DE LA SATISFACTION
QiCest-ee que la satisfaction qui fait partie du sa- .crement de Pénitence ? — La satisfaction qui fait partie du sacrement de Pénitence est la réparation de r injure faite à Dieu par le péché.
Quelle est l'injare faite à Dieu par le péché ? — C'est l'offense faite à la majesté infinie de Dieu par la révolte du pécheur, comme un sujet offense son roi en se révoltant contre lui, comme un fils offense son pore en lui désobéissant. — Que suit-il de là?— Que le pécheur est obligé de réparer cette injure, comme un créancier est obligé de payer ses dettes.
En quoi consiste cette réparation ? — Cette réparation consiste principalement à s'acquitter de la pénitence que le confesseur impose au pénitent.
Pourquoi cette réparation consiste-t-elle principalement à s'acquitter de la pénitence imposée par le confesseur ? — Parce que le confesseur est comme le fondé de pouvoir de Dieu, il est chargé de défendre ses intérêts. En imposant une pénitence au pécheur, il lui fait comprendre qu'il rentrera en grâce, mais à la conditionde faire quelques bonnes œuvres qu'il détermine; de sorte qu'il y a comme un contrat passé entre Dieu et le pénitent, et que celui-ci doit remplir ses engagements, comme Dieu remplit les siens. — Pourquoi diies-vons pinncip a lement ? — Parce que souvent il ne suffit pas d'accomplir cette pénitence, il faut encore en faire d'autres.
Est-on obligé défaire la pénitence que le confesseur impose f — Oui, on est obligé, sous peine de péché, défaire la pénitence que le confesseur impose.
Le confesseur est-il obligé d'imposé une pénitence ?
— Oui, les intérêts de Dieu l'exigent, et TÉglise lui en fait un commandement sous peine de péché. — Quel péché commet le pénitent qui ne fait pas sa pénitence ?
— Un péché mortel, s'il en omet une partie notable ; et un péché véniel, s'il n'en omet qu'une légère partie- Un vrai pénitent éprouve-t-il de la répugnance à faire
sa pénitence ? — Peut-être bien ; mais il s'en acquitte avec zèle, persuadé que son entière conversion dépend de Faccomplissement de ce devoir. — N'est-ce pas pour lui une satisfaction suftisante de ne plus pécher ?
— Non, car la main, dit saint Grégoire, n'efface pas ce qu'elle a écrit en cessant d'écrire ; la langue qui a vomi des injures ne les répare point en se taisant, le voleur ne restitue pas le bien qu'il a volé en cessant ses rapines ; pour guérir une plaie, ce n'est pas assez d'en arracher la flèche, il faut y appliquer des médicaments et un bandage ; un bon arbre n'est pas celui qui cesse de porter de mauvais fruits, mais celui qui en porte de bons.
Une jeune personne, idolâtre de sa figure et véritablement esclave du monde, se détacha de toutes ses vanités en se montrant fidèle à faire sa pénitence. Le confesseur, après avoir entendu sa confession, lui demanda si elle était disposée à faire la pénitence qu'il lui imposerait, elle lui répondit qu'elle y consentait. « Voici, reprit le confesseur, en quoi elle consistera : 1" Pendant huit jours, vous vous laverez les mains, matin et soir, avec de l'eau mêlée d'essence, disant : Belles mains vous serez bientôt réduites en pourriture. Vous répéterez ces paroles pendant une demi-heure que vous emploierez à tricoter ou à travailler à l'aiguille ; 2° vous vous considérerez attentivement, l'espace d'un demiquart d'heure, le miroir à la main ou devant une glace, disant de temps à autre : Belle tête, tu seras bientôt
comme une tète de mort. Je vous conseille en outre de ne faire pendant ces huit jours, aucune visite sans nécessité absolue. » En la congédiant, il lui dit ces paroles qui la pénétrèrent jusqu'au fond de l'âme : «Allez, ma fille, exécutez fidèlement ce que je vous recommande, j'espère que tout ira bien. »
C'est la pénitente elle-même qui écrivait ces particularités deux ans après sa conversion, en bénissant le Seigneur de lui avoir donné la grâce d'accomplir celle péni'tence qu'elle regardait comme le principe de son bonheur.
L'Église imposait autrefois des pénitences plus ou moins sévères, selon la culpabilité des pécheurs. On devait jeûner un jour au pain et à l'eau, pour avoir mangé jusqu'à en être incommoda ; deux jours, pour avoir pris de la nourriture un jour déjeune avant l'heure à laquelle il était permis de le faire; trois jours, pour avoir fait quelque œuvre servile un jour de dimanche ou de fête, ou avoir frappé quelqu'un, quoique les coups n'eussent pas eu de suites pernicieuses ; sept jours, pour avoir terni la réputation du prochain et ravoir calomnié en matière légère, et aussi pour s'être livré le dimanche à de vains divertissements ; dix jours au pain et à Teau, pour avoir parlé à l'Église pendant le service divin ; quinze jours, pour le péché d'ivresse; vingt jours au pain et àTeau pour la fraude dans les poids et mesures ; quarante jours, pour le parjure, ou pour avoir maudit ses père et mère, ou avoir méprisé les ordonnances des supérieurs ecclésiastiques, ou s'être moqué de son curé ; cent jours, pour avoir eu de la rancune contre son prochain, ou bien continuer la pénitence jusqu'à ce que l'on cessât de vivre dans l'inimitié ; une année, pour avoir fait un vol de peu de conséquence, ou avoir gardé ce que l'on avait trouvé, ou avoir frappé quelqu'un de manière
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h lui faire répandre du sang ; deux ans, pour avoir fait quelque pratique superstitieuse, ou pour avoir nourri dans son cœur des désirs déshonnêtes ; trois ans, pour avoir commis une action impure, avoir manqué de respect à ses père et mère, avoir dansé devant une église un jour de fête, ou avoir désiré le bien d'autrui ; sept ans, pour s'être rendu coupable d'un des sept péchés capitaux en matière grave, ou avoir frappé ses père et mère. La révolte contre le pouvoir spirituel ou civil était punie par une pénitence de toute la vie.
Les péchés secrets n'étaient punis que par des pénitences secrètes ; mais il fallait pour les crimes publics une pénitence dont chacun piàt être témoin.
On divisait les pénitents publics en quatre classes. La première était celle des pleurants ; après qu'ils avaient fait publiquement l'aveu de leurs fautes, on leur coupait les cheveux, ils se couvraient la tête de cendres, se revêtaient de cilices, étaient privés de l'entrée de réglise et exclus des assemblées des fidèles. La seconde était celle des écoutants ou auditeurs, parce qu'ils étaient admis aux instructions ; mais lorsqu'elles étaient finies et avant que la Messe fût commencée, le diacre les chassait en disant : Foris canes, munda mundis ; Sortez, vous qui avez vécu comme des animaux immondes ; les choses pures sont pour les purs. » La troisième était celle des prosternés ; ils avaient la permission d'assister aux prières des fidèles, mais ils y devaient demeurer prosternés. Les derniers enfin s'appelaient les consistants ; ils étaient admis à l'assistance aux saints mystères avec les fidèles.
Quels sont en général les œuvres par lesquelles nous pouvons satisfaire à Dieu pour nos péchés f — Ces œuvres sont : la prière, le Jeûne et Vaumône.
Qu'entendez-vous par la prière comme œuvre de pé nitence ? — J'entends non seulement les demandes et
les adorations qu'on fait à Dieu, mais tous les actes de religion, comme lectures, méditations, assistance au service public de l'Église, au saint sacrifice et généralement tout ce qui tient au culte de Dieu.
Qu'entendez-vous par le jeûne?— Tout ce qui peut mortifier le corps et les sens, comme la fuite des plaisirs, le retranchement dans le boire et le manger, une nourriture moins agréable, l'observation du silence, la modestie des yeux, etc.
En quoi consiste l'aumône comme œuvre de pénitence ? — Dans toutes les œuvres de miséricorde, de quelque nature qu'elles soient, qu'on peut exercer envers le prochain, comme la visite des pauvres et des malades, le support des défauts du prochain, l'instruction des ignorants.
Tous les chrétiens peuvent-ils faire quelques-unes de ces œuvres ? — Oui, il n'est personne qui ne puisse au moins prier et mortifier ses sens ; et c'est en cela qu'éclate la bonté de Dieu, puisque les pauvres ont plus de facilité que les riches de faire pénitence.
Comment les œuvres satisfactoires se réduisent-elles à la prière, au jeûne et à l'aumône ? — Parce que les péchés procèdent de trois sources : de l'avarice, qui se guérit par l'aumône ; de la volupté, qu'on expie par le jeûne et la mortification ; de l'orgueil, dont on se dépouille par l'esprit de prière qui est de sa nature un esprit d'humilité.
Dans quel esprit doit-on faire les œuvres satisfactoires ? — Avec un vif sentiment d'humilité et de repentir de ses fautes, en union avec tout ce que Jésus-Christ a souffert pour nous.
Pourquoi sommes-nous obligés d'expier les péchés que Dieu nous pardonne dans le sacrement de pénitence f — Parce que Dieu ne nous remet nos péchés et la peine éternelle que nous avons méritée qu'en
nous imposant V obligation de satisfaire à sa justice par des peines temporelles.
Qu'est-ce que Ir peine éternelle ? — C'est celle qu'on endure dans l'enfer pendant toute l'éternité. — Qu'estce que les peines temporelles ?— Ce sont celles qui ne durent qu'un temps, et qu'il faut souffrir en cette vie par des œuvres de pénitence, ou en l'autre par les peines du purgatoire. — Montrez dans l'Écriture des exemples de péchés pardonnes avec l'obligation de satisfaire à Dieu dans cette vie. — 1" Les Israélites, en punition du péché que Dieu leur avait pardonné à la prière de Moïse, furent condamnés à passer quarante ans dans le désert et à ne jamais entrer dans la t^rre promise ; 2« Moïse, après avoir obtenu le pardon de sa faute en fut puni ; Dieu lui refusa l'entrée de la terre promise ; 3° David, à qui le prophète Nathan annonça que son péché lui était pardonné, éprouva tous les maux que ce prophète lui avait prédits en punition de ses péchés.
Le Seigneur ayant envoyé Jonas prêcher la pénitence aux habitants de Ninive, le prophète monta sur un vaisseau qui allait à Tharsis. Une furieuse tempête, qui menaçait de faire sombrer le vaisseau, ne s'apaisa qu'après qu'on eiit jeté Jonas dans la mer. Un poisson l'engloutit et il demeura trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, qui le rejeta ensuite sur le rivage. De là il se rendit à Ninive et y prêcha la pénitence.
Les Ninivites crurent à la parole de Dieu et firent pénitence, et le Seigneur leur accorda leur pardon.
Sur cette histoire nous devons remarquer : 1° combien il est dangereux de désobéir à Dieu, quand il donne ses ordres; 2° que l'on peut encourir sa colère en fréquentant la société de ceux qui désobéissent à Dieu ; 3^ que le Seigneur est bien miséricordieux, puisqu'il
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envoie tout exprès un prophète pour prêcher la pénitence aux pécheurs; 4*^ qu'il n'épargne pas plus ses prophètes que les pécheurs, quand ils n'exécutent pas ses ordres; 5° qu'il faut faire pénitence sous la nouvelle comme sous l'ancienne loi, puisque Jésus-Christ cite lui-même cette histoire et conclut que ceux qui ne feront pas pénitence d'après sa prédication sont plus coupables que les Ninivites.
Jésus-Christ rCa-t-ilpas satisfait à Dieu pour nos péchés en mourant sur la croix? — Oui; mais le mérite de la satisfaction de Jésus-Christ n'est appliqué qu'à ceux qui travaillent de leur part à expier leurs péchés par de dignes fruits de pénitence.
Cette nécessité pour le pénitent d'expier ses péchés n'est-elle pas injurieuse à la satisfaction surabondante de Jésus-Christ? ~ Non; car la pénitence faite par le pécheur n'est que le moyen voulu de Dieu pour qu'il s'applique les mérites de Jésus-Christ, et elle n'a de prix que par ces mérites. Supposons qu'un roi donne dix fois plus d'argent qu'il n'en faut pour payer les dettes de ses sujets, mais qu'au lieu de leur envoyer à chacun sa part, il veuille qu'ils se donnent la peine de venir puiser dans ses coffres; pourrait-on dire que cette condition montre que le roi n'est pas assez riche? — Nullement, il est toujours aussi riche, soit qu'il envoie l'argent ou qu'on vienne le puiser dans la caisse. Ainsi les mérites de Jésus-Christ sont infinis, mais le pécheur doit faire pénitence pour se faire l'application de ces mérites.
Pourquoi Dieu oblige-t-il les pécheurs à faire pénitence des péchés pardonnes? — Pour plusieurs raisons : 1° parce qu'il ne convient pas que le chef souffre pour les péchés des membres et que les membres euxmêmes ne souffrent pas; 2^ parce que Dieu est juste, et qu'il doit traiter le coupable autrement que l'innocent :
Or, s'il n'y avait aucune pénitence à faire, Dieu traiterait absolument les coupables comme les innocents; 3^ parce que ce serait autoriser la paresse : personne ne songerait à faire des bonnes œuvres; 4° parce que le pécheur ne sentirait pas suffisamment la gravité de ses fautes et s'inquiéterait peu d'y retomber.
Pourquoi y a-t-il une pénitence à faire pour ceux qui reçoivent le sacrement de Pénitence, tandis qu'il n'y en a pas pour ceux qui sont baptisés? — C'est: 1° pour les punir de leur ingratitude et de la violation des promesses qu'ils ont faites au Baptême; 2° pour leur inspirer une plus vive horreur pour le péché ; 3° pour leur faire expier dans leur chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, comme parle saint Paul.
Que manque-t-il à la passion de Jésus-Christ?— Rien, si on la considère en elle-même ou relativement à Jésus-Christ, parce qu'il a achevé l'œuvre que son Père lui avait donnée à faire ; mais il y manque quelque chose dans la personne de ses membres. Les fidèles ne formant qu'un seul corps avec Jésus-Christ, il faut, pour être unis à lui, qu'ils soient membres conformes à la tête ou au chef, souffrants et mortifiés comme lui. Voilà pourquoi saint Paul chcàtie son corps et le réduit en servitude, et porte en lui la mortification de Jésus-Christ.
Le pardon des péchés n'est donc pas, dans la Pénitence comme dans le Baptême, l'effet de la pure et infinie miséricorde de Dieu? — Dans l'un et l'autre sacrement, le fruit de la mort de Jésus-Christ est appliqué par l'effet d'une même miséricorde ; car la satisfaction que Dieu exige dans la Pénitence rehausse le prix des souffrances de Notre-Seigneur, fournit au chrétien de nouveaux motifs de reconnaissance, et l'unit plus intimement à lui par la foi et la charité, puisque c'est de lui que le chrétien reçoit tout ce qu'il présente à Dieu en paiement pour l'acquit de ses dettes. Ainsi une
vigne a d'autant plus de prix que tous les fruits qu elle produit sont plus nombreux et plus beaux.
Suftit-il, pour obtenir la rémission de ses péchés, de satisfaire à Dieu par la Pénitence? — Non; il faut encore satisfaire au prochain, en proportion du tort qu'on lui a fait, soit par des insultes ou des mauvais traitements, soit par des vols ou des injustices, soit enfin par des médisances ou des calomnies.
Quelle doit être la mesure de notre satisfaction ?— Notre satisfaction doit être proportionnée au nombre et à la grandeur de nos péchés.
Quelles qualités doivent avoir les pénitences d'un pécheur qui désire s'acquitter de ses dettes envers Dieu ? — Ces pénitences doivent : 1° tendre à le conduire aune vie nouvelle et à le conserver dans la grâce; 2° être des moyens qui le fortifient contre sa faiblesse ; 3° avoir pour but de le punir de ses péchés passés; 4° être proportionnées à la multitude de ses offenses ; 6° avoir aussi quelque proportion avec la gravité de ses péchés et avec leur durée : plus ses habitudes sont invétérées, plus il doit s'en punir; 7" le punir des plaisirs criminels qu'il a goûtés dans le péché, par la privation des plaisirs même permis.
Quelles pénitences concourent le plus à conserver le pénitent dans la grâce ? — L'assistance régulière à toutes les instructions de la paroisse, la confession fréquente, la récitation du chapelet ou de quelques autres prières, la méditation de la parole de Dieu.
Qu'entendez-vous quand vous dites que la pénitence doit être en opposition directe avec les péchés? — J'entends que l'orgueilleux doit expier ses péchés par des actes d'humilité, l'avare par des aumônes, le paresseux par un travail assidu, l'ivrogne par la sobriété, l'homme de bonne chère par le jeûne, le débauché par la mortification des sens, et ainsi des autres.
Les pénitences que le confesseur impose sont-elles toujours proportionnées au nombre et à la grandeur des péchés? — Non, elles sont ordinairement trop légères, comme on peut le voir en les comparant à celles que l'Église imposait autrefois. — Pourquoi n'impose-t-on plus ces pénitences?— Parce que l'Église veut que ses ministres aient égard à la faiblesse des pénitents et qu'ils ne leur imposent que des pénitences qu'ils puissent accomplir. — Si le confesseur imposait une pénitence que le chrétien ne pût accomplir, que devrait faire celui-ci? — Exposer humblement ses raisons au confesseur elle prier d'imposer une autre pénitence.
Lorsque le confesseur oublie d'imposer une pénitence, est-on obligé d'en faire ? — Oui; le pénitent doit avertir le confesseur de cet oubli et le prier d'imposer une pénitence. — Peut-on différer de faire sa pénitence? — Non, parce que le pénitent, pouvant mourir sans l'avoir faite, serait exposé h en faire une plus considérable en purgatoire, ou que, s'il tombait dans quelque péché mortel sans l'avoir faite, il la ferait sans mérite.
Comment faut-il s'acquitter de la pénitence imposée par le confesseur '1 — Il faut s acquitter de la pénitence imposée par le confesseur avec piété et fidélité.
Qu'est-ce à dire s'acquitter de la pénitence avec piété? — C'est-à-dire qu'on doit faire sa pénitence avec recueillement, avec un vrai désir de satisfaire à Dieu, et l'unir aux mérites de Jésus-Christ. — Pourquoi le pénitent doit-il unir sa pénitence aux mérites de Jésus- Christ? ~ Pour lui donner de l'efficacité; car en Tunis" sant aux mérites du Sauveur qui sont infinis, il donne à sa pénitence comme une valeur infinie, et la proportionne à l'injure qu'il a faite à Dieu. — Qu'est-ce que faire sa pénitence avec fidélité? — C'est la faire tout
entière, dans le temps et de la manière que le confesseur l'a ordonné.
Suffit-il de faire la pénitence que le confesseur a prescrite? ~ Les pécheurs doivent sans doute faire encore d'autres œuvres de pénitence pour proportionner, autant qu'il est possible, la satisfaction à l'offense faite à Dieu. — Pourquoi dites-vous autant qu'il est possible? — Parce que, quelles que puissent être leurs satisfactions, elles ne pourront jamais réparer l'injure faite à Dieu par le péché. — Pourquoi doit-on faire encore d'autres œuvres de pénitence ? — Parce qu'il est juste que le péché soit puni autant que Dieu l'exige, soit dans ce monde, soit dans l'autre.
Que pensez-vous de ceux qui remettent à expier leurs péchés dans le purgatoire ? — Qu'ils sont des aveugles et des insensés, qui s'exposent à souffrir dans l'autre vie les peines éternelles de l'enfer au lieu des peines temporelles du purgatoire. —Le pénitent doit-il faire connaître à son confesseur les pénitences qu'il se propose de faire lui-même ? — Oui, pour ne rien faire d'indiscret et pour éviter de ruiner sa santé par un excès de rigueur.
Le travail et les maux de cette vie ne peuvent- ils pas faire partie de la satisfaction ? — Oui, mais pour cela on doit accepter ses peines en esprit de pénitence et les unir aux souffrances de Jésus-Christ ; parce que, sans cette union, elles ne sont presque rien devant Dieu, tandis qu'unies aux souffrances de Jésus-Christ, elles participent au prix infini de ses mérites.
Admirez, mes chers amis, la bonté infinie de Dieu, qui consent à nous pardonner nos péchés dans le sacrement de Pénitence à des conditions si faciles; car s'il veut que nous fassions pénitence, c'est encore par bonté pour nous.
Supposons que vous êtes très riches et que vous avez appris qu'un malheureux a été jeté en prison à cause des dettes qu'il a contractées. Comme vous avez
le cœur bon, vous êtes touchés du sort de ce malheureux prisonnier, et vous payez ses dettes pour le rendre à la liberté. Mais, encore qu'il vous ait promis de ne jamais retomber dans ses égarements, il oublie bientôt ses promesses et contracte de nouvelles dettes. Vous apprenez son malheur et vous voulez encore lui venir en aide, mais, de peur qu'il n'abuse, vous lui offrez de payer ses dettes, à la condition qu'il paiera tout ce qu'il pourra de son côté et que vous paierez le reste.
C'est ainsi que Dieu nous traite : dans le Baptême, il paie toutes nos dettes ; mais dans la Pénitence, il exige, pour nous délivrer de l'esclavage du démon, que nous payions d'abord ce que nous pouvons, et il fait le reste ; et il agit ainsi pour qu'à l'avenir nous ne contractions plus de dettes.
Ne nous plaignons pas de la pénitence qui nous est imposée ; car elle se réduit à quelques jeianes, à quelques prières, à quelques aumônes. Le travail, les afflictions, les peines de la vie, les maladies, l'excès du froid et du chaud, la nécessité de mourir, en un mot toutes les souffrances peuvent nous servir de pénitence. Ainsi, nous pouvons faire pénitence, du matin au soir, surtout si nous sommes réduits à l'indigence. Réjouissons-nous d'être pauvres, et d'avoir, par notre pauvreté, tant de facilité de satisfaire à la justice de Dieu. Si nous sommes quelquefois tentés de découragement, pensons que nous avons mérité l'enfer, c'est-à-dire des tourments infinis et éternels, et toutes nos peines nous paraîtront légères en comparaison de celles des damnés, que nous souffririons avec eux, si Dieu avait permis que la mort nous frappât avant de pouvoir nous confesser.
Voici quelques beaux exemples de satisfaction :
Un chrétien chinois, fort jeune, s'était oublié dans
un emportement jusqu'à dire à sa mère quelques paroles offensantes qui avaient scandalisé tout le voisinage. Dès que, revenu à lui, il réfléchit à ce qui lui avait échappé, il assembla ses voisins, et, se mettant à genoux en leur présence, il demanda pardon à sa mère. Ensuite, pour expier sa faute, il s'imposa ui^ pénitence dure et humiliante. Puis, adressant la parole à tous ceux qui étaient présents : « Un chrétien, dit-il, peut bien s'écarter de son devoir dans un premier moment de colère, mais sa religion lui apprend à réparer sa faute aussitôt, et c'est pour vous en convaincre que je vous ai priés d'être témoin de tout ce qui vient de se passer. )> Le Rév. Père Lavigne a raconté le fait suivant : « Il y a un homme que je place au-dessus de tous les religieux, c'est un saint ; et cependant c'est un forçat. Un soir il vint me trouver au confessionnal, et après sa confession, je lui adressai quelques questions, auxquelles il répondit avec précision et sans affectation.— Quel âge avez-vous, lui dis-je d'abord? — Quarante-cinq ans, mon père. — Combien y a-t-il de temps que vous êtes ici? — Il y a dix ans.— Devez-vous y rester longtemps ?— A perpétuité, mon père.— Quelle est donc la cause de votre condamnation ? — Le crime d'incendie. — Sans doute, mon pauvre ami, vous avez beaucoup regretté d'avoir commis cette faute ? — J'ai beaucoup offensé Dieu, mon père, mais je n'ai point commis ce crime. Toutefois, je suis justement condamné, mais c'est Dieu qui m'a condamné.
« Mais que voulez-vous dire, mon ami ? Expliquezvous. — J'ai beaucoup offensé le bon Dieu, mon père, j'ai été bien coupable, mais jamais envers la société. Après une foule d'égarements, le bon Dieu toucha mon cœur. Je résolus de me convertir et de réparer le passé, mais depuis ma conversion, il me restait une
inquiétude, un poids énorme sur le cœur. J'avais tant offensé le bon Dieu ! Pouvais-je croire qu'il avait tout oublié ? Et puis je ne trouvais rien qui fût de nature à réparer ces iniquités malheureuses de ma jeunesse, et je sentais un besoin immense de réparation. , « Sur ces entrefaites, un incendie éclata près de ma demeure. Tous les soupçons tombèrent sur moi ; on m'arrêta et on me mit en jugement. Pendant la procédure, je fus beaucoup plus calme que je ne l'avais jamais été ; je prévoyais bien que je serais condamné, mais j'étais prêta tout. Enfin arriva le jour où devait se prononcer ma sentence. Le jury quitta la salle pour aller délibérer sur mon sort, et dans ce moment il me sembla entendre une voix qui me disait : « Si je te condamne, je me charge aussi de faire ton bonheur et de te rendre la paix. » A cet instant je ressentis effectivement une paix délicieuse. Les jurés revinrent bientôt, apportant leur verdict, qui me déclarait convaincu du crime d'incendie avec circonstances atténuantes ; j'étais condamné aux travaux forcés à perpétuité.
« Je fus obligé de me contenir pour ne pas verser des pleurs qu'on aurait sans doute attribuées à tout autre motif qu'à celui du sentiment de bonheur que j'éprouvais. On me conduisit à mon cachot, et là, tombant sur la paille qui me servait de lit, je me mis à répandre un torrent de larmes si douces que l'homme le plus voluptueux aurait été heureux d'acheter au prix de toutes ses jouissances, tout le bonheur de les verser. Une paix ineffable remplissait enfin toute mon àme. Elle ni^ me quitta pas pendant toute la route que je parcourus pour arriver au bagne, et ne m'a jamais abandonné jusqu'ici.
« Depuis cette époque, je tâche de remplir tous mes devoirs, d'obéir en tout et à tous. Je ne vois dans
ceux qui commandent ni le commissaire, ni les adjudants, ni les gardes-ctiiourmes ; je ne vois que Dieu. Je prie partout, pendant les travaux, aux rames; je prie toujours, et le temps passe si vite que je ne puis m'en apercevoir ; les heures s'écoulent comme des minutes, les jours comme des heures, les mois comme des jours, les années comme des mois, et ce n'est pas assez dire. Personne ne me connaît ; on me croit condamné justement, et cela est vrai. Vous ne me connaîtrez pas non plus, mon père ; je ne vous dis ni mon nom, ni mon numéro, priez seulement pour moi, je vous en conjure, afin que je fasse la volonté de Dieu jusqu'à la fin. »
Une personne pieuse qui avait commis de grandes fautes dans sa jeunesse, faisait exactement les différentes prières auxquelles les souverains pontifes ont attaché des indulgences. Chaque jour elle se condamnait à quelque mortification, faisait l'aumône selon ses moyens et répétait souvent ces belles paroles : « Seigneur, ayez pitié de moi maintenant, à tous les instants de ma vie et surtout à l'heure de ma mort ; je vous en conjure par les mérites de Jésus-Christ et par l'intercession de Marie, des anges et des saints. Je vous offre en esprit de pénitence tout ce que j'aurai à souffrir, et je ne veux me satisfaire en quoi que ce soit. »
Lorsqu'on lui représentait que la vie mortifiée qu'elle menait abrégerait ses jours, elle répondait : « Il faut soutfrir un peu en cette vie pour ne pas beaucoup souffrir en l'autre. »
Un seigneur du Languedoc, nommé Ponze de Lavèze, après avoir été longtemps la terreur de ses voisins et le fléau de toute la contrée, fut tout à coup si touché de la crainte des jugements de Dieu, qu'il résolut de faire une pénitence aussi éclatante que l'avaient été ses crimes, et changea aussitôt de conduite. Ses anciens
amis, complices de ses désordres, vinrent le trouver avec étonnement, et il leur parla d'un air si pénétré qu'il en engagea six dans le genre de vie qu'il se proposait de suivre.
Il résolut d'abord de vendre ses biens pour réparer ses injustices et faire des aumônes. Il annonça publiquement la vente qu'il se proposait de faire. Au jour convenu il se rassembla une multitude d'acheteurs. Après la vente il publia que tous ceux qui avaient à se plaindre de ses injustices eussent à se trouver à Pignerolles, dans les trois premiers jours de la Semaine Sainte dont on approchait.
Le dimanche des Rameaux, s'étant rendu à Lodève, il attendit que la procession fut arrivée sur la place publique, où l'on avait dressé une estrade, pour faire de là un sermon au peuple. Alors Ponze s'y fit conduire la corde au cou et les épaules nues et déchirées des coups de verges que lui donnaient par son ordre ceux qui le conduisaient. Il monta sur l'estrade où le clergé avait pris place, se prosterna aux pieds de l'évêque, lui présenta un papier où il avait écrit tous ses péchés, et le pria de le faire lire en présence de tout le peuple. L'évêque voulut lui en épargner la honte, mais le pénitent fit tant d'instances qu'il fallut faire la lecture. Tout le temps qu'elle dura, et il fut long, il se fil de nouveau frapper de verges, demandant qu'on frappât plus fort ; et se confessant coupable de toutes ces iniquités. L'édification fut grande parmi les assistants qui fondaient en larmes. Plusieurs, à qui une mauvaise honte avait fermé la bouche dans les confessions secrètes, firent à cet exemple, une généreuse pénitence.
Le lendemain, jour indiqué pour la réparation des torts que Ponze avait faits, il se rendit à Pignerolles, et trouva un grand nombre de personnes, qui étaient
dans le cas d'obtenir des restitutions. Il commença par se prosterner aux pieds de chacun d'eux en leur demandant pardon, puis il leur rendit en même nature, argent, bétail et fruits de toute espèce. Il leur semblait retrouver les choses mêmes qu'ils avaient perdues ; leur joie égalait leur surprise. Son nom, si longtemps l'objet des malédictions publiques, ne fut plus prononcé qu'avec admiration.
Comme tout le monde s'en retournait content, Ponze aperçut dans la foule un paysan de son voisinage qui n'avait rien réclamé : « Pourquoi, mon ami, lui dit-il, ne me demandes-tu rien, tandis que je satisfais tous les autres? — Moi, seigneur, dit le paysan, bien loin de me faire du tort, vous m'avez toujours protégé contre mes ennemis.— Ne te souviens-tu pas, luiditPouze, d'avoir perdu de nuit ton troupeau, en un tel temps ? Ce fut moi qui le fis enlever.— Je vous le donne volontiers, répliqua le paysan qui se souvenait à peine de cette perte, depuis longtemps réparée. Mais Ponze l'obligea à recevoir un autre troupeau.
Après ces œuvres de piété, Ponze distribua aux pauvres le reste de ses biens et se retira avec ses compagnons dans une solitude où il vécut et mourut saintement.
Un homme fort riche, qui ne devait une partie de sa fortune qu'à des injustices criantes, était dangereusement malade ; il savait que la gangrène était déjà dans ses plaies, et néanmoins on ne pouvait le déterminera restituer. Toutes les fois qu'on lui parlait de restitutions, il répondait : « Que deviendraient mes trois fils ? ils tomberaient dans la misère. » Si quelqu'un, dit un ecclésiastique, lui annonçait que j'ai un remède excellent pour arrêter la gangrène ; il demanderait à me voir, et j'espère que je pourrais l'engager à restituer. »
On s'empressa d'annoncer cette nouvelle au malade, qui fit prier l'ecclésiastique de venir au plus tôt. Il vint sur-le-champ et fut bien accueilli. « Le remède est immanquable, dit l'abbé ; il est très simple et ne vous fera pas souffrir ; mais il est cher, très cher. — Coûtât-il deux mille et même dix mille francs, n'importe, dit le malade. En quoi consistc-t-il? — Tout le remède consiste à faire fondre sur les endroits gangrenés de la graisse d'une personne vivante et en bonne santé : il n'en faut pas beaucoup ; si vous trouvez quelqu'un qui, pour dix mille francs, veuille se laisser, pendant un quart d'heure, brûler une main, il y en aura assez. — — Hélas, dit le malade, je crains bien de ne trouver personne. — Rassurez-vous, lui dit Tecclésiastique, vous ne connaissez pas le dévouement de vos enfants pour un père qui leur laisse tant de richesses. Faites venir votre fils aîné, il vous aime, il doit être votre héritier ; dites-lui : « Vous pouvez sauver la vie à votre père, si vous consentez, pour me guérir, à vous laisser brûler une main. » J'en ai la confiance, il acceptera. Si cependant il refuse, faites votre proposition au second, en lui promettant de le faire votre héritier; s'il refuse, le troisième acceptera pour avoir votre héritage.
Les trois fils sont appelés, la proposition leur est faite successivement, tous trois la rejettent: « Mon père n'y pense pas, disaient-ils, en se retirant d'auprès de lui. —Je n'y comprends rien, dit alors l'ecclésiastique au malade, si ce n'est que vous seriez bien insensé à consentir à perdre votre corps et votre âme, à être tourmenté dans le feu de l'enfer pour des enfants qui ne veulent pas, pour vous guérir et vous sauver la vie, endurer le tourment du feu de la terre l'espace d'un quart d'heure. Quelle folie ! —Vous avez raison, répondit le malade, vous m'avez ouvert les
yeux. Qu'on aille chercher le notaire ; en attendant je vous prie de me confesser. ^^ Et, de concert avec son confesseur, il prit le moyen de réparer, aussi bien que possible, ses injustices, sans avoir égard à ce que deviendraient ses enfants.
Un grand libertin se présenta à saint Philippe de Néri pour se confesser ; le saint le reçut avec bonté, et l'ayant entendu, lui dit d'un ton qui respirait la charité : « Mon fils, je n'exigerai pas beaucoup de vous ; je vous invite à dire sept fois par jour le Salve Regina, et à baiser autant de fois la terre en disant : Il est possible que Je meure bientôt.
Il promit et tint parole. Il mena dès lors une vie très chrétienne et quatorze ans après, il mourut saintement.
VINGT-SIXIËME SOIREE.