DU BAPTEME, DE SES EFFETS, DE SA .NÉCESSITÉ
Qu'est-ce que le Baptême f — Le Baptême est un sacrement qui efface le péché originel et les autres dont on est coupable, qui remet les peines dues aux péchés et nous fait enfants de Dieu et de V Église.
Pourquoi le Baptême est-il le premier des sacrements ? — Parce qu'on n'en peut recevoir aucun sans être baptisé ; il est comme la porte par laquelle on entre dans l'Église. L'acte de Baptême est une lettre de îiaturalisation qui donne droit à tous les avantages dontjouissent les membres de l'Église. — Que signifie le mot Baptême f — L'action par laquelle on lave le corps pour le nettoyer. — Convient-il au premier des sacrements? — Oui, parce que: 1" lorsqu'on confère le Baptême, on répand réellement de l'eau sur celui qu'on baptise ; 2« parce que cette action est un signe naturel de l'effet produit par ce sacrement, puisqu'il purifie l'âme des taches du péché, comme l'eau purifie le corps des taches qu'il peut avoir. — Comment l'eau qui ne touche que le corps de celui qu'on baptise peutelle purifier son âme? — Parce que Jésus-Christ lui a donné cette vertu. — Peut-on com^prendre comment cet effet se produit ? — Pas plus qu'on ne comprend comment la pluie et la chaleur du soleil font croître les plantes, comment la nourriture donne de la force à notre corps et comment la parole qui retentit à nos oreilles communique la vérité à notre intelligence. Ce sont autant de mystères que les plus savants ne sauraient expliquer.
Quels noms principaux donne-t-on au Baptême ? — On le nomme : 1° sacrement de la foi, parce que ceux
qui le reçoivent font profession de la foi chrétienne ; 2° illumination, parce que celui qui est baptisé se trouve éclairé de la lumière divine ; 3° régénération^ parce qu'il est une seconde naissance, il fait naître à la vie de la grâce ; -4° purgation, parce qu'il purifie l'àme en efifaçant les péchés ; 5" sépulture, parce que le chrétien, par le Baptême, est enseveli avec Jésus- Christ, et ressuscite pour mener une vie nouvelle ; 6° entrée aux saints commandements de Jésus- Christ, parce que c'est par lui que l'homme commence à pratiquer les commandements de Dieu d'une manière utile au salut ; 7° enfin porte du ciel^ parce qu'il donne le droit d'y entrer.
Pourquoi dites-vous que le Baptême est un sacrement ? — Parce que : 1° l'Église le reconnaît pour tel ; c'est un article de foi ; 2^ la sainte Écriture le présente comme un véritable sacrement ; 3° les Pères et les Docteurs de l'Église l'ont toujours cru et enseigné ; 4" enfin, parce qu'on trouve dans le Baptême tout ce qui constitue un sacrement.
Que faut-il pour constituer un sacrement ? — Trois choses : l^un signe sensible ; 2° un signe institué par Jésus-Christ ; 'd^ un signe qui produise la grâce. — Quel est le signe sensible dans le Baptême ? — L'eau qu'on verse sur la tête de la personne qu'on baptise et les paroles qu'on prononce en même temps. — Comment Jésus-Christ a-t-il institué le Baptême?— En disant à ses apôtres : « Allez, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » — Comment montrez-vous que le Baptême produit la grâce ? — Par ces paroles de Jésus-Christ : « Si quelqu'un ne renaît de leau et de l'Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume des cieux. » Donc celui qui renaît de Teau et de l'Esprit-Saint, ou qui est baptisé, peut entrer dans le royaume des cieux. Or, on
ne peut entrer au ciel sans la grâce sanctifiante ; le Baptême produit donc cette grâce.
Comment savez-vous que le Baptême eiface le péché originel et tous les autres dont on est coupable? — Le concile de Trente l'a ainsi défini ; « Si quelqu'un nie que par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est conférée par le Baptême, l'offense du péché originel soit remise, ou soutient que tout ce qu'il y a proprement et véritablement de péché n'est pas ôté, mais est seulement comme rasé et n'est pas imputé, qu'il soit anathème ; car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, parce qu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont véritablement ensevelis avec Jésus-Christ pour mourir, qui ne marchent point selon la chair, mais qui, dépouillant le vieil homme et se révêtant du nouveau, qui est créé selon Dieu, sont devenus innocents, sans tache, purs, sans péché, agréables à Dieu, ses héritiers et cohéritiers de Jésus- Christ, en sorte qu'il n'est plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. Toutefois, le saint Concile reconnaît et confesse que la concupiscence ou le foyer du péché reste dans les personnes baptisées, et qu'ayant été laisée pour être combattue, elle ne peut nuire à ceux qui n'y donnent pas leur consentement et qui résistent courageusement par la grâce de Jésus- Christ : au contraire, celui qui aura légitimement combattu sera couronné. Le saint Concile déclare que cette concupiscense, que l'apôtre appelle quelquefois péché, n'a jamais été regardée par l'Église catholique, dans ceux qui sont régénérés, comme un véritable péché, à proprement parler, mais qu'elle n'a été appelée ainsi que parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle porte au péché. Si quelqu'un est de sentiment contraire, qu'il soit anathème. »
Quelles sont les peines dues au péché ? — Ce sont
les peines éternelles et les peines temporelles que le pécheur doit subir en ce monde ou en l'autre, pour satisfaire à la justice de Dieu. — Que fait le Baptême ? — Il remet toutes ces peines, de sorte que Tadulte qui vient de le recevoir avec les dispositions requises, entrerait au ciel sur le champ, s'il mourait aussitôt, quelque coupable qu'il eût été avant le Baptême. — Comment se fait une rémission si parfaite? — Par un effet de la bonté infinie de Dieu. — Un adulte nouvellement baptisé est donc dispensé de faire pénitence ? — 11 en est dispensé pour les péchés qui ont précédé son Baptême; mais il doit mener une vie pénitente et mortifiée pour se conformer à Jésus-Christ, pour conserver la vie nouvelle qu'il a reçue, pour affaiblir la concupiscence et pour se préserver des rechutes.
Pourquoi le Baptême ne délivre-t-il pas l'homme de la concupiscence, des maladies, de Tignorance et de la mort qui sont les suites du péché originel? — Parce que Dieu ne Ta pas voulu ; il est maître de ses dons, et il avait des raisons dignes de sa sagesse pour agir de la sorte. — Quelles sont ces raisons? — 1« D n'était pas juste que les chrétiens, en devenant par le Baptême, membres de Jésus-Christ passible et mortel, fussent plus privilégiés que leur chef; 2° afin qu'il n'y ait que le désir d'être délivrés du péché et d'obtenir la vie éternelle qui portent les hommes à recevoir le Baptême ; 3° afin que l'effet du Baptême ne soit connu que par la foi ; 4*^ pour humilier notre orgueil par la vue de notre faiblesse et le souvenir de notre origine ; 5° pour nous faire regarder le monde comme un lieu d'exil, et nous faire soupirer après le ciel, où la délivrance sera parfaite ; 6° pour éprouver notre fidélité et nous donner occasion d'exercer les vertus de patience et de résignation, et par ce moyen d'acquérir de nou-
veaux mérites. Ainsi Dieu s'est conduit envers les Israélites qu'il soumit à diverses épreuves dans le le désert, et toujours en présence d'ennemis disposés à les combattre. — Le Baptême ne modère-t-il pas l'ardeur de la concupiscence ? — Oui, par la grâce qu'il donne et les secours abondants qu'il procure pour la dompter.
Comment le Baptême nous fait -il enfants de Dieu? — Le Baptême nous fait enfants de Dieu en effaçant en nous le péehé originel et en répandant dans nos âmes la grâce qui nous rend saints et nous donne droit à Vhéritage céleste.
N'est-ce pas un grand honneur d'être le fils d'un prince ou d'un roi? — Tout le monde le pense ainsi. — Mais être le fils du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs ? — C'est une gloire infinie. — Quel rapport la nature a-t-elle établi entre un fils et son père ? — Le fils est formé de la substance de son père, et il vit de la même vie. — Est-ce ainsi que nous sommes enfants de Dieu? — Non, il n'y a que Jésus-Christ qui soit Fils de Dieu par nature et formé de sa propre substance. Nous sommes enfants de Dieu par adoption ; nous ne sommes pas formés de la substance de Dieu, mais nous participons à sa nature, nous vivons de sa vie. — Quels sont les effets de cette adoption? — Elle nous rend héritiers de tous les biens de Dieu.
Quels sont les biens que nous pouvons posséder ? - Nous pouvons participer à la nature et aux perfections de Dieu. Il y a trois durées : le temps, l'éternité et l'immortalité ; le temps est une durée finie ; l'éternité une durée infinie qui ne convient qu'à Dieu, et l'immortalité une durée qui participe à l'infini ou à l'éternité. Ainsi en est-il de toutes les perfections : elles sont bornées ou finies dans l'homme ; elles sont infinies en Dieu, et dans le chrétien elles participent à l'infini. Le
Baptême déifie le chrétien, le divinise, en lui communiquant une vie surnaturelle et divine. (Voir ce que nous en avons dit en parlant de la grâce.)
Ne sommes-nous pas enfants de Dieu en venant au monde? — Oui, nous tenons la vie de lui, mais nous naissons pécheurs, ennemis de Dieu, esclaves du démon. — Que serions-nous sans le Baptême ? — Nous serions à jamais privés de la vie de Dieu. — Combien de vies dans l'enfant qui n'est point baptisé ? — Deux : la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable. — Combien dans le chrétien ? — Trois : la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie divine. — Combien en Jésus-Christ? — Trois, comme dans le chrétien. — Que suit-il de là ? — Que par le Baptême, le chrétien devient frère et cohéritier de Jésus-Christ, et il a droit à posséder tous les biens de Dieu le Père. — Quels sont ces biens ? — Sa propre nature et ses perfections infinies. — Quelle distance voyez-vous entre un chrétien et un infidèle? — Une distance infinie : le second n'a qu'une vie humaine, et le premier a une vie divine.
Que dit saint Paul dans sa l""' épître aux Corinthiens, chap. XII, V. 12? — « Comme le corps est un et qu'il a plusieurs membres, et quoique tous les membres de ce corps soient plusieurs, ils ne forment qu'un seul corps. Jésus-Christ est de même ; car nous sommes tous baptisés dans un même esprit pour être un même corps avec lui. » Il répète la même chose aux Éphésiens, IV, 25 et v. 30 ; et aux Coiossiens, I, 18, 24. — Que dit Jésus-Christ dans Saint-Jean, c. III, v. 13? — « Personne ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel. — La sainte Vierge, les apôtres, les martyrs et tous les Saints sont-ils montés au ciel ? — Oui, toute l'Église le croit ainsi. — Comment peut-on dire que personne ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel ? — Parce que tous les chrétiens ne font qu'un
même corps avec Jésus-Christ; il y a entre lui et les Saints une union aussi étroite qu'entre la tête et les membres d'un individu.
A quoi saint Augustin compare-t-il l'eau du Baptême? — Au sein immagulé de Marie, en ce que si l'un a engendré le chef, l'autre produit les membres, mais tous deux par la même vertu et la même opération divine. L'eau baptismale est plus privilégiée que Marie, en quelque façon : si Marie a mérité pour elle la pureté, l'eau du Baptême communique la sainteté ; si Marie a été exempte du péché, l'eau du Baplême délivre du péché et remet tous ceux que l'homme peut commettre.
A quoi saint Léon et saint Grégoire de Nazianze comparent-ils la génération par le Baptême? — A l'Incarnation, ils prouvent que le Saint-Esprit est Dieu et qu'il faut l'adorer, parce que par le Baptême il nous a faits dieux : Si enim adorandus non est Spiritus, quomodo me deum per Baptismum ejffieit. — Que dit encore saint Augustin? — Que par le Baptême nous sommes faits dieux autant que le Christ est homme : Ut ipse quoque tantum deus effieiar, quantum Deus est homo. Il dit ailleurs que chacun devient chrétien par la même grâce que cet homme est devenu Christ : Eadem gratia fit quisque cJiristianus, qua ille homo faetus est Christus.
Que devenons-nous encore par le Baptême ? — Les temples du Saint-Esprit, selon les paroles de saint Paul : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ? )) — Que dit saint Augustin à ce sujet ? — « Quand vous venez à l'église, c'est un temple qui entre dans un autre temple, un temple vivant dans un temple
inanimé. » Dans Fadministration du Baptême, on pratique les mêmes cérémonies que dans la consécration d'une église.
ComTiient devenons-nous par le Baptême enfants de l'Église f — Parce que le BapUme nous met au nombre des fidèles et qu'il nous donne droit de participer aux biens spirituels de l'Église.
Qui administre le Baptême? — La sainte Église, par le ministère de ses pasteurs; elle enfante ainsi les hommes à la vie surnaturelle et divine. Elle est leur mère, comme Dieu est leur père. — Quel avantage d'être enfant de TÉglise? — Celui de participer à tout le bien qui se fait dans l'Église, aux mérites de Jésus- Christ, de la sainte Vierge, de tous les Anges et de tous les Saints : chaque fidèle peut s'enrichir de toutes les richesses de Jésus-Christ et des Saints. — Quel est un autre avantage ? — Celui de participer à la noblesse, à la richesse et à toutes les perfections de Dieu notre Père.
Le Baptêrae est-il absolument nécessaire pour être sauvé ? — Oui, le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, parce qu'il n'y a que le Baptême qui efface le péché originel.
Sur quoi repose la nécessité du Baptême? — Sur ces paroles de Jésus-Christ : « Nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu , s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit- Saint.— N'y a-t-il pas d'exception ?— Non, tous les enfants d'Adam viennent au monde coupables du péché originel , Marie seule exceptée ; tous doivent être purifiés par le Baptême. — Les enfants nés de parents clirétiens ne sont-ils pas saints? — Non; par la génération, les parents communiquent les qualités de la nature et non les qualités de la personne. Or, le péché originel est un apanage de la nature comme l'ignorance. Un homme savant engendre un fils ignorant,
parce que la science est une perfection de la personne, et l'ignorance une imperfection de la nature. — Comment saint Augustin explique-t-il cette difficulté ?
— a Vous semez, dit-il, un grain de blé dépouillé de la paille par le fléau, purifié et émondé par le van, et il produit un autre grain de blé, qui n'est point purifié comme le premier, mais qui est enveloppé de sa paille. Vous jetez en terre le pépin d'un fruit doux et franc, et l'arbre qui en provient n'est pas franc : c'est un pommier ou un poirier sauvage; or, pour le rendre bon, il faut le greffer. Ainsi l'enfant qui naît de parents purifiés de tout péché, vient au monde souillé et ne peut produire que des fruits sauvages, à moins qu'il ne soit greffé sur Jésus-Christ ou que Jésus-Christ ne soit greffé sur lui par le Baptême. » De part et d'autre, c'est le même mystère également difficile à expliquer.
Cette nécessité du Baptême n'impose-t-elle pas de graves obligations? — Oui ; il en est pour les pasteurs, pour les pères et les mères etpour tous les chrétiens.— Quelles sont les obligations des pasteurs ? — 1« Ils doivent instruire leurs paroissiens sur la nature, la nécessité et les effets du Baptême ; 2° tout sacrifier, même leur vie, pour procurer le Baptême à un enfant exposé à mourir sans l'avoir reçu ; 3° ils doivent par tous les moyens presser leurs paroissiens à faire baptiser leurs enfants aussitôt après leur naissance.
Quelles sont les obligations des pères et des mères ?
— Ils doivent éviter avec le plus grand soin tout ce qui pourrait occasionner la mort d'un enfant sans avoir reçu le Baptême, même avant sa naissance ; 2" et faire tous leurs efforts pour que leurs enfants soient baptisés aussitôt que possible.
Quelles sont les obligations de tous les chrétiens ?
— Ils doivent apprendre tout ce qui est nécessaire pour conférer le sacrement de Baptême en cas de nécessité.
parce qu'alors tout chrétien peut et doit baptiser.
Jésus-Christ a ordonné à ses apôtres d'enseigner et de baptiser les nations ; la connaissance de la religion est donc nécessaire pour recevoir le Baptême? —Oui, quand il s'agit des adultes.— Et pourquoi pas des enfants ? — Parce qu'ils en sont incapables. — Mais ne faut-il pas attendre qu'ils soient adultes ? — Non, ils peuvent recevoir le Baptême en professant la foi, non pas par eux-mêmes, mais par la bouche de leurs parrains et marraines. — Est-ce là un article .de foi? — - Oui, le saint Concile de Trente l'a défini : « Si quelqu'un dit que les petits enfants après leur Baptême ne doivent pas être mis au nombre des fidèles, parce qu'ils ne sont pas en état de faire un acte de foi, et que pour cela ils doivent être rebaptisés lorsqu'ils ont atteint l'âge de discrétion, ou qu'il vaut mieux ne point les baptiser du tout que de les baptiser dans la seule foi de l'Église avant qu'ils produisent eux même un acte de foi, qu'il soitanathème. »
Quelles raisons portent à croire que les enfants peuvent recevoir le Baptême ? — C'est : 1° la croyance universelle de l'Église catholique, et même des hérétiques et des protestants ; 2° L'amour que Jésus-Christ a témoigné pour les petits enfants ; il les bénissait, il les embrassait et disait que le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent. Or, si les enfants ne pouvaient recevoir le Baptême, Jésus-Christ ne les aimerait pas, puisqu'il ne leur aurait donné aucun moyen de salut ; 3° Saint Paul répète souvent que Jésus- Christ veut le salut de tous les hommes. Or, plus d'un tiers des enfants meurent avant l'âge de discrétion ; si donc les enfants ne sont pas capables de recevoir le Baptême, il n'y a pour eux aucun moyen de salut ; et il n'est plus vrai de dire que Dieu apréparé des moyens de salut pour tous les hommes ; 4" Comme les enfants,
dit saint Augustin, sont coupables du péché originel par la volonté d'autrui ou d'Adam, il paraît juste qu'ils soient sauvés par la volonté d'autrui ou du nouvel Adam.
Comment les enfants peuvent-ils être baptisés dans la foi de l'Église?— Parce que, dit saint Augustin et après lui saint Thomas, l'Église remplit à l'égard des fidèles les mêmes fonctions qu'une mère à l'égard de son fils, qu'elle porte dans son sein et qu'elle nourrit de sa propre vie, jusqu'à sa naissance ; ainsi l'Église communique la vie à l'enfant jusqu'à l'âge de raison, époque où il vit de sa propre vie, comme l'enfant sorti du sein de sa mère.
Comment les enfants ont-ils pu être sauvés avant l'institution du Baptême ? — Par la circoncision ou par une pratique extérieure de piété, sous la loi mosaïque et du temps des patriarches ; et chez les Gentils par un moyen semblable, par un acte extérieur de religion, comme le sacrifice.
Le péché originel ne peut-il être effacé que par le Baptême qu'on donne avec de Veau f — Le péché originel peut encore être effacé par le martyre^ ce qu'on appelle baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu, Joint à un vrai désir de recevoir le Baptême, ce qu'on appelle baptême de bonne volonté.
Qu'est-ce que le martyre ? — C'est la mort soufferte pour avoir rendu témoignage à Jésus-Christ ou à la religion. -— Celui qui mourrait pour n'avoir pas voulu consentir à commettre un péché contre une vertu chrétienne, serait-il martyre ? — Il n'y a aucun doute. — Le martyre peut-il tenir lieu du baptême pour les enfants comme pour les adultes ? — Oui, car Jésus- Christ dit sans exception : « Celui qui aura perdu la vie à cause de moi la retrouvera. » Or, un enfant qu'on fait mourir par haine de la religion perd la vie à cause de Jésus-Christ. L'Église honore comme martyrs les enfants massacrés par le roi Hérode en haine de Jésus-
Christ. On conçoit que Dieu les justifie, quoiqu'ils ne concourent en rien à cette justification, puisque le Baptême justifie les enfants, indépendamment de leur volonté.
En est-il de même du baptême de volonté pour un adulte ? — Oui, un adulte peut-être justifié par un acte de parfait amour de Dieu, joint à un vrai désir de recevoir le Baptême. — Comment le savez-vous ? — C'est la croyance de l'Église, et cette croyance est fondée : 1° sui' ces paroles de saint Paul : « Quiconque aura invoqué le nom du Seigneur sera sauvé » ; et sur celles-ci de Xotre-Seigneur : « Quiconque ne croira pas sera condamné. » Ce qui montre que dans certaines circonstances la foi qui opère par la charité peut sauver ; 2» sur ce principe de justice : puisque la volonté est réputée pour le fait, lorsqu'il s'agit de commettre un péché et de se damner, il est juste que la volonté soit aussi réputée pour le fait, lorsqu'il s'agit du salut. Saint Ambroise, faisant l'éloge funèbre du jeune Valentinien, n'hésite point à le considérer comme sauvé et dit qu'on ne pouvait douter qu"il n'eût obtenu de Dieu l'effet du Baptême qu'il avait ardemment désiré. Ce jeune prince avait été assassiné sans avoir reçu le Baptême, dans le moment même qu'il se préparait à aller à Milan pour se faire baptiser par saint Ambroise.
11 y a donc trois sortes de baptêmes ? — Si vous le voulez ; cependant il n'y a qu'un seul sacrement de Baptême ; car le baptême de sang et le baptême de volonté ne sont pas des sacrements, quoiqu'ils produisent la grâce sanctifiante. — Le baptême de volonté dispense-t-il de recevoir le baptême d'eau ? — Non, il faut encore recevoir le baptême d'eau^ qui seul imprime le caractère du chrétien. — Lequel de ces trois baptêmes est le plus excellent ? — C'est le baptême du sang, parce qu'il est une plus vive expression et une plus parfaite imitation de la passion du Sau-
veur, une profession plus authentique delà foi chrétienne et l'acte d'une plus parfaite charité.
En 496, de nombreux essaims d'Allemands avaient passé le Rhin et fait une irruption soudaine en Alsace, Sigebert se mit à la tête d'une armée pour les repousser. Clovis le joignit, et ils livrèrent bataille à Tennemi près de la ville de Tolbiac, à quatre lieues de Cologne. L'action fut vive et opiniâtre ; Sigebert fut blessé dès le commencement du combat. L'armée française pliait et allait être mise en déroute, quand Aurélien, l'un des principaux officiers de Clovis, s'adressant à ce prince : « Seigneur, lui dit-il, une ressource vous reste ; croyez en ce Dieu que Clotilde vous annonce, et le Maître du ciel et de la terre vous fera remporter la victoire sur vos ennemis. » Alors Clovis, levant au ciel ses yeux baignés de larmes, s'écria : « Christ, vous que Clotilde annonce comme le Fils du Dieu vivant, comme un Dieu qui donne du secours à ceux qui l'implorent dans leurs afflictions, et la victoire à ceux qui mettent en lui leur confiance^ j'ai recours avec soumission à votre pouvoir suprême; si vous me faites gagner la bataille^ je vous adorerai à l'avenir et je me ferai baptiser en votre saint nom. »
A peine Clovis eut-il prononcé ce vœu, que ses troupes se sentirent pénétrées d'un courage extraordinaire, et Clovis remporta une victoire complète. La reine Clotilde fit prier saint Rémi de se rendre auprès du roi pour l'instruire en secret. Il apprit qu'il fallait, pour être chrétien, renoncer au culte des idoles et adorer Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Ayant consulté les Francs sur leurs dispositions, ceux-ci s'écrièrent : « Nous renonçons au culte des dieux périssables, et nous voilà prêts à reconnaître le Dieu qu'annonce l'évêque de Reims. » Aussitôt que saint Rémi eut appris un événement aussi heureux, il fil tout
disposer pour la cérémonie, et quand le' roi fut entré dans le baptistère, Rémi lui dit : « Fier Sicambre, baissez la tête et humiliez votre cœur ; brûlez ce que vous adoriez, et adorez ce que vous brûliez. »
Cependant la foule était si pressée que l'ecclésiastique qui apportait le saint chrême ne put parvenir jusqu'au baptistère. Au moment de faire les onctions, le sain Pontife pria Dieu de venir à son secours, et aussitôt on vit une colombe apporter à saint Rémi une fiole pleine d'huile et disparaître après l'avoir déposée entre ses mains. Il se servit de cette huile pour faire les onctions, et l'odeur qu'elle répandit était si suave que tous les assistants dirent qu'ils n'en avaient jamais senti de pareille. Cette sainte Ampoule, conservée dans Téglise de Reims, a servi au sacre des rois de France jusqu'à la révolution de 1793.
En 337, l'empereur Constantin, se voyant près de mourir, résolut de recevoir le Baptême , qui lui fut administré par Eusèbe de Nicomédie. Ce prince reçut ce sacrement avec une grande joie et une vive reconnaissance ; il se sentit comme renouvelé et éclairé d'une lumière divine. On lui fit quitter la poui'pre, on le revêtit d'habits blancs, mais dont la magnificence était convenable à sa dignité. Alors élevant la voix, il adressa sa prière à Dieu pour lui rendre grâces d'un tel bienfait, et finit par ses paroles : « C'est maintenant que je me trouve véritablement heureux, je puis me croire digne de la vie immortelle. Quel éclat de lumière luit à mes yeux ! Quel malheur d'être privé de tels biens ! »
Comme ses principaux officiers lui témoignaient leur douleur de le perdre et priaient Dieu de prolonger ses jours : « Mes amis, leur dit-il, la vie où je vais entrer est la véritable vie ; je connais mieux que personne les grands biens que je viens d'acquérir et ceux qui m'attendent ; je me hâte d'aller à Dieu. »
On faisait des réjouissances à Rome, et l'empereur Dioclétien s'y était rendu. Le comédien Genès, pour divertir la cour, contrefît les cérémonies du Baptême. Il parut couché sur le théâtre, comme s'il eût été malade, et demanda' à être baptisé pour mourir tranquille. Deux autres comédiens travestis l'un en prêtre et l'antre en exorciste lui dirent : « Mon enfant pourquoi me faites vous-venir ?» A l'instant le cœur de Genès fut changé et il répondit très sérieusement : « Parce que je veux recevoir la grâce de Jésus-Christ, et, par sa sainte régénération, obtenir la délivrance de mes péchés. » On crut qu'il ne faisait que continuer son rôle. On accomplit les cérémonies du sacrement, et quand on l'eut revêtu de ses habits blancs, des soldats le prirent et le présentèrent à l'empereur pour être interrogé comme les martyrs. Genès, profitant de la facilité naturelle qu'il avait pour la parole, d'un air et d'un ton inspirés, fit ce discours du lieu où il était : (( Écoulez, empereur, courtisans, sénateurs, plébéiens, tous les ordres de la superbe Rome, écoutez-moi. Naguère, lorsque j'entendais seulement proférer le nom de Jésus-Christ, j'en frissonnais d'horreur, et j'outrageais autant qu'il était en moi ceux qui professaient sa doctrine ; j'ai pris en haine même plusieurs de mes proches et de mes alliés, à cause du nom chrétien, et j'ai détesté cette religion, au point de m'instruire de ses mystères, comme vous l'avez pu voir, afin d'en faire une dérision publique ; mais au moment où l'eau du Baptême a touché mon corps, mon cœur s'est changé, et à l'interrogation qu'on m'a faite, j'ai répondu sincèrement que je croyais. Je voyais une main s'étendre du haut des cieux, et des anges étincelants de lumière planer au-dessus de moi. Ils ont lu dans un livre terrible tous les péchés que j'ai commis dans mon enfance, le sont effacés aussitôt après ; ils m'ont ensuite montré
le livre plus blanc que la neige. Vous donc, maintenant, grand empereur, et vous, spectateurs de toutes conditions, que nos jeux sacrilèges ont fait rire de tous ces mystères, croyez avec moi, qui suis plus coupable que vous, que Jésus-Christ est le Seigneur, le digne objet de nos adorations, et tâchez d'en obtenir aussi miséricorde. »
L'empereur Dioctétien, également irrité et surpris, fit d'abord frapper Genès à coups de bâton; puis il le remit au préfet Plantin, afin de le contraindre à sacrifier aux idoles. Le préfet employa toutes les tortures en pure perte. Genès répondit constamment: « Il n'est point de maître comparable à celui qui vient de m'apparaître; je l'adore et le chéris de toute mon âme ; quand j'aurais mille vies à perdre, rien ne me séparera de lui ; jamais les tourments ne m'ôteront Jésus-Christ de la bouche et du cœur : je sens la plus vive horreur de tous mes égarements passés, et je regrette d'avoir commencé si tard à le servir. » On s'aperçut que son éloquence faisait impression, et Ton s'empressa de lui trancher la tête.
Saint Chroman, préfet de Rome, s'étant converti et ayant reçu le Baptême avec toute sa famille, donna la liberté à ses esclaves en disant: «Vous êtes maintenant enfants de Dieu, vous ne devez plus être les esclaves d'un homme. « Une multitude d'autres ont agi de même en pareille circonstance.
En parcourant l'histoire, on trouve une multitude d'exemples qui prouvent: 1° que le Baptême a changé totalement le cœur ne ceux qui l'ont reçu et rendu les princes, les rois, les empereurs et les maîtres, moins barbares, plus humains et plus compatissants ; 2" qu'il est devenu comme le principe de l'abolition de l'esclavage et de l'infanticide. Par le Baptême, l'enfant devient le frère d'un ange et même le frère d'un Dieu ;
il mérite noire tendresse, notre compassion, notre respect. Il y a donc dans le Baptême une vertu vraiment divine qui élève l'homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa nature corrompue.