DE LA MANIÈRE DE L'ADMINISTRER
QiCest-ee que V Extrême-Onction ? — L Extrêrae- Onction est un sacrement institué par Notre- Seigneur Jésus-Christ pour le soulagement spirituel et corporel des malades.
Quel est le signe sensible dans rExtrême-Onction?
— Les onctions et les prières que fait le prêtre sur le malade. — Quelle grâce produit ce sacrement? — Le soulagement spirituel et corporel des malades.
Comment savez-vous que Jésus-Christ a institué ce sacrement ? — 1° Parce qu'il n'y a que lui qui puisse instituer des sacrements ou attacher sa grâce à des signes sensibles; 2° saint Jacques le fait assez entendre quand il dit : « Quelqu'un d'entre vous est-il malade?
— Qu'il appelle les prêtres de l'Église, et qu'ils prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade, le Seigneur le soulagera, et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis. » — Ces paroles ne montrent-elles pas que c'est l'apôtre saint Jacques qui a institué ce sacrement?
— ^'on, car voici la décision du concile de Trente: « Si quelqu'un dit que le sacrement de l'Extrême- Onction n'est pas un vrai sacrement institué par
Notre-Seigneur Jésus-Christ et promulgué par saint Jacques qu'il soit anathème. ^>
Tous les Pères et les Docteurs de l'Église l'ont ainsi enseigné, et dans tous les temps, chez les catholiques, on a conféré l'Extrême-Onction aux malades, comme étant un sacrement institué par Notre-Seigneur. — Quand Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement? — Il est probable que c'est lorsqu'il envoya ses disciples parcourir toute la Judée, leur donnant le pouvoir de guérir les malades. Ils se répandirent alors dans les villes et les bourgades, et « ils oignaient d'huile les malades et les malades étaient guéris. »
Qui peut administrer le sacrement de FExtrême- Onction ? — Les évoques et les prêtres ont seuls ce pouvoir. Le saint concile de Trente l'a défini contre les protestants : « Si quelqu'un dit que les prêtres de l'Église, que saint Jacques marque de faire venir pour oindre les malades, ne sont pas les prêtres ordonnés par les évêques, mais les anciens d'âge dans chaque communauté, et qu'ainsi le propre ministre de l'Extrême-Onction n'est pas le prêtre seul, qu'il soit anathème. »
Pourquoi ce sacrement est-il appelé l'Extrême-Onction?—Parce qu'il s'administre par des onctions et que c'est la dernière que le chrétien peut recevoir. — Comment le nomme-t-on encore? — Huile sainte, sacrement des malades ou des mourants. — Quel nom doit-on îlui donner, lorsqu'on engage les malades à lerecevoir ? — Celui de sacrement des malades ; il les effraie moins que tout autre nom.
Quel soulagement spirituel r Extrême-Onction procure-telle aux malades ? — V extrême-Onction ôte les restes des péchés ; elle donne la grâce de souffrir patiemment ; elle fortifie contre les tentations et contre la crainte excessive de la mort et du jugement.
Qu'entendez-vous par les restes des péchés ? — sont ou les péchés qui restent à effacer et dont on ne se souvient pas ou qu'on ne peut accuser, ou bien les suites des péchés , tel que l'engourdissement pour le bien et l'inclination au mal qui restent dans l'âme après que les péchés sont effacés, comme sont à peu près les suites fâcheuses qui restent dans le corps après qu'il est guéri d'une maladie grave. — Comment l'Extrême-Onction ôte-t-elle les restes des péchés ? — En détachant le chrétien des choses périssables de ce monde, en fortifiant en lui l'amour de Dieu et en lui inspirant le désir du ciel.
Quels péchés remet ce sacrement ? — Ce sont les péchés véniels, puisque tout chrétien est obligé de se mettre en état de grâce pour recevoir l'Exlrême- Onction. Mais il efface aussi les péchés mortels dans ceux qui ne peuvent pas les confesser, ou qui les ont oubliés, ou qui ne les connaissent pas, pourvu qu'ils aient l'attrition de leurs péchés en général. C'est pourquoi l'Extrême-Onction est le complément de la Pénitence, quand on peut se confesser, etle supplément, quand on ne le peut pas.
Comment rExtrême-Onction fortifie-t-elle les malades ? — En leur donnant des grâces fortes et abondantes pour résister courageusement aux attaques que le démon redouble aux approches de la mort. — Que fait le démon dans ce moment critique ? — Il fait tous èes efforts pour jeter le malade dans une fausse sécurité ou dans le désespoir, parce qu'il sait bien que son éternité dépend de la manière dont il se prépare au grand passage du temps à Téternité.
Comment rExtrcme-Onction fortifie-t-elle les malades contre les craintes excessives de la mort et du jugement?— En affermissant en eux toutes les vertus chrétiennes, la foi, l'espérance, la charité, la patience,
la résignation, et en relevant leur courage par la considération des mérites infinis de Jésus-Christ.
Quel soulagement corporel les malades reçoiventils de r Extrême-Onction ? — Les souffrances des malades sont adoucies par F Extrême-Onction, et
elle peut obtenir de Dieu le rétablissement de leur santé.
Comment les souffrances des malades sont-elles adoucies par l'Extrême-Onction ? — En ce qu'elle a la la vertu de donner du courage et de la force et d'élever l'âme au-dessus des peines et des souffrances. — Comment rend-elle la santé du corps ? — En détruisant le principe des maladies qui est le péché et ses suites. — Pourquoi ne rend-elle pas la santé à tous ceux qui la reçoivent dignement ? — Parce que Dieu ne le juge pas utile ; autrement il lui laisse opérer ce précieux effet.
Comment donne-t-on V Extrême-Onction ? — Le prêtre donne V Extrême-Onction par les onctions qu'il fait avec l'huile sainte sur le malade et par les prières dont il les accompagne.
Tout prêtre peut-il donner ce sacrement ? — Oui, en cas de nécessité ; mais il n'appartient qu'aux curés ou autres supérieurs spirituels, ou à des prêtres commis par eux, de l'administrer dans les cas ordinaires, parce qu'ils sont les pasteurs de leur troupeau.
Quelles sont les principales cérémonies qui accompagnent l'administration de ce sacrement? — La chambre du malade étant bien préparée, le prêtre dit en y entrant : Paix à cette maison et à tous ceux qui l'habitent. Il dépose ensuite les saintes huiles sur une table bien propre, fait une aspersion d'eau bénite pour chasser les démons et pour exciter des sentiments de piété dans le cœur du malade et des assistants. Il dit plusieurs oraisons et engage les assistants à prier pour le malade.
Sur quels membres le prêtre fait-il les onctions? —11 les fait aux yeux, aux oreilles, aux narines, à la bouche, aux reins et sur les pieds, c'est-à-dire sur les principaux organes des sens, et à chaque onction il récite cette prière : « Par cette onction sainte et par sa pieuse miséricorde, que Dieu vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par les yeux. » Il désigne par son nom le sens sur lequel il fait l'onction.
Pourquoi fait-on les onctions sur ces organes ? — Parce qu'ils sont comme les instruments dont nous nous servons pour offenser Dieu ; il faut que l'onction de la grâce les purifie tous et empêche le démon de s'en servir désormais pourperdre le malade. Ainsi quand le corps est malade, quoique la maladie soit répandue par tout le corps, on n'applique cependant le remède que sur le siège du mal.
Quelle est l'huile dont se sert le prêtre pour conférer l'Extrême-Onction?~C'estde l'huile d'olive bénite et consacrée par révoque le Jeudi -Saint pour servir à l'administration de ce sacrement. — Pourquoi se sert-on d'huile ? — Parce qu'elle exprime bien l'effet que le sacrement produit dans les âmes ; car de même que l'huile adoucit, guérit, fortifie, éclaire, nourrit, brûle, monte et se répand, ainsi le sacrement de l'Extrême- Onction adoucit les peines, guérit les maladies spirituelles et corporelles, fortifie l'âme, éclaire la foi, nourrit l'espérance, enflamme la charité, élève l'esprit et répand la grâce.
Pourquoi le prêtre se sert-il de prières en conférant l'Extrêmc-Onction, et non de commandements, comme dans les autres sacrements ? — Pour montrer que Dieu n'est pas tenu par sa promesse, comme dans les autres sacrements, de produire tous les effets attachés à l'Extrême-Onction, par exemple la santé du corps.
A qui V Extrême-Onction doit-elle être conférée?
— U Extrême-Onction doit être conférée à tous ceux qui sont dangereusement malades.
Peut-on donner l'Extrême-Onction aux enfants? — Oui, s'ils sont coupables de péchés, puisque l'effet de ce sacrement est d'ôter les restes des péchés et d'aider à bien mourir. — Quand peut-on dire qu'on est dangereusement malade? — Lorsque la maladie fait craindre pour la vie ou qu'elle paraît être mortelle.
Faut-il attendre que le danger soit extrême pour recevoir V Extrême-Onction ? — Non, parce qu'on reçoit V Extrême-Onction avec plus de fruit quand on est en pleine connaissance, et parce qu'en différant on s'expose à ne pas le recevoir.
Pourquoi retire-t-on plus de fruit de l'Extrême- Onction, quand on la reçoit en pleine connaissance ?
— Parce que le malade se dispose mieux à la recevoir.
— Ceux qui la reçoivent sans connaissance en retirentils quelque fruit ? — Oui, pourvu qu'ils l'aient demandée ou désirée avant de perdre connaissance, ou bien qu'ils aient les conditions requises, l'attrition de leurs péchés. — Pourquoi, en différant, s'expose-t-on à ne pas recevoir ce sacrement ?— Parce qu'on peut être surpris par la mort. — Peut-on le donner à une personne frappée de mort subite ? — Oui, même douze heures après l'attaque, mais sous condition; on doit môme toujours le donner, car on ignore à quel instant l'âme est séparée du corps. Un chrétien frappé d'apoplexie, peut encore vivre vingt-quatre heures ; s'il est en état de péché mortel etqu'i! en ait l'attrition, il ne sera sauvé qu'en recevant le sacrement de l'Extrême- Onction.
Est-ce un péché que d'attendre à la dernière extrémité pour recevoir l'Extrême-Onction ? — Oui, c'est se priver de grandes grâces dont on a un pressant besoin.
Peut-on recevoir plusieurs fois le sacrement de l'Extrême-Onction? — Oui, autant de fois qu'on tombe dangereusement malade ; mais on ne peut le recevoir qu'une fois dans la même maladie.
Le sacrement de l'Extrême-Onction est-il nécessaire au salut ? — Non ; mais l'on s'expose à pécher gravement et à se perdre, si on refuse de le recevoir; on se prive des grâces nécessaires pour résister aux dernières tentations dont les malades sont quelquefois attaqués à l'heure de la mort, soit parla violence de la douleur, soit par le souvenir de leurs péchés, soit par le trouble et le désordre que le démon produit sur leur âme.
Voyant sa fin approcher, Napoléon fit appeler l'abbé Vignali; puis, après s'être humblement confessé, cet empereur, naguère si superbe, reçut le saint Viatique, l'Extrême-Onction, et il passa toute la nuit en prières, en actes de piété aussi touchants que sincères. Le lendemain il dit au comte de Montholon: « Général, je suis heureux, j'ai rempli tous mes devoirs; je vous souhaite à votre mort le même bonheur... Je voulais faire un mystère de tout ceci ; mais cela ne convient pas ; je dois, je veux rendre gloire à Dieu.
des dispositions requises pour recevoir l'extrême-onction.
Avec quelles dispositions doit-on recevoir VExtrême-Onction "i — On doit recevoir V Extrême-Onction avec une foi vive, une vraie confiance en Dieu,
une entière soumission à sa sainte volonté, et enfin, en état de grâce, ou au moins avec un grand regret de ses péchés, quand on ne peut recevoir le sacrement de Pénitence.
De quoi le malade doit-il s'occuper lorsqu'il reçoit l'Extrême-Onction ? — Il doit, autant qu'il le peut, s'unir à Jésus-Christ agonisant au Jardin des Oliviers et mourant sur la croix, s'unir aux prières que fait le prêtre pour lui au nom de l'Église, et demander à Dieu pardon des péchés qu'il a commis par tous ses sens, à mesure que le prêtre y fait des onctions. — Pourquoi fait-on des prières et des bénédictions après l'administration de ce sacrement ? — Pour demander à Dieu de nouveau, le soulagement spirituel et corporel du malade, le courage et la force de supporter ses douleurs et de remporter la victoire dans ce dernier combat.
Que faut-il faire après avoir recul Extrême-Onction? — Il faut ne plus s'occuper que de Dieu, le remercier, lui demander la persévérance, et se préparer à s'unir à lui par une sainte mort.
Quels actes doit faire souvent un malade "? — Il doit faire souvent des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de résignation, et d'offrande de ses peines en expiation de ses péchés.
Convient-il qu'il récite de longues formules?— Non, il vaut mieux qu'il se contente de prononcer quelques paroles vives et affectueuses, par exemple: « Mon Dieu, je crois en vous, j'espère en vous et je vous aime de tout mon cœur. Mon Dieu, ayez pitié de moi et pardonnez-moi mes péchés... Mon Dieu, j'accepte de bon cœur, pour l'expiation de mes péchés, toutes les peines qu'il vous plaira de m'envoyer. Mon Dieu, je m'unis à mon Sauveur souffrant et mourant sur la croix, etc.
Pourquoi place-t-on un cierge allumé dans la main du malade, lorsqu'il est à l'agonie ? — Pour témoigner
qu'il a conservé, ou recouvré par la pénitence, la grâce de son Baptême, et que pour être heureux après cette ' vie, il doit mourir dans la foi, l'espérance et la charité qu'il a reçues de Jésus-Christ à son Baptême.
Que doivent faire les assistants lorsqu'on administre l'Extrême-Onction et le saint Viatique ?— Ils doivent prier pour le malade et prendre pour eux-mêmes la résolution de bien vivre, alin de mourir saintement.
Quels défauts doit éviter un chrétien dans sa convalescence ?— Il doit éviter de s'occuper uniquement du soin de son corps, de mener une vie trop délicate et trop sensuelle, de négliger la prière, les bonnes lectures et les autres pratiques de piété.
Que doit faire le chrétien à qui Dieu a renvoyé la santé ? — Il doit le remercier, se regarder comme lui étant de nouveau consacré, mener une vie plus sainte qu'auparavant, mettre en pratique les résolutions qu'il a prises dans sa maladie, ne point s'attacher de nouveau au monde qu'il s'est vu sur le point de quitter, et enfin considérer que si Dieu lui prolonge la vie, il doit se proposer d'en faire un meilleur usage.
Comment un chrétien doit-il se conduire à l'égard d'un malade ? — Il doit le visiter souvent, lui témoigner le plus vif intérêt, lui adresser quelques paroles de foi et de consolation, lui faire une courte lecture et le recommander à Dieu dans ses prières.
Quels défauts doit-on éviter en visitant un malade?— On doit éviter de faire des visites trop longues, déparier trop haut, de tenir des conversations mondaines ou de s'entretenir de parties de plaisir, et de persuader au malade qu'il se rétablira, si sa maladie est mortelle.
Peut-on l'avertir du danger qu'il court ? — On doit, sans lui laisser voir que sa maladie est mortelle, l'amener doucement à faire à Dieu le sacrifice de sa vie, à recevoir les sacrements, afin d'être plus fort pour sup-
porter ses souffrances et de les rendre méritoires pour le ciel. — N'est-ce pas effrayer le malade que de lui parler de confession et d'Extrême-Onction? — Quand même cette proposition devrait un peu l'effrayer, [\ faut toujours la lui faire doucement et lui persuader qu'il est de son intérêt, lors même qu'il se rétablirait, de mettre sa conscience en paix et de recevoir la grâce des sacrements. S'il s'agit d'un célibataire, d'un époux ou d'une épouse, les gens du monde ne craignent pa: d'effrayer le malade et de lui parler de faire son testament, surtout lorsqu'ils espèrent de lui quelque chose. Nous pensons qu'ils doivent moins craindre encore, lorsqu'il s'agit de sauver une âme rachetée par le sang de Jésus-Christ.
Un père de famille était dangereusement malade, et un jour qu'il lui survint une faiblesse, tout le monde crut qu'il était mort. Son fils aîné dit à une personne qui était près du lit : « Veuillez lui fermer les yeux. » Alors le père, sorti de sa léthargie, dit à haute voix : « Ensevelissez-moi, tandis que je suis encore chaud. » Cette réponse montre combien ce pauvre père avait été affligé des paroles prononcées par son fils.
Ne dites donc jamais rien, en présence d'un malade, ce que vous n'oseriez dire, si vous pensiez qu'il vous entend. Trop souvent vous le croyez mort, et il ne l'est pas. Lorsqu'il est à l'agonie, ne dites pas: « Où l'enterrerons-nous ? Qui faut-il inviter à son enterrement? Où a-t-il caché sa bourse ? Qu'a-t-il donné à sa femme et à ses neveux ? Il était si avare, etc., etc., ; de semblables paroles briseront de douleur le cœur du malade, s'il peut encore les entendre.
Un jeune prêtre que j'ai connu éprouvait des douleurs très aiguës dans sa dernière maladie; et dans les moments les plus pénibles, il s'écriait: « Mon Dieu, je vous aime. » Un autre qui souffrait encore pluscruelle-
ment disait à ceux qui le plaignaient : « Oh ! non, je ne suis pas malheureux. Je souffre horriblement, il est vrai, mais Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit: Heureux ceux qui souffrent ! Ne demandez pas que Dieu me délivre de mes peines, mais demandez-lui qu'il m'accorde la patience de les supporter. )>
Le maréchal de Villars, ayant été blessé à la bataille de Malplaquet, se trouva si mal, qu'il fut question de lui administrer les derniers sacrements. On lui proposa de faire cette cérémonie en secret. « Non, dit-il, puisque l'armée n'a pu voir mourir Villars en brave, il est bon qu'elle le voie mourir en chrétien. »
Un père de famille était très dangereusement malade; sa îille, âgée de huit ans, se trouvant seule avec lui, lui dit : « Papa, vous êtes bien malade ; le médecin a dit que vous mourriez peut-être demain. Maman pleure dans sa chambre; on la console. J'ai entendu dire au catéchisme que c'est un très grand péché de laisser mourir les malades sans confession; personne n'ose vous dire qu'il faut que vous vous confessiez.— « Je te remercie, lui dit-il; va, mon enfant, va tout de suite checher M. le curé. Que le Seigneur te bénisse, je te devrai mon salut. » Le curé vint et administra le malade, qui mourut le lendemain. Il dit plusieurs fois, après avoir reçu les sacrements ; « Sans ma petite, sans ma chère enfant, qu'allais-je devenir ? »
Gabriel de Vaufleury, né à Laval, fut atteint d'une lièvre maligne en 1826. Sa maladie, quoique douloureuse, ne lui arracha pas une plainte. Dans la crainte d'alarmer ses parents, il n'osait parler des derniers sacrements. Cependant, le jour de Noël, se sentant plus mal, il témoigna le désir de communier. Sa mère envoya prévenir le confesseur. :\Iais le mal ayant fait de grands progrès, on lui apporta le saint Viatique et on jugea à propos d"y joindre l'Extrême-Onction, sans l'avoir
prévenu. Le médecin, craignant l'impression que cette cérémonie inattendue pouvait lui faire, dit : <( Mais je n'ai pas parlé de l'Extrême-Onction. » Gabriel répondit avec vivacité : « Pourquoi donc ? Moi j'en suis bien content : c'est un si beau sacrement ! »
11 présenta lui-même ses mains aux saintes onctions avec une ferveur admirable'; il répondit à toutes les prières, et reçut l'Eucharistie avec une piété angéiique. La cérémonie terminée, sa mère lui dit : « Mon enfant, Notre-Seigneur, durant sa vie mortelle, a guéri tant de malades, que j'espère la même faveur de la visite qu'il vient de te faire. — Je l'espère aussi, maman, répliquat-il; mais quand ce ne serait pas... » Ce mol exprime combien grande était sa résignation à la volonté de Dieu. Il ne cessait de répéter : « On craignait de me faire une impression fâcheuse, et je n'en ai éprouvé d'autre que celle d'une grande joie. »
Dans une paroisse dont je ne veux pas citer le nom, mais où la foi a jeté de profondes racines dans le cœur des habitants, le chrétien, pauvre ou riche, souffre avec une patience inaltérable les douleurs de la maladie dont il est atteint. Lorsqu'il est gravement malade, il demande lui-même les sacrements. Si sa femme et ses enfants versent des larmes au pied de son lit, il les réprimande vivement et leur dit : « Pourquoi pleurezvous? Est-ce que vos pleurs me soulageront? Dites plutôt une prière, afin que Dieu me donne la patience et me fasse la grâce de bien mourir. »
Lorsque le prêtre administre les sacrements, le malade les reçoit avec calme et répond à toutes les prières. La cérémonie terminée, il appelle tous ses enfants pour leur donner ses derniers avis. « Mes enfants, leur dit-il, aimez Dieu et servez-le avec fidélité; soyez toujours bons chrétiens, non pas en paroles seulement, mais encore par vos actions. Ne faites tort à personne,
et rendez service au prochain toutes l.es fois que vous le pourrez. >^ Puis les enfants se mettent à genoux, et le père mourant leur donne sa bénédiction, après leur avoir fait les recommandations les plus touchantes, et en particulier celle de faire célébrer trois messes à son enterrement, trois messes à sa quarantaine et trois messes au jour anniversaire de son décès.
Après qu'il a rendu le dernier soupir, sa femme et ses enfants ne quittent point sa chambre ; ils prient d'abord pour lui, lui ferment les yeux, allument des cierges, voient coudre le suaire et clouer le cercueil. Puis ils suivent le convoi, un cierge à la main, et ne se retirent que lorsque le célébrant a terminé toutes les prières. Après l'enterrement ils continuent à prier, et chaque dimanche, à la sortie des offices de la paroisse, ils vont réciter un De profundis sur sa tombe. Celui qui manquerait à ce devoir sacré serait montré au doigt comme un méchant et un impie.
Une jeune dame attaquée d'une maladie de langueur ne se fit point illusion sur son état. Elle possédait tout ce qui peut attacher à la vie : un mari digne de sa tendresse, deux charmants enfants, une famille qu'elle aimait autant qu'elle en était aimée. Combien il lui était pénible de se séparer d'objets si chers à son cœur!
Cependant elle se soumit avec résignation aux volontés du Seigneur. Elle reçut les secours que l'Église accorde aux mourants avec cette foi vive, cette piété ardente, qui l'avaient toujours caractérisée, et loin que le sacrement de l'Extrême-Onction lui causât de l'eftroi, elle demanda de le recevoir en même temps que le saint Viatique. Elle ordonna elle-même sa sépulture selon les règles de la charité et de l'humilité chrétiennes. Voulant laisser à ceux qu'elle avait le plus aimés un dernier gage de son affection, elle pria son mari décrire ses divers legs et lui remit à lui-même
l'anneau, symbole de l'alliance dont elle avait si bien rempli tous les devoirs et que la mort allait briser.
Cependant le mal faisait de nouveaux progrès ; le moment fatal approchait, et la faiblesse de la malade était si grande, qu'elle ne pouvait plus articuler une seule parole. Sa mère, sa sœur, son mari, abîmés dans la douleur, entouraient son lit et pressaient dans leurs mains ses mains que la mort avait déjà glacées. A chaque instant ils croyaient lui voir exhaler le dernier soupir. Tout à coup son confesseur arrive ; elle sort de son assoupissement et recouvre assez de forces pour l'entretenir encore du salul de son âme et recevoir une dernière absolution. Quelques minutes après elle terminait une vie chrétienne par une sainte mort.