouvez être guéri. »

Nous voyons dans saint Pierre un exemple frappant de contrition surnaturelle. Il renie son Maître jusqu'à trois fois sans rentrer en lui-même et sans détester son péché. Il lui fallut pour cela une grâce surnaturelle, un regard de Jésus pour lui percer le cœur, et c'est ce qu'il reçut. Le Sauveur, conduit par ses gardes, passe dans la salle où son trop faible disciple venait de le renier indignement. Jésus jette sur Pierre un tendre regard, et aussitôt le coupable est converti. Pénétré d'une vive douleur qui part du cœur de Jésus, il s'arrache à la funeste société, cause de sa chute ; il sort en versant des larmes amères, et ne cesse de pleurer son péché toute sa vie.

Lorsque vous voudrez vous exciter à la contrition, vous adresserez à Jésus une prière fervente; vous le conjurerez de jeter sur vous un regard d'amour comme il fit sur saint Pierre, et de mettre dans votre cœur une véritable et sincère contrition. Souvenezvous que c'est un don de Dieu, une grâce particulière que seul il peut vous accorder. Vous ne pouvez donc la demander avec trop d'instance et de ferveur.

Antiochus avait persécuté le peuple de Dieu, pro-

fané son temple, et il se rendait à Jérusalem pour la détruire, lorsque tout à coup le Seigneur le frappa dans le chemin ; il appesantit sur lui sa main d'une manière terrible pour lui montrer qu'il avait un Maître. Antioclius prie le Seigneur et lui demande un pardon qu'il ne devait pas obtenir, dit le Saint-Esprit. Il ne considérait que ses maux temporels ; rongée de vers et de pourriture, sa chair tombait en lambeaux, Dieu le punissait de ses profanations et de ses cruautés. 11 fait à Dieu les plus belles promesses, mais Celui qui sonde les cœurs et les reins ne voit en lui qu'un repentir d'hypocrisie et de désespoir. Au contraire, David obtient par une douleur sincèrement parfaite, le pardon de son double crime.

Judas se repentit aussi d'avoir trahi son Maître et il rendit l'argent qu'il avait reçu pour prix de sa trahison; mais il n'y avait dans son repentir aucun sentiment de contiance en Dieu et il se pendit de désespoir. Saint Paul avait persécuté les chrétiens ; Dieu le frappe sur le chemin de Damas, et répandant dans son cœur un repentir sincère et surnaturel, il fait de lui un de ses apôtres les plus zélés et les plus intrépides.

Les Juifs qui crucitièrent Jésus-Christ ne voulurent point se convertir, malgré les pressantes sollicitations des apôtres ; ils ne voulurent point reconnaître leurs péchés et s'en repentir. Vous savez comment ils périrent misérablement, lorsque l'armée romaine assiégea Jérusalem et la ruina complètement. Longtemps auparavant, Jonas avait été envoyé de Dieu pour prêcher la pénitence aux habitants de Ninive et leur annoncer que bientôt leur ville serait détruite à cause de leurs péchés. Vivement touchés des menaces de Dieu, ils iii'ent tous pénitence, et Dieu leur accorda leur pardon.

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