DE L ADMINISTRATION, DES CEREMONIES ET DES OBLIGATIONS DU BAPTEME
Qui sont ceux qui peuvent baptiser ?— Dans le cas de nécessité, toute personne peut et doit baptiser.
Il n'est donc pas nécessaire d'être prêtre pour conférer le sacrement de Baptême ? — Non, un laïque, homme ou femme, catholique ou hérétique, schismatique, juif ou intidèle, baptise validement ; pourvu qu'il observe tout ce qui est essentiel dans la matière et dans la forme du sacrement, et qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Église, l'enfant est justifié. — Pourquoi, en cas de nécessité, toute personne peut et doit baptiser ? — Parce que le Baptême étant d'une néces site absolue pour le salut, Jésus-Christ a voulu que personne n'en fût privé par défaut de ministre. — Les pères et les mères peuvent-ils baptiser leurs enfants ?— Oui, lorsqu'il ne se trouve personne pour baptiser à leur place. — S'il y a plusieurs personnes, quelle est celle qui doit baptiser ? — Un ecclésiastique préférablement à un laïque, un catholique à un hérétique, un homme à une femme, de grandes personnes à des enfants, celui qui sait baptiser à celui qui ne sait pas.
Dans quels sentiments doit-on conférer le Baptême ?
— Avec tous les sentiments de respect et de religion que demande une action aussi sainte. — Une personne en état depéclié mortel devrait-elle baptiser? — Oui, si elle était seule, ou si les autres refusaient de baptiser; mais auparavant elle devrait s'efforcer de purifier sa conscience par la contrition parfaite. — Tous les fidèles sont donc obligés de savoir la manière de baptiser ?
— Oui, puisque tous peuvent et doivent baptiser en cas de nécessité.
Lorsque l'évêque a donné la permission d'ondoyer un enfant à la maison, est-il permis de différer longtemps les cérémonies du Baptême? —Non, on doit user de sévérité à l'égard des parents qui négligeraient de remplir ce devoir. — A qui appartient-il de baptiser solennellement avec les cérémonies de l'Église ? — Aux évoques, aux curés, aux prêtres, et par extraordinaire aux diacres, avec la permission de l'évêque.
Comment faut-il faire pour baptiser ? — Il faut que celui qui baptise verse de Veau naturelle sur la personne, disant en même temps : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Église.
Pourquoi faut-il verser de l'eau ? — Parce qu'il ne suffit pas de toucher le catéchumène avec un doigt mouillé, il faut que les paroles que prononce le ministre soient vraies, c'est-à-dire qu'il lave véritablement, et par conséquent qu'il répande assez d'eau pour qu'on puisse dire qu'il lave, et que l'eau ne s'arrête pas sur les cheveux, mais qu'elle touche la peau.— Qu'entendez-vous par eau naturelle ? — L'eau qui vient naturellement, c'est-à-dire telle que Dieu l'a créée, comme l'eau de fontaine, de puits, de rivière, de mer, d'étang, de pluie, et généralement toute eau qui n'est point artificielle ou composée par l'industrie des hommes, comme l'eau de cologne, l'eau de rose.
ÛUATRIÈME SOIRÉE. 43
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il ciioisi l'eau plutôt que tout autre liquide pour être la matière du sacrement de Baptême ? — Selon saint Thomas, c'est: l*' parce qu'elle est comme le principe des choses, puisqu'il est dit dans l'Écriture qu'à la création du monde l'Esprit- Saint était porté sur les eaux pour leur donner une vertu fécondante ; ^^ parce que Dieu a purifié le monde par les eaux du déluge ; 3» parce que c'est ce qu'il y a de plus commun et de plus facile à trouver ; 4° parce qu'elle exprime mieux les eifets du Baptême, car l'eau purifie, rafraîchit et fournit la lumière ( le gaz) ; or, le Baptême purifie l'âme, éteint ou amortit le feu delà concupiscence et éclaire l'intelligence.
Quelles sont dans l'Ancien Testament les figures du Baptême?— La création du monde, le passage delà mer Rouge, les eaux amères du désert, la guérison de Naaman en se lavant dans le .Jourdain, la piscine de Jérusalem qui guérissait tous les malades qui y descendaient, lorsque l'ange avait remué l'eau. — Faut-il que l'eau soit bénite ?— Oui, hors le cas d'une pressante nécessité, parce que cette bénédiction n'est pas nécessaire pour la validité du sacrement.
Sur quelle partie du corps faut-il verser l'eau ? — Sur la tête, parce que c'est la partie principale du corps et comme le siège de tous les sens, et que la tête étant lavée, l'homme est censé l'être tout entier. — Si l'on ne pouvait verser l'eau sur la tête, que faudrait-il faire?
La verser sur la poitrine ou sur toute autre partie ; mais comme ce Baptême serait douteux, on devrait le conférer de nouveau sous condition, si ensuite on pouvait verser l'eau sur la tête.
Est-il nécessaire d'exprimer nommément chacune des trois personnes de la Trinité ? — Oui ; si l'on baptise au nom de la Trinité, ou si on ne nomme pas les trois personnes divines, le Baptême est nul. — Les
apôlres n'ont-ils pas baptisé au nom de Jésus-Christ seulement ? — Non ; ils ont conféré le Baptême de Jésus-Christ et non celui de Jean, ou bien on veut dire que le Baptême qu'ils donnaient tire toute sa vertu de Jésus-Christ.
Pourquoi invoque-t-on nommément les trois personnes divines ?— Pour nous apprendre : 1° que parle Baptême nous devenons enfants de Dieu le Père, frères de Dieu le Fils, et les temples du Saint-Esprit ; 2° que notre régénération a pour principe et pour modèle la génération du Fils de Dieu ; 3° que la ressemblance des trois personnes divines est empreinte dans notre âme ; 4° que le premier et le plus important des sacrements sort des entrailles du premier et du plus adorable mystère de la foi.
Pourquoi verse-t-on Teau par trois fois ? — A peu près pour les mêmes raisons ; cependant cette circonstance n'est pas nécessaire au Baptême, qui serait valide, quand on ne verserait l'eau quune seule fois. — Pourquoi la verse-t-on en forme de croix ? — Pour faire entendre que la grâce du Baptême provient des mérites de Jésus-Christ mort sur la croix.
De combien de manières donne-t-on le Baptême ? — De trois manières : par infusion ou ablution, comme on fait aujourdliui en versant de l'eau sur la tête de celui qu'on baptise ; par immersion, en plongeant trois fois le corps en entier dans l'eau, et cet usage a subsisté longtemps dans l'Église ; enfin par aspersion, en aspergeant avec de l'eau la personne à baptiser, et l'on croit que ce fut ainsi que saint Pierre baptisa trois mille personnes dans un jour, et cinq mille un autre jour. — Quelle est la meilleure manière ? — L'une vaut l'autre pour la sanctification de l'âme ; mais le Baptême par immersion représente d'une manière plus sensible le mystère de la sépulture et de la résurrec-
rection de Jésus-Christ, la mort du chrétien au péché et sa régénération sxjirituelie.
Est-il nécessaire que la personne qui verse l'eau prononce les paroles ? — Oui, autrement les paroles de la forme ne seraient pas vraies, puisqu'en réalité celui qui dirait, je ^e 6a/) ^ise, ne baptiserait pas. — Où doit se conférer le Baptême ? — A l'église paroissiale, hors le cas de nécessité.
L'administration du Baptême est accompagnée de cérémonies très anciennes, très augustes et très édifiantes. Et d'abord la sage-femme en vous présentant à l'Église ; est accompagnée du parrain et de la marraine et d'une personne qui porte an vase rempli d'eau, pour baptiser en chemin, si l'enfant est en danger de moit.
Le parrain et la marraine ont répondu pour l'entant et sont devenus sa caution des engagements qu'il a contractés. Ainsi on ne donne point pour parrains et marraines des enfants, des ignorants, des infidèles, des hérétiques ou des schismati([ues, des apostats, des pécheurs publics, mais des personnes vraiment chrétiennes, qui, à défaut des parents, soient capables d'instruire et de donner le bon exemple. De même, dit saint Augustin, que quand un enfant vient au monde on lui cherche un précepteur pour l'instruire et le diriger, ainsi, quand il naît à la grâce, on lui donne des maîtres dans son parrain et sa marraine.
Lorsqu'on présente pour parrains et marraines, des personnes qui ne remplissent pas leurs devoirs religieux, le curé ne peut pas les recevoir ; parce qu'on ne doit jamais accepter pour caution ceux qui ne paient pas leurs dettes ou qui sont insolvables ; on ne joue pas la comédie dans le heu saint. Ne serait-ce pas se moquer de Dieu que de voir des chrétiens promettre que tel enfant remplira ses devoirs religieux, tandis
qu'eux-mêmes les foulent aux pieds ? Dire à la face des saints autels qu'ils croient en Dieu, en Jésus- Christ et à la sainte Église, qu'ils renoncent à Satan, à ses pompes et à ses œuwes, tandis quils démentent leur foi par leur conduite, qu'ils sont les esclaves et nijme les ministres de Satan. Voyez donc quelle est la la bonté et la tendresse de l'Église, qui veut nous donner pour parrains et pour marraines des personnes d'une bonne conduite et qui puissent, le cas échéant, remplacer nos pères et mères.
Le ministre demande quel nom on veut donner à l'enfant; jusque-là il n'a pas de nom, il est moins que rien devant Dieu. Il n'est quelque chose que lorsqu'on lui donne un nom, et le nom qu'on lui impose est noble et illustré par des vertus héroïques, infiniment plus grand et plus noble que tous les noms des princes et des rois, dont on se glorifie dans le monde, c'est le nom d'un Saint.
Le prêtre souffle sur l'enfant pour chasser le démon 1° Ce souffle exprime la nouvelle création qui s'opère parle Baptême. Pour animer le corps d'Adam, Dieu tira un souffle de sa poitrine ou de son cœur, et Adam fut fait en âme vivante. Ézéchiel souffle sur des ossements desséchés pour les faire revivre. 2° Ce souffle signifie que le Saint-Esprit qui procède d'un soupir de Dieu le Père et de Dieu le Fils, lui est communiqué ; ce souffle nous apprend que le chrétien participe au sacerdoce de Jésus-Christ pour offrir à Dieu des victimes et étendre son royaume. i° Enfin, il fait voir toute la faiblesse du démon, puisque l'Église ne daigne employer qu'un souffle pour le mettre en fuite.
Le prêtre fait le signe de la croix sur les membres, de l'enfant pour marquer que tous ses membres, tous ses organes, tous ses sens sont consacrés à Dieu par Jésus-Christ, que la croix est son partage, qu'il doit
a porter sur son corps, dans son âme , dans ses pensées, dans ses désirs et dans toutes ses actions.
11 lui fait un signe de croix sur le front et sur la poitrine, pour lui faire connaître qu'il ne doit jamais rougir de la croix, que son amour doit être crucifié, qu'il ne doit plus aimer le monde, mais Jésus-Christ crucifié pour nous.
Il lui met du sel bénit dans la' bouche pour lui marquer qu'étant devenu membre de Jésus-Christ, la sagesse vivante de Dieu, toutes ses paroles doivent être assaisonnées de prudence, de douceur, de charité, de pureté et de sainteté, propres à édifier le prochain.
Il lui met de la salive aux narines et aux oreilles, en disant : Éphpheta, ouvrez-vous, comme fit autrefois Jésus-Christ pour chasser le démon et guérir un sourdmuet. Il veut signifier qu'il doit avoir les oreilles ouvertes aux vérités de l'Évangile ; en sentir la bonne odeur et en comprendre toute l'excellence.
Affranchi de l'esclavage du démon, il lui dit d'entrer dans le temple de Dieu pour 'avoir la vie éternelle. Il lui demande s'il renonce à Satan, à ses œuvres et à ses pompes, et il répond par la bouche de son parrain et de sa marraine qu'il y renonce. Il lui fait, avec l'huile des catéchumènes, une onction sur la poitrine et entre les épaules pour le disposer à combattre avec courage, comme un généreux athlète, les ennemis de Dieu, et à porter avec joie le joug de Jésus-Christ par l'onction et le secours de sa grâce.
Ce n'est pas assez de renoncer au démon et à ses œuvres, pour être admis à la société des fidèles, il faut encore faire profession de la doctrine catholique. C'est pourquoi il demande : Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, en Jésus-Christ, son Fils unique, au Saint- Esprit, à la sainte Église catholique, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle ; il répond qu'il y croit.
Lorsqu'il s'agit d'être reçu dans une société quelconque, civile, commerciale, littéraire, il faut déclarer qu'on en accepte les lois et les obligations. Rien n'est plus juste, pour jouir des avantages que procure une société, on doit aussi en supporter les charges. Or, l'Église est une société dont les membres obtiennent des avantages inappréciables ; il est donc juste qu'ils en acceptent aussi les conditions onéreuses. Dès les temps apostoliques, on n'admettait au Baptême que ceux qui connaissaient la religion chrétienne et promettaient solennellement de la pratiquer dans toute son étendue.
Le prêtre lui dit : « Voulez-vous être baptisé ? » Et il répond : Je le veux. Jésus-Christ ne veut à son service que des cœurs généreux et de bonne volonté, il repousse tout hommage forcé.
Le prêtre prend de l'eau au baptistère, en verse trois fois sur la tête en disant : Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Puis avec le saint Chrême il fait une onction sur la tête, pour marquer que le chrétien est uni à Jésus-Christ comme un membre à son chef, que ce divin Sauveur le rend participant de sa royauté et de son sacerdoce. Dieu ne veut que des nobles et des rois à son service ; Jésus- Christ lui-même a reçu de son Père une onction spirituelle pour nous la communiquer, pour faire de nous autant de prêtres et de rois. Le jour de notre Baptême a été le jour de notre sacre, qui nous a rendus dignes de nous adresser à Dieu de la part de son Fils et comme ses membres, de lui offrir des hosties spirituelles, des prières, des aumônes, des mortifications et des actions saintes.
Autrefois, en sortant du baptistère, les nouveaux baptisés étaient revêtus d'habits blancs qu'ils portaient pendant huit jours. De là vient que le premier
dimanche après Pâques s'appelle encore le dimanche de la déposition des habits blancs, parce que c'était le Samedi saint qu'on donnait solennellement le Baptême aux adultes. Aujourd'hui le prêtre met sur la tête des baptisés, le chrêmeau, qui tient lieu de robe blanche et qui marque l'innocence que le sacrement leur a procurée, et il leur dit de la conserver et de la présenter sans tache au tribunal de Jésus-Christ pour avoir la vie éternelle.
Enfin, on a placé l'enfant sur l'autel et on lui a mis en main un cierge allumé, pour signifier qu'étant devenu un enfant de lumière, il doit briller dans la maison de son Père comme une lampe ardente et luisante ; que son cœur doit brûler sans cesse du feu du divin amour; et que l'éclat de ses vertus doit éclairer et édifier tous les fidèles.
Le prêtre rappelle au parrain et à la marraine qu'ils ont contracté un empêchement de mariage avec leur filleul et ses parents; puis il rédige l'acte qu'il signe avec le parrain et la marraine. Cet acte constate le plus beau titre de noblesse, du chrétien sa qualité de fils de Dieu qui lui donne droit d'entrer au ciel. Pendant que le prêtre récrit sur la terre, les anges en font un double et le déposent dans les archives de l'éternité. C'est d'après cet acte qu'il sera jugé; on le lui représentera au tribunal de Dieu et on examinera s'il a été fidèle aux engagements qu'il a contractés.
Quels sont les engagements contractés par nous au Baptême ? — C'est d'accomplir fidèlement les promesses faites en le recevant.— Quelles sont ces promesses ?— Celles qui résultent du sacrement sont manifestées par les paroles que prononce le prêtre en le conférant : Je te baptise, etc. — Que signifient ces paroles ? — Que par le Baptême nous sommes consacrés à un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, ou bien que nous
sommes les enfants adoptifs de Dieu le Père, les frères de Dieu le Fils et les temples du Saint-Esprit.
Que devons-nous à Dieu en qualité d'enfants adoptifs ? — Nous devons le respecter, l'aimer, lui obéir et l'assister, comme fait un fils bien élevé à l'égard de son père. — Comment devons-nous respecter Dieu ? — En ne parlant jamais de lui qu'avec un très profond respect. — Comment devons-nous l'aimer ? — Comme un fils aime son père, non pour les avantages que nous recevons, de lui mais parce qu'il est notre Père ; et nous devons lui témoigner cet amour dans nos paroles et nos actions, en lui rendant gloire et en prenant partout sa défense. — Comment devons-nous lui obéir? — Promptement, avec joie et en toutes choses. — Comment devons-nous l'assister ?— En faisant Taumône ou rendant service au prochain, puisqu'il regarde comme fait à lui-même ce qui est fait au prochain. — Un fils peut-il, s'il est riche, laisser son père dans l'indigence? — Non; ce serait un monstre d'ingratitude. Un fils bien élevé doit se sacrifier pour son père.
L'histoire raconte que le fils de Crésus, muet de naissance, qui voyait qu'un soldat voulait tuer son père, ignorant qu'il fût le roi, fit tant d'efforts pour empêcher ce meurtre, qu'il rompit le lien par lequel la nature lui retenait la langue et cria: « Garde-toi bien de tuer mon père^ c'est le roi. »
Que nous apprend cet exemple ? — Que nous devons agir de la sorte, lorsque nous voyons offenser Dieu ou qu'on blasphème son saint nom. — Mais si Dieu nous envoie des peines ou des maladies ? — Nous devons les recevoir avec résignation et même avec joie, bien convaincus que Dieu ne nous afilige que pour notre plus grand bien.
Que devons-nous au prochain en notre qualité de frère de Jésus-Christ ? — Nous devons aimer, respecter
et servir le prochain, comme si c'était Jésus-Christ. — Pourquoi cela ? — Parce que tout chrétien est frère de Jésus-Christ, et que ce divin Sauveur regarde comme fait à lui-même ce que l'on fait au plus petit d'entra ses frères, ou plutôt parce que tout chrétie*n est membre de Jésus-Christ. Or, aimer, honorer un membre ou lui venir en aide, c'est aimer, honorer et soulager la personne elle-même.
Que devons-nous à nous-mêmes en qualité de temples du Saint-Esprit ? —Nous conduire envers nousmêmes^ comme envers un temple. — Que doit-on faire pour un temple ? — On doit : 1^ l'orner; 2" éviter d'y commettre des immodesties; 3° y chanter les louanges de Dieu; 4° y offrir à Dieu des sacrifices. — Comment devons-nous orner notre temple ? — Par la pratique de toutes les vertues chrétiennes. — Quelles immodesties devons-nous éviter ? — Tout ce qui peut souiller l'âme ou le corps, et surtout les péchés d'impureté et d'inteiipérance. — Comment devons-nous y chanter et y prier ? — En élevant notre cœur vers Dieu et en le priant en nous, comme si notre cœur était un oratoire.
— Quels sacrifices devons-nous lui offrir ? — Le sacrifice de nous-mêmes, de nos pensées, de nos désirs, de nos affections et de nos actions.
A quoi sommes-nous encore obligés en vertu du Baptême ? — - D'accomplir fidèlement les promesses que nous avons faites en recevant le Baptême ; c'est à Dieu que nous les avons faites et le prêtre les a reçues en son nom, et ce n'est que sur notre promesse de les accomplir que Dieu nous a adoptés pour ses enfants.
Quelles promesses avons-nous faites en recevant le Baptême ? — Nous avons promis de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses pompes et de vivre selon la foi.
— Qu'appelez-vous Satan ? — Satan est le démon qui a tenté nos premiers parents, qui a entraîné dans sa
chute une multitude d'anges et qui fait encore tous ses efforts pour nous perdre. — Qu est-ce que renoncer à Satan ? — C'est déclarer qu'on ne veut lui obéir en rien, le regarder comme un ennemi et lui déclarer la guerre.
Qu'entendez-vous par les œuvres du démon? — Toutes sortes de péchés, parce que c'est le démon qui est le premier pécheur et qui porte les hommes au péché. — Qu'est-ce que renoncer à tout péché ? —C'est renoncer à toute pensée, à tout désir, à toute parole et à toute action contraires à la loi de Dieu.
Qu'appelez-vous les pompes du démon ? — Ce sont les maximes, les plaisirs et les vanités du monde. — Qu'est-ce qu'une maxime ? — C'est une règle à suivre dans la conduite de la vie. — Qu'est-ce que les maximes du monde ? — Ce sont de faux principes sur lesquels les mondains règlent leur conduite, par exemple : chacun pour soi, chacun doit tâcher de faire de bonnes affaires, de s'enrichir, de vivre dans la bonne chère, d'obtenir de hauts emploits ; c'est une bassesse de ne pas se venger, de vivre pauvrement, quand on est riche ; il faut s'amuser dans lajeunesse, etc.— Pourquoi renonce-t-on aux maximes du monde ? — Parce qu'elles sont fausses, pernicieuses, opposées à celles de Jésus- Christ. — Quelles sont les maximes de Jésus-Christ ' — En voici quelques-unes : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui souffrent, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui sont persécutés pour la juslice ! Malheur à vous riches ; malheur à vous qui riez, parce que vous pleurerez. Faites du bien à vos ennemis, etc. »
Quels sont les plaisirs du inonde ? — Ce sont les délices de la vie, les jeux, les danses, les spectacles et tous les divertissements profanes. — Quelles sont les vanités du monde? — Ce sont les ajustements, les modes, les meubles précieux et, généralement, ce qui
respire le luxe et la magnificence. — Pourquoi appellet-on vanilés toutes ces choses ? — Parce qu'elles n'ont qu'une vaine apparence ; elles ressemblent à ces nuages que le soleil couchant dore de ses rayons et qu'on prendrait pour tout ce qu'il y a de plus riche, pour des pierreries et des diamants, et qui ne sont que de la vapeur.
Pourquoi les maximes, les plaisirs et les vanités du monde sont-ils regardés comme les pompes du démon ? — Parce que c'est par leur faux éclat que le démon séduit les hommes et les entraîne dans toutes sortes de vices. — Pourquoi, pour être baptisé, faut-il renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses pompes ? — Parce qu'il est impossible de servir deux maîtres. Dieu et le monde.
Qu'est-ce que vivre selon la foi ?— C'est croire toutes les vérités que la foi enseigne et pratiquer les œuvres qu'elle prescrit.
Comment un enfant qui vient de naître peut-il faire les promesses du Baptême ? — Il les fait d'abord par la bouche de ses parrain et marraine, et il les fait ensuite lui-même, lorsque, parvenu à l'âge de raison, il professe la religion chrétienne. — Quelqu'un peut-il être obligé en conscience d'accomplir des obligations qu'il ne connaissait pas et que d'autres ont contractées pour lui ? — Sans aucun doute. Un riche seigneur, sur le point de mourir, fait un testament en faveur du fils d'un pauvre berger, âgé de dix jours, devenu orphelin par la mort de ses parents. Le tuteur accepte au nom de son pupille cette riche succession qui consiste en un million de revenu. Cependant il y a des charges à supporter pour deux ou trois cent mille francs. Cet orphelin étant devenu majeur prétend qu'il n'est pas obligé de remplir un engagement qu'un autre a accepté pour lui et qu'il ne connaissait pas lui-même. L'atfaire est
portée devant les tribunaux, et les juges prononcent cette sentence: « Il faut choisir entre cette alternative ou renoncez à la succession, ou remplissez les charges qui y sont attachées : car la justice veut que celui qui jouit des avantages supporte en même temps les charges. »
Que représente ce fils de berger ? — Chaque chrétien qui, au moment du Baptême, devient l'héritier du ciel ; son tuteur spirituel accepte en son nom, et promet que son filleul remplira les engagements qu'il a contractés pour lui. Mais si, parvenu à l'âge de raison ce chrétien refuse de les remplir, sous prétexte qu'il ne les a pas contractés lui-même ou qu'il ne les connaissait pas, il faut, en vertu de la plus rigoureuse justice, qu'il renonce au ciel. — Ne vaudrait-il pas mieux pour conférer le Baptême, attendre que l'enfant ait atteint l'âge de raison ? — Non, car un grand nombre d'enfants meurent avant l'âge de raison, et s'ils n'avaient reçu le Baptême, ils seraient à jamais exclus du ciel.
A quoi reviennent les obligations du Baptême ? — A deux points principaux: 1" à ne rien faire qui puisse nous compromettre devant Dieu, nous déshonorer devant les hommes et nous rendre malheureux en cette vie et dans l'autre; 2° à faire tout ce qui dépend de nous pour nous rendre recommandables devant Dieu, honorables aux yeux du prochain et heureux pour ce monde et pour l'autre. — Qu'est-ce qui nous compromet aux yeux de Dieu ? — C'est le péché.— Et aux yeux du prochain?— C'est encore le péché. — Avez-vous jamais rencontré quelqu'un qui ait acquis l'estime ou l'honneur en s'abandonnant aux péchés capitaux? — Jamais: les orgueilleux, les avares, les impudiques, les envieux, les ivrognes et les paresseux sont méprisés ou avilis. — Qu'est-ce que renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres ? — C'est renoncer à tout ce qui avilit ou
dégrade l'homme. — Qu'est-ce qui rend l'homme malheureux dans ce monde ou dans l'autre ? — C'est le péché qui tue l'âme et la tourmente.
Qu'est-ce qui rend l'homme recommandable aux yeux de Dieu ? — C'est la pratique de la vertu ; témoin la conduite d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph, de Tobie, de Job. — Qu'est-ce qui le rend honorable aux yeux du monde ? — C'est le travail, le dévouement, l'honnêteté, la patience, la charité, en un mot la pratique des vertus chrétiennes. Partout Ton rencontre des grands et des riches méprisables et méprisés, et de pauvres ouvriers, des domestiques très honorables et très estimés. — D'où cela vient-il. ? — Des raisons que nous venons d'exposer.
Exprimez les promesses du Baptême dans leur véritable sens ? — Je pourrais les énoncer par cette formule : « Je renonce à tout ce qui pourrait me rendre coupable devant Dieu, me déshonorer aux yeux des hommes et me tourmenter au fond de l'âme, et je promets de faire tous mes efforts pour me rendre recommandable aux yeux de Dieu, honorable devant les hommes et heureux en moi-même. )> — Est-ce là une condition bien onéreuse ? — Non, cela revient à promettre de faire tous ses efforts pour se bien porter.
Le saint diacre Murito, ayant tenu sur les fonts sacrés un jeune homme nommé Elpidophore, eut la douleur de le voir devenir apostat et persécuteur des chrétiens. Un jour qu'il exerçait publiquement la persécution au milieu d'une foule immense, le saint diacre parut tout à coup. Il avait conservé les vêtements blancs dont Elpidophore avait été revêtu, lorsqu'il fut baptisé, et les lui montra en lui adressant ces foudroyantes paroles : « Voilà les témoins de ton apostasie ; ils t'accuseront au tribunal du souverain Juge. La voilà cette robe blanche dont je t'ai revêtu sur les fonts
sacrés ; elle demandera vengeance contre toi ; elle se changera en vêtement de flammes qui te dévoreront durant l'éternité tout entière. « Ceux qui entendirent ces paroles fondirent en larmes, et Elpidophore se retira couvert de confusion.
DE LA NATURE, DE LA NECESSITE ET DU MINISTRE DU SACREMENT DE CONFIRMATION.
Qu'est-ce que la Confirmation ? — La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint- Esprit avec l'abondance de ses grâces pour nous rendre parfaits chrétiens.
Que veut dire le mot confirmer ? — Il signifie affermir ou fortifier. — Pourquoi le second sacrement est-il appelé Confirmation ? — Parce qu'il fortifie et aft^rmit la vie de la grâce que le chrétien a reçue dans le Baptême. — Qu'entendez-vous quand vous dites que la Confirmation donne le Saint-Esprit ? — J'entends que le Saint-Esprit, dont le chrétien est devenu le temple, habite en lui d'une manière particulière, s'il reçoit la Confirmation avec de saintes dispositions. — Pourquoi ajoutez-vous, avec l'abondance de sesgrâees'i
— Pour signifier que l'Esprit-Saint descend dans l'àme du confirmé avec tous ses dons. — Pourquoi dites-vous que la Confirmation rend parfait chrétien ?
— Parce qu'elle achève ce que le Baptême avait com-
mencé, et qu'elle est comme la perfection et la consommation du Baptême. — Est-ce que le Baptême est imparfait ? — Non, en faisant naître l'homme à la vie de la grâce, le Baptême fait une œuvre parfaite, comme la nature, lorsqu'elle donne la vie à ses enfants ; mais la Confirmation, en le fortifiant dans la vie que donne le Baptême, perfectionne son ouvrage sans en diminuer le mérite, comme l'accroissement perfectionne l'enfant dans la vie naturelle qu'il a reçue de ses parents.
Comment sait-on que la Confirmation est un sacrement et non pas une simple cérémonie? — Par plusieurs raisons : 1° Parce que le saint Concile de Trente l'a ainsi défini ; 2o parce que la Confirmation est un signe sensible qui donne la grâce sanctifiante, comme on le voit par ces paroles de l'Écriture : « Les apôtres leur imposaient les mains et ils recevaient le Saint-Esprit. » Or, ce mot, Saint-Esprit, quand il est seul, exprime toujours dans l'Écriture, la grâce sanctifiante ; 3° parce que les saints Pères ont toujours regardé la Confirmation comme un sacrement ; 4° enfin, parce que Dieu a voulu que l'ordre surnaturel fût en parfaite harmonie avec l'ordre naturel. Or, dans l'ordre naturel, il y a une loi de progrès ; un être commence par exister, puis il se développe ; la plante, l'animal, l'enfant, naissent, puis grandissent ; lorsque l'arbre est greffe, on lui donne un tuteur pour l'affermir.
Les protestants admettent-ils la Confirmation comme un sacrement. — Non, ils prétendent que dans les premiers siècles, la Confirmation n'était qu'une cérémonie du Baptême ou une profession de foi. — Cette prétention est-elle raisonnable ? — Non, la Confirmalion a toujours été regardée comme un vrai sacrement ; ainsi : 1° dès les premiers siècles de l'Eglise, on la conférait aux enfants avec le Baptême et l'Eucharistie ;
2° quelquefois on l'administrait longtemps après le Baptême, et l'on défendait aux prêtres et aux diacres de la donner, parce que les évêques seuls pouvaient la conférer; 3° les premiers Pères de l'Église l'appellent sacrement et lui assignent toutes les conditions re quises pour un véritable sacrement ; i° ils la regardent comme nécessaire pour devenir parfait chrétien ; 5° ils la comparent au Baptême et à l'Eucharistie ; 6° ils lui appliquent les paroles des prophètes qui promettent l'effusion du Saint-Esprit sur le peuple fidèle.
Quelles ont été les figures de ce sacrement ? — Il paraît qu'il y a eu chez tous les peuples anciens une cérémonie religieuse pour l'enfant parvenu à l'âge de raison ou à l'adolescence ; ce qu'on peut regarder comme une figure de la Confirmation. — Ce sacrement a-t-il existé chez les Juifs ? — Non, la Confirmation, dit saint Thomas, étant le sacrement de la plénitude de la grâce, ne pouvait exister avec la loi dans son enfance et son imperfection.
Comment la Confirmation nous rend-elle parfaits chrétiens ? — En ce que la Confirmation augmente en nous la grâce du Baptême, et nous donne la force et le courage de nous déclarer disciples de Jésus- Christ, même au péril de notre vie.
Comment la Confirmation augmente-t-elle la vie de la grâce ? — Comme l'accroissement de l'enfant augmente en lui la vie du corps, comme ses progrès dans les sciences augmentent la vie de l'intelligence, et comme le développement de la plante lui donne plus de vie. Autre chose est de naître et de commencer à exister, et autre chose de croître, de grandir et de se développer ; la première est produite par le Baptême dans l'ordre de la grâce, et la seconde par la Confirmation.
Qu'est-ce à dire se déclarer disciples de Jésus-Christ?
— C'est faire une profession ouverte de croire toutes les vérités de la religion de Jésus-Christ cl de remplir tous les devoirs qu'elle prescrit.
Qu'arrive-t-il quand un enfant arrive à l'âge de raison ? — C'est pour lui l'époque solennelle de l'épreuve : le bien et le mal se présentent devant lui, et Dieu lui donne à choisir ; mais comme le mal s'offre avec plus d'attraits que le bien, il a besoin d'une grâce particulière pour embrasser le bien et pour se déclarer disciple de Jésus-Christ, pour soutenir sa cause, défendre sa doctrine et ses serviteurs, et s'opposer aux calomnies qui se répandent contre la religion et aux persécutions que lui suscitent les méchants.
Pourquoi ajoutez-vous : même au péril de notre r?e?
— Cest que la Confirmation nous rend capables de souffrir, de sacrifier, de perdre tout, s'il le faut, pour Vamour de Jésus-Christ.
Donnez un exemple de cette vérité ? — Les apôtres n'eurent pas plus tôt reçu le Saint-Esprit que, de faibles et timides qu'ils étaient, ils furent remplis de force et de courage, et confessèrent par toute la terre la foi de Jésus-Christ, sans craindre ni les prisons, ni les tourments, ni la mort même. — Aucun chrétien confirmé ne doit donc abandonner la foi ?— Non, et si quelqu'un l'abandonne, c'est ou parce que, n'ayant pas apporté les dispositions requises, il n'a pas reçu la grâce de la Confirmation, ou parce qu'il a perdu cette grâce par ses péchés et par le peu de soin de la conserver, ou parce qu'il l'a laissée s'affaiblir et s'éteindre.
Qu'avons-noas à craindre qui puisse nous séparer de Vamour de Jésus-Christ? — Nous avons à craindre les violences, les persécutions , les railleries des méchants, les mauvais exemples du monde, notre propre faiblesse et les tentations du démon.
Quelles violences avons-nous à craindre ? — Celles
que des pères et des mères, des maîtres et des maîtresses sansreligion exercent sur leurs enfants, leurs domestiques ou leurs ouvriers, pour les empêcher de remplir leurs devoirs religieux. — De quelles persécutions voulez-vous parler ? — Des persécutions cachées, qu'on rencontre dans les familles et dans les rapports entre les citoyens. — Pourquoi doit-on craindre les railleries des méchants ? — Parce que rien n'est plus capable d'abattre le courage d'un chrétien. Il n'est pas rare de rencontrer de vieux soldats, de grands capitaines qui n'ont jamais reculé devant l'ennemi, et qu'une simple raillerie fait trembler. — Qu'est-ce donc qu'une raillerie? — Pour un homme judicieux, ce n'est qu'une toile d'araignée ; mais pour un homme peureux, c'est un coup de foudre. — Qu'est-ce qu'un chrétien qu'une raillerie empêche de remplir son devoir ? — C'est un enfant qui rougit de son père, un français qui rougit de sa patrie, un soldat qui rougit de son drapeau, et cela à l'aspect d'un fantôme.
Qu'appelez-vous le monde ? — L'assemblage des hommes qui ne recherchent que les biens de la terre, les dignités et les plaisirs. — Pourquoi les exemples du monde sont-ils à craindre ?— Parce que les mauvais exemples entraînent presque Irrésistiblement ceux qui en sont témoins. — Comment cela ? — Parce qu'on se persuade aisément qu'il n'y a pas de mal à faire ce que tant d'autres se permettent, surtout lorsque ce sont des supérieurs ou des personnes notables. — Les mauvais exemples des chrétiens sont donc plus à craindre que les persécutions ? — Oui, les persécutions révoltent rame, les mauvais exemples l'amollissent; les persécutions multiplient les chrétiens, les mauvais exemples les perdent.
Pourquoi devons-nous craindre notre propre faiblesse ? — Parce qu'elle est beaucoup plus grande que
nous ne pensons, et que comme Pierre, la voix d'une servante peut nous faire renier Dieu. — Pourquoi redouter les tentations du démon? — lour deux raison: 1° parce qu'il n'est pas de ruses quil n'emploie pour nous perdre, les pensées mauvaises, les images indécentes, les livres impies ou licencieux, les compagnies des méchants, les doutes sur les vérités de la religion etc.; Séparée qu'il a sur toutes les créatures un plus grand pouvoir que nous ne nous imaginons.
Le sacrement de Confirmation est-il nécessaire pour être sauvé f — Le sacrement de Confirmation n'est pas nécessaire pour être sauvé ; mais omettre de le recevoir est une négligence criminelle.
Pourquoi ce sacrement n'est-il pas nécessaire ? — Parce que, de même que pour être du nombre des hommes vivants, il n'est pas nécessaire d'arriver à l'âge mûr, et qu'il suffit de naître avec une constitution complète ; ainsi pour entrer dans le ciel, il n'est pas nécessaire d'avoir atteint tout le' développement de la vie surnaturelle, il suffit de la posséder entière et complète; or, par le sacrement de Baptême l'homme possède la grâce sanctifiante, ou la vie de la grâce entière et complète.
Pourquoi faut-il, quand on le peut, recevoir la Confirmation ? — Parce que Dieu est si bon qu'il ne se contente pas de nous rendre heureux, mais qu'il veut encore que nous obtenions la plus grande somme de bonheur que nous pouvons atteindre.
Un bon citoyen vit tranquille dans sa maison : Toccasion se présente où il peut rendre un grand service à sa patrie et à son roi, et s'illustrer lui-même par des actions éclatantes : est-il coupable, s'il ne le fait pas ? — Oui, l'amour qu'il doit à sa patrie et à sa propre perfection lui fait un devoir de saisir l'occasion pour servir l'une et avancer l'autre. ~ Que produit le sacrement
T. IV. -- 2. SOIRÉES GHRÉT.
de Confirmation ? — Il met le chrétien en état de rendre plus de gloire à Dieu, d'être plus utile à l'Église et d'acquérir plus de mérites pour lui-même.
Que dirait-on d'un soldat qui aimerait mieux s'exposer dans une bataille sans armes, que de prendre la peine de s'en charger ? — On le regarderait comme un insensé qui s'exposerait de gaieté de cœur à une mort certaine dont il serait la seule cause; il serait considéré comme homicide de lui-même ; or, il en est ainsi d'un chrétien. — Donnez un exemple ? — Eusèbe de Césarée raconte que la cause de la chute et de la persévérance de Donat dans l'hérésie fut qu'étant tombé dangereusement malade après son Baptême, il avait négligé de recevoir la Confirmation. — Si un chrétien n'ayant pas reçu la Confirmation tombe dans une maladie dangereuse, il est donc obligé de la demander ? — Oui, parce qu'il a plus que jamais besoin de force et de courage, puisque c'est à ce moment que le démon fait plus d'efforts pour le perdre.
Peut-on recevoir plusieurs fois le sacrement de Confirmation P — La Confirmation imprimant un ea.ractère ineffaçable, on outragerait Dieu en le recevant plusieurs fois.
Quel est donc le caractère que la Confirmation imprime dans rame ? — Celui de soldat de Jésus-Christ. C'est comme une lettre d'enrôlement par laquelle le chrétien prend l'engagement de combattre fidèlement jusqu'à la fin de sa vie les ennemis de Jésus-Christ, et qui lui donne droit à obtenir les armes elles munitions nécessaires pour vaincre. — N'est-il donc pas permis de s'enrôler plusieurs fois ? — Quand l'enrôlement est fait pour toute la vie, non seulement il est inutile de s'enrôler de nouveau, mais vouloir le faire serait outrager le chef du pouvoir, que l'on supposerait capable d'être infidèle à son engagement. — Y a-t-il quelque
différence entre un soldat et un chrétien confirmé ? — Très peu, comme nous le montrerons bientôt. — Fautil être baptisé pour être confirmé ?— Oui, comme il faut naître pour croître et se développer.
Qui sont eeux qui ont le pouvoir de confirmer f — Le pouvoir de eonfi.rmer appartient aux évêques qui senties successeurs des apôtres.
Pourquoi ce pouvoir appartient-il aux évêques seuls ? —Parce que les évêques ayant seuls la plénitude du Sacerdoce, c'est à eux de donner la plénitude de la grâce ou la perfection du christianisme. — Qui vous apprend que les évêques ont le pouvoir de confirmer ? — Le Concile de Trente, fondé sur la sainte Écriture, sur la tradition et l'usage perpétuel de l'Église^ a défini que les évêques sont les ministres ordinaires du sacremen de Confirmation.
Comment saint Thomas prouve-t-il celte vérité ? — Il pose en principe qu'en toutes choses la perfection d'un objet appartient à l'ouvrier en chef. — Que conclutil de ce principe ? — Que les évêques possédant le sou verain pouvoir, sont les ministres du sacrement de Confirmation, qui est la consommation du Baptême. Les ouvriers inférieurs préparent la matière, et les ouvriers supérieurs lui donnent sa forme : ainsi un secrétaire écrit une lettre, et le Pape y appose sa signature ou le sceau. Or, d'après saint Paul, les chrétiens sont une lettre écrite par les prêtres, etl'évêquela signe ou y met son sceau ; les prêtres bâtissent l'édifice spirituel en conférant le Baptême, l'évêque le consacre par la Confirmation.
Pourquoi encore l'évêque seul est-il ministre du sacrement de Confirmation ? — Pour que les fidèles aient des rapports immédiats avec l'évêque et se relient ainsi au Pape, le chef et le prince des évêques, et que l'évêque, obligé de parcourir les villes et les campagnes
6i CINQUIEME SOIREE.
pour conférer la Confirmation, voie de ses propres yeux l'état moral et matériel de chacune des paroisses de son diocèse.
L'évêque peut-il confirmer toutes les personnes qui se présentent ? — Tout évêque peut confirmer validement tous les fidèles qui se présentent; mais il ne peut confirmer licitement ou sans péché que ses diocésains, et les fidèles d'un autre diocèse qui se présentent avec l'agrément formel ou présumé de leur évêque.
Pourquoi le saint Concile de Trente dit-il que les évoques sont les ministres ordinaires de la Confirmation ? — Parce qu'un simple prêtre peut aussi administrer ce sacrement avec la permission du souverain pontife; et il l'accorde assez souvent aux missionnaires chez les sauvages ou les infidèles, à cause des difficultés qu'il y a pour les chrétiens de ces contrées d'avoir recours à un évêque.
Les apôtres ont-ils donné la Confirmation f—Oui, V Écriture dit que les fidèles nouvellement baptisés recevaient le Saint-Esprit en même temps que les apôtres leur imposaient les mains.
Act. des apôtres chap. VIII : Les apôtres étaient à Jérusalem; ayant appris que les habitants de Samarie avaient reçu la parole de Dieu et avaient été baptisés par le diacre Philippe, ils leur envoyèrent Pierre et Jean pour leur donner le Saint-Esprit... ils prièrent pour eux, afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit, car il n'était pas descendu sur eux; mais seulement ils étaient baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposèrent les mains et ils reçurent le Saint-Esprit.
Il paraît certain que cette imposition des mains était accompagnée de l'onction avec le saint chrême, et le pape saint Fabien assure que ce fut le Jeudi Saint que les apôtres apprirent de la bouche même de Jésus- Christ quelles devaient être la matière et la forme de la Confirmation.
Le Saint-Esprit deseend-il encore aujourd'hui sur ceux qui reçoivent la Confirmation ? — Oui, le Saint- Esprit descend invisiblement dans l'âme de ceux qui reçoivent la Confirmation.
Gomment peut-on le savoir, puisqu'on ne le voit pas ?
— La foi apprend et l'Église enseigne qu'on reçoit le Saint-Esprit dans le sacrement de Confirmation ; et l'Église ne peut pas se tromper. — Pourquoi le Saint- Esprit ne descend-il plus visiblement comme autrefois?
— Parce que l'Église n'a plus besoin d'être soutenue par les mêmes miracles qu'autrefois, et que Dieu veut que nous ayons le mérite de croire à sa parole uniquement parce qu'il a parlé.
N'avons-nous pas reçu le Saint-Esprit dans le Baptême ? — Il est vrai que nous avons reçu le Saint- Esprit dans le Baptême, mais nous le recevons dans la Confirmation avec des grâces plus abondantes.
Quelle différence y a-t-il donc entre un chrétien baptisé et un chrétien confirmé ? — La même que celle qui existe entre un enfant et un homme fait, entre le soleil levant et le soleil de midi, entre un arbre qui sort de terre, et un grand arbre, etc. Dans le premier cas on trouve tout ce qui existe dans le second; mais dans le second, l'être s'est développé et perfectionné.
Quelles sont les grâces abondantes que nous recevons dans la Confirmation f — Nous recevons dans la Confirmation les dons du Saint-Esprit.