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III. — Éducation religieuse et surnaturelle

Les parents doivent profiter de toutes les occasions pour apprendre à leurs enfants les premières vérités

de la religion, et surtout la connaissance de Dieu. Tantôt ils leur montreront, durant une belle nuit d'été, le ciel parsemé d'étoiles qui étincellent de tous leurs feux ; tantôt ils leur feront voir le soleil levant qui répand par l'éclat et la vivacité de ses rayons, la joie et le mouvement dans toute la nature ; tantôt ils leur rappelleront que le pain qui les nourrit, que le vêtement qui les garantit du froid, que tous les biens dont ils jouissent sont autant de dons et de faveurs du Dieu qui les a créés et mis au monde. Par ce moyen, il leur sera facile d'élever leur jeune cœur vers Celui qui les a tant aimés et de les pénétrer de la plus vive reconnaissance pour tous les bienfaits dont il les comble chaque jour. Bientôt on s'apercevra que les enfants récitent leurs prières avec plus d'attention et de piété, parce qu'elles seront l'expression des sentiments de leur cœur. Faites-leur des leçons courtes, mais fréquentes, sur la religion ; servez-vous souvent de comparaisons, de traits d'histoire, de paraboles, et vous verrez avec quel bonheur, avec quelle attention ces enfants vous écouteront. Ne négligez rien pour leur montrer que la religion est raisonnable, belle, aimable.

Apprenez-leur le culte qu'on doit à Dieu et les prières qu'il faut lui adresser. Pour leur donner l'exemple, priez avec eux et mettez-vous dans la posture où ils doivent être : ce n'est qu'en parlant à leurs yeux que vous parlez à leur esprit. Ne permettez jamais qu'ils oublient de prier, ni qu'ils prient dans une posture peu décente, à moins qu'ils ne soient malades. Que leur prière soit courte d'abord, puis vous en ajouterez d'autres à mesure qu'ils avanceront en âge.

Une chose fort importante dans l'éducation est de former le caractère de l'enfant, et pour mieux y réussir, il faut commencer par le rendre docile. L'obéissance

doit être la base de toute éducation ; sans elle, il est impossible de rien faire d'un enfant. Et souvenez-vous qu'il n'y a aucun enfant qui ose résister quand il est certain que la plus légère offense sera punie. Pliez sa volonté dans toutes les occasions, et accoutumez-le même, doucement, à être refusé, à être privé des choses pour lesquelles il a témoigné trop d'ardeur, afin qu'il apprenne à modérer ses désirs.

Le plus sûr moyen de rendre un enfant misérable, c'est de l'accoutumer à tout obtenir ; car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire; tôt ou tard l'impuissance force d'en venir à un refus, et ce refus lui donnera plus de tourments que la privation même de ce quil désire.

Une dame avait un fils, et craignait si fort de le rendre malade en le contredisant, quMl était devenu un petit tyran, et entrait en fureur à la moindre résistance qu'on osait faire à ses volontés les plus bizarres. Le mari de cette dame, ses parents, ses amies lui représentaient qu'elle perdait cet enfant ; tout était inutile. Un jour qu'elle était dans sa chambre, elle entendit son fils qui pleurait dans la cour. Il s'égratignait le visage de fureur, parce que le domestique lui refusait une chose qu'il voulait. « Vous êtes bien impertinent, dit-elle à ce domestique, de ne pas donner h cet enfant ce qu'il demande ; obéissez-lui sur-le-champ. — Par ma foi. Madame, répondit le domestique, il pourrait bien crier jusqu'à demain qu'il ne l'aurait pas. » A ces mots, la dame devient furieuse et près de tomber en convulsion. Elle court, et passant dans une salle où était son mari avec quelques amis, elle le prie de la suivre et d'expulser l'impudent qui lui résiste. Le mari la suit en levant les épaules, et la compagnie se met à la fenêtre, pour voir de quoi il était question. « Insolent, dit-il au domestique, comment avez-vous

la hardiesse de désobéir k Madame, en refusant à l'enfant ce qu'il vous demande?— En vérité, Monsieur, dit le domestique, Madame n'a qu'à le lui donner ellemême, ïl y a un quart d'tieure qu'il a vu la lune dans un seau d'eau, et il veut que je la lui donne. » A ces paroles, le mari et toute la compagnie ne purent retenir de grands éclats de rire. La dame, malgré sa colère, ne put s'empêcher de rire aussi. Elle fut si honteuse de cette scène qu'elle se corrigea.

Les mères surtout doivent se défier de leur tendresse. Elles sont toutes faibles et capables de certain aveuglement, contre lequel elles ne sauraient trop se mettre en garde. Leurs enfants sont comme autant de petits dieux, et leur tendresse pour eux va souvent jusqu'à l'idolâtrie. C'est le vrai moyen de les rendre très malheureux, parce qu'ils ne sont contents de rien ; toujours grondeurs, toujours mutins, toujours furieux, ils passent les jours à crier et à se plaindre. Soyez bien convaincus que les enfants seront sans religion, parce que les devoirs religieux exigent de la contrainte et le renoncement à sa propre volonté ; devenus grands, ils feront le malheur et la honte de leurs parents.

« Vous avez pleuré, disait Henri IV, à Marie de Médicis, de ce que je fouettais votre fils avec un peu de sévérité, mais quelque jour vous pleurerez beaucoup plus du mal qu'il aura ou de celui que vous aurez vous-même. » En effet, Louis XIIÏ, devenu majeur, après la mort de Henri IV, traita sa mère avec indignité, et les chagrins qu'il lui causa la rendirent stupide.

Denys le tyran, ayant en son pouvoir le fils de Dion, son ennemi, imagina contre le père une vengeance d'autant plus cruelle ([u'elle paraissait plus douce. Au lieu de le faire mourir ou languir en prison, il se proposa de corrompre en lui toutes les bonnes qualités

de l'âme. Dans ce dessein, il lui permit tout, l'abandonna entièrement à ses fantaisies, et ordonna qu'on lui laissât faire toutes ses volontés. Le jeune homme emporté par l'amour des plaisirs, se jeta dans la plus affreuse débauche. On contentait tous ses désirs, et on louait toutes ses fautes. Puis il fut rendu à son père. On fit tout au monde pour le corriger, mais il devint fou, se jeta du haut d'une maison et se cassa la tête.

Combien de pères de famille se conduisent à l'égard de leurs propres enfants comme Denys envers le fils de Dion, et deviennent leurs plus cruels bourreaux!...

Tant que l'enfant se portera bien, qu'on ne lui passe ni volonté ni impatience ; quand même il serait indisposé, il ne faudrait pas s'écarter de cette règle. S'il demande quelque chose avec impatience, on lui dira avec beaucoup de douceur qu'on est bien fâché de le refuser, mais qu'on n'accorde jamais rien aux enfants qui demandent de cette manière. Ne lui accordez jamais ce qu'il demande en pleurant, car bientôt il saura que les larmes sont le moyen d'obtenir, et il ne manquera pas de l'employer toujours. Si, lorsqu'il pleure parce qu'il souifre, vous ne pouvez le soulager, restez tranquille sans le flatter pour l'apaiser : vos caresses ne guériront pas sa colique. Le seul moyen de faire cesser ses pleurs , c'est de le laisser pleurer sans y faire attention. Il ne faut quelquefois aux enfants, pour pleurer tout un jour, que s'apercevoir qu'on ne veut pas quïls pleurent.

Dès que l'enfant donne les premiers signes de connaissance, il est essentiel de prévenir toute indocilité. Un moyen assez efficace pour atteindre ce but est de ne jamais céder à ses importunités et de le payer de retour, c'est-à-dire de ne pas lui accorder même les choses justes qu'il demande.

Si vous voulez former le caractère de votre enfant,

tâchez de régler et de soutenir le vôtre, car il vous prendra pour son modèle, ainsi que les personnes avec lesquelles il vivra. INe le laissez donc Jamais entre les mains de domestiques sans éducation, de personnes Iracassières, grondeuses ou de mauvaise humeur.

On ne saurait être trop circonspect à l'égard des enfants ; ils voient, ils écoutent, ils remarquent tout, et souvent mieux qu'on ne croit. 11 faut respecter leur jeunesse. Faites-leur des leçons générales sur la décence et la pudeur, donnez-leur des avis sérieux, lorsqu'ils s'échappent le plus légèrement du monde, ne fiit-ce qu'en se permettant un mot peu honnête et peu décent.

Ne leur permettez jamais de contrefaire les personnes dont le ton de voix ou les manières paraissent ridicules ; mais faites-leur comprendre que celles dont la conduite est mauvaise sont méprisées et dignes de l'être. Mais si telle est la conduite de leurs parents, il faut leur apprendre à supporter leurs défauts et à les couvrir, comme les enfants de Noé, du manteau du respect. N'oubliez pas que Jésus-Christ a prononce le plus terrible anathème contre celui qui scandalise les petits enfants.

Ne vous familiarisez jamais avec vos enfants : la familiarité engendre le mépris. Souvenez-vous de ces paroles de l'Ecclésiastique : « Flattez votre fils et il vous causera de grandes frayeurs ; jouez avec lui, et il vous donnera beaucoup de chagrins. Ne vous amusez pas à rire avec lui, de peur que vous n'en ayez de la douleur, et qu'à la fin vous n'en recueilliez destrmts amers qui vous feront grincer les dents.

Ne permettez jamais qu'ils vous tutoient. On pumt un soldat, lorsqu'il tutoie un de ses chefs, etl'on blâme sévèrement tout inférieur qui tutoie son supérieur. Ne leur épargnez ni les louanges ni les corrections;

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mais faites en sorte, s'il est possible, que les unes et les autres ne se donnent que par les yeux. Quand ils ont hien fait, qu'ils soient ravis de vous voir satisfaits, et qu'ils prennent cela pour récompense. Quand ils ont mal fait, que votre présence et votre tristesse soient leur supplice.

Soyez doux, mais fermes. Ne faites point de menaces inutiles ou infructueuses ; l'enfant s'y accoutumerait et les fausses menaces lui feraient mépriser les véritables. Soyez donc fidèles dans vos menaces comme dans vos promesses ; c'est pourquoi ne menacez jamais sans une mûre réflexion. Si vous manquez de franchise, vos enfants seront dissimulés et menteurs.

Que les châtiments soient rares et toujours justes. Dans vos réprimandes et dans vos corrections, tâchez d'être assez maîtres de vous-mêmes pour ne laisser paraître aucune passion ni aucune humeur. La colère, jointe à la correction est un poison mêlé à une excellente médecine. Ne punissez jamais les enfants dans leur premier mouvement ni dans le vôtre. Ne prenez jamais, sans une extrême nécessité, un air austère et impérieux qui les fait trembler. Faites-vous aimer deux; qu'ils soient libres avec vous et qu-'ils ne craignent pas de vous laisser voir leurs défauts.

Pour les c bâtiments, la peine doit être aussi légère que possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent piquer l'enfant de honte et de remords, et montrez-lui tout ce que vous avez fait pour éviter cette extrémité. Distinguez soigneusement les étourderies des fautes qui supposent quelque vice : dans le premier cas, contentez-vous de donner des avertissements ; dans le second, punissez et montrez-vous sévères, s'il le faut ; mais graduez les punitions qui doivent être plutôt morales que physiques. Privez les enfants de leurs beaux habits les jours de

dimanche, de leurs amusements, de vos caresses. S'ils montrent de la bonne volonté, encouragez-les par quelques mots d'éloges. N'employez la verge que dans des cas rares tout à fait exceptionnels.

Ménagez la sensibilité de vos enfants, et vous aurez mille moyens de les récompenser on de les punir. Qu'ils craignent surtout de perdre votre estime et votre affection. Accoutumez-les à penser noblement et à n'estimer les choses qu'autant qu'elles sont estimables; donnez beaucoup de prix aux bonnes actions, aux actes de vertu ; faites-leur faire une chose louable pour mériter d'en faire une autre. Quand vous leur aurez fait bien comprendre que la plus belle récompense est Tamitié de ses parents, ou un devoir religieux qu'ils n'ont point encore accompli, ou un acte de bienfaisance envers les malheureux, ou l'acquisition de quelques bons livres, et non pas des congés, des friandises, ou quelques objets de vanité, vous les verrez animés d'une noble envie de faire mieux que les autres et de mériter d'être loués ; et lorsque d'eux-mêmes ils auront fait quelque action louable, ne leur ménagez pas les louanges.

Gardez-vous bien de les louer sur leur figure ou leurs habits, et si quelqu'un le fait en votre présence, hâtez-vous d'ajouter qu'on ne les loue sur ces avantages qui ne sont rien que parce qu'on ne trouve rien de mieux à louer en eux, et que c'est la marque d'une grande pauvreté. Faites-leur voir qu'ils sont encore dépourvus de tout ce qui mérite l'estime des hommes; qu'ils n'ont encore ni science, ni raison, ni vertu ; qu'ils ont besoin des autres, et que personne n'a besoin d'eux. Montrez-leur le néant de tout ce qui vient de la naissance, des litres, des richesses, des dignités.

Que vos enfants ne commandent à pci'sonne; qu'ils demandent avec douceur, quïls remercient avec poli-

tesse. Ne souffrez pas qu'ils se servent de ces locutions: Je veux, je ne veux pas, j'aime mieux. Inspirez-leur l'amour des pauvres, et apprenez-leur à donner volontiers et de bonne grâce. Denys le tyran, voyant dans la chambre de son fils plusieurs ouvrages d'or et d'argent qu'il lui avait donnés : « Tu n'es pas digne de régner, lui dit-il, puisque tu ne t'es pas encore fait des amis de ces présents que je t'ai donnés. »

Racontez à vos enfants le beau trait que fit à quatorze ans le jeune duc de Berry, petit-fils de Louis XVI. Un pauvre officier réformé trouva un moment propre à lui exposer ses besoins. Le duc de Berry répondit qu'il était bien fâché de ne pouvoir l'assister sur-lechamp, mais qu'il devra toucher le lendemain son mois, et qu'il pourrait lui donner ce jour-là quelque secours à la chasse où il lui dit de le joindre. L'officier fut ponctuel au rendez-vous. Le jeune prince le reçut avec bonté, et lui mit dans la main une bourse où il y avait trente louis : c'était tout ce qu'il avait reçu pour ses menus plaisirs d'un mois. Le soir les princes firent une partie de lansquenet. Le duc de Berry s'excusa de jouer ; il allégua plusieurs raisons dont on ne fut pas satisfait, et il fut obligé de dire la véritable. On lui demanda ce qu'il avait fait de son argent. 11 avoua qu'il l'avait donné à un pauvre officier réformé, et qu'il avait mieux aimé se priver de ses plaisirs que de laisser mourir de faim un homme qui avait bien servi le roi. On vérifia le fait, qui se trouva véritable, et il fut admiré.

Mêlez souvent à vos leçons de pareils exemples : Une seule action vertueuse est plus persuasive que dix traités sur la vertu. Si vos enfants sont pauvres, mettez leur souvent sous les yeux les actes de dévouement des personnes de leur condition, ou des ouvriers auxquels l'Académie française décerne chaque année les prix Montyon.

Enfin ne négligez rien pour leur inspirer surtout une piété solide, éclairée et sincère, et faites-leur bien comprendre que c'est dans la pratique de leurs devoirs religieux, dans la fréquente réception des sacrements qu'ils puiseront la force et le courage dont ils ont besoin pour combattre leurs mauvaises inclinations, pour surmonter les tenlations, pour s'élever au-dessus du respect humain, et pour jouir de la vraie paix, du bonheur véritable qu'il est donné au chrétien de goûter ici-bas.

Oh ! pourquoi donc tous les parents ne comprennentils pas la nécessité de donner une bonne éducation à leurs enfants? Ils seraient assurément les premiers à en recueillir les heureux fruits.

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