CONTRITION
Combien y a-t-il de sortes de contrition ? — Il y a deux sortes de contrition : la contrition parfaite et la contrition imparfaite que l'on nomme attrition.
Qu est-ce que la contrition parfaite f — La contrition parfaite est une douleur d'avoir offensé Dieu, parce qu'il est infiniment bon, infiniment parfait et que le péché lui déplaît.
Pourquoi cette contrition est-elle appelée parfaite ? — A cause du motif qui la produit, qui est la charité parfaite. — A quelle marque peut-on reconnaître que la contrition est parfaite ? — A l'ardeur qu'on a pour détester ses péchés et pour réparer l'injure faite à Dieu.
Sainte Madeleine en fournit un exemple bien sensible : elle ne rougit pas de se jeter aux pieds de Jésus-Christ, lorsqu'il était à table chez Simon le pharisien, en présence de tous les convives ; elle consacre à la pénitence tout ce qu'elle avait fait servir au péché; elle baise humblement les pieds du Sauveur, les arrose de ses larmes, les essuie avec ses cheveux et répand sur eux un parfum d'un grand prix.
Donnez -nous un autre exemple pour nous faire mieux comprendre le motif de la contrition parfaite ? — Un enfant a offensé son père, et il en conçoit un vif repentir, non parce qu'il a mérité un châtiment, mais parce que la personne qu'il a offensée est son père, et que son père est un homme des plus respectables.
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Quel est V effet de la contrition parfaite "i — La contrition parfaite efface les péchés avant même qu'on reçoive le sacrement de Pénitence dont elle renferme le désir.
Pourquoi la contrition parfaite doit-elle renfermer le désir de recevoir le sacrement de Pénitence ? — Parce qu'elle ne dispense pas de l'obligation de recourir à ce sacrement lorsqu'on le peut, et que si on ne le peut pas, l'acte de contrition suppose toujours la résolution d'y recourir quand on le pourra.
Quel est donc l'avantage de la contrition parfaite? — C'est de justifier le pécheur, avant même derecevoir le sacrement de Pénitence. S'il se trouve sans confesseur il peut se sauver, en faisant un acte de contrition parfaite avec le désir de recevoir le sacrement de Pénitence ; et si plus tard il le reçoit, il augmente en lui la grâce sanctifiante qu'il a reçue par la contrition parfaite.
Qu'est-ce que la contrition imparfaite que Von appelle attrition ? — La contrition imparfaite ou attrition est cette douleur d'avoir offensé Dieu qui est excitée communément par la considération de la laideur du péché, ou par la crainte de la damnation éternelle, qui renferme un commencement d'amour de Dieu et exclut V affection au péché.
Écoutez une histoire : Un homme avait trois fils, Théophile, Timothée et Ser\Tile. Le premier avait pour son père une tendresse vraiment filiale, non seulement il exécutait ses ordres, mais il se portait avec ardeur à tout ce qui pouvait lui être agréable. Ce n'était point la crainte des châtiments qu'aurait pu lui attirer la conduite contraire qui le portait à prévenir les volontés et les désirs de son père ; ni l'espoir des louanges et des récompenses ; il n'avait en vue que de lui faire plaisir.
Timothée n'avait ni le même zèle à courir au-devant de la volonté de son père, ni la même tendresse ; il l'aimait cependant sincèrement et quand il lavait offensé il s'en repentait aussitôt ; mais son repentir provenait tout à la fois de la crainte des châtiments et de l'amour pour son père.
Servule n'aimait pas son père ; il ne lui obéissait que par la crainte des châtiments. Jamais il n'aurait obéi, si son père neTavait pas châtié sévèrement pour ses désobéissances.
Téophile représente les chrétiens qui ont la charité parfaite qui se repentent de leurs péchés uniquement parce qu'ils déplaisent à Dieu, et non parce qu'ils perdent le ciel et méritent l'enfer. C'est le seul motif de l'amour de Dieu qui produit en eux la contrition.
Timothée représente ceux qui ont la contrition imparfaite ou l'attrition ; ils se repentent d'avoir offensé Dieu, non pas uniquement parce qu'ils ont perdu le ciel et mérité l'enfer, ni uniquement parce que Dieu est infiniment aimable et que le péché lui déplaît, mais pour l'un et l'autre de ces deux motifs. Leur repentir vient tout à la fois de la crainte et de l'amour de Dieu.
Servule représente ceux qui ont une fausse contrition, qui ne se repentent de leurs péchés que par la seule crainte de l'enfer, de sorte que s'il n'y avait pas d'enferils n'auraient aucun regret de leur faute. Ils donnent leur cœur à Dieu, comme le voyageur attaqué par un brigand donne sa bource pour sauver sa vie. C'est comme s'ils disaient à Dieu : Si vous n'aviez ni justice, ni enfer, si je devais vivre toujours en ce monde, je continuerais h suivre mes mauvaises passions et à vous offenser.
Théophile fait un acte de contrition sur un péché mortel qu'il a commis, et Dieu le lui pardonne sur-lechamp, parce que son repentir vient de l'amour de
Dieu et qu'il désire se confesser aussitôt qu'ille pourra. Timothée fait aussi un acte de contrition dans la même circonstance ; mais il n'est pas justifié, parce que sa contrition est imparfaite; elle vient de la crainte et de l'amour de Dieu, et son cœur n'est plus attaché au péché; il se confesse, reçoit l'absolution, et ses péchés sont pardonnes. Servule a beau faire des actes de contrition et recevoir l'absolution, ses péchés ne lui sont pas remis ; parce que sa contrition est fausse ; son cœur est toujours attaché au péché.
Vous rappelez-vous la belle comparaison de saint Augustin? — « Un loup, dit-il, sort d'une forêt dans le dessein de dévorer une brebis. Quand il approche de la bergerie, il entend les chiens qui aboient, il voit le berger qui, la houlette à la main, garde son troupeau et se montre disposé à le poursuivre. Le loup retourne tout tremblant à la forêt. Il se tromperait beaucoup celui qui dirait : « Voilà un loup converti ; ce n'est plus un loup, c'est une brebis ; il ne fait pas plus de mal qu'un agneau. » Mais il n'est pas changé, quoiqu'il ait une tout autre contenance et qu'il retourne sur ses pas. Son extérieur est changé, mais sa nature et ses inclinations sont les mêmes. Il était loup quand il est venu, il est encore loup, quand il s'en retourne.
En quoi consiste la laideur du péché? — Elle consiste principalement en ce que, par le péché, le chrétien se rend esclave du démon, défigure en lui l'image de Dieu, déshonore et souille son âme. — En quoi consiste la crainte de la damnation éternelle? — Dans le trouble salutaire qu'excite dans l'âme du pécheur la vue des supplices éternels que la foi lui montre. — De quelle utilité est cette crainte?— Elle détourne le pécheur, qui en est vivement frappé, de continuera offenser Dieu ; elle le trouble dans ses plaisirs criminels et l'accoutume à faire quelques œuvres de religion. C'est
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le commencement de la sagesse; en passant par le cœur, elle y fait entrer peu à peu l'amour de Dieu, comme l'aiguille, en piquant l'étoffe, y introduit le fil ou la soie.
Quel est l'effet de la contrition imparfaite? —Elle dispose le pécheur à recevoir la rémission de ses péchés dans le sacrement de Pénitence; car elle suppose la foi, la crainte de Dieu, la confiance et un commencement d'amour de Dieu, de sorte que le pécheur est résolu de préférer Dieu à toutes les créatures. — Il ne suffit donc pas d'éviter le péché par la seule crainte des peines de l'enfer? — Non; de même qu'un voleur , vivement frappé de l'horreur du supplice auquel il sera condamné s'il tomhe entre les mains de la justice, renonce à son dangereux métier ; mais il continuerait à voler, s'il pouvait le faire impunément ; il aime donc toujours l'injustice. De même quiconque fuit le péché, uniquement par crainte de l'enfer, ne hait pas le péché.
La contrition imparfaite suffit-elle pour la ré mission des péchés dans le sacrement de Pénitence? — Oui, elle suffit dans le sacrement de Pénitence.
Que dit le concile de Trente à ce sujet?— « Les adultes sont disposés à la justice, lorsqu'excités et aidés par la grâce de Dieu, concevant la foi par l'ouïe ils se portent librement vers Dieu, croyant et tenant pour véritables les choses que Dieu a révélées et promises, et celle-ci surtout, que c'est Dieu qui justifie le pécheur par sa grâce en vertu de la rédemption de Jésus-Christ. Ensuite, connaissant qu'ils sont pécheurs, et étant utilement ébranlés par la crainte de la justice divine, ils passent de cette crainte à la considération de la miséricorde de Dieu, et s'élèvent à l'espérance, ayant la confiance que Dieu les traitera avec miséricorde pour l'amour de Jésus-Christ; et ils commencent à l'ai-
mer comme source de toute justice, et c'est pourquoi ils sont portés contre leurs péchés par une certaine haine et détestation, c'est-à-dire par cette pénitence qu'il faut porter au Baptême. Enfin ils prennent la résolution de recevoir le Baptême, decommencer à mener une vie nouvelle et d'observer les commandements de Dieu. »
Or, ce sont les mêmes dispositions qu'il faut apporter pour recevoir le sacrement de Pénitence. Ainsi il faut : t° être aidé de la grâce ; 2^ faire des actes de foi ; 3» avoir la crainte de Dieu ; 4*^ se reconnaître pécheur ; 5° espérer en Dieu parles miséricordes de Jésus-Christ; 6° commencer à aimer Dieu ; 7» détester ses péchés ; 8" former la résolution d'observer les commandements de Dieu.
Le regret d'avoir offensé Dieu suffit-il pour une véritable contrition ? — Pour une véritable contri- , tion, il faut encore la résolution de ne plus offenser Dieu.
Pourquoi cette résolution est-elle nécessaire ? — Parce qu'il est évident que la contrition ne serait pas sincère et véritable sans ce ferme propos. La première chose qu'un fils dit à son père, lorsqu'il a fait une faute : » Je vous demande pardon, je ne recommencerai pas. »
Quelles qualités doit avoir la résolution de ne plus offenser Dieu ? — La résolution de ne plus offenser Dieu, doit être sincère, ferme et efficace.
Ces qualités ne sont-elles pas renfermées dans les conditions de la contrition? — Oui ; la contrition doit être intérieure, c'est-à-dire sincère. Elle doit être souveraine, c'est-à-dire qu'on doit être résolu à tout souffrir plutôt que d'offenser Dieu de nouveau ; donc la résolution doit être ferme. Enfin la contrition doit être universelle, c'est-à-dire qu'on doit être résolu à
éviter tous les péchés, à prendre tous les moyens propres à les éviter.
Quels sont en général les moyens qu'il faut prendre pour éviter le péchés - Pour éviter le péché, il faut en demander à Dieu la grâce, combattre ses mauvaises habitudes, et fuir les occasions du péché.
Pourquoi faut-il demander à Dieu la grâce d'éviter le péché? — Parce que, depuis la dégradation du péché originel, l'homme est plus porté au mal qu'au bien, et ne peut plus, par les seules forces de la nature, observer tous les commandements, même de la loi naturelle; il faut donc qu'il en demande à Dieu la grâce.
Qu'entendez-vous par mauvaises habitudes ? — J'entends la facilité et le penchant qu'on éprouve à commettre certains péchés, comme les péchés capitaux, la médisance, le mensonge, etc. — Pourquoi faut-il combattre ses mauvaises habitudes? — Parce qu'elles sont les maladies de l'âme, qu'on ne peut guérir qu'en les combattant, comme on ne guérit les maladies du corps que par les contraires. — Est-ce là une chose facile ? — Non, il faut, pour l'ordinaire, de grands efforts et beaucoup de temps. — D'où vient cette difficulté ? — De la force même de l'habitude, qui est comme une seconde nature, et de la faiblesse de la volonté qui s'enest rendue l'esclave. Gomme il est difficile d'arracher un arbre qui a poussé de profondes racines en terre, ainsi les mau vaises habitudes, s'étant fortifiées par des actes réitérés, sont très difficiles à détruire.
Que faut-il faire pour se corriger de ses mauvaises habitudes? — Il faut veiller exactement sur soi-même, prier beaucoup, pratiquer les vertus opposées à ces mauvaises habitudes. ( Voir ce que nous avons dit, en parlant des péchés capitaux), s'imposer quelques pénitences ou quelques mortifications toutes les fois
qu'il y a rechute.
Que concluez-vous de là ? — Qu'il est très important de ne contracter dans la jeunesse que de bonnes habitudes et de combattre les mauvaises. Il est facile d'étouffer les lionceaux; mais si on les laisse grandir, on en sera dévoré. Il est facile d'empêcher la mauvaise herbe de croître dans un champ bien cultivé; mais quand elle y croît depuis longtemps, il faut des années pour la détruire. Il est facile d'éteindre une étincelle, mais il est souvent impossible d'éteindre un grand incendie. Il est facile de franchir un petit ruisseau, mais il est impossible, quand il est devenu un torrent.
Qu'entendez-vous par occasion du péché? — Tout ce qui porte ordinairement l'homme au péché ou qui le met en danger de le commettre. — Combien y a-t-il de sortes d'occasions du péché? — Deux sortes, les occasions prochaines, qui portent au péché par elles-mêmes comme les spectacles, les mauvais bals, les comédies, les mauvais livres, les chansons obscènes, les nudités, les tableaux déshonnêtes, les mauvaises compagnies etc. ; les occasions éloignées, comme le négoce, le jeu, etc. ; Quelquefois les occasions éloignées deviennent des occasions prochaines pour certaines personnes, comme le négoce, pour le marchand porté à tromper; le joueur de profession, qui blasphème ou se ruine en jouant.
Avec quel soin faut-il éviter les occasions du péché?
— Comme on fuit des personnes attaquées de la peste, ou un serpent dont la morsure est mortelle. — Mais si Ion ne peut s'éloigner des occasions du péché sans nuire à ses intérêts temporels, ou sans s'exposer à se déshonorer? — Si l'on ne peut se conduire si bien que ce qui était une occasion de péché cesse de l'être, il n'y a aucune considération qui puisse l'emporter sur la nécessité de mettre son salut en sûreté. — Mais s'il est absolument impossible de quitter l'occasion du péché?
— Il faut consulter son confesseur, prier avec plus de
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ferveur, redoubler d'efforts et vivre dans une extrême vigilance.
A qui ressemble le pénitent qui ne veut pas prendre les moyens nécessaires pour éviter le péché ? — A un malade qui refuse de prendre les remèdes, quoique amers, mais absolument nécessaires, qu'un médecin lui prescrit pour sa guérison; à un fiomme qui joue avec des lions et des tigres, ou qui se promène la nuit sur le bord d'un abîme.
A quelle marque reconnaît-on le ferme propos ? — Au changement de vie, lorsque le pécheur a contracté de nouvelles habitudes, qu'il estime ce qu'il méprisait, qu'il méprise ce qu'il estimait; qu'il est exact à remplir ses devoirs de chrétien et à mettre en pratique les avis que lui donne son confesseur.
En 870, les Danois envahirent l'Angleterre et y. firent d'affreux ravages. Le bruit de leur cruauté et de leur brutale passion s'étant répandu partout, les monastères de filles furent dans les plus vives alarmes. Alors, Ebba, abbesse du monastère de Collinkan, assemble ses religieuses et leur dit : « Mes chères filles, si vous voulez me croire, je sais un moyen assuré de nous mettre à couvert de l'insolence de ces barbares. » Et aussitôt elle prend un rasoir, se coupe le nez et la lèvre d'en haut jusqu'aux dents. Toutes les religieuses firent de même, et les Danois étant entrés et voyant ces filles si défigurées et si hideuses, en eurent horreur. Ils s'enfuirent, après avoir mis le feu au monastère, où toutes les religieuses trouvèrent une mort affreuse, mais honorable.
Voilà une résolution ferme et généreuse.
Quand il s'agit de se garantir contre la luxure, le seul moyen efficace est de fuir promptement les occasions, la vue des objets, la tentation, la pensée même, et de détourner l'attention de tout ce qui peut exciter on en-
tretenir la passion. «Car personne, dit saint Césaire, ne sera victorieux dans ce combat que par la fuite. »
Rappelez-vous comment les anges ont sauvé Loth, en l'entraînant malgré lui hors de Sodome que Dieu allait détruire par le feu du ciel.
Un jeune infidèle converti, apprenant qu'un missionnaire est à peu de distance, accourt à lui pour se procurer le bonheur Je communier. Il commença, fondant en larmes, l'accusation des péchés qu'il avait commis avant son Baptême. Le missionnaire lui ayant fait observer qu'il ne devait s'accuser que des péchés qu'il avait commis après le Baptême. — « Des péchés commis depuis que j'ai été baptisé ! Que dites-vous, mon père ? répondit aussilôtlenéophite surpris. Quelle indignité, si j'avais été infidèle à mon Dieu ! J'ai beaucoup pleuré mes anciens péchés; mais, grâces au Seigneur, je n'en ai point commis de nouveaux. Quoi ! mon père, un chrétien pécher, commettre une de ces fautes graves que vous nous avez dites mortelles, se rendre indigne de voir Dieu dans le ciel et mériter l'enfer ! Que Dieu me préserve d'un aussi grand malheur.»
Rappelez-vous encore l'histoire de l'enfant prodigue. Il prit la résolution de retourner à son père, et il l'exécuta. Une fois rentré à la maison paternelle, il ae la quitta plus.
Quand doit-on craindre d'avoir rnanqué de réso. lution .? — On doit craindre d'avoir manqué de résolution, lorsqu'on est retombé pronipternent dans les mânes péchés mortels, sans avoir presque rien fait pour éviter d'y retomber.
Comment reconnaît-on qu'un homme n'a pas été guéri complètement d'une maladie qui l'afîligeait? — En le voyant aussitôt retomber dans la même maladie. — A qui ressemblent ceux qui retombent de celte sorte ?
— A l'insensé qui met le feu à sa maison, après Tavoir reconstruite à grand frais. - Où conduisent ordinairement les rechutes fréquentes ? — A l'endurcissement du cœur et à l'impénitence finale.
La rechute dans le péché est-elle toujours une marque qu'on manquait de ferme propos ? — Non ; surtout si l'on a fait plus d'efforts qu'auparavant pour ne pas y retomber, et si l'on a suivi les avis du confesseur. Il faut alors considérer la rechute plutôt comme une faute de faiblesse que comme un défaut de résolution, se relever aussitôt et prendre des moyens plus énergiques pour se corriger à l'avenir.
Un grand pécheur alla se confesser au vénérable archevêque de Sens, Pierre de Corbeil. Il lui fit un aveu sincère de tous les péchés qu'il avait commis, versant un torrent de larmes et demandant si Dieu voudrait bien lui pardonner : « N'en doutez pas, mon fils, lui dit le prélat, pourvu que vous soyez bien résolu d'en faire pénitence. — Quoi, s'écria le pécheur, Dieu se contenterait de si peu ! Ordonnez-moi tout ce que vous voudrez, je suis prêt à le faire. Mais pouvez-vous m'imposer une pénitence assez rigoureuse pour égaler l'énormité de mes fautes ? » Le confesseur vivement touché lui dit: «Votre pénitence ne sera que de sept ans. — Mon Dieu, s'écrie le pénitent, mais je ne pourrais expier de si grands péchés pendant le cours de la plus longue vie. — Elle sera moindre, lui dit le confesseur, vous jeûnerez trois jours au pain et àl'eau.
— Ah ! mon père, s'écrie le pénitent, ne me perdez pas, je vous en supplie. Proportionnez ma pénitence à mes iniquités, ne ménagez pas ma faiblesse. » Le prélat inspiré de Dieu lui ordonna de réciter une fois l'Oraison Dominicale. Dans ce moment, ce pénitent, brisé par la douleur, pousse un grand cri, un cri de reconnaissance et d'amour, et expire aux pieds du confes-
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seur, allant peut-être au ciel sans passer par le purgatoire.
Manassès, roi de Juda, fils et successeur d'Ézéchias, n'avait que douze ans lorsqu'il monta sur le trône. Corrompu par des flatteurs, il s'abandonna avec fureur à toutes les superstitions de l'idoLàtrie. Il devint cruel et fit couler dans Jérusalem des flots de sang innocent. Le prophète Isaïe lui fut envoyé pour lui reprocher sa conduite ; mais il le fit périr par le supplice de la scie. Enfin, après vingt-deux ans d'impiété et de barbarie, Manassès reçut la punition de ses crimes. Les armées d'Asachaddon inondèrent la Judée, chargèrent de chaînes le monarque et l'emmenèrent prisonnier. Ses malheurs le firent rentrer en lui-même, il s'humilia sous la main qui le châtiait, fit une sincère pénitence, et obtint son pardon et son rétablissement dans son royaume. Depuis cette époque, sa vertu égala celle d'Ézéchias. Il rétablit le culte du vrai Dieu, fit disparaître toutes les traces de l'idolâtrie, et ne s'occupa plus que du bonheur de son peuple.
Aimer Dieu par-dessus toutes choses, à cause de ses perfections et de ses amabilités infinies, et se repentir de l'avoir offensé, parce qu'on l'aime, voilà la contrition parfaite. Nous avons déjà cité l'exemple de sainte Madeleine. Simon chez lequel se trouvait Jésus disait en lui-même, s'il était prophète, il saurait que cette femme est une pécheresse. Mais Jésus lui dit: «Un créancier avait deux débiteurs, l'un lui devait cinq cents deniers et l'autre cinquante ; mais comme ils n'avaient pas de quoi les lui rendre, il remit à tous deux leurs dettes: lequel des deux l'aimera donc davantage ■?)> Simon répondit: « Je crois que ce sera celui auquel i a remis le plus. » Jésus lui dit : «Vous avez bien jugé. » Et se tournant vers la femme, il dit à Simon: «Voyezvous cette femme? Je suis entré dans votre maison.
VOUS ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné de baiser; mais, elle, depuis qu'elle est entrée, n'a cessé de baiser mes pieds... C'est pourquoi je vous déclare que beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé.
Dans le iv« siècle, Sapor, roi de Perse, fit mettre en prison l'archevêque de Séleucie, saint Siméon, parce qu'il avait refusé d'adorer le soleil. Comme on l'y conduisait, Ustazade, surintendant du palais, se prosterna devant lui par respect, mais le saint détourna le visage pour lui reprocher son apostasie. Ustazade, accablé du reproche qu'il avait si bien mérité, versa un torrent de larmes. Pour expier son crime, il prit un habit noir, se plaça dans le palais et s'écria, fondant en larmes : « Misérable que je suis ! Que puis-je attendre de Jésus- Christ, à qui j'ai eu le malheur de renoncer, si je suis si sensible au mépris que me témoigne Siméon, qui n'est que son ministre ? » Le roi apprenant la douleur de son intendant, et ayant connu quelle en était la cause, entra en fureur, et fit serment de mettre à mort tous les chrétiens; cependant, par compassion pour ce vieillard, il ne négligea rien pour le gagner. « Non, lui dit le pénitent, vous ne réussirez point ; je ne serai jamais assez insensé pour rendre à la créature le culte suprême qui n'est dû qu'au Créateur. »Le roi voyant sa constance, l'envoya à la mort.
Le martyr, allant aa lieu du supplice, pria un de ses amis de demander à Sapor qu'en récompense de la fidélité avec laquelle il l'avait servi, il ordonnât que, dans le temps qu'on exécuterait sa sentence de mort, un hérault déclarerait qu'Ustazade n'avait point été condamné en punition de quelque crime, mais uniquement parce qu'étant chrétien, il avait refusé de trahir son Dieu.
SajDor consentit à la demande de son intendant d'autant plus volontiers qu'il espérait par là intimider les autres chrétiens, en montrant qu'il ne faisait pas grâce même à un vieillard qui l'avait toujours bien servi.
La mort d'Ustazade montra qu'il avait une contrition parfaite, accompagnée d'un ferme propos.