DES INDULGENCES
VÉglise peut-elle suppléer à V insuffisance de nos œuores satisfactoires ? — Oui, elle le peut par le moyen des indulgences.
Comment prouvez-vous que l'Église a ce pouvoir ? — Par ces paroles que Jésus-Christ adressa à saint Pierre : « Je vous donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux ; » et par ces autres paroles adressées à tous les apôtres : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.»
Il est donc certain que l'Église a un pouvoir universel de délier: or, la peine temporelle qui reste à expier après que la peine éternelle du péché a été remise est un lien qui lie le pécheur : donc l'Église peut rompre ce lien ou remettre la peine temporelle due au péché.
Donnez un exemple? — Un chrétien de Corinthe s'étant rendu coupable d'un grand crime, saint Paul le frappa d'excommunication et l'exclut de l'Église. Ce malheureux reconnut sa faute et en fit durant un an une pénitence si sincère et si austère, qu'il était à craindre qu'il ne tombât dans le désespoir ou qu'il ne perdît la vie. Saint Paul usa d'indulgence envers lui, et en vertu du pouvoir de délier qu'il avait reçu de Jésus-Christ, il lui remit une partie de la pénitence qu'il lui avait imposée.
Avez-vous encore d'autres exemples ? — Oui, dans les temps de persécution, les confesseurs et les martyrs, détenus dans les prisons, écrivaient aux évéques pour leur demander la remise des pénitences publiques en faveur des pécheurs qui y étaient condamnés. Leur recommandation, appuyée de leurs souffrances et du sang qu'ils allaient répandre pour la foi, engageait les évêques à remettre ces peines canoniques en tout ou en partie ; c'est ce qu'attestent saint Cyprien, Tertullien, et plusieurs autres Pères.
Comment s'exprime sur ce sujet le saint Concile de Trente ? — « Comme le pouvoir d'accorder des indulgences, dit-il, a été donné par Jésus-Christ à son Église, et qu'elle a usé de ce pouvoir divin dès son origine, le saint Concile enseigne et décide qu'on doit conserver cet ancien usage comme très salutaire au peuple chrétien, et dit anathème à ceux qui prétendent que les indulgences sont inutiles ou que l'Église n'a pas le pouvoir d'en accorder. »
Qu'est-ce que l'indulgence ? — L'indulgence est la
rémission en tout ou en partie, des peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnes, que V Église accorde hors du sacrement de Pénitence.
Que signifie le mot indulgence? — Ce mot, qui vient du mot latin indulgere, signifie ne pas traiter avec rigueur, user de douceur et agir avec bonté.
Qui, dans l'Église, a le pouvoir d'accorder des indulgences ? — Le Pape, successeur de saint Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, ont seuls le pouvoir d'accorder des indulgences, d'après les paroles de Jésus-Christ que nous venons de rapporter. Cependant ce n'est pas tout évoque, mais seulement l'évêque qui a juridiction, quand même il ne serait pas sacré, qui peut accorder des indulgences, par lui-même ou par un délégué, par exemple un grand vicaire.
Le pape et les évêques accordent-ils les indulgences de la même manière ? — Non, le Pape, comme Pontife suprême a le pouvoir d'accorder, dans toute l'Église, toutes sortes d'indulgences ; les évêques ne peuvent en accorder que dans leurs diocèses ou à leurs diocésains. Mais les brefs d'indulgence accordés par le Pape ne sont mis à exécution dans un diocèse qu'après avoir été visés et reconnus comme authentiques par révêque.
Quelle est la durée des indulgences ? — Elle dépend de la volonté du souverain Pontife qui les a accordées. Les unes sont à perpétuité et ne cessent point par la mort de celui qui les a accordées ; les autres ne durent que le temps marqué, à commencer du jour de la date du rescrit qui établit l'indulgence.
Quelles sont les différentes espèces d'indulgences ? — - Les unes sont locales ou attachées à certains lieux comme à une église ou à une chapelle, et on les gagne en visitant ce lieu et en remplissant les conditions prescrites ; les autres sont personnelles ou attachées aux
personnes, par exemple aux associations ou aux confréries ; d'autres encore sont réelles ou attachées à certains objets, comme médailles, croix, crucifix, chapelets.
Combien de temps durent les indulgences accordées aux objets?— Tant que durent les objets eux-mêmes et qu'ils ne sont pas notablement détruits; d'où il suit qu'on peut remplacer quelques grains perdus à un chapelet sans lui faire perdre l'indulgence qui y est attachée ; mais si, après Tavoir possédé, on le prête pour faire gagner les indulgences à un autre, il perd l'indulgence. On peut donner gratis des chapelets indulgenciés ; on ne saurait les vendre. Cependant on peut acheter des chapelets, les faire indulgencier, les distribuer ensuite à diverses personnes et en retirer le prix qu'ils ontcoijté; dans ce cas, on ne vend pas les indulgences. L'indulgence attachée à une croix, tombe seulement sur le crucifix; on peut le détacher et le replacer sur une autre croix sans qu'il perde son indulgence :
Pourquoi avez-vous dit que l'indulgence est la rémission en tout ou en partie, des peines dues au péchés ? — Parce que l'Église accorde des indulgences plus ou moins étendues; elles sont ou plénières, c'est-à-dire apportent la rémission de toutes les peines dues aux péchés, ou partielles^ lorsqu'elle n'en accorde qu'une partie. — Celui qui aurait gagné une indulgence plénière irait donc au ciel s'il mourait aussitôt après ? — On le pense communément; mais il est rare qu'on gagne l'indulgence plénière dans toute son étendue et qu'on en reçoive l'application parfaite, parce qu'il est rare qu'on ait toutes les dispositions exigées. Ainsi bien souvent Tindulgence plénière devient partielle; ce qui fait qu'on peut gagner en un seul jour plusieurs indulgences plénières.
Qu'appelez-vous une indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans? —C'est une indulgence qui remet autant de la peine due aux pèches qu'en auraient remis quarante jours, cent jours ou sept ans de l'ancienne pénitence canonique. — Qu'est-ce que la pénitence canonique? —(Test celle qui autrefois était imposée aux pécheurs publics selon les canons et les règles de l'Église, et dont nous avons parlé précédemment. — Une indulgence de quarante jours n'est donc pas la libération de quarante jours de purgatoire? — Non, mais la rémissiou de quarante jours depénitence selon les canons. — Les indulgences dispensent-elles de faire pénitence? — Non; mais elles aident à faire pénitence ou à s'acquitter envers Dieu.
Que faut-il faire pour gagner les indulgences ? — Il faut : 1° avoir l'intention au moins générale de les gagner ; 2" être en état de grâce au moins pour faire la dernière œuvre prescrite ; 3' accomplir toutes les œuvres prescrites par celui qui les accorde ; 4° se confesser pour l'ordinaire, lors même qu'on ne serait coupable que de péchés véniels ; 5° enfin communier et prier selon les intentions du souverain Pontife.
Peut-on en gagner sans toutes ces conditions?— Oui, par exemple celles qui sont attachées au chemin de la Croix, ou au scapulaire ; pour les gagner, il suffit d'être en état de grâce, d'avoir l'intention de gagner l'indulgence, et de faire les exercices comme il est prescrit.
Peut-on gagner des indulgences pour les âmes du purgatoire? — Oui, quand celui qui les accorde déclare qu elles leur sont applicables. Mais alors il ne suffit pas d'appliquer cette indulgence aux fidèles trépassés en général, ou à ceux de telle paroisse; il
faut avoir dans l'esprit une personne déterminée et la recommander spécialement à Dieu.
Sur quoi sont fondées les indulgenees? — Les indulgences sont fondées sur la satisfaction et les mérites infinis de Jésus-Christ et sur ceux de la sainte Vierge et des Saints^ dont l'Église nous fait l'application.
Expliquez ceci par une comparaison? — De même que dans une ville où les pauvres auraient déposé au Mont-de-Piété tous les objets dont ils étaient possesseurs et qu'ils ne pourraient retirer faute de ressources, de riches propriétaires rembourseraient le montant du prêt pour faire rentrer ces malheureux en jouissance de leur mobilier; de même que dans une localité, des personnes à grande fortune se cotiseraient pour éteindre les dettes des indigents, ainsi, dans Él'glise de Dieu, Jésus-Christ, la sainte Vierge et la plupart des Saints, qui ont plus de bien qu'il ne leur en faut, les réunissent comme en une abondante réserve pour aider les pécheurs à payer leurs dettes. L'Eglise est chargée d'en faire la répartition selon les conditions qu'il lui plaît d'imposer.
Quelle est la principale et la plus solennelle des indulgences ?— C'est celle du Jubilé.— Que signifie ce mot Jubilé? — Il signifie joie, allégresse, rémission, liberté. Chez les Juifs, le Jubilé avait lieu chaque cinquantième année ; alors les terres étaient rendues à leurs anciens maîtres, les dettes étaient remises, les esclaves recouvraient leur liberté. Chez les chrétiens, le Jubilé a lieu ordinairement tous les vingt-cinq ans; mais les Papes en accordent quelquefois à leur exaltation, à l'époque des grandes joies ou des grandes douleurs de l'Église.
Le Jubilé de l'année sainte dure à Rome une année entière, après laquelle le souverain Pontife
étend ia grâce di» Jubilé à toute l'Église. La veille de Noël, avant les vêpres, le Pape entonne le Veni Creator dans la chapelle Sixtine, d'où il se rend processionnellement, avec le plus grand appareil, à la Porte-Sainte, qui est une de celles de l'église de Saint-Pierre. Y étant arrivé, il reçoit des mains du grand pénitencier un marteau d'or en chantant le verset : Aperite raihi portas justitiœ ouvrez-moi les portes de la Justice; il en frappe trois fois le mur qui tient toujours cette porte fermée. Des ouvriers renversent aussitôt ce mur, et la porte étant ainsi ouverte, le Saint-Père y passe le premier, suivi des cardinaux et de la nombreuse procession qui l'accompagné dans sa marche.
L'année suivante, au même jour et à la même heure, le souverain Pontife, après avoir officié solennellement aux premières vêpres dans l'église Saint-Pierre, entonne une antienne qui commence par ces mots : Cum jueunditate eœibitts, vous sortirez avec j'oie. Aussitôt tous les assistants sortent avec empressement par la Porte-Sainte. Le Pape, après avoir béni les pierres et le ciment destinés à murer cette porte, prend une truelle d'argent, et pose lui-même la première pierre de la clôture. Les maîtres maçons achèvent l'ouvrage et murent la porte, au milieu de laquelle ils enchâssent une croix de cuivre. On place aussi dans le mur douze cassettes remplies de pièces d'or et d'argent, pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie, qui se termine par une bénédiction solennelle, que le souverain Pontife donne au peuple.
Cette cérémonie- est un symbole qui apprend à tous les fidèles que le souverain Pontife, par le pouvoir qu'il a reçu de Dieu de délier les pécheurs,
T. IV. — 9. SOIRtES CHRÉT.
ouvre la porte du ciel à tous ceux dont le cœur est véritablement contrit et humilié.
Que faut-il faire pour gagner Tindulgence du Jubilé? — Il faut accomplir les œuvres prescrites par le souverain Pontife, et selon Tintention qu'il a déterminée. — Y a-t-il obligation de gagner l'indulgence du Jubilé? — Non. — Peut-on l'appliquer aux défunts? — Non, elle n'est accordée que pour les vivants, à moins que le Pape ne dise formellement qu'elle est applicable aux défunts, ce qui est très rare. — Peut-on, pendant le Jubilé, gagner d'autres indulgences? — On en peut gagner quelques-unes seulement : ainsi celles des autels privilégiés, celles qui sont accordées à l'article de la mort, celles qui sont attachées à la récitation de V Angélus, l'indulgence des Quarante-Heures, celles accordées aux fidèles qui accompagnent le saint Sacrement, quand on le porte aux infirmes.
Qu'appelez-vous un autel privilégié?— C'est celui auquel le Pape a attaché ce privilège : que tout prêtre qui y célèbre les saints mystères gagne une indulgence plénière applicable à l'âme du défunt pour laquelle il ofire le sacrifice de la Messe. Le Pape accorde aussi aux prêtres qui le sollicitent la faveur de pouvoir célébrer un certain nombre de fois chaque semaine la sainte Messe, avec la faculté d'appliquer une indulgence plénière à l'âme de la personne pour laquelle ils offrent le sacrifice.
Quel est l'effet de cette indulgence appliquée'à une âme du Purgatoire? — Dans un bref du 30 août 1779, le pape Pie VI le fait connaître de cette manière : » Chaque fois qu'un prêtre célébrera à cet autel, nous accordons une indulgence par voie de suffrage, à l'âme du fidèle trépassé pour qui le saint sacrifice sera offert, de manière que cette âme doit être délivrée
des peines du purgatoire. » Et saint Thomas dit que « les indulgences opèrent tout ce qu'elles annoncent, pourvu qu'il y ait autorité dans celui qui les accorde et charité dans celui qui les reçoit. » Mais on n'est jamais certain que toutes les conditions ont été fidèlement remplies.
Qu'appelez-vous lindulgenceà l'article de la mort? — C'est une indulgence plénière que l'Église accorde à tous les malades qui sont en danger de mort, pourvu qu'ils remplissent certaines conditions.
Est-il à propos qu'un chrétien s'efforce de gagner beaucoup d'indulgences? — Oui, car si, lorsqu'il s'agit du succès de ses affaires temporelles, il ne néglige aucune précaution, à plus forte raison n'en doit-il négliger aucune quand il s'agit du salut éternel. Par exemple, un cultivateur sème plusieurs espèces de semences, afin que si l'une fait défaut, les autres lui donnent une moisson abondante, et que si un champ ne produit rien, il récolte sur les autres; unmarchand tient dans ses magasins plusieurs espèces de marchandises, afin que, s'il ne fait pas de bénéfice sur les unes, il s'indemnise par le profit qu'il fait sur les autres ; ainsi le chrétien doit cultiver les vertus chrétiennes, de manière que si quelques-unes de ses œuvres ne sont point méritoires et dignes de la vie éternelle, il y en ait au moins d'autres qui fassent compensation.
Que fait celui qui désire gagner à une loterie? — Il prend le plus grand nombre de billets possible; il a plus de chance de gagner. — Qu'est-ce que cela signifie? —Que pour gagner le ciel le chrétien doit profiter de toutes les occasions de gagner des indulgences. - Comment se conduit l'homme prudent qui prête tout son avoir? — Il a soin de prêter à plusieurs particuliers ou à plusieurs sociétés, afin
que si l'une fait banqueroute, il ne perde pas tout son bien, mais que la meilleure partie lui soit assurée.