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DU SACREMENT DE L'ORDRE

QiCest-ee que l'Ordre'} — L'Ordre est un sacrement qui donne le pouvoir et la grâce de faire les fonctions sacrées qui concernent le culte de Dieu et la sanctification des hommes.

Que signifie le mot ordre"} — Il signifie proportion , ainsi: lorsque dans un édifice tous les appartements sont bien proportionnés, il y a ordre ; dans une famille ou dans un ménage, quand tout est à sa place, il y a oi'dre. — Pourquoi donne-t-on le nom d'ordre à ce sacrement? — Parce qu'il rétablit entre Dieu et l'homme l'ordre que le péché avait troublé. — Comment cela?

— L'homme est tombé du ciel par le péché, et il n'y peut remonter que par les ministres de Jésus-Christ ou les prêtres. — Quelle distance sépare l'homme de Dieu? — Elle est infinie. — Que faut-il pour rétablir l'ordre entre Dieu et l'homme? — Replacer l'homme à la hauteur de Dieu ; par conséquent il faut un médiateur qui touche à Dieu d'un côté et de l'autre à l'homme, qui place une de ses mains sur le cœur de Dieu pour y puiser la vie divine, et l'autre sur le cœur du genre humain pour lui communiquer cette vie.

Pourquoi encore donne-t-on le nom d'ordre à ce sacrement?— Parce qu'il renferme plusieurs degrés dont chacun oblige à des fonctions différentes, mais tellement disposées entre elles, qu'elles ont ensemble un rapport admirable, ou bien parce qu'on arrive des uns pour monter aux autres comme par degrés ou par ordre.

Pourquoi l'Ordre est-il un sacrement? — Parce que c'est un signe sensible qui confère la grâce sanctifiante.

— Quel est le signe sensible de ce sacrement? — L'imposition des mains accompagnée de la prière — Est-il certain que ce signe confère la grâce? —Oui, saint Paul l'enseigne formellement, lorsqu'il dit à son disciple Timothée : « Je vous avertis de ressusciter en vous la grâce qui vous a été conférée par l'imposition des mains. » — Tous ceux qui reçoivent les ordres, reçoivent-ils aussi cette grâce ? — Oui, pourvu qu'il les reçoivent avec les dispositions requises; chacun cependant reçoit la grâce dans une mesure déterminée par la volonté de Dieu et aussi en proportion avec ses propres dispositions.

Quelles fonctions sacrées l'Ordre donne-t-il le pouvoir d'exercer ? — Celles d'offrir le saint Sacrifice, d'annoncer la parole de Dieu, d'administrer les sacrements et de gouverner les fidèles. — De qui vient le

pouvoir d'exercer ces fonctions?— De Jésus-Ctiristqui l'a reçu de son Père et l'a donné à ses apôtres pour le transmettre à leurs successeurs. — Comment ce pouvoir est-il venu jusqu'à nous ? — Par une succession non interrompue et qui continuera dans l'Église jusqu'à la fin des siècles. Les premiers évêques ordonnés par les apôtres en ont ordonné d'autres et ceux-ci, d'autres encore et successivement jusqu'aujourd'hui ; ce qui se continuera jusqu'à la fin du monde. — Quel est l'eifet de la grâce conférée par le sacrement de l'Ordre? — C'est d'éclairer l'esprit et de fortifier le cœur de ceux qui sont ordonnés pour les rendre capables d'instruire les fidèles et d'allumer dans leur cœur le feu de la charité.

Le sacrement de l'Ordre est-il bien important dans l'Église? — Évidemment, puisque sans lui il n'y aurait ni évêques, ni prêtres, ni ministres, et par conséquent plus de sacrifice, ni de sacrements, ni de culte. Les hommes n'auraient plus le moyen d'arriver au ciel, puisqu'il n'y aurait personne pour leur appliquer les mérites de la Rédemption.

Le sacrement de l'Ordre ne procure-t-il à l'homme que des biens spirituels ? — Nous avons vu qu'il maintient aussi la paix, la tranquillité dans le monde et fait la prospérité matérielle des peuples. — Comment cela? — C'est que la prospérité matérielle et la tranquillité publique sont les fruits des vertus chrétiennes ; or, ce sont les ministres de Jésus-Christ qui plantent, arrosent et cultivent ces vertus. Donc sans eux, vous verrez régner l'orgueil, l'ambition, l'avarice, la jalousie, la gourmandise, le libertinage, l'ivrognerie, le désordre et la barbarie.

Le sacrement de l'Ordre n'imprime-t-il pas un caractère? — Oui, ce qui fait qu'on ne peut le recevoir qu'une fois. — Quel est ce caractère? —

C'est une marque de puissance qui distingue les prêtres des fidèles, comme dans Tarmée et dans la société civile ceux qui exercent le pouvoir portent des insignes comme marque de leur autorité et de leur puissance.

Quand Jésus-Christ a t-il institué le sacrement de l'Ordre? — La veille de sa mort, lorsqu'il ordonna prêtres ses apôtres et leur donna le pouvoir d'ordonner leurs successeurs en disant : i Faites ceci en mémoire de moi. »

N'y a-t-il pas plusieurs ordres? — Oui, mais il n'y a qu'un sacrement de l'Ordre, parce que tous les ordres n'ont qu'une même fin, savoir : l'exercice des fonctions sacrées. — Combien y a-t-il d'ordres? — Le saint concile de Trente a défini qu'il y a une hiérarchie divine qui se compose d'évêques, de prêtres et de ministres. Cependant on distingue dans l'Église latine sept ordres différents, savoir : trois ordres majeurs : sous-diacre, diacre et prêtre; quatre ordres mineurs : portier, lecteur, exorciste et acolyte. On se prépare à ces ordres par la cérémonie de la tonsure qui sépare du siècle et consacre à Dieu celui qui la reçoit.

Qu'est-ce que l'ordre de portier? ~ C'est celui qui donne le pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes de l'église, pour y admettre ceux qui en sont dignes et en exclure ceux qui en sont indignes, et qui impose l'obligation de prendre soin de tout ce qui y est renfermé.

Qu'est-ce que l'ordre de lecteur? — C'est celui qui donne le pouvoir de lire dans l'église les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament et particulièrement les leçons qui se récitent à l'office de la nuit.

Qu'est-ce que l'ordre d'exorciste? — C'est celui qui donne le pouvoir de chasser les démons du corps des

possédés, par l'invocation du nom de Jésus-Christ.

Qu'est-ce que Tordre d'acolyte?— C'est celui qui donne le pouvoir d'accompagner et d'aider, dans le service de l'autei, les ministres supérieurs.

Qu'est-ce que l'ordre de sous-diacre? — C'est celai qui donne le pouvoir de servir le diacre à l'autel, de préparer les linges, les vases sacrés, le pain et le vin nécessaires au sacrifice, et de chanter solennellement l'épître.

Qu'est-ce que l'ordre de diacre?— C'est celui qui donne le pouvoir de servir solennellement le prêtre à l'autel et de chanter l'évangile. Le diacre peut aussi prêcher, baptiser et donner le sacrement de l'Eucharistie avec la permission de l'évêque.

Qu'est-ce que l'ordre de prêtre ou de prêtrise? — C'est celui qui donne le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ et de remettre les péchés.

Qu'est-ce que l'épiscopat? — C'est le comble et la plénitude du sacerdoce, et il est de foi que ceux qui l'ont reçu sont de droit divin supérieurs aux simples prêtres. — En quoi consiste la supériorité de l'évêque au-dessus du prêtre? — En ce que le pouvoir que l'évêque a reçu de Jésus-Christ est plus étendu que celui du prêtre ; ainsi l'évêque est le seul ministre du sacrement de l'Ordre, le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation, et il a plein pouvoir pour gouverner et diriger les fidèles et les prêtres de son diocèse; enfin il est juge de la foi.

A quoi ressemble le clergé avec tous ces différents ordres? — A une armée bien disciplinée dans laquelle il y a différents grades, à partir de celui de caporal, le plus modeste, jusqu'à celui de général, le plus élevé. Chaque grade a son pouvoir et ses fonctions particulières, et tous sont subordonnés les uns aux autres.

A qui appartient-il de conférer le sacrement de

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l'Ordre'^ — // n o.ppartient qu'aux évêques de conférer le sacrement de l'Ordre, parce que c'est à eux seuls que Dieu en a donné le pouvoir.

Comment prouvez-vous que les évêques ont seuls le pouvoir de conférer le sacrement de l'Ordre ? — 1° L'Eglise l'a ainsi défini ; 2° l'Écriture montre que les évêques seuls ont ce pouvoir, puisque ce sont les apôtres seuls qui le confèrent d'abord, et ensuite les évêques établis par les apôtres ; 3" les saints Pères enseignent unanimement que c'est aux évêques seuls qu'il appartient d'administrer ce sacrement ; 4° enfin, . a pratique de l'Église constate ce même fait et le me* hors de doute.

Pourquoi les évêques ont-ils seuls le pouvoir d'ordonner ? — Parce que dans toute société bien constituée, tout ministre doit être établi par ceux qui ont plein pouvoir de gouverner cette société; or^ les évêques seuls ont été établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Église, comme l'enseigne saint Paul aux Actes des Apôtres, chapitre XX.

N'était-ce pas le peuple qui, dans les premiers siècles, choisissait les prêtres et les évêques, leur donnait le pouvoir de gouverner l'Eglise ? — Le peuple choisissait en effet les évêques et les prêtres^ mais il ne leur donnait aucun pouvoir.— D'où venait donc leur pouvoir? — Du sacrement de l'Ordre qu'ils recevaient de la main des évêques et de la mission qui leur était donnée.

L'Écriture accorde-t-elle au peuple le droit de choisir les évêques et les prêtres? — Non, les apôtres et notamment saint Paul, ne l'accordent qu'aux évêques, auxquels ils recommandent de faire toujours de bons choix, et afin que l'évêque puisse plus aisément choisir des hommes dignes, saint Paul énumère les qualités que doivent avoir les évoques,

les prêtres et les diacres ; puis il veut que les fidèles leur rendent un bon témoignage. C'est pour ce motif qu'eiujourd'hui encore on publie les bans de ceux qui doivent être ordonnés sous-diacres, afin que les fidèles sachent que c'est un devoir pour eux de réclamer contre la promotion ou l'ordination de ceux qu'ils croiraient indignes. Il serait à désirer qu'on fît de même pour toutes les fonctions civiles.

Comment appelle-t-op. ceux qui ont reçu le sacrement de ÏOrdrel — On les appelle les ministres de Jésus-Christ ou les prêtres.

Pourquoi les appelle-t-on les ministres de Jésus- Christ ? — Parce qu'ils le sont en effet, et que comme les ministres d'un roi sont revêtus de sa puissance et de son autorité et agissent en son nom, ainsi ceux qui ont reçu le sacrement de l'Ordre sont revêtus de la puissance et de l'autorité de Jésus-Christ et agissent en son nom.

Pourquoi les appelle-t-on prêtres^ c'est-à-dire vieillards? — On les nomme ainsi, d'abord à cause de la maturité de Tâge de ceux qui reçoivent les ordres, mais plus encore à cause de la gravité des mœurs, de la science et de la prudence qui leur sont nécessaires.

Tous ne peuvent donc pas recevoir ce sacrement? — Non, les femmes en sont incapables; et parmi les hommes, on ne doit admettre que ceux qui y sont appelés ou qui ont la vocation, qui soient vertueux et suffisamment instruits.

Saint Paul ne parle-t-il par de diaconesses P — Sans doute; mais ces diaconesses ne recevaient pas le sacrement de l'Ordre : c'étaient des filles et des veuves âgées et d'une vertu éprouvée, qui s'occupaient d'œuvres de piété et ^de charité, à peu près comme font la plupart des religieuses ou des sœurs aujourd'hui.

Pourquoi faut-il une vocation particulière pour recevoir le sacrement de TOrdre? — Parce que la sagesse le veut ainsi. De même quiin roi se réserve le choix de ses ministres et de ses principaux fonctionnaires, et que ce serait un véritable désordre s'il était permis à chacun de s'ingérer dans uu emploi sans y être appelé par le chef d^^, l'État, ainsi doit-il en être dans l'Église de Dieu, la plus parfaite des sociétés. C'est à Dieu seul de choisir ses lieutenants et ses ministres, et ce serait commettre un grand crime que de vouloir exercer les fonctions sacrées sans y être appelé de Dieu.

Que pensez-vous des parents qui veulent à toute force qu'un de leurs enfants devienne prêtre, quoiqu'il n'en ait pas la vocation? — Ce sont des aveugles qui se rendent grandement coupables devant Dieu et devant les hommes.

Que dites-vous de ceux qui s'opposent à la vocation d'un fils à Tétat ecclésiastique?— Ce sont des ignorants et des égoïstes ; ils méconnaissent l'honneur infini que Dieu leur fait, et ils veulent jouir de leurs enfants, comme d'un bien propre, tandis qu'ils appartiennent à Dieu.

Pourquoi faut-il que les prêtres soient vertueux et instruits? — Parce qu'une de leurs principales obligations est d'instruire les fidèles et de leur apprendre à pratiquer la vertu. Or, s'ils n'étaient pas instruits, ils laisseraient les tidèles dans l'ignorance de leurs devoirs ; et s"ils n'étaient pas vertueux, les leçons de vertus qu'ils doivent donner aux peuples seraient stériles.

Quelles sont les vertus que doivent pratiquer les prêtres? — Les vertus théologales et les vertus cardinales et en particulier les vertus d'obéissance, de chasteté et de pauvreté ou de détachement des biens de ce monde.

VINGl-NEUVIEME SOIRÉE. 337

Pourquoi exige-t-on tant de perfection chez les prêtres? —Parce que, étant les ministres de Jésus- Clnist, ils doivent le représenter dans toute leur personne, en sorte qu'ils soient les modèles de leurs paroissiens, comme Jesus-Ghrist est le modèle de tous les chrétiens.

Est-il étonnant qu'on exige des qualités particulières dans les prêtres? — Non; il y a des conditions d'admissibilité pour tous les emplois civils, comme ceux d'instituteur, d'avocat, de médecin, de juge, etc; ainsi doit-il y avoir des conditions plus sévères encore quand il s'agit des fonctions sacrées, puisque le prêtre est tout à la fois instituteur, avocat, docteur, médecin, juge, etc., dans un ordre de choses intiniment plus élevé que l'ordre naturel,

Quels sont les devoirs des fidèles envers les prêtres? — Les fidèles doivent honorer les prêtres comme associés au sacerdoce de Jésus-Christ et revêtus de son autorité pour notre sanctification.

Ne peut-on pas dire que les fidèles ont à remplir envers les prêtres les mêmes devoirs que les enfants envers leurs parents ? — Oui, lorsqu'il s'agit de ceux qui sont leurs pasteurs légitimes ; mais ils ne sont tenus à l'égard des autres qu'à les respecter, à cause de leur caractère sacré. Les pasteurs légitimes sont vraiment les pères spirituels des paroissiens.

Qu'appelez-vous pasteurs légitimes ? — Ceux qui, outre le sacrement de l'Ordre, reçoivent une mission légitime pour diriger et gouverner les fidèles : ainsi un évêque envoyé par le Pape, et un prêtre envoyé par son évêque, sont pasteurs légitimes.

Ne suffit-il pas que les évoques ou les prêtres soient

envoyés par le roi ou le prince, ou soient choisis par le

peuple ? — Non ; ni le peuple, ni le roi, ni personne

autre que les premiers pasteurs de l'Église, ne ^

vent donner aux prêtres une mission légitime. — Saint Paul ne rappelle-t-ii pas qu'il a été ordonné évéque par l'imposition des mains des vieillards réunis en assemblée ■? — Oui, mais par ces vieillards il faut entendre les évêques et les prêtres qui imposent les mains au moment de l'ordination, comme cela se pratique encore aujourd'hui.

Montrez-nous qu'outre l'ordination il faut encore recevoir une mission légitime des premiers pasteurs ? — Les officiers qui reçoivent du Chef de l'État des brevets de colonels ou de capitaines n'ont le droit et le pouvoir d'exercer leur grade que sur les régiments ou compagnies qui leur sont désignés ; ainsi en est-il des pouvoirs spirituels ; le caractère ineffaçable que l'évêque et le prêtre reçoivent dans le sacrement de TOrdre est bien le titre qui les rend capables de gouverner les fidèles d'un diocèse ou d'une paroisse ; mais ils ne peuvent exercer leur pouvoir, qu'après que l'Église leur a désigné tels fidèles, tel diocèse ou telle paroisse.

Que doit-on penser des protestants qui se persuadent que leurs ministres peuvent recevoir une mission légitime de l'autorité laïque ou même de la puissance souveraine ? — Qu'ils sont dans un étrange aveuglement et que leurs ministres, n'étant pas entrés par la porte, c'est-à-dire par la voie tracée par Jésus-Christ, sont de véritables instras, des loups qui égorgent et non de véritables pasteurs.

Pourquoi ceux qui reçoivent leur mission de l'autorité laïque sont-ils de véritables instrus ? — Parce que les laïques ne peuvent donner ce qu'ils n'ont pas ; l'Église est seule le canal divin par où découle toute l'autorité ; toute la juridiction des pasteurs sur les âmes. .lésus-Christ à dit à ses apôtres, et non aux princes et aux vieillards. <■< Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé. » Il n'appartient donc qu'aux apôtres et à leurs

légitimes successeurs de donner la mission aux prêtres et aux évoques.

L'an 386, saint Martin, évéquc de Tours, se trouvant à Trêves pour solliciter de l'empereur Maxime la <^rùœ de quelques malheureux, ce prince regarda comme le sujet d'une joie extraordinaire d'avoir obtenu de lui qu'il mangeât ii sa table. Il invita les personnes les plus considérables dé sa cour, entre autres son frère et son oncle, tous deux comtes et le préfet du prétoire. Le saint fut placé à côté de l'empereur, et le prêtre qui l'accompagnait entre les deux comtes. Au milieu du repas, un officier, selon l'usage, présenta la coupe à l'empereur. Maxime ordonna qu'elle fût présentée à saint Martin, s'attendant à la recevoir de sa main ; mais révêque ayant bu, la donna à son prêtre, comme à la personne la plus digne de l'assemblée. L'empereur et toute sa cour applaudirent à cette action. ^ Saint Jean Chrysostome adressait de vifs reproches à ceux qui, de son temps, méprisaient les prêtres : « Chrétiens ingrats, leur disait-il, est-ce là la reconnaissance des services que les ministres du Seigneur vous rendent ? N'est-ce pas par les mains du prêtre que vous avez été régénérés dans les eaux du Baptême ? N'est-ce pas par son ministère que vous avez reçu le pardon de vos péchés ? N'oifre-t-il pas pour vous le sacrifice qui vous donne le corps et le sang de Jésus- Christ ? Ne sont-ce pas les prêtres qui vous instruisent, qui rompent à vos enfants le pain de la parole divine, qui vous annoncent le royaume de Dieu, qui prient pour vous et qui vous ouvrent le ciel ? ->

M. Blanqui, dans une de ses leçons, s'exprime en ces termes en parlant des prêtres : « Toutes les fois qu'il s'agit de charité, de consolation à donner aux malheureux, de secours aux nécessiteux, toutes les fois qu'il

faut corriger les mœurs, adressez-vous à un prêtre ; lui seul fait bien ces choses-là. »

Néron, voyant que les lions, les léopards et les autres bêtes féroces épargnaient et respectaient, les saints martyrs qui leur étaient exposés les les faisait revêtir de peaux de loup, de renard, ou de quelque autre animal sauvage, et jeter à ses chiens, afin que trompés par l'apparence, ces animaux les missent en pièces. Ainsi font les impies : quand ils voient que les fidèles portent un grand respect aux prêtres, ils calomnient les prêtres, ils les représentent comme des hommes voluptueux, rusés, cruels, inexorables, en un mot ils les couvrent de peaux de bêtes, afin que les chrétiens les déchirent et les mettent en pièces avec la dent du ridicule et de la calomnie.

Au concile de Nicée, le grand Constantin ne voulut jamais s'asseoir que tous les évêques ne se fussent assis et que l'un d'eux ne lui eût commandé de le faire, et il se mit sur un petit siège au bas de tous les évêques.' On lui présenta plusieurs papiers qui contenaient des plaintes contre quelques ecclésiastiques ; il les brûla sans les lire et sïrrita contre celui qui les lui avait donnés, en disant : « C'est aux prêtres à juger les empereurs, et non aux empereurs à juger ou à condamner les prêtres ; si je voyais un prêtre commettre quelque péché, je voudrais le couvrir de mon manteau, de peur qu'on ne le vît. »

liobert, roi de France, se trouvant dans un concile d' évêques, et voyant Lambert, évêque de Langres, péniblement assis à cause de sa petite taille, alla chercher un marchepied et vint avec un grand respect le poser sous les pieds deTévêque.

Henri, roi de Germanie, après une glorieuse victoire remportée sur le tyran des Lombards, assistant à un synode qui se tenait à Francfort, se prosternait jusqu'à

terre avant de parler aux évéques, et ne se levait que lorsque l'archevêque qui présidait le lui avait commandé.

Le grand saint Antoine avait un si profond respect pour tous les prêtres, que quand il en rencontrait un, il se mettait à genoux, et ne se levait que quand il avait reçu sa bénédiction.

Saint François d'Assise disait que s'il rencontrait un ange et un prêtre voyageant ensemble, il baiserait la main du prêtre avant de baiser celle de l'ange.

Alexandre le Grand, entlé par le succès de ses armes, se rendit à Jérusalem pour la ruiner et s'emparer ensuite de la Palestine. Mais le grand-prêtre Judas étant venu au-devant de lui revêtu des ornements pontificaux et accompagné des lévites, aussitôt Alexandre dépose son orgueil, descend de cheval, se prosterne à terre devant lui, se relève, marche à sa suite, entre dans le temple, fait oifrir des sacrilices et accorde au grand-prêtre tout ce qu'il désirait. Parménion, son favori, tout étonné de cette conduite, lui en demanda la raison, et Alexandre, quoique païen, lui fil une réponse que les chrétiens ne devraient jamais oublier : « Ce n'est point Judas que j'ai vénéré, mais bien le grand Dieu, dont il est le prêtre. »

Vers l'an 1690, dans le diocèse de Besançon, deux libertins scandalisaient leur paroisse ; le curé en avertit les parents, qui reçurent mal son avis. L'un d'eux eut l'insolence de lui dire : « Monsieur le curé, dites votre bréviaire, et ne vous mêlez point de ce qui se passe chez moi ; il faut bien que la jeunesse se passe.)' - «Si je vous avertis des désordres de votre famille, lui dit le curé, c'est que mon devoir m'y oblige. Je suis chargé de Tâme de votre fils aussi bien que de la vôtre, et, par conséquent, je dois veiller sur sa conduite et vous avertir. Je vous en parle en pasteur^ et

VOUS ne parlez pas en chrétien ; prenez garde que Dieu ne vous punisse ainsi que vos enfants, dont vous autorisez les désordres. »

Loin de profiler des avis de son pasteur, il publia qu'il avait si bien dit son fait à son curé, qu'il ne s'aviserait plus de lui faire des réprimandes. Le lendemain qui était un dimanche, les deux libertins passèrent une partie de la journée au cabaret, du consentement de leurs parents, pour braver le curé. Mais le lendemain survint un orage ; et tous deux avec deux autres jeunes hommes très sages coururent sonner les cloches. Il se fit un si grand coup de tonnerre que ces quatre jeunes gens, saisis de frayeur, descendirent prompteraent pour se sauver. Le tonnerre les suivit, épargna le premier et le troisième qui étaient sages, écrasa le second et le quatrième qui étaient libertins. Il entra dans Téglise enleva la mère de l'un d'eux, sans faire aucun mal aux autres personnes. A la vue d'un accident si extraordinaire, on reconnut la justice de Dieu, et les pères de ces libertins vinrent, fondant en larmes, demander pardon à leur pasteur.

Une dame prolestante, sous prétexte d'éclaircir ses doutes, retenait très longtemps saint François de Sales. Ce qui la conduisait vers lui, c'était la douceur admirable qu'elle trouvait dans sa conversation. Il s'en aperçut, et n'espérant plus lui faire embrasser la religion catholique, il lui dit : « J'ai répondu à toutes vos difficultés, vous ne devez plus en avoir ; puisque je ne puis réussir à vous persuader, je me contenterai désormais de plaindre votre sort et de prier pour vous. » Elle lui dit alors : <( Je n'ai plus en eftet qu'une difficulté, c'est sur le célibat des prêtres ; je ne vois pas ce qu'on peut dire en sa faveur. — Madame, répliqua-t-il, ce célibat est très nécessaire ; si j'avais eu une femme et des enfants, est-ce que j'aurais pu vous donner tout

le temps que je vous ai donné?» Cette raison la frappa, la grâce toucha son cœur, et elle fit abjuration.

TRENTIEME SOIREE.

DU SACREMENT DE MARIAGE. — SA NATURE. — DE LA PUBLICATION DES BANS. — DES EMPECHEMENTS.

Qu'est-ce que le sacrement de Mariage ? — Le Mariage est un sacrement qui forme une union sainte et inséparable entre l'homme et la femme et leur donne la grâce de vivre chrétiennement dans Vétat du Mariage, d'avoir légitimement des enfants et de les élever dans la crainte de Dieu.

Gomment savez-vous que le Mariage est un sacrement ? — Parce que l'Église l'a défini ; le saint concile de Trente nous dit : « Jésus-Christ, l'Auteur des sacrements, nous a mérité, par sa passion, une grâce qui perfectionne Tamour naturel des époux l'un pour l'autre, affermit leur union indissoluble, et les sanctifie eux-mêmes : ce que l'apôtre saint Paul donne à entendre lorsqu'il dit : « Époux, aimez vos épouses comme .Jésus-Christ a aimé son Église et s'est livré pour elle, » ajoutant bientôt après : « Ceci est un grand sacrement en .Jésus-Christ et dans l'Église. »

Ce même concile dit anathème à quiconque oserait soutenir que le Mariage n'est pas véritablement et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique, institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais qu'il a été inventé dans l'Église par les hommes et qu'il ne confère point la grâce.

Ui TRENTIEME SOIRÉE.

Tous les Docteurs et les Pères de l'Église ont toujours enseigné que le Mariage est un véritable sacrement et la pratique de lÉglise n'a jamais varié sur ce point.

Le Mariage n'est-il pas aussi un contrat ? — Oui, c'est tout à la fois un contrat naturel, un contrat civil, et un contrat religieux, et c'est pour cette raison que les deux pouvoirs civils et religieux ont porté des lois pour régler ce contrat.

Pourquoi le Mariage est-il un sacrement ? — Parce qu'il est un signe sensible qui confère la grâce à ceux qui la reçoivent dignement. — Qu'y a-t-il de sensible dans ce sacrement ?— Les paroles ou autres signes expressifs du consentement mutuel que les parties se donnent avec les formalités requises, et la bénédiction du prêtre qui les unit. — Quelle grâce confère le sacrement de Mariage ? — 11 augmente la grâce dans ceux qui se marient et leur donne une grâce particulière pour remplir fidèlement tous les devoirs attachés à leur état.

Pourquoi dites-vous que le Mariage forme une union? — Parce que c'est dans l'union qui existe entre Ihomme et la femme que consiste proprement et essentiellement le Mariage ; le consentement libre et réciproque des deux parties n'est que la clause de cette union. C'est pourquoi le souverain Pontife peut dans certaines circonstances dont parle la théologie, dissoudre un Mariage.

Pourquoi cette union est-elle appelée sainte? — A cause que la grâce de Dieu, en vertu des mérites et de rinstitution de Jésus-Christ, a attachée au ministère de l'Église et à la bénédiction nuptiale. — Le Mariage n'est donc pas mauvais de sa nature ? — Non, il ne peut être qu'une bonne chose, puisque c'est Dieu qui l'a établi dans le paradis terrestre, et que Jésus-Christ

lift l'a pas seulement approuvé par sa présence, en assistant aux noces de Cana, mais l'a élevé à la dignité de sacrement.

L'état de virginité embrassé pour Dieu n'est-il pas préférable au Mariage ?— Oui, c'est là une vérité de foi catholique. —Peut-il donc y avoir quelque chose de meilleur qu'un sacrement ? — On ne compare pas ici l'état de virginité avec le sacrement, mais bien avec l'état de mariage ; or, l'état de virginité vaut mieux que l'état de mariage. — Que dit saint Paul à ce sujet ? — Il conseille à ceux qui ne sont pas mariés de vivre comme lui dans la continence, afin de mieux servir Dieu ; puis il ajoute que le père qui marie sa fille fait bien, mais que celui qui ne la marie pas fait encore mieux.

Pourquoi l'état de virginité embrassé pour Dieu vaut-il mieux que l'état de mariage ? — Parce que c'est un genre de vie plus parfait, puisque ceux qui Tembrassent se rapprochent davantage de la vie des anges et rendent de plus grands services à la société.

— Comment cela ? — De même que les anges se distinguent par leur pureté, leur spiritualité, leur empressement à faire la volonté de Dieu, et leur influence bienfaisante sur le monde qu'ils dirigent, ainsi les vierges sont des âmes plus pures, plus spirituelles, et plus détachées de ce qui est terrestre que les autres, plus ardentes pour exécuter les volontés de Dieu et faire son bon plaisir, plus -propres à prier et à s'occuper d'autres bonnes œuvres ; en sorte qu'on peut dire en toute vérité que ceux qui embrassent l'état de virginité pour l'amour de Dieu mènent la société comme les anges dirigent le monde.

Pourquoi dites-vous que l'union formée par le Mariage entre l'homme et la femme, est inséparable ?

— Parce que Jésus-Christ a. rendu le Mariage indisso-

lubie. — Est-ce qu'il ne l'était pas auparavant? — Dieu a établi le Mariage indissoluble dès le commencement de son institution ; mais il a permis la répudiation sous la loi mosaïque. — Pourquoi ne l'a-t-il plus permise sous la loi évangélique ? — Parce que la loi évangélique est plus parfaite que la loi de Moïse. Or, le divorce est une imperfection dans le Mariage, et si Dieu l'a permis autrefois, c'est à raison de certaines circonstances qui le rendaient alors légitime.

Pourquoi l'indissolubilité du Mariage vaut-elle mieux que le divorce ? — Parce que le divorce donne lieu à de très graves inconvénients qui n'existent pas avec l'indissolubilité du Mariage. — Quels sont ces inconvénients ? — L'esclavage de la femme, qui serait lorcée, par la crainte du divorce, de se soumettre aux volontés injustes, tyranniques ou capricieuses de son mari, et l'abandon ou la mauvaise éducation des enfants, qui seraient souvent séparés de leur père ou de leur mère.

L'indissolubilité ne rend-elle pas aussi quelquefois les époux malheureux ? — Non: si les époux sont malheureux, c'est qu'ils n'ont pas apporté les dispositions nécessaires au sacrement de Mariage, ou bien qu'ils n'ont pas observé fidèlement les lois ou prescriptions de l'Église touchant le Mariage.

N'est-ii jamais permis aux époux de se séparer ?

— Il leur est permis de se séparer pour différentes causes, savoir : l'adultère, la violence, les mauvais traitements, l'apostasie ou l'hérésie, quand il y a grand danger de séduction. Mais alors tous deux doivent vivre dans la continence.

Pourquoi le sacrement de Mariage forme-t-il une union sainte et inséparable entre l'homme et la femme?

— Parce qu'il ne peut y avoir de Mariage légitime entre plus de deux personnes.— Un mari peut-il avoir plusieurs

femmes, ou une femme pUisicurs maris ? — Non, Jésus-Giirist l'a défendu. — Pourquoi les patriarches ont-ils eu plusieurs femmes ? — Le Seigneur le leur avait permis pour rendre leurs familles plus nombreuses. Mais à l'époque où est venu Jésus-Christ, la terre était assez peuplée pour ne plus permettre à l'homme d'avoir plusieurs femmes. — Est-ce qu'une femme ne peut pas accorder à son mari la permission d'avoir une autre femme, ou un mari accorder à sa femme la permission d'avoir un autre mari ? — Non ; une telle licence est expressément défendue par la loi chrétienne.

Que représente l'unité de Mariage entre un seul homme et une seule femme? — L'union qui existe entre Jésus-Christ et l'Église; il n'y a qu'un seul Jésus-Christ et une seule Église. Et comme cette union est indissoluble, Jésus-Christ a voulu que le Mariage fût comme elle. ~ L'homme veuf ou la femme veuve peuvent-ils convoler à de secondes noces ? — Oui, et mêm.e successivement plusieurs fois.

Comment le sacrement de Mariage donne-t-il aux époux la grâce de vivre chrétiennement dans l'état de Mariage ? — En ce qu'il leur donne la grâce de se sanctifier, en remplissant fidèlement les obligations de leur état, et en supportant, avec une entière soumission à la volonté de Dieu, les peines qui en sont inséparables.

Que signifient ces mots i avoir légitimement des enfants? — Que les enfants issus de personnes qui sont mariées selon les lois de l'Église, sont légitimes, tandis qu'ils seraient illégitimes ou bâtards, si elles n'étaient pas mariées selon ces lois. — Qu'est-ce à dire: élever les enfants dans la crainte de Dieu? — C'est-à-dire les élever selon les préceptes de l'Évangile et les formera toutes les vertus chrétiennes.

Pourquoi trouve-t-on des Mariages qui ne sont pas heureux ? — Les malheurs des personnes mariées viennent souvent de ce qu'elles n'ont pas apporté au sacrement de Mariage les dispositions nécessaires.

Pourquoi doit-on se préparer au sacrement de Mariage ? — Parce que c'est une des actions les plus importantes de la vie, de, laquelle dépend presque toujours le bonheur ou le malheur des époux, soit pour cette vie, soit pour l'autre. — Que font les hommes sages quand il s'agit de l'achat d'une maison, d'une terre ou même d'un cheval ? — Ils prennent toutes sortes de précautions pour ne pas être trompés, et cependant, ils peuvent s'en défaire si cela ne leur convient pas.

Que doit-on faire pour ss préparer au sacrement de Mariage ? — On doit se préparer au sacrement de Mariage par la prière et les bonnes œuvres, consulter son confesseur ou un sage directeur, et ne rien conclure contre la volonté de ses père et mère.

Pourquoi faut-il s'y préparer par la prière et les bonnes œuvres ? — Poar deux motifs principaux: V pour mieux connaître si le mariage est bien l'état auquel on est appelé ; 2° pour obtenir de Dieu qu'il détermine lui-même le choix de la personne avec laquelle on doit s'unir et qu'il lui accorde toutes les vertus dont la pratique facilitera l'œuvre du salut.

Pourquoi faut-il consulter son confesseur ou un sage directeur ? — Parce qu'il a plus d'expérience que les jeunes gens, et qu'il n'a aucun intérêt à ce qu'ils prennent un parti plutôt qu'un autre ; il est donc plus capable que personne de les bien conseiller. — Sur quoi doit-on d'abord le consulter ? — Sur la question de savoir si l'on est appelé de Dieu à l'état du mariage ou à létat religieux ou à l'état célibataire. — Sur quoi

faut-il encore le consalter ? — S'il se prononce pour le mariage, il faut lui demander ce qu'on doit faire pour rendre le mariage saint et heureux. —Que doit-on faire pour rendre le mariage saint et heureux? — Il faut observer ce que l'Église prescrit touchant la célébration du mariage et ne rien faire contre sa défense.

Que prescrit et que défend l'Église touchant la célébration du mariage ? — Elle ordonne de publier les bans de mariage et défend de contracter mariage, lorsqu'il y a quelque empêchement.

Qu'appelez-vous bans de mariage ? — C'est la publication ou proclamation qui se fait à l'église, trois dimanches consécutifs, du mariage que telles personnes se proposent de contracter. — Pourquoi fait-on cette publication ? — Afin de rendre public le mariage et de découvrir s'il n'y a pas quelque empêchement qui le rende nul ou illicite ; c'est aussi pour laisser auxjeunes personnes le temps de la réflexion et les empêcher de former une union qui n'aurait d'autre cause que la passion ou le caprice. — Ne peut-on obtenir dispense de la publication des bans ? — On peut obtenir dispense d'un ou de deux bans, mais non des trois bans, à moins qu'il n'y ait de très graves raisons. — Ne fait-on pas payer ces dispenses?— Non, mais on paie quelque chose pour les frais de bureau, comme cela se pratique dans toutesles administrations. D'ailleurs on a toujours le choix, ou de solder le coût de la dispense ou de laisser courir les trois bans. Enfin, on accorde gratuitement aux pauvres ces sortes de dispenses, quand il y a de bonnes raisons de les demander.

Qu'entendez-vous par empêchement de mariage ? — Tout ce qui s'oppose à ce qu'un mariage se fasse légitimement. — Combien y a-t-il de sortes d'empê-

350 TRENTIEME SOIRÉE.

chements ?— Deux sortes: les empêchements dirimants ou qui rendent le mariage nul, et les empêchements prohibants qui le rendent seulement illicite ou coupable.

L'Église peut-elle mettre des empêchements au mariage?— Il n'y a aucun doute : Jésus-Christ a laissé à son Église une autorité pleine et entière pour diriger les fidèles et les sanctifier ; et comme la sanctification des fidèles dépend surtout des dispositions qu'ils apportent au mariage, il est nécessaire que l'Église ait plein pouvoir sur tout ce qui concerne ce sacrement. Il n'y a que les hérétiques qui dénient ce pouvoir à l'Église. — L'Église peut donc rendre nul le sacrement ? — Non ; mais elle peut poser des conditions pour rendre valide le contrat, et c'est le contrat qui devient la matière du sacrement de Mariage.

Le pouvoir civil peut-il aussi porter des empêchements dirimants ? — Non ; il a le droit d'établir des empêchements qui rendent le mariage nul quant aux effets civils, comme les droits des époux sur leurs biens respectifs et la succession des enfants. Si un homme épousait sa nièce avec dispense de l'Église et sans dispense du pouvoir civil, il contracterait un véritable mariage devant Dieu, et ses enfants seraient légitimes aux yeux de l'Église, mais ils ne le seraient pas aux yeux de l'État et ils n'hériteraient pas des biens de leur père et mère.

Que serait un mariage contracté avec un empêchement dirimant établi par l'Église ? — Il serait nul , les époux seraient concubinaires, et se rendraient aussi coupables devant Dieu que s'ils vivaient de la sorte sans être mariés. — Mais si le mariage avait été célébré à l'église ? — Il serait nul ; il n'y aurait pas de mariage.

Quels sont les empêchements dirimants ?— Ce sont:

le défaut d'âge, l'erreur, la condition, le vœu solennel, la parenté, le crime, la disparité de culte, l'honnêteté publique, la démence, l'affinité, l'impuissance, le rapt, la clandestinité.

Quel âge est requis pour le mariage ? — L'âge de puberté, c'est-à-dire de douze ans accomplis pour les filles et de quatorze ans accomplis pour les garçons.

Quand l'erreur est-elle un empêchement dirimant?

— Lorsqu'elle tombe sur la personne elle-même : ainsi Jacob croit épouser Rachel et on lui donne Lia, sa sœur. Le m.ariage est nul et il ne devient valide que par un consentement subséquent. Mais si l'erreur tombe sur les qualités de la personne: par exemple, Pierre épouse Marguerite, parce qu'il la croit riche et elle est pauvre ; le mariage est valide.

Quand l'empêchement provenant de la condition existe-t-il ? — Lorsqu'une personne libre épouse une esclave dont elle ignore la condition. — Quel vœu rend le mariage nul ? — C'est le vœu solennel de religion, qui se fait par un religieux ou une religieuse entrant dans un ordre approuvé par l'Église, et qui est considéré par elle comme solennel.

Pourquoi l'Église a-t-elle établi ces empêchements ?

— Elle a établi le premier, provenant du défaut d'âge, comme empêchement de droit naturel. Le second, pour le même motif ; il n'y a pas de contrat, quand il n'y a pas de consentement. Le troisième parce qu'un esclave n'étant pas maître de lui, ne peut disposer de sa personne. Or, dans le mariage chacun des époux se donne l'un à l'autre. Enfin, le quatrième, parce que, par le vœu solennel, il se forme comme un mariage spirituel entre Dieu et la personne qui a fait ce vœu.

D'oii provient l'empêchement de parenté?— Il vient de la parenté naturelle, de la parenté spirituelle ou de

3o2 TRENTIÈME SOIRÉE.

la parenté légale. Dans la parenté naturelle, il y a un empêchement dirimant, en ligne directe, dans tous les degrés, et l'Église n'en dispense pas : ainsi le père ne peut épouser ni sa fille, ni sa petite-fille, ni son arrière-petite-fille. En ligne collatérale, il y a empêchement dirimant jusqu'au quatrième degré : les frères et les sœurs sont au premier ; les cousins germains au second, les cousins issus de germains au troisième, et les enfants de ceux-ci au quatrième. L'Église ne dispense jamais au premier degré, mais elle dispense aux trois autres.

Pourquoi l'Église a-t-elle porté cet empêchement ? — Afin d'obliger les fidèles à s'allier avec des personnes qui ne leur sont pas parentes et à établir ainsi des liens de parenté ou de charité mutuelle entre tous les chrétiens. C'est aussi dans l'intérêt des familles, afin que tous les membres soient plus réservés, plus modestes les uns à regard des autres ; puis, l'expérience prouve que des mariages contractés entre proches parents naissent des enfants dégénérés au physique et au moral. Depuis deux siècles, en Angleterre, les membres des familles catholiques ont préféré contracter mariage avec des personnes parentes, plutôt que de s'allier à des familles protestantes, et la plupart des enfants issus de ces unions sont nés imbéciles et idiots. Ainsi en est-il des plantes, des arbres et même des animaux. C'est une loi universelle.

N'est-ce pas aussi pour avoir de l'argent que l'Église a établi cet empêchement ? — Parler de la sorte, c'est calomnier l'Église. Il est vrai qu'elle exige des pauvres qui demandent dispense de cet empêchement les frais, et encore ce n'est que quand ils peuvent les payer; mais outre ces frais, elle impose aux riches une aumône proportionnée à leur fortune, afin de les détourner du désir d'épouser leurs parentes. — A quoi cette aumône est-elle employée ? — A soutenir

l'œuvre de la propagation de la foi, ou d'autres non moins utiles.

Qu'est-ce que la parenté spirituelle ? — C'est celle qui se contracte par le Baptême: ainsi un parrain ne peut épouser sa filleule ni la mère de sa filleule, et une marraine ne peut épouser son filleul ni le père de son filleul ; et encore la personne qui, en cas de nécessité, a baptisé un enfant ne peut épouser cet enfant ni le père ou la mère de cet enfant.

Qu'est-ce que la parenté légale ? — C'est celle qui provient de l'adoption. L'adoptant ne peut épouser l'adopté ou l'adoptée, ni les enfants de l'un ou de l'autre ; les enfants adoptifs ne peuvent contracter mariage ensemble, ni avec l'enfant de l'adoptant, ni l'adopté avec le conjoint de l'adoptant, ni l'adoptant avec le conjoint de l'adopté.

Pourquoi l'Église a-t-elle établi ces deux empêchements ?— Pour les mêmes motifs que ceux qui l'ont déterminée à établir l'empêchement de la parenté spirituelle, parce que la parenté spirituelle et la parenté légale sont des parentés qui proviennent de l'union des âmes. C'est pourquoi les enfants participent presque toujours du caractère de leur père et mère.

Qu'est-ce que l'empêchement du crime ? — C'est celui qui provient de l'adultère avec promesse de mariage, ou du meurtre de l'un des deux époux concerté avec une personne dans l'intention de se marier, ou enfin de l'adultère et du meurtre réunis. — Pourquoi cet empêchement ? — Pour détourner les personnes mariées de la tentation de commettre les crimes que nous venons de mentionner.

Quand existe-t-il un empêchement par la disparité de culte ? — Lorsqu'une personne baptisée en épouse une qui n'est pas baptisée. Ainsi un catholique ne peut sans dispense épouser une femme infidèle ou

une Juive. — Pourquoi cet empêchement ? — A cause du danger que courent pour leur foi l'époux chrétien et ses enfants, et aussi de l'impossibilité de maintenir la paix entre deux époux dont les croyances opposées empêchent que l'union des âmes existent entre eux.

Quand la violence devient-elle un empêchement ? — Lorsqu'elle imprime aux deux parties ou à l'une d'elle une crainte grave, injuste, et dans le but d'obtenir leur consentement. Un engagement aussi important, aussi sacré que celui du mariage, ne doit être contracté qu'avec une pleine et entière liberté.

Qu'est-ce que l'empêchement qui provient du lien? — C'est celui qui existe lorsqu'un des époux est marié. Le premier mariage rend nul le second, puisqu'il est défendu par la loi de Dieu à un homme d'avoir deux femmes, et à une femme d'avoir deux maris à la fois.

Qu'est-ce que l'empêchement d'honnêteté publique? — C'est celui qui provient des fiançailles ou de la promesse de mariage que se font deux personnes. Pierre a fait cette promesse à Virginie ; il ne peut contracter validement mariage avec une personne qui serait parente à Virginie au premier degré. Il vient aussi d'un mariage célébré et non consommé. Par exemple, deux personnes viennent de se marier, et en sortant de l'église, Tune d'elle meurt subitement ; l'autre ne peut épouser une proche parente de l'époux décédé.

Qu'entendez-vous par l'empêchement qui provient de la démence ? — C'est celui qui existe lorsque l'un des deux époux n'a pas l'usage de la raison; car le mariage suppose un consentement libre, et par conséquent ceux qui sont en démence ne peuvent le contracter.

Qu'est-ce que l'affinité? — C'est une espèce de parenté qui s'établit entre le mari et les parents de sa femme et entre la femme et les parents de son mari. —

Quand l'affinité est-elle un empêchement dirimant? — En ligne directe, elle est toujours un empêchement dirimant, et en ligne collatérale, elle ne forme empêchement que jusqu'au quatrième degré inclusivement, si l'affinité provient d'un mariage légitime, et jusqu'au second degré, si elle provient d'un commerce criminel.

Qu'est-ce queTempêchement d'impuissance? — C'est celui qui résulte d'un défaut de la nature, qui empêche une des principales fins du mariage, c'est-à-dire d'avoir des enfants pour servir Dieu. Ainsi un sourdmuet ne peut pas être professeur de musique, ni un aveugle enseigner la peinture.

Qu'est-ce que le rapt?— C'est l'enlèvement d'une personne pour lui faire contracter mariage. — Pourquoi est-il un em^pêchement au mariage ? — Parce que le le mariage exige de la part des deux époux une liberté pleine et entière.-

En quoi consiste la clandestinité? — Elle consiste à contracter mariage sans la présence du curé et de deux témoins.

Qu'est-ce que l'empêchement qui provientde l'Ordre? — C'est celui que l'Église a établi pour tous ceux qui reçoivent les ordres sacrés, le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise.

Pourquoi l'Église empêche-t-elle les prêtres de se marier? — Pour plusieurs raisons : 1° parce qu'ils offrent chaque jour le saint sacrifice de la messe ; et c'est une loi qui a existé chez tous les peuples que celui qui offre un sacrifice à la divinité doit être pur et chaste, ou garder la continence pendant tout le temps qu'il est sacrificateur ;

2° Parce qu'ils doivent entendre la confession des pécheurs ; or, sïls ne gardaient pas une continence perpétuelle, les pénitents n'auraient aucune confiance

en eux, comme on le voit dans l'Église grecque, oii les prêtres se marient;

3° Parce qu'ils doivent consacrer tout leur temps à l'exercice de leurs fonctions, à prier, à célébrer le saint sacrifice, à administrer les sacrements, à instruire, à consoler, etc.; et s'ils étaient mariés, ils ne pourraient le faire convenablement ;

4° Ils doivent soulager les pauvres et tous les malheureux, elles traitercomme un père traite ses enfants; or, s'ils étaient mariés, il leur serait impossible de faire l'aumône et de venir au secours de ceux qui souffrent.

o« Souvent les ministres de Dieu sont persécutés, et il leur faut, à peu près comme aux soldats, un grand courage et une grande indépendance ; ou bien il faut porter les sacrements aux pestiférés et s'exposer à la morl.

Quels sont les empêchements prohibants ou qui rendent le mariage illicite? — Ce sont : 1" la défense de l'Église, ce qui comprend le défaut de publication de bans, à moins que l'évêque n'en ait dispensé; 12" le temps prohibé, c'est-à-dire le temps de l'Avent jusqu'au 6 janvier, et le temps du Carême jusqu'au dimanche de Quasimodo;3o la promesse de mariage ou les fiançailles; 3° le vœu simple de chasteté, ou le vœu de ne pas se marier, ou d'entrer dans un ordre religieux ; 5° la disparité de culte entre deux personnes baptisées.

Que remarquez-vous dans toutes ces lois de l'Église touchant le Mariage? — J'y remarque une sagesse vraiment divine ; et tout homme raisonnable et réfléchi, qui les aura sérieusement examinées, conclura qu'il a fallu que TÉglise fût vraiment inspirée par l'Esprit- Saint pour porter des lois aussi sages, aussi utiles, aussi propres à faire le bonheur de la famille, des époux et des enfants.

Mais que faire quand un mariage a été contracté avec un empêchement? — Si l'empêchement est dirimant, le mariage est nul, et pour le réhabiliter, il faut lever l'empêchement ou en demander dispense. S'il ne s'agit que d'un empêchement prohibant, le mariage est valide ; mais en le contractant, les époux se sont rendus coupables, et ils doivent demander à Dieu pardon de leur péché.

Pourquoi, lorsqu'il s'agit de mariage, un enfant ne doit-il rien conclure contre la volonté de ses père et mère? — Parce que les parents sont chargés, de la part de Dieu, de diriger leurs enfants et que, par leur expérience, leur maturité et leur discernement, ils sont plus capables de connaître ce qui convient à leurs enfants que les enfants eux-mêmes. L'Esprit-Saint enseigne d'ailleurs que c'est aux parents à marier leurs enfants.

Ceux qui se marient contre la volonté de leurs parents se rendent donc coupables? — Oui, ils pèchent mortellement et attirent sur eux les malédictions de Dieu, à moins que la volonté de leurs parents ne soit injuste et contraire à la loi de Dieu. — Les enfants peuvent-ils former des liaisons et avoir des entrevues pour le mariage sans consulter leurs parents f — Non, ils ne doivent rien faire sans leur agrément et sans leur conseil ; et c'est ainsi que se conduisent tous les jeunes gens craignant Dieu.

Que doivent faire les enfants, si, pour les marier, leurs parents ne consultent que des intérêts purement temporels? — Ils doivent leur représenter que le mariage n'est point une société de commerce dans le but défaire fortune, mais bien une union sainte; que les époux doivent avant tout se convenir sous le rapport des principes religieux et du caractère, et que la fortune n'est qu'un point accessoire. — Est-ce ainsi que

pensent la plupart des parents?— Non, malheureusement ; ils ne se proposent trop souvent que de donner à leurs filles et à leurs fils des époux ou des épouses fort riches, sans s'inquiéter s'ils sont vertueux. Selon eux, le plus beau mariage est celui qui procure aux époux la fortune la plus considérable. — Ne faut-il jamais faire attention à la fortune? Il convient que les époux soient à peu près de la même condition sous le rapport de la fortune et de l'éducation ; mais ce qu'ils doivent chercher avant tout dans la personne qu'ils veulent épouser, c'est la piété et la vertu.

DISPOSITIONS POUR RECEVOIR LE SACREMENT DE MARIAGE. — DEVOIRS DES PERSONNES MARIEES.

Dans quelles dispositions faut-il être pour recevoir le sacrement de Mariage ? — Il faut être instruit des vérités de la foi, et en particulier des obligations de Vétat qu'on embrasse \ être en état de grâce, et se présenter au sacrement avec respect et modestie.

Pourquoi les époux doivent-ils être instruits des vérités de la foi ? — Parce que c'est une condition essentielle pour recevoir avec fruit les sacrements, et que si Dieu bénit le mariage et envoie des enfants, les père et mère doivent être en état de les instruire euxmêmes des vérités du salut. — Pourquoi faut-il être instruit des obligations de l'état du mariage? — Afin de pouvoir les remplir avec fidélité et exactitude.

C'est se rendre très coupable devant Dieu et envers la société que d'accepter une place ou un emploi quelconque sans en connaître tous les devoirs. Or, le mariage est une dignité, ou une charge à laquelle sont attachés de grands devoirs, et la société civile ne saurait être tranquille et heureuse que quand les époux remplissent toutes leurs obligations dans l'état de mariage.

Pourquoi faut-il être en état de grâce? — Parce que •le sacrement de Mariage est un sacrement des vivants; on ne doit le donner qu'à ceux qui possèdent la grâce sanctifiante. — Que doivent faire les époux pour être en état de grâce? — Faire une bonne confession de tous leurs péchés et en recevoir l'absolution. — Quand doivent-ils se confesser ? — Pour ceux qui vivent habituellement en état de grâce, il suffit qu'ils se présentent au tribunal sacré et à la table sainte la veille ou Favant-veille de leur mariage ; mais ceux qui ont contracté quelques mauvaises habitudes doivent se confesser quelques semaines avant leur mariage, afin de recevoir de sages avis de leur confesseur, de se corriger de leurs mauvaises habitudes et d'être en état de recevoir l'absolution et l'Eucharistie.

Ne serait-il pas convenable que les fiancés se rendissent chez leur pasteur aussitôt que la promesse de mariage est donnée? — Oui; c'est un usage qui existe dans plusieurs paroisses et que l'on ne saurait trop recommander. Les époux reçoivent de la bouche de leur pasteur les avis les plus sages et les plus propres à les bien disposer au sacrement de Mariage. Si le jeune homme a négligé depuis longtemps la pratique de ses devoirs religieux, le pasteur le lui rappelle avec bonté et douceur, et ouvre ainsi son cœur à la confiance, de sorte qu'i lui persuade aisément qu'il doit venir le trouver au plus tôt pour faire sa confession.

3o0 TRENTE ET UNIÈME SOIRÉE.

Pourquoi les époux doivent-ils se présenter avec respect et modestie ? — Parce qu'il s'agit de recevoir un sacrement, tout ce qu'il y a de plus saint dans la religion. Ils doivent donc se tenir à l'église dans le recueillement et s'occuper de la grande action qu'ils vont faire en présence du Seigneur. — Doivent-ils inviter à cette cérémonie des personnes qu'ils sauraient devoir s'y conduire indécemment ? — Non, ils ne doivent y inviter que quelques membres de la famille dont ils connaissent les sentiments religieux, et jamais de jeunes personnes, s"il est possible. Ils doivent surtout y inviter Notre-Seigneur et le conjurer de s'y trouver comme aufrefois aux noces de Cana, afin de bénir et de sanctiiier leur mariage.

Comment doivent-ils passer le jour de leur mariage? — Le plus saintement quil leur sera possible ; ils ne doivent point soutfrir qu'on se livre à des divertissements dangereux ou criminels, ou qu'on chante des chansons déshonnètes, ou qu'on tienne des propos licencieux. Ils ne peuvent rien faire de mieux que dimiter l'admirable conduite du jeune Tobie et de Sara son épouse, en consacrant à la prière et aux exercices de piété les premiers jours et les premières nuits de leur mariage. — Que dirait-on d'une personne qui se permettrait d'aller au bal le jour qu'elle a communié ? — On la blâmerait hautement, même les gens du monde. — D'où vient qu'on ne blâme pas les époux qui dansent le jour de leur mariage? — C'est qu'on oublie que le Mariage est un sacrement pour lequel on doit avoir autant de respect que pour la sainte Eucharistie, puisque, dans le sacrement de Mariage, Jésus-Christ fait l'application aux époux du mérite et de la vertu salutaire de son sang précieux.

Est-ce un grand mal que de recevoir le sacrement de Mariage en état de péché mortel f — Oui ; c'est

un sacrilège bien capable d'attirer les châtiments de Dieu sur les personnes mariées.

Pourquoi cela ? — Parce que ceux qui agissent ainsi se moquent de Dieu, au moment même où ils devraient le supplier avec larmes de bénir leur mariage. Puis, se privant d'une manière aussi coupable des grâces qui leur sont nécessaires pour bien remplir les devoirs de leur état, ils se trouvent incapables de porter le poids si lourd de leurs obligations, de supporter patiemment leurs défauts, de résister à leurs mauvais penchants, et bientôt leur union présente l'image de l'enfer. — Que faire pour éviter un tel malheur ? — Les époux doivent purifier leur conscience, recevoir la sainte Eucharistie, se recommander aux prières de leurs parents et de leurs amis. Dans les pieuses familles, les pères et les mères des époux, leurs frères et leurs sœurs les accompagnent à la Table sainte et font une fervente communion à leur intention.

Que dites-vous de ceux qui, après avoir rempli les formalités civiles, négligent de se marier devant leur propre curé, comme il est prescrit par l'Église, sous peine de nullité .? — Je dis que leur mariage est nul devant Dieu et qu'ils vivent dans un état criminel.

Une personne qui se trouve dans cet état peut-elle recevoir les sacrements ? — Non, puisqu'elle est dans l'habitude du péché ; mais elle doit se séparer au plus tôt de son conjoint et faire toutes les démarches nécessaires pour se marier religieusement. — Pensez-vous qu'el le soit heureuse dans le mariage ? — C'est impossible ; pour peu qu'elle ait conservé la crainte de Dieu, elle éprouve continuellement des remords qui la déchirent. Les caresses de ses enfants, si elle en a, loin de la réjouir, lui percent le cœur ; elle ne peut les regarder sans penser qu'ils sont le fruit du crime.

T. IV. — 11 SOIRÉES CnUlÎT.

A quoi s'obligent Vune envers Vautre les personnes qui se marient f — Elles s'obligent à s'aimer chrétiennement comme Jésus-Christ a aimé son Église ; à se secourir mutuellement pour faire leur salut; à s'assister, tant en maladie qu'en santé, et à se garder la fidélité pendant toute leur vie.

Rappelez les paroles de saint Paul ? — « Femmes, dit-il, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de son Église ; aussi est-il le Sauveur de son corps. Mais comme l'Église est soumise à Jésus-Christ, les femmes doivent aussi l'être de même en toutes choses à leurs maris. Et vous maris, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a aimé l'Église et s'est livré à la mort pour elle, afin de la sanctitier. C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps ; celui qui aime sa femme s'aime soi-même, car nul n'a jamais haï sa propre chair. C'est pourquoi l'homme abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme ; et étant deux, ils ne seront qu'une seule chair. »

Quelles sont les qualités de l'amour de Jésus-Christ pour son Église ? — C'est un amour de prévenance, de support, de générosité et de sacrifice. Jésus-Christ n'a pas attendu que l'Église allât le supplier de lui venir en aide, mais il est descendu des cieux, s'est dépouillé de sa majesté divine, et lui a tendu une main secourable.

L'Église était remplie de défauts, et Jésus-Christ les a supportés ; l'Église était pauvre et misérable et Jésus-Christ l'a enrichie. Ta ennoblie, lui a fait participer à ses perfections infinies et l'a rendue héritière de tous ses biens. L'Église ne pouvait être relevée, enrichie et ennoblie sans de grands sacrifices de la part de son époux, et Jésus-Christ a consenti à sacri-

TRENTE ET UNIEME SOIREE. Sb'6

fier son repos, son honneur et sa vie pour sauver l'Église.

Quel est le second devoir des personnes mariées ? ~ C'est de se secourir mutuellement et de s'assister, tant en maladie qu'en santé. — Comment Jésus-Christ secourt-il son Église ? — En lui donnant tous les moyens de parvenir à sa fin, qui est le ciel ; et ces moyens sont ordinaires et extraordinaires. Les moyens ordinaires sont les sacrements, et les moyens extraordinaires sont les secours particuliers que Jésus-Christ lui accorde dans les circonstances fâcheuses, par exemple l'envoi de quelques saints personnages, dans les temps de persécution, pour relever le courage de l'Église et lui indiquer la route qu'elle doit suivre. C'est ainsi que le mari doit assister sa femme, et la femme son mari ; l'un doit donner à l'autre tous les moyens de se sanctifier, et dans les circonstances extraordinaires, en temps de maladie, par exemple, il lui doit des secours et des soins particuliers.

Quel est le troisième devoir des personnes mariées ?

— C'est de se garder une fidélité inviolable. Celui qui se rend coupable d'infidélité commet un crime énorme qu'on nomme adultère^ c'est-à-dire violement de la foi conjugale. L'Église a toujours mis l'infidélité conjugale au rang des plus grands péchés, de Thomicide, et de l'idolâtrie, et l'a soumise aux plus rigoureuses pénitences, parce que ce péché renferme trois infractions à la loi ; l'époux infidèle viole le 6% le 7^ et le 9^ commandement de Dieu.

Quel est le quatrième devoir des personnes mariées ?

— C'est de ne pas craindre d'avoir une nombreuse famille et de ne rien faire pour empêcher qu'elle se multiplie. — Pourquoi les époux craignent-ils d'avoir une nombreuse famille ? — Pour deux motifs : 1° à cause des peines sans nombre qu'ils éprouvent

pour élever les enfants ; S^ parce qu'ils ont peur d'avoir des enfants pauvres, attendu qu'ils sont d'autant moins riches qu'ils sont plus nombreux. — Les chrétiens d'autrefois avaient-ils cette crainte ? — Il s'en faut bien ; ils regardaient au contraire une nombreuse famille comme une bénédiction du ciel, et c'est ainsi que l'Esprit-Saint veut qu'on la considère.

Comment une nombreuse famille est-elle une bénédiction du ciel ? — De la même manière qu'une moisson abondante est une faveur du ciel, encore que le laboureur ait plus de peine pour moissonner que quand il n'y a que quelques rares gerbes dans son champ. — Le jardinier est-il heureux quand il ne voit que deux ou trois fruits appendus à ses arbres ? — Non, mais il aime au contraire que toutes les branches en soient chargées, au risque de les appuyer pour empêcher qu'elles ne se brisent. — Que signifie ce langage ? — Qu'un père et une mère de famille doivent s'estimer heureux, lorsque Dieu multiplie les fruits de leur mariage, c'est-à-dire leurs enfants.

Quelle est la lin du mariage ? — C'est de peupler le ciel de Saints destinés à voir Dieu, à jouir de Dieu, à bénir et à louer Dieu pendant toute l'éternité. — Est-ce une grande gloire que d'envoyer beaucoup de Saints au ciel ? — Evidemment, et l'on ne conçoit rien de plus grand au monde. — Quels seront donc les époux les plus glorieux ? — Ce seront, toutes choses égales d'ailleurs, ceux qui auront envoyé le plus de Saints au ciel.

Que diriez-vous d'un jardinier qui empêcherait les arbres de se multiplier dans le jardin de son maître et priverait celui-ci d'une partie des fruits qu'il avait droit d'espérer ; ou d'un berger qui empêcherait les brebis d'avoir des agneaux? — Qu'il serait un voleur digne d'un sévère châtiment.

TRENTE ET. UNIÈME SOIRÉE. 36d

Gomment Dieu punit-il ceux qui regardent comme un grand bonheur de n'avoir qu'un seul enfant ? — Assez souvent, il permet que cet enfant soit un enfant gâté, qui commande en maître dans la famille, et qui, devenu grand, méprise ses parents et s'abandonne aux penchants les plus honteux, parce que ses parents n'ont jamais fait que sa volonté dans sa jeunesse et n'ont pas eu le courage de le corriger de ses défauts ; ou bien Dieu le frappe d'une maladie mortelle et en prive ses parents, de sorte que les grands biens qu'ils avaient amassés pour lui passent à des collatéraux ou à des étrangers qui se moquent d'eux.

Comment Dieu traite-t-il les nombreuses familles ? — Il les bénit toujours, si toutefois elles s'efforcent d'accomplir sa volonté en toutes choses. Les parents ne craignent pas de reprendre et de corriger leurs enfants, lorsqu'ils négligent leurs devoirs ; forcés de faire des économies, ils se gardent bien de satisfaire les caprices de quelques-uns ; mais ils les élèvent avec simplicité, leur inspirent l'amour du travail, les soumettent au joug de l'obéissance, de sorte que, si les enfants sont moins avantagés du côté de la fortune, ils sont beaucoup plus riches en fait d'éducation et de moralité. Or, c'est là un trésor qui vaut mieux que toutes les richesses de la terre.

Citez quelques exemples de familles nombreuses qui ont été bénies de Dieu ? — Sans parler des enfants de Jacob, David était le huitième enfant, et si son père Isaï n'avait eu que sept enfants, il n'aurait pas eu un grand roi dans sa famille. Si le pauvre teinturier, père de sainte Catherine de Sienne, n'avait eu que vingt-quatre enfants, il n'aurait pas eu la gloire de donner le jour à une des saintes les plus illustres de l'Église; sainte Catherine était la vingt-cinquième. Si le père de l'immortel Bossuet n'avait eu que six enfants, FÉglise de

afin TRENTE ET UNIÈME SOIREE.

France ne se glorifierait pas de compter parmi ses plus illustres évêques l'Aigle de Meaux; Bossuet fut le septième. — Saint Bernard comptait dans sa propre famille cinq frères et une sœur.

La France, dit-on, est la dernière des nations, sous le rapport de l'augmentation de la population. Les cultivateurs ne trouvent plus de domestiques. Autrefois, ils en élevaient eux-mêmes; chaque laboureur avait cinq ou six enfants; et les bras ne manquaient pas pour cultiver la terre. Nous avons connu un fermier qui avait neuf enfants, et jamais il ne travaillait et ne faisait travailler le dimanche ; et il leur laissa en mourant des propriétés pour une valeur de six cent mille francs.

Quel est le cinquième devoir des personnes mariées? — C'est d'élever leurs enfants comme il a été dit en expliquant le quatrième commandement de Dieu. Une mère chrétienne se gardera bien de mettre ses enfants en nourrice, si elle peut les nourrir elle-même, et quand elle ne pourra pas les nourrir, elle aura soin de leur chercher une nourrice vertueuse, persuadée que les enfants sucent la vertu ou le vice avec le lait.

Saint Augustin ayant été consulté par Édicia sur la manière dont elle devait se comporter envers son époux, voici quelle fut sa réponse : « Vous êtes obligée de vous conformer par condescendance à l'humeur de votre mari, quelque difficile qu'elle soit, non seulement dans les devoirs essentiels, mais même dans les choses indifférentes ; vous ne devez point porter d'habits qui lui déplaisent, mais vous souvenir que Thumilité n'est point incompatible avec de riches habillements, auxquels le cœur n'est point attaché, et qui, d'ailleurs, n'ont rien de contraire à la modestie recommandée par l'apôtre. Suivez sa volonté dans les choses raisonnables, par rapport à l'éducation de vos enfants,

dont VOUS devez même lui laisser le soin, s'il le désire. Efforcez-vous de gagner sa confiance par la douceur et employez tous les moyens qui dépendent de vous, et surtout la prière, pour le retirer de ses désordres. Priez pour lui du fond du cœur. Les larmes qu'on verse dans la prière sont pour ainsi dire le sang d'un cœur percé de douleur. »

Sainte Monique, mère de saint Augustin, peut servir d'exemple aux personnes mariées. Patrice, qu'elle épousa, était pa'ien et se livrait h l'impétuosité de ses passions. Le grand soin de cette femme fut de le gagner à Dieu. Elle y travailla par sa soumission, sa douceur, sa patience. Elle était très attentive à ne point lui faire de reproches. Elle ne se plaignait jamais de lui, elle cachait ses défauts à tous ceux qui le fréquentaient. Monique, par cette conduite, vraiment chrétienne, gagna le cœur de son époux, qui l'estima, l'admira et la respecta. Elle adressait souvent pour lui au Seigneur d'ardentes prières, et elles furent enfin exaucées. Patrice se laissa instruire et se convertit. Il reçut le Baptême, et dès lors il fut pur, chaste, doux et digne d'avoir Monique pour épouse.

Vers l'an 312, l'empereur Constantin conçut une passion criminelle pour Théodole, dame d'honneur de l'impératrice Marie, qu'il n'avait jamais aimée; aussitôt il résolut de rompre les liens du mariage pour épouser Théodote. Il eût bien voulu que Taraise, patriarche de Constantinople, approuvât son divorce, et il lui envoya un de ses officiers, qui tâcha, mais inutilement, de prouver que Marie avait employé le poison pour se défaire de l'empereur. Taraise ne répondit que ce peu de mots en soupirant : « Je ne sais comment l'empereur pourra supporter l'infamie dont ce divorce scandaleux va le couvrir à la face de l'univers ; je ne sais non plus ccmment il pourra punir les

adultères et les autres débauches après avoir donné un tel exemple. Allez lui dire de ma part que je souffrirai plutôt la mort et tous les supplices imaginables que de consentir à son dessein. »

Cependant l'empereur l'envoya chercher, et lui montra un vase qu'il prétendait rempli du poison que l'impératrice, disait-il, avait préparé pour lui ôter la vie. Taraise lui répondit : « Vos plaintes viennent de votre passion pour Théodote ; mais quand elles seraient fondées^ je ne consentirais pas pour cela à la célébration d'un mariage qui sera toujours illégitime et contraire à la loi de Dieu tant que l'impératrice Marie vivra. » Les plus terribles menaces furent sans effet, et le saint demeura inébranlable dans sa résolution.

Henri VIII, roi d'Angleterre, après avoir publié un ouvrage pour défendre la cause catholique, et mérité de la part du Souverain Pontife, le titre glorieux de défenseur de la foi, conçut une passion criminelle pour Anne de Boulen, et afin de pouvoir l'épouser, il demanda au Pape de déclarer nul son premier mariage. Le Pape s'y refusa. Henri s'irrita et menaça le Pape de détacher du Saint-Siège toute la nation Anglaise; le Pape tint ferme, et Henri VIII introduisit le protestan, tisme dans ses États et persécuta cruellement les catholiques.

Le mariage, dit saint Jean Chrysostome, ne doit pas être contracté légèrement et par intérêt. Ce n'est pas un marché ; c'est l'union de toute la vie. Rien de plus commun que d'entendre dire : « Tel a fait un mariage qui l'a enrichi tout à coup. Il n'avait pris femme que pour avoir de l'argent. » Quel langage ! une femme pour de Targent !... Malheur à celui qui n'épouse que pour de l'argent ! Combien d'hommes riches , mariés à des femmes opulentes, ont perdu leur repos en augmentant leur fortune ! Combien de pauvres mariés à

des filles pauvres, coulent des jours tranquilles et heureux ! Ce n'est donc pas la richesse qu'il faut considérer dans le mariage ; c'est la vertu, c'est l'honnêteté, c'est l'économie. Avec ces qualités, une femme, môme pauvre, rendra son mari heureux. La pauvreté la gAtera moins que la richesse. Si elle n'a point, ces qualités vous eût elle apporté la plus riche dot, plus de paix, plus de bonheur ; c'est une tempête qui ravage et dissipe tout en un moment.

En 1836, M»« S. B. était sur le point de faire un mariage très riche et très brillant, lorsqu'elle apprit que celui qu'elle devait épouser, non seulement n'approchait pas des sacrements, mais se permettait encore des plaisanteries et des sarcasmes contre la religion. Aussitôt elle déclara à sa famille que le mariage n'aurait pas lieu; elle se hâta de renvoyer tous les bijoux qu'elle avait reçus, et toutes les représentations qu'on lui fit ne purent la faire changer de résolution. Bientôt après, elle épousa un homme peu fortuné, mais plein de piété et de délicatesse, avec lequel elle vécut très heureuse.

Un jeune homme et une jeune fille, après plusieurs années de fréquentation, se marièrent enfin malgré leurs parents. Avant le mariage, ils étaient inséparables, mais à peine furent-il mariés, que le mari ne pouvait plus souffrir sa femme ; il la traitait comme une esclave. Sa femme prit le meilleur parti, celui de la patience et du silence. Ils eurent une fille nommée Symphorienne. Ce mari ayant donné un coup de pied à sa femme, elle en mourut au bout de huit jours. Avant de mourir, elle appela sa fille, alors âgée de treize ans, et lui dit : « Tu vois, ma fille, l'état où je suis ; tu as vu les cruautés que j'ai endurées de la part de ton père ; je les ai souffertes en esprit de pénitence, et comme une juste punition de mes désobéissances et des cha-

grins que j'ai donnés à mon père et à ma mère, en me manant contre leur gré et par caprice. Prends exemple sur moi et sois plus sage que je ne l'ai été. Je te laisse sous la conduite de ta chère tante, qui aura soin de ton éducation. Ne fais rien sans ses conseils : aies toujours la crainte de Dieu devant les yeux. Sois humble et chaste, ma fille. Bientôt tu n'auras plus de mère, mais je prie la sainte Vierge de te protéger. N'oublie jamais que tu dois respecter ton père quel qu'il soit, et prie Dieu pour sa conversion. Je lui pardonne pour l'amour de Jésus-Christ. )>

Cette malheureuse femme mourut dans une parfaite résignation à la volonté de Dieu ; et Symphorienne profita si bien des avis de sa mère mourante, qu'elle vécut en fille sage et se maria chrétiennement avec un parti avantageux. Mais son père, rongé de chagrin de ce qu'il avait fait endurer à sa femme, mourut peu de temps après dans une espèce de désespoir.

Une femme qui épouse un homme sans religion s'expose au danger presque certain d'être malheureuse pour le temps et pour l'éternité. Une jeune personne qui ne laissait rien à désirer ni pour la beauté, ni pour la vertu, ni pour la fortune, devait épouser un jeune homme qui ne manquait pas des qualités essentielles ; il avait des talents et de la richesse. Mais un jour il fit entendre qu'il ne voyait en lui-même qu'une machine organisée. Sentant le mauvais eff'et qu'il venait de produire, il s'empressa d'ajouter qu'elle était une machine divinement organisée, spirituelle et aimable. La jeune personne abrégea un entretien dont elle était blessée, raconta tout à sa mère, et d'accord avec elle, elle écrivit le billet suivant à son fiancé.

« Vous m'avez glacée. Monsieur, en me disant que nous n'étions que desmachines organisées. De quelque brillanles qualités que vous ayez bien voulu me décorer,

je crois que lorsqu'un homme est véritablement sensible et délicat, il laisse à celle qu'il veut rendre heureuse ces idées douces, qui sont plus propres au bonheur que ces idées si froides de machines et de matière; elles ne me paraissent pas être favorables à la vertu. Je m'étonnerais qu'elles pussent naître dans une âme tendre et aimante. Il me semble qu'on se dégoûte bientôt d'une machine, quand même elle serait belle, ce qui ne dure pas longtemps ; et alors quel bonheur peut-elle attendre d'un homme machine? »

On assure que le jeune homme se promit de mieux déguiser ses principes à l'avenir, mais il n'en changea pas. Il trouva cependant à semarier, et devint mauvais mari, mauvais père comme il avait été mauvais fils.

Un jeune médecin, habitant la capitale, reçut au mois d'octobre 1829, le sacrement de Mariage avec des circonstances bien édifiantes :

Un de ses amis l'avait introduit dans une maison recommandable par ses vertus, en lui faisant espérer la main d'une fille unique, aussi pieuse que le reste de sa famille. La jeune personne est bientôt promise au docteur, dont l'aimable modestie égale la science.

Quelques jours avant la cérémonie, le jeune homme vient seul trouver la mère de sa future épouse, et demande à parler en particulier à mademoiselle Emilie.

« Ce n'est pas possible. Monsieur, ma fille n'est pas bien depuis deuxjours, et elle a besoin de tranquillité. — Mais, madame, il m'est bien pénible de ne pouvoir m'entretenir un instant avec mademoiselle votre fille. A peine ai-je eu la satisfaction de la voir trois ou quatre fois dans la société; jusqu'ici je n'ai point trouvé l'occasion de lui exprimer à mon aise mes sentiments ni de connaître les siens. — Vos instances me font peine, Monsieur, mais ma fille n'est pas visible. — J'aurais cependant quelque chose de très important

à lui communiquer. — Je l'appellerai, si vous le désirez, et vous lui parlerez en ma présence; jamais ma fille ne s'est trouvée en tête à tête avec aucun homme. — Mais bientôt je dois être son époux. — Alors, monsieur, ma fille ne m'appartiendra plus ; jusqu'à ce temps, je dois remplir à son égard tous les devoirs d'une mère chrétienne et prudente. — Ah! madame, il faut donc que je vous confie mes intentions. Élevé moi même par des parents religieux, je suis toujours demeuré fidèle à cette religion sainte qui vous dicte une si belle conduite. L'indifférence, qui existe malheureusement parmi les hommes de mon art, a pu vous inspirer quelque défiance; mais loin de la partager, je me fais une gloire et un bonheur de suivre en tous points les pratiques de la foi. Plus je les étudie, plus elles me semblent grandes et respectables. Si j'ai tant insisté pour avoir avec mademoiselle votre fille un entretien particulier, c'est que je voulais sonder ses dispositions à cet égard et la prier de se disposer, par une confession générale et la réception de l'Eucharistie, à mériter, avec la bénédiction nuptiale, toutes les grâces qui y sont attachées. »

A ces mots, la mère ne peut retenir ses larmes ; elle se jette dans les bras du vertueux médecin, et lui dit en le tenant serré contre son cœur : « Eh bien ! mon fils, nous communierons tous ensemble. Allez voir votre épouse, et dites-lui bien que je vous ai appelé mon fils. Allez, pieux jeune homme; vos sentiments me répondent de votre bonheur et de celui de ma fille. »

Le pieux docteur ne se borna pas à cela. Pendant huit jours, le saint sacrifice de la messe fut célébré pour attirer toute l'abondance des bénédictions célestes. Mais ce qu'il y eut de plus beau et de plus attendrissant, ce fut de voir, le jour même du mariage, les deux

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époux s'asseoir à la Table sainte, environnés, l'un de son respectable père et de sa mère en pleurs, l'autre de sa mère et de sa grand-mère qui reçurent tous ensemble la communion avec leurs dignes enfants. Quel bel exemple pour les jeunes gens! Quelle leçon pour tant de parents indifterents! Ah! si toutes les unions ressemblaient à celle-là, que la société serait heureuse et tranquille !

DE l'Éducation.

L'éducation consiste, comme l'indique le mot, à

mettre les enfants en état d'atteindre la fin pour laquelle

ils ont été créés: or, en leur qualité de chrétiens, ils

vivent de trois vies, de la vie du corps, de la vie de

l'âme raisonnable et de la vie divine. Quels sont, sous

ces trois rapports, les devoirs des parents envers leurs

enfants ? C'est ce que nous allons expliquer en peu de

mots.

/. — Éducation physique.

Laissez le corps agir avec liberté et faites que de bonne heure il s'accoutume à tout. Buffon condamne ces corps de baleine et tous ces vêtements douloureux qui, sous le vain prétexte de former la taille, gênent la respiration, empêchent le sang de circuler dans les veines et causent aux enfants plus d'incommodités et de dififormités qu'ils n'en préviennent. Ne donnez à vos enfants que des habillements larges, aisés, commodes, et vous les verrez avec joie grandir et se développer. Si vous voulez préparer votre fils à une santé

forte et robuste, aussi bien qu'à des mœurs pures et innocentes, gardez-vous surtout de l'élever trop délicatement et avec trop d'indulgence et de mollesse.

Si une mère trop indulgente élève autrement son fils, ce n'est pas son bien qu'elle veut, c'est sa propre satisfaction qu'elle cherche. Pour de petites douceurs qu'elle lui procure dans son enfance, elle lui prépare mille maux et mille peines dans tout le cours de sa vie. Sa tendresse pour le présent est une véritable cruauté pour l'avenir. Elle le rend faible, délicat, sensible à l'excès, incapable de supporter le poids de la fatigue et des maladies. Elle augmente sa sensibilité et sa faiblesse naturelles par une puérile compassion pour les petits accidents qui lui arrivent. Elle oublie qu'il doit être un homme, et à force de tendresse et de soins, elle n'en fera qu'un être méprisable et inutile.

Souvenez-vous que les enfants étant dans une agitation continuelle et ayant le sang fort chaud, n'ont jamais froid qu'aux extrémités du corps. Ne leur donnez donc que des vêtements légers, et habituez-les à supporter le froid. Fortifiez votre fils par l'exercice; que son corps s'exerce en toute liberté, et pour cela laissez-le agir; qu'il coure, qu'il saute, qu'il danse, qu'il se roule sur le gazon ou travaille dans le jardin, et tout cela sous vos yeux. Il faut vous prêter à ses amusements, à son bruit, à son tapage.

Les enfants d'ordinaire sont gourmands, friands, attachés à leur ventre. Appliquez-vous à corriger ce défaut dans le vôtre, et accoutumez-le à la sobriété : elle est le principe de la santé, et il est facile d'en remarquer les bons efl:ets dans les enfants mêmes. Voyez l'agilité, la vivacité, la gaîlé, la force, le doux sommeil dont ils jouissent après avoir mangé sobrement. Ne les laissez donc pas manger continuellement.

Les enfants croient toujours avoir faim ; mais c'est moins besoin que gourmandise. Réglez leurs repas, et ({u'ils mangent toujours aux mêmes heures. Donnezleur des aliments simples et sans apprêt, et jamais des ragoûts recherchés, des pâtisseries, des sucreries ou des liqueurs, excepté du vin, mais en très petite quantité et mêlé avec de l'eau. Combien d'enfants son morts jeunes ou n'ont eu toute leur vie qu'une santé chétive pour avoir été nourris trop délicatement! Comparez l'état de santé des enfants des pauvres ouvriers, des cultivateurs ou des vignerons, avec celui des enfants de la plupart des personnes riches, et comprenez la justesse des observations qui précèdent.

En trois mots : exercices modérés, vêtements simples et légers, nourriture ordinaire ; voilà ce qui convient le mieux à la santé des enfants.

//. — Éducation intellectuelle et morale.

Cultivez la raison de votre enfant dès ses premières années, et pour le faire avec succès, ne laissez entrer dans son esprit, autant qu'il sera possible, aucune idée fausse, obscure ou confuse ; donnez-lui toujours des connaissances exactes des choses qui sont à sa portée ; rectifiez ses faux jugements, ses raisonnements vicieux, et surtout ne lui dites jamais rien que de raisonnable.

Louis XIV ayant remarqué, en jouant avec le duc du Maine, encore enfant, que ce jeune prince répondait d'une manière très sensée à toutes ses questions:" Vous êtes bien raisonnable, lui dit-il. — Comment ne le serais-je pas ? répondit le prince, j'ai une gouvernante qui est la raison même. - Allez lui dire, reprit le roi, que vous lui donnerez cent mille francs pour ses dragées. » Ce fut là le commencement de la brillante

fortune de M*^*^ de Maintenon, alors gouvernante du duc du Maine.

Comme elle, parlez toujours raison à vos enfants ; qu'ils ne voient, qu'ils n'entendent jamais rien, s'il est possible, qui ne porte les caractères de la justesse et du bon sens. Mais n'arrive-t-il pas ordinairement tout le contraire ? Si un enfant fait des questions, on le trompe et l'on rit de ses erreurs. Veut-on l'amuser, on lui dit des absurdités et quelquefois des choses mauvaises ou indécentes; s'il parle à tort et à travers, on applaudit. Pourrait-on mieux s'y prendre, si on avait le dessein de lui déranger la tête ?

Vous ne sauriez jeter trop tôt dans les cœurs que vous voulez former à la sagesse les précieuses semences de la morale, puisque c'est elle qui nous instruit de nos devoirs, règle nos actions et nous inspire des sentiments vertueux. Tandis que la nature est flexible et molle, il faut la manier et lui donner le premier pli des habitudes louables qu'elle doit avoir au temps de sa force. 11 faut que votre enfant pratique le bien avant qu'il le connaisse ; il faut qu'il s'y accoutume par obéissance ou par nécessité, avant qu'il le choisisse par jugement, et que, sans savoir ce qu'il fait, il ne fasse rien que selon les règles de la raison et de l'honnêteté. L'enfant heureux et bien élevé est celui en qui les passions se trouvent si bien domptées et si obéissantes que la raison, quand elle viendra pour prendre possession de son empire, n'ait plus qu'à régner en paix et à jouir de la victoire que l'éducation a remportée.

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